La première église abbatiale  

   

1) Premiers travaux

 Le chantier de l'église abbatiale a attiré des ouvriers ; l'un d'eux, selon les dires de l'Historia, vient chaque jour travailler, mais il ne se présente pas le soir à l'heure de la paie quotidienne. Le chroniqueur y voit la présence d'un assistant divin.
 Cette anecdote rappelle aussi que les moines ne bâtissent pas de leurs mains, comme on le dit souvent ; en réalité, ils dirigent les travaux et ils embauchent de la main d'oeuvre.
   

2) Un long chantier

René CROZET, « L'ancienne abbaye de Saint-Florent-lès-Saumur », Bulletin monumental, 1947, p. 55-69.
P. d'HERBÉCOURT, Anjou roman, 1ère éd., 1959, p. 63-68.
Marcel DEYRES, Anjou roman, 2ème éd., 1987, p. 129.
Jacques MALLET, L'art roman de l'ancien Anjou, 1984, p.44-50 et 161-169.

 Ils sont alors sans le sou, mais l'Historia affirme qu'ils reçoivent une aide importante de la comtesse Hildegarde, la seconde épouse de Foulques Nerra. Cette dernière a même fait construire son tombeau près de l'église ( aménagement qui s'est avéré inutile, puisqu'elle est enterrée à Jérusalem ). Dès 1030, le corps de saint Florent est transféré dans le croisillon droit de la nouvelle abbatiale. Signe de réconciliation, Foulques Nerra assiste à la cérémonie avec toute sa famille.
 En 1041, le 15 octobre, une cérémonie plus solennelle, en présence de quatre évêques et de la nouvelle famille comtale, marque la consécration de l'église. Celle-ci n'est pas terminée pour autant, l'autel de la Croix, situé dans la nef, est consacré en 1051 et les croisillons sont même refaits. Les travaux se prolongent pendant plusieurs décennies. Les archéologues relèvent des changements de programme en cours d'exécution, sans doute par suite d'ambitions nouvelles, liées à l'éclosion de l'art roman.
  

3) La construction de la crypte

 Comme le terrain s'abaisse vers le Thouet, une crypte est ajoutée au cours du second tiers du XIe siècle, à dater sans doute après 1050, si on la compare avec celle de Marmoutier, qui remonte aux années 1060-1070. Elle est dédiée à la Vierge-Marie, dont le culte s'étend à cette époque.
 Cette crypte permet de rehausser le choeur et le maître-autel, où reposent les reliques de Saint-Florent, mais elle n'a elle-même aucun lien direct avec le pèlerinage. Elle est au contraire isolée du reste de l'église abbatiale.
 Elle a, en tout cas, survécu aux outrages du temps et des hommes et elle présente l'intérêt capital de constituer le plus ancien monument bâti de Saumur. 
   

4) Une chapelle en hémicycle

Plan de la crypte par BodinLes colonnes isolées

 

 

 
 Le plan de la crypte relevé par J.-Fr. Bodin, qui a placé l'est en haut.
 
 Huit colonnes monolithes soutiennent une voûte d'arêtes en moellons, encore assez primitive et dépourvue de toute arcature.

 

   

 

5) Les chapiteaux

Chapiteaux centraux

 Les chapiteaux témoignent d'une solide technique et d'une réelle inventivité.
Examinons-les dans leurs trois niveaux :
- à leur base, des corolles, toutes semblables, s'ouvrent sur des lèvres évasées ;
- au-dessus le décor se diversifie. Il est encore trop tôt pour trouver des scènes historiées, mais les motifs stylisés témoignent d'un large répertoire : palmettes, entrelacs, tores cordés, têtes de chat...
- les parties hautes des chapiteaux, les tailloirs, sont fortement débordantes, dépassant de moitié le diamètre des colonnes et le départ des voûtes. 

chapiteaux de la crypte

    

6) Les chapelles rayonnantes

 La chapelle axiale dégagée par les fouilles

 En 1982, des fouilles ont mis au jour des absidioles qui appartenaient vraisemblablement à l'église primitive. Au dessus, deux tombeaux viennent d'être dégagés dans la chapelle axiale. En bas, l'absidiole du côté septentrional, mieux conservée, est de plain pied avec le sol de la crypte ; elle a été détruite lors des remaniements du XIIe siècle. Au fond, apparaissent, en gros appareil, les bases de la muraille d'enceinte du XVe siècle.

Absidiole nord, aujourd'hui enterrée