Saint-Florent et les combats de l'Église   

      

 Responsable de la vie religieuse à Saumur et dans ses environs, l'abbaye de Saint-Florent nous renseigne aussi sur les grandes réformes qu'entreprend l'Église au XIe siècle.
   

1) Le nicolaïsme

 

 Le nicolaïsme ou le mariage des prêtres disparaît assez tôt dans le Saumurois : un fils de prêtre est signalé pour la dernière fois vers 1050-1060 ( Livre Noir, n° 152 ). Cependant, dans les dépendances bretonnes de l'abbaye, se prolongent des dynasties héréditaires de curés : à Saint-Martin de Tremblay, au diocèse de Rennes, à la fin du XIe siècle, un curé, fils de prêtre, est lui-même père de deux fils ( A.D.M.L., H 3515 ).
    

2) L'instruction des clercs

 Une école fonctionne dans l'abbaye, afin de former les novices et les religieux. Un "grammaticus", le moine Béranger, apparaît en 1067 ( A.D.M.L., H 1840, n° 9 ) ; un étudiant, Gilbert de Lasci, est cité en 1199 ( Patrologie latine, t. 153, col. 1068 ). Mais les érudits ne croient plus que le célèbre abbé Suger aurait été formé à Saint-Florent.
 En tout cas, les moines se montrent exigeants sur l'instruction des clercs, trop souvent décrits comme d'une stupéfiante ignorance. Ils refusent par exemple de recevoir comme chanoine dans leur prieuré du château de Saumur un jeune homme, « nec ecclesiastico dignus, utpote illiteratus esset, officio - indigne d'un office ecclésiastique, vu qu'il était illettré » ( A.D.M.L., H 1840, n° 12, vers 1068 ).
   

3) La simonie

 

 

 

 

William ZIEZULEWICZ, « "Restored" Churches in the fisc of St-Florent-de-Saumur ( 1021-1118 ). Reform ideology or economic motivation ? », Revue bénédictine, 1986, n° 1-2, p. 106-117.

 La lutte contre la simonie, la possession par des laïques d'églises ou de biens ecclésiastiques, est une entreprise de longue haleine, d'autant plus que des abbés du début du XIe siècle, appartenant à des clans seigneuriaux, avaient favorisé cette emprise. Ainsi, Robert de Blois concède à Dreux, un vassal de Foulques Nerra, l'église de Meigné-sur-Dive, mais à titre de précaire. En 1013, l'abbé Giraud de Thouars, élu grâce à l'intervention de Gelduin le Jeune, accorde à ce dernier les églises de Charcé et de Dénezé.
 Un tournant se produit en 1021, depuis l'élection d'abbés issus de Marmoutier. Les églises privées sont désormais systématiquement arrachées des mains des laïques, par achat parfois, plus souvent par un don ( fortement encouragé par une menace d'excommunication ). On l'a dit plus haut : les églises sont d'un bon rapport financier, mais quelques formules révèlent les motivations des moines ; ainsi, en 1055 : « les dîmes et les droits de sépulture ne doivent pas servir à la paie des hommes d'armes, mais plutôt à la subsistance des moines, des clercs, des pauvres et des pèlerins ».
 Entre 1021 et 1118, Saint-Florent entre en possession de 84, peut-être de 87 églises et chapelles. Parfois à la suite de violents conflits : en 1087, quatre frères d'Allonnes prétendent conserver par droit d'héritage les revenus de la cure de leur paroisse ; emportés par une violente colère, ils entrent de force dans l'église, coupent les cordes des cloches et tentent d'assassiner le desservant, qui s'apprêtait à célébrer la messe ; excommuniés, ils résistent six mois, forts de l'appui de Gautier de Montsoreau ; enfin, l'intervention des évêques d'Angers et de Tours les amène au repentir et ils rendent la cure d'Allonnes à l'abbaye de Saint-Florent ( A.D.M.L., H 3038, n° 2 ).
   

 Cette volonté d'arracher l'Église à la tutelle des laïques s'inscrit dans le courant de la réforme grégorienne, qui commence très tôt en Anjou. En 1054 s'est tenu le synode de Tours, présidé par le légat Hildebrand, qui devient pape sous le nom de Grégoire VII et qui cherche à imposer la prééminence du pouvoir religieux sur le pouvoir civil.
    

5) Vers une théocratie ?

 En 1062, 1067 et 1094, à Saint-Florent, le légat du pape et l'abbé font et défont les comtes d'Anjou. La théocratie semble se mettre en place. Cependant, peu après, la poigne énergique des Plantagenêts réduit les clercs à une place subalterne.
   

6) Saumur et les croisades

 
 
 
H. de FOURMONT, L'Ouest aux Croisades, 3 vol., 1864-1867, ( complaisant ).

 Guillaume de Dol, abbé de Saint-Florent, assiste en 1095 au concile de Clermont, qui appelle à la croisade et suscite une vague d'enthousiasme dans certaines régions françaises.
 L'écho semble plus faible à Saumur. Pas d'indice d'une croisade populaire. Vers 1100, Simon Joho, rentrant de Jérusalem, est soigné et guéri dans l'hospice de Saint-Florent, mais il semble étranger à la région ( Livre Noir, n° 222 ). Le seul croisé authentiquement saumurois est un non-combattant : Gilles de Saumur x, né dans le quartier de Nantilly, tient une place importante au Proche-Orient et devient archevêque de Tyr.
 Quelques membres des grandes familles de la région ont participé aux croisades suivantes : Pierre de Champchevrier, qui meurt à Jérusalem ; Berlay IV de Montreuil, qui accompagne Richard Coeur de Lion ; sans doute un Gautier de Montsoreau, Raymond de Trèves et un membre de la famille de Maillé.