Nouvel Hôtel de Ville, salle des Adjudications, armes stylisées de Saumur sur la cheminée

 

Chapitre 40 :

 Enseignement et cultures au XIXe siècle

 

 

   Les affrontements politiques du début du siècle nous ont amené à étudier l'enseignement primaire jusqu'en 1834, car, au terme d'un conflit à rebondissements, cette année voit le départ des Frères des Ecoles chrétiennes pour la rue Duplessis-Mornay et l'installation, à leur place, de l'école mutuelle aux Récollets. Comme les soeurs de Saint-André tiennent également des classes pour les filles au 9 de la rue du Prêche, auprès de l'ancienne prison de femmes, on peut dire qu'à l'époque de la loi Guizot ( 1833 ), pratiquement tous les enfants de Saumur sont scolarisés, dans une école payante ou gratuite, au moins jusqu'à 11 ans et pendant la mauvaise saison... Le niveau d'alphabétisation va-t-il augmenter rapidement au cours des décennies suivantes ?

 

DIVERSIFICATION DE L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 

   

 Dans la rédaction de cette section, j'ai abondamment utilisé les recherches universitaires d'Alexandra Guilmet & (1), de Cilia Delaporte & (2) et d'Huguette Guillet & (3). La documentation aux Archives municipales ( séries M et R ) ou aux Archives départementales ( série T ) est très inégale, abondante sur certaines périodes, muette pour d'autres, et très pauvre sur l'enseignement privé.
   

1) Lents progrès de 1834 à 1866 

  Au niveau le plus modeste sont créées des salles d'asile, simples garderies de quartier ouvertes dans des maisons particulières et sans aucune ambition pédagogique. Ces lieux d'accueil, qui permettent de travailler à des mères de très jeunes enfants, sont loin de faire l'unanimité, car les plus traditionalistes affirment que la place de toutes les mères est au foyer. Malgré ces freins, en 1875, huit salles d'asile fonctionnent à Saumur, selon C. Port, cinq tenues par du personnel laïque, trois par des religieuses de Saint-André et de Sainte-Anne.

 L'enseignement élémentaire demeure concentré sur trois gros établissements. En tête, vient l'école des Récollets, qui regroupe en permanence aux alentours de 300 garçons ( 295 en 1864 ). L'encadrement s'est progressivement étoffé depuis 1834 ; le directeur est épaulé par quatre adjoints en 1881, par six en 1913. Cependant, une division simple suffit à montrer la lourdeur des effectifs de chaque classe. Plusieurs campagnes successives de travaux viennent agrandir les locaux, dans les années 1833-1835, 1889-1890 et 1912.
 Chassés des Récollets, les Frères de la Doctrine chrétienne se sont installés aux numéros 18-20 et 22 rue Duplessis-Mornay, dans une grosse maison léguée au curé de Saint-Pierre par la veuve Oudry. Seuls deux frères sont alors rétribués par la commune, si bien que l'école a dû supprimer deux autres classes. La " Commission provisoire des souscripteurs pour le soutien de l'Ecole des Frères de Saumur " harcèle la municipalité par ses demandes de subventions et ses menaces de fermeture ê (4). L'école ne se porte pas si mal, elle est assistée par de généreux donateurs et, tout en se déclarant gratuite, elle demande une participation financière aux parents les plus aisés. Elle est soutenue par l'inspecteur des écoles primaires de Maine-et-Loire, le saumurois Névo-Degouy, qui, le 4 mai 1836, « exprime hautement la satisfaction qu'il a éprouvée en visitant l'école des frères ». L'école retrouve cinq classes et des effectifs proches de ceux des Récollets. Elle reçoit une subvention municipale à partir de 1841. Elle construit de nouvelles salles de classe en 1844-1845 ( je crois que c'est à cette époque qu'elle ouvre une annexe adossée aux remparts du château et désormais appelée " école du Fort " ). Pour ce faire, elle obtient un secours de 3 000 francs du ministre de l'Instruction publique. En 1856, le maire Louvet relance l'établissement en lui donnant le statut d'école communale, en accordant aux frères les salaires afférents et en rachetant les locaux à la fabrique de Saint-Pierre.
 Les soeurs de Saint-André ont un quasi monopole de la scolarisation des filles dans leur importante école communale située 9 rue du Prêche ( actuellement annexe de la crèche et parking ). Une statistique lui accorde un effectif de 550 élèves.

