Un nouveau réseau d'écoles de quartier
 

 Dans un climat de guerre entre les écoles publiques et privées se met en place, surtout dans les années 1890-1907, un nouveau réseau d'une remarquable densité.

1) L'apparition d'écoles maternelles publiques

 La loi Goblet de 1886 prévoyait la transformation des salles d'asile en écoles maternelles. Pauline Kergomard, l'inspectrice générale des nouvelles classes, leur donne, l'année suivante, un programme plaçant le jeu et les activités physiques au centre de leur pédagogie.
 La municipalité dirigée par le docteur Peton fait un gros effort dans ce domaine et ouvre une école maternelle laïque dans chaque quartier ; en 1913, cinq établissements sont en place. Enumérons-les du nord au sud : au n° 55 de la rue de la Croix-Verte, fonctionne une petite classe, aménagée dans les années 1904-1908 ( et reconstruite après la guerre ). L'école maternelle de la rue du Petit-Pré, réalisée par l'architecte Ardoin, est spacieuse et tenue par deux institutrices ( proche de la rue de l'Arsenal, elle est aujourd'hui remplacée par une Maison de l'enfance ). L'école de la rue Chanzy est la seule à conserver ses anciens bâtiments à l'angle de la rue Saint-Nicolas ( achat de la maison et travaux en 1899-1902 ). Au 113 rue de Fenet ( aujourd'hui 9 bis rue Jean-Jaurès ) est ouverte une petite classe ( qui en 1936 est transférée dans l'ancienne station de pompage de la rue du Bellay ). L'école du n° 1 rue des Boires ( rue Seigneur ) a été reconstruite. Au total, huit institutrices sont en poste.

2) Les écoles primaires de filles d'abord

 Le souci premier du maire James Combier était d'ouvrir des écoles laïques pour les filles. Après avoir remplacé les religieuses dans l'école communale au 9 rue du Prêche, la municipalité améliore les bâtiments en plusieurs étapes et ils avaient finalement fière allure, si l'on en croit les vestiges qui subsistaient après les bombardements de 1940.

Ecole de la rue du Prêche

 L'éclairage au gaz y est installé dès 1873. L'établissement compte quatre classes, mais ne peut prendre de l'extension faute d'espace.

Ecoles et collèges du centre ville au XIXe siècle

 L'ouverture d'une nouvelle école pour les filles est décidée par le Conseil municipal en 1884. La ville achète une grosse maison médiévale au 18 rue Cendrière. L'architecte-voyer Ernest Ardoin construit en 1890, auprès de l'ancien rempart, un alignement de quatre classes neuves ( A.M.S., 4 M 23 ). Cette création présente le style standard des nouvelles réalisations scolaires, avec de larges baies précédées par une marquise. Le bâtiment est sobre, sans fioritures, il n'a coûté que 15 500 F, mais les classes manquent de lumière, au point qu'il faut laisser l'électricité en permanence.

La nouvelle école de la rue Cendrière

 Les institutrices sont logées dans l'ancienne maison. L'école a servi à la section d'Education professionnelle du collège du Chemin Vert et est ensuite devenue la Bourse du Travail.
 A cette même époque, la municipalité fait des efforts limités en faveur des écoles de Garçons. Cependant, le 24 janvier 1881, le Conseil municipal accorde un adjoint supplémentaire à l'école des RécolletsZone des nouvelles écoles des Ponts sur le cadastre de 1812, orientation vers le nord ( qui comptait 295 élèves pour 5 maîtres, soit une moyenne de 59 chacun ) et à l'école des Ponts, encore plus débordée, puisque les deux maîtres avaient 130 enfants à leur charge.

 

3) Le « palais scolaire » des Ponts

 Le quartier des Ponts, longtemps sans école, a mauvaise réputation. La zone située entre la rue Nationale et la rue de la Visitation est un lacis de ruelles tortueuses et obscures, dans lesquelles on ne se risque pas la nuit. Tout a changé depuis l'époque du cadastre de 1812, sur lequel on se repère difficilement ( à droite ). Dans la seconde moitié du siècle, d'importants travaux d'urbanisme et des constructions scolaires ont purgé ce coupe-gorge.
 Vers le haut, la boire du Moulin-Pendu est devenue la rue Montcel. La rue de la Reine-de-Sicile a été percée en partant du port Sainte-Cécile et en passant par le carrefour du Petit-Pré, petite place au centre du plan, qui était bordée par des îlots informes ; la nouvelle rue a été rectifiée, élargie et reconstruite.

