Prieurés et églises    

   

1) Saint-Florent le Vieil

 

Gérard FOURAGE, Le territoire de Saint-Florent-le-Vieil au Moyen-Age, mém. de D.E.S., Tours, 1967

 Le monastère du Mont-Glonne mérite une place privilégiée. Premier siège de la communauté, il conserve son titre d'abbaye et il regroupe une trentaine de religieux.
 Entouré de neuf églises rurales, il forme un " territoire exempt ", ne dépendant d'aucun diocèse ; l'abbé de Saint-Florent le Jeune parvient à limiter les intrusions de l'évêque d'Angers et il l'administre au spirituel. Il y est aussi seigneur-châtelain, représenté par son prévôt, résidant à Saint-Laurent du Mottay.
 Cette curiosité juridique n'est pas exceptionnelle dans la France du temps, mais elle est unique en Anjou et elle est l'apanage des abbayes très puissantes.
    

2) Les types de prieurés

 

Delphine PELAPRAT, Les Prieurés angevins de Saint-Florent de Saumur aux XIe et XIIe siècles..., mém. de maîtrise, 2 vol., 1989-1990. Condensé dans Fontevraud, Histoire, Archélogie, n° 1, p. 53-71.

 Le poids de Saint-Florent dans la périphérie de Saumur a été analysé dans un précédent dossier. Il reste à décrire les trois formes qu'y prennent les prieurés.

- Le prieuré classique est rural : Saint-Lambert, Saint-Vincent, Saint-Julien de Distré, Saint-André de Verrie. L'abbé désigne le prieur, qui est assisté d'un seul moine, mais les deux religieux disposent en général chacun d'un serviteur. Ils gèrent les biens du temporel, mais leur fonction religieuse se réduit à la prière, et ils nomment un prêtre chargé de desservir la paroisse. Si leur lieu de culte est privé, il est de taille réduite et ne dispose que de deux cloches ; s'il sert en même temps d'église paroissiale, les moines se réservent le choeur et disposent d'une porte d'entrée particulière.

- Les prieurés urbains comme Nantilly et Saint-Nicolas d'Offard regroupent aussi deux moines. Leur fonctionnement est connu seulement par les conflits qui les opposent à leurs subordonnés. Le prieur de Nantilly a fort à faire pour maintenir sa prééminence sur la ville, sur le curé unique chargé de trois paroisses et sur un clergé souvent indocile. Le prieur d'Offard exerce des droits seigneuriaux sur une partie de l'île.

- Le prieuré castral de la Madeleine de Boumois est de type différent : Maurice Roinard, vers 1118, fonde une chapelle desservant son château tout proche. Le seul moine résidant exerce des fonctions de chapelain au service exclusif de la famille châtelaine, qui lui accorde des dîmes et chaque année en alternance un poulain ou une pouliche.
 A l'inverse, les quatre moines installés dans le prieuré du Château ne jouent pas le rôle de chapelains et vivent à l'écart du monde seigneurial.

 Tous ces prieurés, qui vivent dans une large autarcie, sont d'un très faible apport financier pour le chef d'ordre.
   

3) Les églises paroissiales

Le mot presbyterium, plus tardif, correspond au bâtiment du presbytère

 Au contraire, la possession d'une église paroissiale apporte prestige et revenus. A chaque église est annexé un presbyteratus qui correspond à un ensemble regroupant une charge de curé, une maison d'habitation et aussi une dotation en terre ou en droits, qui assurera la subsistance du desservant. Normalement, l'église, " épouse du Christ ", a reçu de son fondateur une " dot " qui, selon d'anciens capitulaires, ne doit pas être inférieure à 16 hectares de terres, cultivés par quatre familles de serfs au minimum. A la suite de donations, la terre est habituellement plus grande ; à Saint-Hilaire comme à Saint-Cyr en Bourg, elle est mise en valeur par un nombre - symbolique - de douze métayers.
 Au revenu du domaine s'ajoutent des droits nombreux : la dîme sur la plupart des récoltes ( quand elle n'est pas accaparée par un puissant personnage ) ; les " offrandes à l'autel ", souvent partagées entre le curé et le possesseur de l'église, moines ou seigneurs. Parmi ces dernières, le droit de sépulture apporte les rentrées les plus élevées ; le tarif minimum de quatre deniers est sans cesse dépassé en raison du désir des hommes de ce temps d'être inhumés dans l'église ou, à défaut, dans la partie du cimetière proche de l'abside. Les tarifs atteignent couramment 40 sous et les plus pauvres y laissent tout leur avoir. Ainsi la serve Engelsende, femme de Poplin, qui donne aux moines de Saint-Florent une maison troglodytique située à Saint-Hilaire et un demi-arpent de vigne situé à la Boire Salée, à Saint-Lambert, à la condition que ces derniers règlent ses frais de sépulture ( Livre Noir n° 213 ).
   

William ZIEZULEWICZ, « Restored Churches in the fisc of St-Florent-de-Saumur ( 1021-1118 ). Reform ideology or economic motivation ? », Revue bénédictine, 1986, n° 1-2, p. 106-117

 La possession d'églises, en totalité ou en partie, isolées ou incluses dans un prieuré, constitue un bon révélateur de la puissance de l'abbaye. Saint-Florent en possède 13 en 1004. Entre 1021 et 1118, elle en acquiert ou en récupère 84 au moins, peut-être 87. En 1122, la bulle du pape Callixte II lui garantit 97 églises paroissiales, dont 28 sont situées en Anjou. Et ce nombre s'accroît tout au long du siècle.