 Quelques créations sont à noter dans l'enseignement confessionnel. Afin d'éviter aux fillettes un trop long trajet, les soeurs de Sainte-Anne ouvrent, en 1852, une autre école communale de filles, située rue de la Visitation ( Waldeck-Rousseau ), à l'angle de la ruelle d'Offard. L'école évangélique, fondée par une société de souscripteurs protestants en 1842 et ouverte rue Duncan en 1844, est originale, car elle est à la fois mixte et de statut privé. L'instituteur reçoit 1 500 F par an, salaire rabaissé à 1 300 en 1870, car l'établissement connaît des difficultés continuelles ; les catholiques intransigeants l'accusent d'attirer des non-réformés de familles pauvres, afin de faire nombre. Elle survit avec peine grâce à des dons privés et à quelques subventions municipales.
 Sous le Second Empire, toutes ces écoles sont gratuites, qu'elles soient congréganistes ou laïques, elles sont entretenues par le budget de la ville, autant pour les bâtiments que pour le personnel. Le docteur Bineau indique la part de chacune dans le budget de 1864 & (5). La plus coûteuse, en raison de ses forts effectifs ( 295 garçons ), est l'école mutuelle, qui revient à 5 400 F pour l'année ; la moins chère est l'école protestante, avec 100 F, car elle ne réunit que 16 enfants, qu'elle n'est pas communale et que Louvet déteste les réformés.

 Cette période voit aussi le déclin de la méthode mutuelle, qui est employée aux Récollets et qui nécessité une armée disciplinée de moniteurs ( voir présentation dans la période 1816-1834 ). De 1840 à 1844, le Comité communal de l'Instruction publique organise une sorte de concours annuel entre l'école des Récollets et l'école des Frères. Ces derniers pratiquent la méthode simultanée, en divisant leurs classes en divisions selon les niveaux. Leurs résultats sont meilleurs. Jean Burgevin, le directeur de l'école mutuelle, est contesté, tout en étant félicité pour son dévouement lors des inondations de 1843. Il faut aussi ajouter qu'il est un ardent républicain. En tout cas, le Conseil municipal demande son remplacement le 12 juillet 1848 ; Burgevin sollicite un congé illimité et est remplacé par Ratouis au 1 er janvier suivant. La méthode mutuelle décline ; dans une lettre au maire du 24 octobre 1862, Choyer, le nouveau directeur des Récollets, annonce son abandon définitif.
  

2) Conflits scolaires et multiplication des écoles de quartier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Dossier 1 : Un nouveau réseau d'écoles de quartier

  Le paysage scolaire change avec l'offensive des républicains, qui sont aiguillonnés par la fondation d'une section locale de la Ligue de l'enseignement en 1873. Ces derniers sont avant tout hostiles à la tenue d'écoles publiques par des congrégations. En 1866, ils remportent un premier succès de taille au Conseil municipal, en faisant voter la suppression du statut communal pour l'école des Frères de la rue Duplessis-Mornay. Cette dernière perd ses salaires et devient une école libre, sous le régime de la loi Falloux de 1850. Propriétaire des locaux, la ville lui demande ultérieurement un loyer.
 Quand ils sont nettement majoritaires au sein du Conseil, les républicains tentent de passer à une nouvelle étape en décidant le 31 août 1871 que tous les établissements scolaires communaux seraient tenus par des laïques à partir de la rentrée de 1872 ( voir explications d'ensemble dans " les républicains sur la défensive " ). Autrement dit, les religieuses seraient remplacées dans les écoles de la ville, ce qui n'est pas une mince opération.
 Cette décision fait une première victime collatérale et imprévue ; l'école protestante se portait toujours mal, elle ne comptait que 22 élèves en 1869 et avait reçu une aide communale exceptionnelle de 1 000 F. Désormais, le Conseil municipal peut difficilement subventionner un établissement qui est à la fois libre et confessionnel. Dans une supplique du 14 septembre 1871, le pasteur Davaine, tout en laissant entrevoir des idées libérales et républicaines, explique que les protestants souhaitent envoyer leurs enfants dans des établissements véritablement laïques, alors que les nouvelles enseignantes devraient, malgré tout, enseigner le catéchisme ê (6). La nouvelle subvention qu'il demande est refusée par le Conseil le 24 novembre 1871. C'est l'arrêt de mort de l'école protestante, qui ferme définitivement en 1880.