 Dans les premières années de la Troisième République, sont ouvertes dans le quartier une école maternelle près de la rue de l'Arsenal ( accès par la rue du Petit-Pré ) et une première école laïque de garçons, créée en 1878 sur la rue du Roi-René ( aujourd'hui Montcel  - école reconstruite en 1960 ).

 

 

 L'ancienne école congréganiste de filles de la rue de la Visitation, laïcisée, s'avérait insuffisante et dans un état lamentable ( voir plan ci-dessous pour se repérer dans cette topographie compliquée ).

Ecoles du quartier des Ponts

Le docteur Peton, maire, fait adopter le 16 mai 1901 le principe de la construction d'une nouvelle école à l'angle oriental de la rue de la Reine-de-Sicile et de la rue du Petit-Pré, ainsi que l'achat d'un immeuble pour loger l'institutrice. Les plans dressés par l'architecte Albigot n'ont pas été réalisés ( A.M.S., 4 M 11 ).

 L'école des Garçons s'avérant trop petite, les filles, moins nombreuses, iront s'y installer, et c'est une nouvelle école pour les garçons qui est édifiée selon des proportions ambitieuses, puisqu'elle offrira cinq classes de 50 élèves, une cantine pour 120 et de vastes cours.
 L'architecte-voyer Jules Dussauze signe les plans le 29 avril 1905 et les devis pour un montant de 69 107, 59 F. Clément Fournier, entrepreneur habitant rue Waldeck-Rousseau, construit un véritable « palais scolaire », en contraste avec un environnement modeste.
 Dussauze renonce ici à son goût incongru pour la brique. Il fait exécuter par Ciret un abondant décor sculpté autour du thème des armoiries de la ville.

Ecole de garçons de la rue du Petit-Pré
Décoration de l'école du Petit-Pré

Ancienne école de filles La plaque, en bas vers la gauche, explique la dédicace de l'école à Félix Pauger, un ancien directeur mort en déportation ( aujourd'hui pôle universitaire ).

 

 

 

 L'ancienne école de filles du 32 rue Waldeck-Rousseau, devenue inutile, est vendue aux enchères à un particulier le 16 juin 1910 ( A.D.M.L., O 1042 ).

 

 

 

4) Le « palais scolaire » de Fenet

 Durant longtemps, le quartier de Fenet, populeux et étiré, ne dispose d'aucune école publique. Les enfants doivent effectuer un long trajet, les filles pour rejoindre la rue Cendrière, les garçons vers les Récollets ou vers le quartier des Ponts. Aussi, poursuivant son plan d'équipement scolaire, le maire, le docteur Peton, fait-il adopter par le Conseil municipal du 22 mai 1905 la décision de construire deux écoles jumelées à l'extrémité du faubourg. L'opposition municipale vote contre, car, selon, son porte-parole, Louis Mayaud, ces nouveaux établissements seront dangereux en raison de l'absence « de l'enseignement de la morale chrétienne » ; les nouvelles classes vont surtout venir en concurrence des petites écoles congréganistes ouvertes dans le quartier, qui bénéficient du soutien de la maison Mayaud.
 Peton ayant démissionné peu après, c'est son successeur, Léon Voisine, qui conduit avec célérité la réalisation de ces écoles, appelées indifféremment " écoles du quai de Limoges ", " écoles du quartier Notre-Dame " ou " écoles de Fenet " ( A.M.S., 4 M 10 - Gino Blandin, Histoire de l'école Jean de La Fontaine de Saumur ( 1907-2007 ), Cheminements, 2007 ). L'emplacement est tout trouvé : les Enfants de Marie Immaculée, dits Pères de Chavagnes, qui administraient le pèlerinage des Ardilliers, disposaient d'une maison et d'un grand jardin à l'angle du quai et de la rue Delanoue ( aujourd'hui rue des Fondis ). Leur congrégation n'ayant pas été autorisée, ils sont expulsés le 25 avril 1903 ; leur domaine est confié à un liquidateur judiciaire, qui le revend à la ville le 15 mars 1906. La propriété d'Auriou, secrétaire de la Mairie, située du côté de la place Notre-Dame, vient compléter l'enclos. Les deux immeubles seront conservés pour le logement des directeurs au rez-de-chaussée et de deux adjoints au premier étage ( ils auraient intérêt à être célibataires ! ).
 L'architecte-voyer Jules Dussauze dresse les plans de deux écoles comparables, comprenant chacune trois classes de 50 élèves, pour un montant de 115 900 F. Les travaux sont mis en adjudication dès le 14 avril 1906.

