Charles Aubry est un artiste peu étudié. Jean Laran lui consacre une courte notice dans l'Inventaire du Cabinet des Estampes... Fonds français après 1800, t. I, 1930-1933 ; Jean des Cilleuls un bref article dans S.L.S.A.S., n° 42, janvier 1926, p. 34-36.
1) Le professeur de dessin à l'Ecole de cavalerie
Lié aux milieux
militaires, Charles Aubry pourrait être le fils d'un des
trois officiers portant ce nom qui ont atteint le grade de général
sous l'Empire, mais je n'ai pu déterminer lequel.
Il commence à publier des illustrations dans le style
troubadour à partir de 1817. Représentant des gardes
de la Maison du roi Louis XVIII, il est vite reconnu comme spécialiste
des uniformes, à la façon de Vernet, et il illustre
en 1823, chez Engelmann, une Collection des uniformes de l'Armée
Française. Surtout, il figure à merveille les
chevaux, rivalisant dans ce domaine avec Victor Adam. Il publie
en 1824 un portrait équestre de Charles X. Sa réputation
lui vaut d'être nommé professeur de dessin à
l'Ecole de cavalerie ; Bénézit place cette nomination
en 1822 ; je crois qu'il faut suivre son ami, fils d'un général
d'Empire, Joachim Ambert, selon lequel il aurait été
choisi par le maréchal de camp Oudinot et mis en place
en 1825. Aubry fait partie du personnel civil de l'Ecole. En 1834,
à l'époque de l'affaire La
Roncière, il partage l'appartement du lieutenant d'Estouilly,
un stagiaire qui s'intéresse surtout à la peinture.
2) Le chroniqueur de l'Ecole
Charles Aubry dispose
d'une presse lithographique à l'Ecole, au moyen de laquelle
il retrace les événements au jour le jour. En 1828,
il illustre à chaud le premier carrousel en pressant une
planche intitulée " Un groupe de tenans du
carrousel qui saluent de la lance le buste de la Duchesse".
Voir trois illustrations d'Aubry dans
le dossier consacré à ce carrousel. Il corrige
le tir en 1830 en donnant une autre litho " Les élèves
de l'Ecole de Saumur prêtant serment de fidélité
à Louis-Philippe ". Il édite aussi
chez Lachaume, à Saumur, un Uniforme de S/lieutenant-élève
( 1832 ).
Il dessine également L'Overseer, un étalon
anglais, ainsi que Le vieux Château de la ville de Baugé
en Anjou. En permanence, il croque d'un trait nerveux les
soldats en manoeuvre, ici, à droite, des carabiniers.
En octobre 1826, le marquis de Clermont-Tonnerre, ministre de la Guerre, vient inspecter l'Ecole royale de cavalerie ; à cette occasion, il reçoit un recueil de 11 dessins de Charles Aubry, qui ont été publiés dans un site de librairie par correspondance. La vie quotidienne de l'établissement y est évoquée : l'abreuvoir, la forge, la parade du dimanche, la voltige, la salle d'armes et surtout l'atelier de dessin, qui figure des élèves en train de croquer un cheval.
3) Les cours illustrés
Aubry dessine et
lithographie les exercices d'équitation à l'Ecole
dans de petits formats, qui sont conservés dans des collections
saumuroises et qu'on entrevoit dans les Origines de l'Ecole
de cavalerie... de Picard. A cette époque, le dépôt
légal n'existe pas, si bien que le Cabinet des Estampes
est loin de posséder toutes ces oeuvres. Dans cette série,
on connaît Travail de carrière par les chevaux
anglais, Exercices équestres à l'instar des anciens
Carrousels, Sauteurs aux piliers, Voltige militaire...
En 1831, il annonce une première publication d'un
recueil de ses oeuvres, sous le titre d'Album de l'école
royale de cavalerie, qui paraît à la fois chez
Adolphe Degouy, à Saumur, et à Paris, chez Gihaut
Frères, grands éditeurs de gravures de fantaisie.

Cette épreuve lithographique se caractérise par un encrage très foncé, comme beaucoup de réalisations d'Aubry à cette époque. Il s'agit d'un simple portfolio, pas encore d'un livre ( La Bibliothèque nationale ne le connaît pas ).
En 1832, il publie à l'imprimerie lithographique de Lachaume à Saumur ses Leçons pratiques du Cours d'art militaire. Il avait annoncé cette série l'année précédente par un bulletin de souscription lithographié ; il annonçait six dessins, à 3 francs l'unité.