 Quant au remplacement des religieuses enseignantes, le maire Rémy Bodin écrit à la supérieure de Saint-André que le Conseil a seulement pris une décision de principe, qui ne sera pas appliquée dans l'immédiat. La municipalité est circonspecte, car elle dispose de peu d'autonomie, que les autorités supérieures sont franchement cléricales et que les soeurs ne coûtent pas cher à la ville. James Combier tarabuste les autres conseillers pour obtenir une laïcisation immédiate ; il arrache un nouveau vote de principe le 10 octobre 1878. Cependant, ce n'est qu'un voeu, la décision finale revient au préfet. Il faut attendre la victoire des républicains à l'échelon national et les succès locaux de James Combier pour le mettre en pratique. C'est à partir du 1er janvier 1880 que des institutrices laïques remplacent les soeurs dans les écoles communales. En décembre, les emblèmes religieux sont retirés des locaux, soit, pour Saumur, bien avant la circulaire ministérielle du 2 novembre 1883.

  En riposte, les congrégations ouvrent de nouvelles écoles libres concurrentes tout à côté de leurs anciennes. L'enseignement public doit faire preuve d'un grand dynamisme. A Saumur, l'école est en pratique gratuite, laïque et obligatoire, quand sont votées les lois dites de Jules Ferry. Ces textes apportent surtout un corps de doctrine cohérent et relancent la dynamique scolaire. Les enseignants deviennent fonctionnaires de l'Etat par la loi du 19 juillet 1889 ; la commune, qui n'a plus à rétribuer les maîtres ( seulement à les loger ), consacre des ressources importantes à des constructions nouvelles, aux salles lumineuses, aux vastes cours, complétées par des cantines et par des lieux d'aisances. Voir dossier 1.

 

PENSIONNATS ET COLLÈGES

    

3) Une multitude de pensionnats

  Dossier 2 : Quelques pensionnats

  Au XIXe siècle, l'internat est considéré dans les milieux aisés comme le meilleur mode de formation ; on n'hésite pas à placer des enfants encore très jeunes dans des pensionnats situés tout près du domicile des parents. Ces pensionnats, souvent éphémères, se multiplient dans la ville, établis souvent dans des maisons particulières et correspondant au niveau des classes primaires et, parfois, des premières années des collèges. Dans le dossier n° 2, nous apportons des renseignements sur quelques uns et, plus particulièrement , sur le pensionnat de Nantilly et sur le pensionnat des Dames de la Retraite.
  

4) Apparition de trois collèges surdimensionnés

 Dossier 3 : Un collège somnolent ( 1815-1873 )

 Dossier 4 : Le réveil du collège de Garçons

Dossier 5 : L'institution Saint-Louis

 Dossier 6 : Le collège de Jeunes Filles

  A Saumur, quand on parle du collège, c'est le collège communal de Garçons qui est désigné, car il est longtemps unique. Deux étapes apparaissent clairement dans son évolution : une longue période de somnolence, suivie par une vigoureuse relance, marquée par la reconstruction complète des bâtiments, les initiatives de Jules Rigolage et la naissance de l'école industrielle.

 Les années 1872-1885 marquent un renouveau complet de l'enseignement secondaire. Outre le réveil du collège de Garçons, elles voient la naissance de l'institution Saint-Louis et l'ouverture de l'original et novateur collège de Jeunes Filles. Nous consacrons à ces établissements des dossiers abondamment illustrés.
 Après une longue période de sous-équipement, la ville est désormais pourvue d'établissements secondaires, qui, pour les besoins de l'époque, sont surdimensionnés. Nous avions dressé le même constat pour l'enseignement primaire. Les municipalités républicaines du XIXe siècle ont engagé des dépenses colossales dans le domaine scolaire ; le siècle suivant leur a donné raison.

