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Dans un chapitre précédent a été
évoqué le rôle
fondateur des restes de saint Florent, base de la communauté
monastique.
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1) Une pieuse supercherie
O.GUILLOT, dans Landais, p. 76
Dom MABILLON, L'art de vérifier les dates, t. 12,
p. 179.
Enquête détaillée par dom HUYNES et note
dans la collection Anjou-Touraine, t. 18, p. 112-113.
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Ses ossements authentiques reposent-ils toujours dans
la nouvelle abbaye ? Il semble peu douteux qu'ils aient
étés enlevés en 1035 par Othon, comte de
Vermandois, qui guerroyait dans la région aux côtés
du comte de Poitiers et qui, ensuite, a confié les reliques
à la collégiale de Roye, située dans le
diocèse d'Amiens.
Evasifs sur cet épisode obscur, les chroniqueurs
de Saint-Florent affirment qu'en tout cas des restes de leur
fondateur sont demeurés en leur possession. Cependant,
dès cette époque, un comte d'Anjou et un pape emploient
des formules dubitatives au sujet de l'authenticité des
reliques.
Les érudits bénédictins des 17-18e siècles
finissent par admettre la réalité des faits.
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2) La translation solennelle des reliques
Selon Jacques LE GOFF, La naissance du Purgatoire, 1981,
le mot "purgatorium" n'apparaît qu'entre
1170 et 1180
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Néanmoins, comme si de rien n'était,
les moines transfèrent les reliques dans une nouvelle
châsse, au cours d'une cérémonie grandiose,
en présence de six évêques venus sur l'invitation
du pape. Cet événement est intéressant à
trois titres :
- Sa datation en 1159 permet de fixer la période extrême
de la rédaction de l'Historia.
- Dans le grand débat qui traverse alors la chrétienté,
l'abbaye de Saint-Florent ne se range pas dans le camp de Bernard
de Clairvaux ou de Guibert de Nogent, qui avaient recommandé
l'abandon des fastes liturgiques.
- Les pèlerins venus en foule à cette occasion
obtiennent la rémission de la septième partie de
leurs peines dans l'au-delà. C'est là une attestation
précoce de la croyance en un " feu purgatoire ",
intermédiaire entre le ciel et l'enfer, croyance qui vient
dédramatiser la sensibilité religieuse.
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3) Le culte rendu par les moines
B.M.S., ms. 14 et 16.
cf. LEROQUAIS, Les bréviaires manuscrits des Bibliothèques
de France, t. 4, 1934, p. 149-152 ( qui remplace
les anciens travaux de Mgr BARBIER DE MONTAULT )
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La dévotion des moines de Saint-Florent est
centrée sur le culte de leur fondateur. Ainsi, dans deux
cérémoniaux possédés par la Bibliothèque
municipale de Saumur apparaissent d'anciennes litanies caractéristiques :
selon la disposition rituelle, après les apôtres
viennent les martyrs, parmi lesquels ils placent saint Vincent
et saint Lambert ; ensuite, le premier des confesseurs est
saint Florent, le seul invoqué à deux reprises :
« Sancte Florenti, ora pro nobis » ;
viennent ensuite saint Martin et saint Sylvestre. Dans une des
versions, les moines glissent des saints locaux, comme Louans,
Mauron et Judicaël.
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4) Une foule de pèlerins
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Parlant de saint Florent, l'archidiacre Marbode ( début
du XIIe siècle ) évoque la foule des pèlerins,
qui, en particulier le samedi, « affluent vers lui,
comme les malades vers le médecin, les aveugles, les boiteux,
les possédés et ceux qui sont atteints de maux
variés ». Afin d'accueillir ces masses, parfois
venues de loin, les religieux ont construit un hospice et une
infirmerie, situées du côté du portail d'entrée.
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5) Douze récits de miracles
Pierre-André SIGAL, L'homme et le miracle dans
la France médiévale ( XIe-XIIe siècle ),
1985, a étudié 5 000 miracles, mais pas
ceux de Saint Florent, qui s'avèrent rejoindre ses conclusions.
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Les moines, qui appartiennent à la culture savante,
opèrent des choix parmi les prodiges que leur rapporte
la culture populaire. Il est intéressant de voir quels
miracles ont été retenus et racontés en
latin par ces lettrés, en particulier par Rainaud, un
écolâtre d'Angers.
Douze récits remontant au XIe siècle nous
sont parvenus ; quatre sont annexés à la "
Vie de Saint Florent " publiée par les
Bollandistes, les huit autres étaient consignés
dans un légendier qui a été traduit par
dom Huynes et reconstitué par Lucien Auvray.
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6) Un thaumaturge bienfaisant
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Un seul récit de miracle de châtiment
est rapporté : un seigneur homicide de la région
mancelle, à la tête de sa troupe, veut rançonner
des pèlerins se rendant vers l'abbaye de Saint-Florent
; ces derniers appellent le saint patron à leur secours.
Aussitôt, le reître est jeté à terre
par son cheval cabré, il meurt les membres fracassés
et « de sa bouche sacrilège sort une écume
dégoûtante ». On reconnaît ici
la constante hostilité des moines à l'encontre
des petits seigneurs pillards.
Les onze autres miracles sont des bienfaits accordés
par le saint, à la suite d'une supplique solennelle sur
le lieu de son tombeau ; dans un seul cas, le miracle est
accordé à la suite d'une invocation à distance.
Les guérisons dominent avec dix exemples ( quatre
cas de cécité, deux de paralysie, un cas de surdité
et enfin trois accès de folie furieuse, derrière
laquelle se profile une possession diabolique ). Ces miracles
post mortem sont rapportés avec peu de détails
pittoresques et sont d'une grande banalité. Ils n'ont
rien de commun avec les prodiges extraordinaires accomplis par
saint Florent pendant sa vie, tels que nous les conte la Vita,
de rédaction antérieure. Par exemple, cet enfant
de Candes demeuré trois jours au fond de la Vienne et
ressuscité par l'intervention du saint.
Désormais, dans la pensée des moines, l'intention
religieuse l'emporte sur la qualité de l'exploit. On a
cependant droit à une scène fantastique avec le
dernier cas : un clerc parricide, qui est absous de son
crime ; un oiseau sorti de la châsse vient briser
ses chaînes à coups de bec.
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7) Analyse sociologique
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Les groupes sociaux sont harmonieusement représentés,
six personnes de milieu populaire, quatre seigneurs, deux clercs.
Les femmes ont la portion congrue, puisqu'elles ne représentent
que trois miraculées ( dont deux pour troubles mentaux
! ).
Sept bénéficiaires sont angevins, et surtout
de la région du Mont-Glonne, car certains récits
se déroulent au temps du premier monastère. Mais
il convient de rappeler le rayonnement du saint : un miraculé
vient de Coutances, un autre de Pampelune.
Les récits n'insistent guère sur les suites
des événements ; deux miraculés, un comte
et un pauvre, donnent des biens à l'abbaye ; la reconnaissance
peut prendre une forme spirituelle : une femme devient religieuse...
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Il serait audacieux de tirer des conclusions péremptoires
de cette analyse réduite à douze cas. Un seul constat
peut être avancé : ces récits de miracles
sont en harmonie avec les autres modèles en usage au cours
du XIe siècle.
Poser la question des rapports de ces textes avec la réalité
n'a évidemment pas grand sens. La présentation
de saint Florent, de ses reliques et de ses bienfaits reflète
seulement la vision des moines.
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