Finalement, il publie un ensemble homogène de quatre planches in-folio, au tirage foncé, figurant des manoeuvres dans les environs de Saumur : Passage de bac à St-Florent ( Estampes, n° 98 ), Passage de défilé en avant. Vue de Saumur ( Estampes, n° 99 ), Grand'Garde et Embuscade route de Doué. Ces quatre lithographies sont d'un vif intérêt par la description des tactiques militaires, par le grouillement des personnages et par l'exactitude des paysages représentés ( voir la tradition napoléonienne ).
4) L'aquafortiste


Cette belle eau forte
de 1830, intitulée " Grande Revue passée
dans le champ de manoeuvre par le général commandant
l'école royale de cavalerie ", représente des
centaines de personnages sur le Chardonnet et se caractérise
par sa finesse d'exécution et l'ampleur de son cadrage.
Elle constitue la planche 8 d'un recueil, sans doute l'Album
cité plus haut. J'ai placé au-dessous le dessin
préparatoire de cette gravure, qu'un collectionneur particulier
me communique aimablement .
En cette même année, Aubry signe une planche
représentant les Haras de l'Ecole de Cavalerie,
destinée à une publication de Victor Adam.
Charles Aubry témoigne de virtuosité et d'humour dans l'illustration des livres.
- En 1833-1834, il publie une Histoire pittoresque de l'Equitation ancienne et moderne, à Paris, chez Ch. Motte, et à Saumur, chez A. Degouy. L'ouvrage est composé de deux cahiers grand in-folio comportant 24 planches au total. Au centre, une lithographie classique au crayon représente un écuyer célèbre montant son cheval favori ; pour Saumur, il choisit Monsieur Cordier ( planche S ), le comte d'Aure, écuyer cavalcadour de Charles X ( planche V ) et Monsieur Flandrin ( planche X - voir partie centrale ). Autour de cette figure, il place des vignettes dessinées à l'encre lithographique et, par-dessus, des textes sont ajoutés au moyen d'une typographie traditionnelle.
- Charles Aubry, « professeur
de peinture », reprend et perfectionne ces procédés
en 1835 en illustrant l'ouvrage de son ami Joachim Ambert, Esquisses
historiques et pittoresques des différents corps qui composent
l'armée française. Le jeune officier y racontait
l'histoire des diverses unités militaires, en donnant la
part belle aux corps montés et en traitant ironiquement
l'infanterie. Les 13 planches sont de très grand format,
hauteur 0,53 m, largeur 0,39. L'encadrement est sans cesse différent
et adapté au sujet.
Il est évidemment formé par divers types de
lances sur la planche consacrée aux lanciers, dans laquelle
il accorde une large part aux Polonais.

Dans un dessin du cadre, il évoque en quelques traits les compagnies d'ordonnance de Charles VII.

La planche consacrée aux carabiniers prend la forme d'un temple grec, au fronton duquel règne l'Ecole de Saumur, les écuyers se déployant dans une frise rappelant celle des panathénées au Parthénon, les chapiteaux prenant la forme de têtes de cheval.

Au centre,
un officier de carabiniers :

En bas, des éléments datés de frise historique :

La planche consacrée
aux haras et remontes figure le manège Kellermann. Seul
le nom d'Adolphe Degouy est cité comme éditeur et
comme imprimeur ; il appose sa marque au timbre sec au bas
de chaque feuille, en y précisant qu'il existe une version
avec texte et une autre réduite aux planches. Cet élégant
ensemble forme le plus beau livre imprimé à Saumur
à l'époque contemporaine. Sans doute aussi le plus
cher : le 24 février 1836, le Conseil municipal vote
un crédit de 60 francs pour son achat ( A.M.S., 2 D
5 ).
D'une façon générale, Aubry sait croquer des vignettes en quelques traits, comme ces Francs au combat :

Il emboîte avec habileté deux gravures de techniques différentes, sur cette évocation des guerres de la Renaissance :

L'ouvrage majeur d'Aubry
est réédité en 1837 sous le nouveau titre
" Esquisses historiques, psychologiques et critiques
de l'armée française par Joachim Ambert. Lithographies
et vignettes sur bois de Ch. Aubry et de Karl Loeillot. Seconde
édition ". Le texte est fortement augmenté,
les illustrations anormalement réduites, mais complétées
par des vignettes de Loeillot. Cette réédition,
sans grand intérêt,
est
imprimée à Paris, en deux volumes, au format 1n-8°.
- Toujours en 1837, Charles Aubry fait paraître à Paris, chez Ch. Motte, " Chasses anciennes d'après des manuscrits des XIVe et XVe siècles ", dans lesquelles il manifeste la même habileté et une bonne culture historique.
6) Aubry portraitiste

Aubry a dessiné des portraits. Ce jeune homme inconnu est-il un de ses amis ou plutôt une évocation de Napoléon Bonaparte jeune, comme le suggèrent la chevelure et l'habit.
En tout cas, l'esquisse suivante est clairement renseignée : elle prépare un portrait du maréchal Joachim Murat :

Cette intéressante aquarelle figure le pont des Sept-Voies, appelé aussi " le Pont rouge ", dans son état des années 1820-1830. A gauche, l'îlot Censier et la Maison de la Reine de Sicile.

Aubry semble quitter la
ville de Saumur vers 1837 et l'on perd ensuite sa trace.
A la même époque,
travaille le photographe Charles Aubry ( 1811-1877 ),
qui réalise de remarquables clichés de natures mortes.
Les deux homonymes n'ont apparemment rien en commun.
Plus tard, en 1882, paraît la première édition de Nos farces à Saumur, une fantaisie rédigée par Théo-Critt ( Théodore Cahu ) et illustrée par O'Bry. Il ne s'agit pas de vieilles caricatures de Charles Aubry, mais de vignettes dessinées par un jeune homme de 30 ans qui a vécu à Saumur. Je ne sais s'il a un rapport de parenté avec le précédent. Le champ de la recherche est loin d'être clos.