 

VIE CULTURELLE

        

 5) Le règne du livre

 

 

 

  Dossier 7 : Les éditeurs saumurois

 

  Dossier 8 :  Les bibliothèques

  L'instruction généralisée, l'apparition progressive de livres à bon marché rendent courant l'usage de l'écrit imprimé au cours du XIXe siècle. Ajoutons-y la liberté de la presse, et nous constatons l'éclosion de journaux saumurois en nombre exceptionnel. Dans L'âge d'or de la presse locale, nous présentons sept périodiques, qui paraissent dans les premières années du XXe siècle, tout en reconnaissant la légèreté de leurs informations et leur faible diffusion ( au maximum, 1 900 abonnés au total ).
 Par rapport à l'effondrement du XVIIIe siècle ( un imprimeur unique ) et sans retrouver l'éclat du XVII ème, les presses locales reprennent vie en nombre croissant ; elles se lancent parfois dans la publication de brochures et de livres pour répondre à une demande précise. Quelques rares éditeurs se lancent dans des entreprises plus hardies et à plus large diffusion. Le dossier 7 s'efforce d'en dresser la liste.

 Nous employons le pluriel à propos des bibliothèques. La bibliothèque municipale débute avec un beau fonds de livres provenant des anciens couvents, mais elle achète peu et est rarement ouverte, même quand elle est installée au second étage de l'Hôtel de Ville. D'autres organismes la complètent, la bibliothèque populaire, qui lui est associée, les cabinets de lecture ou les petites bibliothèques ouvertes dans les écoles, dans les sociétés d'agrément ou à la Bourse du Travail.
    

 6) La passion du patrimoine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Dossier 9 : Les musées

 Les Saumurois du XIXe siècle, ou tout au moins les décideurs, sont-ils vandales ou cultivés ? La destruction catastrophique de l'abbaye de Saint-Florent nous interdit d'être trop élogieux. Cette dévastation de la majeure partie d'un monument exceptionnel ne résulte pas d'une initiative prise à la sauvette par des gens incultes et cupides ; l'opération s'étend sur les années 1805-1835 et reçoit l'accord réfléchi des représentants de l'Etat. Aucun relevé, aucun dessin n'a été opéré ( sauf par Bodin ), aucun fragment de statuaire n'a été sauvegardé. Parmi les autres et inévitables destructions du siècle, seules présentaient quelque intérêt : la chapelle des Cordeliers, l'ancien Hôtel-Dieu, quelques maisons de la " percée Dacier " et une aile de la Maison du Roi, détruite pour faire la place à la Caisse d'Epargne.
 En sens contraire, tout au début du siècle, le Saumurois Jean-François Bodin est le premier en Anjou à dresser l'inventaire des monuments du passé, à les dessiner et à évoquer les événements qui s'y sont déroulés & (note 7). Le succès de ses livres lui apporte de l'autorité ; il fait stopper la destruction des monuments mégalithiques. Avec l'aide de l'ingénieur Charles-Marie Normand, il sauve la tour d'Evraud et les effigies des Plantagenêts à Fontevraud. Ce même Normand, assisté par l'entrepreneur Cailleau, a défiguré l'intérieur du château en le transformant en prison, mais en même temps, il a reconstruit fidèlement les deux tours dominant la Loire. On sait le rôle joué par Mérimée, qui a apprécié la chapelle Saint-Jean et détesté la nouvelle façade de Saint-Pierre, qu'il juge « de très mauvais goût ». L'action importante de Joly-Leterme est traitée ailleurs.
 Toutes les églises paroissiales de la ville échappent à la destruction et évitent, parfois de justesse, d'être remplacées par des pièces montées néo-gothiques ou néo-byzantines. Elles sont alors toutes restaurées - dans le respect de leur style originel, pour Saint-Pierre, Notre-Dame de Nantilly, les Ardilliers et la chapelle Saint-Jean, - avec d'importantes transformations, pour Saint-Nicolas et Notre-Dame de la Visitation. Les inspecteurs des Monuments historiques ont dû parfois élever la voix, par exemple, contre un curé de Nantilly qui avait vendu les tapisseries, afin de restaurer l'orgue et l'horloge.