Annonce de l'adjudication, A.M.S., 4 M 10

 C'est Clément Bréchet, un entrepreneur d'Angers, qui enlève le marché. Dussauze, qui était en même temps architecte du département et inspecteur des édifices diocésains, habite également Angers. Cette conjonction de deux bâtisseurs étrangers au Saumurois explique peut-être l'introduction voyante de la brique, soit de la brique rouge-vif, soit de la brique claire. L'élévation du portail d'entrée de l'école des Filles, du côté de la place Notre-Dame, insiste fièrement sur ces parements colorés ( A.M.S., 4 M 10 ).

Elévation du portail de l'école des Filles par Dussauze, A.M.S., 4 M 10

 La réalisation est assez fidèle, à part un blason agrandi, l'ajout de la date de 1907 et d'un lit de brique orangée.

Le portail réalisé par Bréchet

  Les travaux commencent par l'apport d'importants remblais tirés des prairies du Petit Puy. Chaque salle est éclairée de chaque côté par deux larges baies, couronnées par un parement de brique.

L'école maternelle Jean de La Fontaine

Modèle du mobilier mis en adjudicartion

 Le 4 mai 1907, est mise en adjudication la fabrication du mobilier scolaire des deux écoles, et en même temps, de l'école de Garçons du Petit Pré et de l'école maternelle de la Croix Verte ( A.M.S., 4 M 32 ). Nous reconnaissons des modèles classiques, qui combinent le métal, le chêne, le hêtre et le bois blanc et où pupitres et sièges sont solidaires.

 Les nouvelles écoles sont ouvertes à la rentrée du 24 septembre 1907. Ainsi s'achève l'ambitieux, et coûteux, programme de réalisations scolaires lancé par le docteur Peton. La ville est équipée de belles écoles dans tous les quartiers ; on aurait pu écrire " suréquipée ", puisque ces écoles publiques n'ont jamais été utilisées à plein, qu'en général, une classe reste inoccupée et qu'aujourd'hui beaucoup sont affectées à d'autres fonctions. Il faut maintenant expliquer ce fait par la vive concurrence des écoles privées.

5) La multiplication des écoles privées

 De nombreuses déclarations d'ouverture d'une école privée sont enregistrées dans la série T des Archives départementales ou aux Archives municipales en 1 R 39, en général de petits établissements, dont les bâtiments sont en location et pas spécialement appropriés, mais souvent situés à proximité des écoles publiques. Deux vagues de fondations sont bien perceptibles. Le 1 er janvier 1880, à la suite d'une décision du préfet réclamée par James Combier, les religieuses qui tiennent des écoles communales sont remplacées par des laïques.Entrée de l'école primaire, inscription disparue Aussitôt, le 9 octobre 1880, les soeurs de Saint-André achètent de vastes locaux entre la rue des Payens et la place Dupetit-Thouars, avec l'aide de la vicomtesse de Wall ( résidant au château de Chétigné ). Elles y ouvrent une école libre de filles, dans laquelle on entre par la rue des Payens, en face de la rue du Prêche, où elles tenaient leur ancien établissement.
 Les soeurs de Sainte-Anne abandonnent leurs locaux situés à l'angle de la ruelle d'Offard et de l'actuelle rue Waldeck-Rousseau pour passer dans la nouvelle école de la Visitation. Les milieux catholiques avaient disposé de dix ans pour faire face à ces mesures, les curés des paroisses avaient fondé des associations pour gérer les nouvelles écoles et, à l'échelle diocésaine, Monseigneur Freppel était à l'origine de la création en 1882 du Comité pour la défense de l'enseignement religieux.
 La deuxième vague de créations apparaît dans les années qui suivent la loi Waldeck-Rousseau de 1901, qui interdisait certaines congrégations, et la loi Combes de 1904, qui interdisait l'enseignement à des congrégations précédemment autorisées. Les Frères des Ecoles chrétiennes et les religieuses enseignantes de Saumur ne sont pas autorisés, à l'exception des soeurs de La Pommeraye, qui tiennent l'orphelinat ; les autres soeurs se sécularisent, s'habillent en civil, changent habituellement de lieu de résidence et ouvrent en leur nom propre des écoles libres, qui ont perdu toute apparence congréganiste, tout en continuant les anciens établissements. L'enseignement y est en principe gratuit, mais une participation financière est demandée aux familles aisées.

