La pyramide hiérarchique de l'abbaye    

    

 Saint-Florent vit en suivant la règle de Saint Benoît, que je vais résumer, en insistant sur quelques particularités locales.
   

1) L'Abbé, un grand personnage

 L'abbé dispose d'un pouvoir quasi-absolu sur la communauté, puisqu'il a la charge personnelle de toutes les obédiences, dont il nomme les prieurs et les curés.
 Un abbé est représenté sur un célèbre chapiteau de Nantilly, photographié ici sous ses trois faces. Le sculpteur du début du XIIe siècle a sûrement pensé à l'abbé de Saint-Florent. Il le représente, à l'angle gauche, célébrant la messe, entouré de deux acolytes qui présentent le vin et l'eau. Sur la face droite, un avoué du monastère tient son bâton pastoral qui est en forme de tau.

  Chapiteau de l'abbé : partie gaucheChapiteau de l'abbé à Nantillychapiteau de Nantilly : le bâton en forme de tau 

  

Crosse d'un abbé : l'AnnonciationLe couronnement de la Vierge

 

 

 Au bâton primitif succède la crosse : les deux crosserons ci-joints ont été découverts dans l'enclos de Saint-Florent. Ces belles réalisations du XIIIe, en cuivre doré, figurent, à gauche l'Annonciation, à droite le Couronnement de la Vierge.

 Je n'ai pu percer les secrets qui entourent ces oeuvres, les conditions de leur découverte ( vers 1956 ? ), le lieu où elles sont conservées, l'auteur des clichés...

   

2) L'Abbé, son élection

William ZIEZULEWICZ, « Abbatial Elections at Saint-Florent-de-Saumur ( ca. 950-1118 ) », Church History, sept. 1988, p. 289-297.
Voir également les travaux de Roselyne COSNEAU

 L'élection d'un si grand personnage ne concerne pas seulement la communauté monastique, elle implique aussi l'évêque et les comtes d'Anjou.
 Le chapitre électoral se réunit environ un mois après le décès du précédent titulaire. Il réunit la plupart des prieurs et les dignitaires du chef d'ordre, qui sont convoqués par une lettre circulaire. Un choix unanime est souhaité, et, dans ce cas, l'Historia le signale.
 Si les suffrages se portent sur plusieurs noms, c'est à l'évêque d'Angers de désigner la « sanior pars, la partie la plus sage » de la Communauté, celle qui a fait le bon choix. Ce n'est pas forcément la majorité. Malgré ces pratiques électorales et une relative liberté du scrutin depuis 1055, nous ne sommes pas dans la logique de la démocratie moderne.
 L'abbé ainsi choisi reçoit ensuite une investiture séculière du comte d'Anjou et la bénédiction de l'évêque d'Angers, qui lui confie la charge des âmes. Le choix se porte toujours sur un moine, mais qui peut être extérieur à la Communauté : Frédéric et Sigon venaient de Marmoutier. Leurs successeurs appartiennent à l'obédience de Saint-Florent ; en général, ils exercent un office au chef d'ordre ou bien sont installés comme prieurs dans le Saumurois.
 Plus tard, deux modes électoraux sont proposés dans une constitution du pape Innocent III, approuvée par le IVe concile du Latran en 1215. Dans un premier système, trois scrutateurs recueillent les votes secrets des membres de la congrégation, tout en ayant le pouvoir de moduler les votes. Dans le second mode, les électeurs délèguent leurs pouvoirs à quelques moines qui désigneront le nouvel abbé, à la condition formelle d'être unanimes. Que valent ces dispositions ? Il est certain que désormais les élections seront souvent l'objet de contestations.
   

3) L'Abbé, un chef distant

 L'Abbé vit un peu en marge du couvent de Saint-Florent. Il y dispose d'une maison et d'une chapelle particulières. Il perçoit des revenus propres qui proviennent de la mense abbatiale. A partir de 1288, il peut aussi se retirer dans son manoir de Verrie, une ancienne maison prieurale abandonnée par les moines.
 Au demeurant, beaucoup d'abbés méticuleux passent leur temps à visiter leurs nombreux prieurés et sont constamment par monts et par vaux.
     

4) Les prieurs 

  Le chef réel du monastère de Saint-Florent est le prieur claustral, qui est responsable de la discipline intérieure. Il convoque et préside le chapitre. Il est assisté par un sous-prieur ( l'office de maître-prieur apparaît plus tard ).
    

5) Les offices claustraux

 A un rang plus modeste, les moines se voient confier des tâches bien délimitées, pour lesquelles sont prévus du personnel et des revenus spécifiques. Au total, 19 offices apparaissent dans les archives de Saint-Florent, dont voici les principaux :
- Le procureur est le spécialiste des questions juridiques et il a un nombreux personnel laïc sous ses ordres : les prévôts et leurs sergents, qui s'occupent des affaires judiciaires ; les maires des villages, souvent des meuniers, qui organisent les travaux collectifs.
- Les cérémonies religieuses mobilisent de nombreux moines : le chantre est assisté d'un sous-chantre et d'un sacriste, qui entretient des objets du culte et fournit l'abondant luminaire, exigé en particulier par certaines fondations qui stipulent que des cierges brûleront à perpétuité dans l'église abbatiale.
- La nourriture est assurée par le cellérier, parfois assisté par un pitancier. Le chambrier fournit les vêtements et les chaussures. L'infirmier dispose d'un jardin de simples, afin de soigner les malades. L'armoirier est le gardien des objets précieux ( à l'époque, une armoire est une cavité aménagée dans un mur et protégée par une grille ). Quant au dépositaire, il s'occupe surtout de conserver les archives.
- Un aumônier, dont l'office est richement doté, distribue des vivres lors des grandes fêtes religieuses. Le frère hôtelier accueille les gens de passage, pèlerins ou mendiants.
   

6) Les serviteurs

 Au-dessous, les nombreux serviteurs imitent leurs maîtres et forment une hiérarchie, au sommet de laquelle émergent des officiers, au rôle parfois important.
 Ainsi, en juin 1238, Garin Boucabu reçoit l'office de maître-queux du monastère. Il est investi d'un véritable fief : un tènement ( une exploitation rurale ), quatre maisons, dont deux sous roche, des jardins et un pré près du Breil. Il ne perçoit pas de salaire en argent ; au contraire, il doit verser quelques sous en contrepartie de sa petite seigneurie.
   

7) Une société masculine

 La vie de l'abbaye, et partant celle de Saumur, s'écrit au masculin. Malgré leur fertile imagination, les historiennes féministes trouveraient peu à dire sur les comtesses, les donatrices ou les serves, qui font des apparitions rarissimes.