 Le bilan monumental du siècle est globalement positif. En outre, plusieurs passionnés, s'adonnant à l'archéologie, à la numismatique, à l'étude des fossiles, des plantes et des insectes, s'associent en 1829 pour créer le musée de Saumur, le premier ouvert au public dans le département.
  

 7) L'érudition

 

 

 

 

 

 

  Dossier 10 : Erudits et sociétés savantes

  En tête des érudits locaux vient Louis Raimbault ( 1816-1895 ), un vétérinaire qui fait beaucoup de choses & (8). Il opère des relevés météorologiques, il dresse des cartes et des plans, il collectionne les faits divers. Il est pendant trois ou quatre ans bibliothécaire de la ville. Sa grande passion est l'histoire ; il travaille selon de solides méthodes scientifiques, sait fort bien déchiffrer les documents anciens et interpréter les chartes latines ; il accumule les fiches sur les localités et les personnages marquants du Saumurois. Ces notes vont aider Célestin Port dans la rédaction de son dictionnaire - dictionnaire que Raimbault avait rêvé de rédiger lui-aussi. Son plus important travail est le classement des archives anciennes de la municipalité ; de 1859 à 1862, avec le titre d'archiviste de la ville, il rédige un répertoire sommaire, qui, malgré son titre, offre des analyses précises des documents les plus intéressants. Sous la surveillance attentive de C. Port, il respecte scrupuleusement les normes de classement et il ajoute des index commodes par noms de lieux, matières et noms propres. Son classement et son inventaire restent la base de travail dans les archives anciennes. Assez brusquement en 1864, Louis Raimbault retourne vivre à Thouarcé, sans avoir mené très loin les recherches personnelles qu'il avait entreprises.

 Beaucoup d'autres solides érudits vivent à Saumur au XIXe siècle. Sans liens entre eux, ils demeurent isolés et publient leurs travaux dans des revues étrangères à la ville. C'est seulement en 1910 qu'est fondée la Société des Lettres, Sciences et Arts du Saumurois, dont l'histoire est évoquée dans le dossier ci-contre.
   

 8) Culture populaire et culture de l'élite

 

 

 

 Dossier 11 : Les arts du spectacle

 

 

 Dossier 12 : Quelques écrivains locaux

  Les historiens d'aujourd'hui insistent sur la différenciation entre culture populaire et culture de l'élite. Saumur a coupé les ponts avec la culture rurale, le meilleur conservatoire des traditions populaires. Ses éléments les plus modestes lorgnent plutôt vers les pratiques de la bourgeoisie, sans vraiment affirmer leur originalité. Dans le domaine culturel, les milieux qu'on pourrait placer dans l'élite ne sont pas tellement étoffés ; ils s'isolent soigneusement en fréquentant les mêmes salons, les mêmes cercles, en particulier, le Cercle Saint-Hubert, qui fusionne avec la Société de Tir aux Pigeons et qui se réunit au premier étage du Café de la Paix ( cotisation annuelle de 80 F, la sélection est faite ), ou bien, la " Société littéraire ", salon de lecture et de billard, implanté place de la Bilange, ou bien, le Cercle Poisson, rue Beaurepaire, longtemps animé par Louis Raimbault. Ce cloisonnement est avant tout social ; il ne semble pas déboucher sur des activités culturelles particulières.

 La distinction entre culture populaire et culture de l'élite n'est donc guère opérationnelle, car bien des activités se situent dans l'entre-deux. S'il faut opérer des distinguos, il est plus évident de séparer une culture civile et une culture militaire, ou bien des sphères culturelles imprégnées de religion et des sphères culturelles laïques. Là se situent les vraies cassures dans la ville. Faute de documentation commode sur ces pratiques, nous survolons les manifestations les plus extériorisées qui relèvent des arts du spectacle.

 La littérature appartiendrait plutôt à la culture de l'élite, encore que les rares auteurs que nous présentons ( Charles Marchand, Jules Quesnay de Beaurepaire, Jean de La Brète ) cherchent à atteindre un large public, en s'en tenant strictement aux écrivains qui ont vécu dans le proche Saumurois.
   

