Naissance du bourg de Saint-Florent   

 

 

Un hameau existait autour de la vieille église de Saint-Hilaire, mais l'emplacement où s'installe la nouvelle abbaye est un complet désert.

1) Essor rapide d'un bourg monastique

 Le nouvel établissement fait naître un faubourg habité en premier lieu par les familles de serfs domestiques attachées au service du monastère, mais la présence d'hommes libres est très tôt attestée.
 Les droits de voirie et d'aubaine sur ce village présentent quelque importance, puisqu'ils sont âprement disputés et donnent naissance à quelques procédures. Ils sont d'abord obtenus par Hugues Mange-Breton, qui, en 1076, sur ses vieux jours, les remet aux moines de Saint-Florent, moyennant 10 livres. Cependant, un de ses gendres cherche encore à les récupérer en 1092.

 

2) Un village troglodytique

 Les moines qui occupent un office dans l'abbaye, par exemple, le cellérier, l'aumônier, gèrent tous au moins une « roche » située au bourg de Saint-Florent. Ce terme désigne « une cave demeurante », ils y hébergent leurs subordonnés ou en tirent des revenus.
 Il est même possible d'affirmer que ce village présente alors les deux variantes de l'habitat troglodytique. En terrain plat, les maisons souterraines sont réparties autour d'une cour, comme il en subsiste des vestiges le long de la rue Haute. A l'inverse, sur la rue Basse, les maisons, alignées, s'enfoncent à la base du coteau.
Un intéressant jugement rendu vers 1100 - en tout cas avant 1106 - délimite en ces termes les parties du bourg de Saint-Florent : « le village en cave et la route jusqu'à la carrière de craie ; depuis la carrière, la rue haute, et ensuite, le sentier jusqu'aux Cordeaux ».

[ « vicus cavus et via usque ad cretariam, et de cretaria via sursum, et postea, semita usque ad coordellum », Livre Noir, n° 266, charte retouchée, à dater selon O. Guillot des années 1100. Texte analysé pour l'histoire des carrières par Barbara A. WATKINSON, « A case study of the revival of stone quarrying in the late eleventh century : St-Florent, Saumur and Notre-Dame, Noyers », Journal of Medieval History, n° 16, 1990, p. 113-128. ]

 

3) La structure actuelle de Saint-Florent

 Les deux rues parallèles apparaissent donc bien dès les années 1100. D'après ce texte, la carrière de pierre qui a servi à édifier les bâtiments conventuels se situe près de la jonction des rues Haute et Basse ; elle pourrait correspondre aux caves actuelles de la maison Langlois-Chateau.
 Saint-Florent est le bourg saumurois le plus transformé au XIXe siècle par suite de l'apparition des caves à vin. Si l'on examine une carte antérieure, dressée vers 1788 et orientée vers le nord, on trouve le plan du bourg, tel qu'il était au début du XIIIe siècle (Atlas du cours de la Loire, feuille 26 ).

Atlas du cours de la Loire, feuille 26

 

 

 Seuls sont plus tardifs : la Petite Maison de l'Abbé ( XVe ) et le château de Vauvert ( sans doute XVIe ). Le chemin qui le longe a été déplacé vers l'est seulement au XIXe siècle.

 Le bac sert encore fort peu. La route de Saumur passe par le pont Fouchard et parvient à la place de la Poterne par un tracé sinueux.

 

 

 

 

 

 Le village de Saint-Florent devient une paroisse de fait, sans en avoir le titre, car son desservant dépend directement de l'abbé. Son église est la chapelle Saint-Barthélemy, qui clôt la cour de l'abbaye et qui est citée pour la première fois en 1122 ( bulle de Callixte II ).

 

 

         
4) L'église Saint-BarthélemyEglise Saint-Barthélemy, voûte du bas côté droit

 

 

 Seuls les murs latéraux de l'église peuvent remonter à cette époque. Un recouvrement par des arcs gothiques est ajouté un peu plus tard. Le bas-côté droit ( ci-contre ) apparaît vers 1200 ; il se termine par une subtile voûte angevine qui rappelle celle du narthex tout proche de l'abbatiale. Les sculptures sont une création des restaurateurs trop énergiques du XIXe siècle.

 

 

 

 

5) Les moulins de Saint-Florent

Les moulins vus de l'amont Aménagés sous l'abbé Michel de Saumur ( 1203-1220 ), selon l'Historia, ces moulins sont toujours désignés au pluriel par les chroniqueurs, car ils comportent un double bief animant deux paires de meules, en principe, l'une pour le froment et l'autre pour le seigle.
 Afin de retenir une quantité d'eau suffisante, une digue est lancée sur le Thouet et autour du bassin amont. Le niveau des eaux s'est élevé sur une zone remontant au-delà du pont Fouchard ; les prairies riveraines sont inondées. Leurs propriétaires - parmi eux les seigneurs de Doué - réagissent violemment et intentent un procès. Finalement, l'abbé laissera le Thouet en basses eaux pour les fenaisons, depuis la Saint-Georges ( 23 avril ) jusqu'à l'Assomption ( 15 août ). Cependant, ces conflits vont rebondir avec l'intervention des mariniers, qui souhaitent de hautes eaux toute l'année.