9) Les arts plastiques

  Bien des noms méritent d'être cités dans le domaine des arts plastiques. Charles Aubry, dessinateur et lithographe, est l'objet d'une étude particulière. Des oeuvres du peintre d'histoire et dessinateur Edmond Savouré et du lithographe Jehan Marchant sont reproduites dans ce site.
 Quelques artistes, nés à Saumur, quittent la ville très tôt. Plusieurs partent pour l'Amérique. Edouard Marquis, ( 1812-1894 ), peint des vues du Mississippi, puis revient en France et finit ses jours rue du Portail-Louis. Théodore-Auguste Marchand, dit Rousseau ( 1822-1857 ), sans rapport avec son homonyme, le fondateur de l'Ecole de Barbizon, reçoit une bourse de la ville pour étudier à Paris ; il envoie à Saumur deux toiles, La Paix ramenant l'Abondance et une copie de Prud'hon, La Vengeance et la Justice poursuivant le Crime, toujours à l'Hôtel de Ville ; il peint aussi pour l'église Saint-Nicolas des tableaux d'un strict classicisme et devient un portraitiste apprécié ; il part pour l'Amérique en 1854, il s'y retrouve sans ressource et meurt de la fièvre jaune à La Havane. Un seul Saumurois a brillamment réussi : Marie Adrien Persac ( 1823-1873 ), apparenté au maire de Saumur, qui réussit une belle carrière en Louisiane et y déploie une large gamme de talents, à la fois, portraitiste, paysagiste, peintre de vues, cartographe, architecte, ingénieur civil de la ville de Bâton Rouge, et aussi photographe professionnel et professeur d'arts plastiques & (9).
 Jean-Eugène Fromageau ( Saumur, 1822 - Saumur, 1896 ), né dans une famille d'entrepreneurs, devient architecte et part faire carrière à Alger. Il y devient architecte diocésain, il y construit la basilique Notre-Dame d'Afrique et de nombreuses autres réalisations.
 Charles-Auguste Corbineau ( 1835-1901 ) fréquente les grands ateliers parisiens, il envoie un portrait de femme au Musée de Saumur ; proche de l'Ecole de Barbizon, il atteint une certaine réputation avec ses toiles mélancoliques, comme La Vallée d'Ormesson du Musée Joseph Denais à Beaufort. Son élève, Joseph Trésières, lui-aussi né à Saumur, a été apprécié pour ses scènes de genre.
 Alfred Quesnay de Beaurepaire, né à Saumur en 1830, s'est fait apprécier par d'immenses toiles représentant des batailles de la campagne de Crimée et de la Guerre de 70.
 Le saumurois Georges Grellet, dessinateur, graveur et lithographe, est très coté dans les milieux parisiens.
 Quelques artistes installés sur place nous ont laissé d'intéressants paysages du Saumurois, en particulier, Louis de Kock et ses deux filles, Charles Leroux-Cesbron et Jules Briet, professeur de dessin au Collège et à l'Ecole industrielle. Paul Trouillebert vient passer sa vieillesse à Candes.
 Avec le nouveau siècle, apparaissent deux actifs sculpteurs, Albert Jouanneault et Alfred Benon, également auteur de peintures ( la rue des Moulins ) et de brochures ( sur le père Cristal ). Voir le fond de cet artiste sur le site des Archives municipales.
    

 10) Un art industriel, la photographie

  Dossier 13 : Les photographes saumurois

  La photographie apparaît très tôt à Saumur. A partir de 1862, s'implantent des studios de remarquables photographes professionnels, qui se succèdent aux mêmes lieux ; ces derniers se transmettent des plaques négatives, mais surtout des savoir-faire et une solide tradition de qualité esthétique.
 Au delà des habituels portraits, des paysages ou des vues de monuments, plusieurs professionnels s'équipent d'appareils légers pour des prises de vue à grande vitesse, et ils se tournent vers la photographie équestre et militaire.  Des collections fournies de cartes postales sont éditées à partir de leurs clichés.
   

 

 

  Une particularité reste à signaler. L'espéranto, créé en 1887, connaît une expansion rapide. Un groupe naît à Saumur en 1905 et semble fort actif à la veille de la Guerre 14-18. Le docteur Henri Vallienne, qui a traduit en espéranto l'Enéide de Virgile et Les Métamorphoses d'Ovide et écrit des romans dans cette langue, était né à Saumur le 19 novembre 1854, mais il avait, lui-aussi, quitté la ville.