 Voici le nouveau réseau scolaire privé, tel que nous avons pu le reconstituer avec bien des difficultés. Dans le quartier de Nantilly, trois Frères de la Doctrine tiennent une école de Garçons, avec cours d'adultes, au 21 rue du Pressoir, au fond de l'impasse Saint-Antoine.

Ancienne école des Frères, 21 rue du Pressoir

 Une école maternelle libre est ouverte place du Presbytère ( derrière l'église de Nantilly ) ; en 1912, elle réapparaît, reforcée par une école primaire pour les filles, tout près, rue Sévigné. Les soeurs de Saint-André, outre leur école évoquée plus haut, ouvrent une maternelle, avec entrée sur la place Dupetit-Thouars ; dans le même quartier, apparaît en 1889 une école libre pour les filles, installée rue du Petit-Mail.
La ville haute est un fief de l'enseignement privé. Le pensionnat de la Retraite, devenu cours Dacier, comporte une école primaire et des classes enfantines. Les Frères installés rue Duplessis-Mornay ont finalement été condamnés à payer un loyer à la ville, propriétaire de leurs locaux. Par la suite, la municipalité y installe l'Association de la Jeunesse laïque, présidée par l'avocat Jules Baudry, car, le 18 juin 1907, un arrêté de Clemenceau, président du Conseil et ministre de l'Intérieur, au nom de la loi Combes, ordonne la fermeture des écoles des Frères de la rue Duplessis-Mornay, de la rue de la Maremaillette et de la rue du Pressoir à compter du 1 er septembre suivant. Le Frère François-Marie Raud fonde aussitôt une nouvelle classe privée, dans l'annexe située un peu plus haut et appelée l'école du Fort ( voir le plan du centre-ville ).
Dans le quartier Saint-Nicolas, fonctionnent une école des Frères, rue de la Maremaillette ( depuis 1894 ) et des établissements tenus par des soeurs de Sainte-Anne, l'école Saint-Nicolas, ouverte en 1875, et tout à côté, 24 rue de la Petite-Bilange, une autre école pour les filles, avec pensionnat.
Au quartier de Fenet, les soeurs de La Pommeraye tiennent une classe pour les filles dans leur orphelinat du 5 rue Fourier ; les soeurs de Sainte-Anne en ouvrent une autre en 1871 dans la Maison de la Providence, 33 rue Notre-Dame ( Rabelais ) ; en 1886, apparaît une autre école libre de Filles, située rue de Fenet, à un numéro non précisé.
 Dans le quartier des Ponts, outre l'école de la Visitation, fonctionnent pendant quelque temps une annexe des Frères installée dans la Maison de la Reine de Sicile ( Echo saumurois du 6 septembre 1872 ) et une petite école libre de Filles située dans les parages.
 Cette floraison de classes, parfois éphémères, attestent de la vigueur de la concurrence scolaire. Les statistiques avancées sont loin d'être homogènes. Les plus fiables, qui émanent de l'inspection académique à la fin du siècle, avancent que les écoles libres rassemblent 76 % des filles ; les belles écoles publiques sont en effet loin d'être pleines. Une puissante tradition veut que les filles soient confiées à des religieuses, même habillées en civil ; malgré les remarques, des militants républicains continuent à accorder leur préférence aux soeurs. La formation de ces dernières n'est pourtant guère poussée ; au milieu du siècle, elles présentent une lettre d'obédience, c'est-à-dire un certificat de compétence délivré par leur supérieure, puis, à la fin du siècle, un brevet de capacité, qui repose sur un examen. Cependant, malgré des études courtes, les congrégations leur ont donné une préparation pédagogique. A l'inverse, l'Ecole normale d'institutrices d'Angers n'est ouverte qu'en octobre 1886 ; pendant longtemps, les maîtresses du public n'avaient reçu aucune formation.
 Chez les garçons, au contraire, les maîtres sont qualifiés et le public l'emporte nettement sur les Frères, qui étaient de solides et rudes pédagogues, mais qui ont pâti d'une affaire de pédophilie.
 Au total, l'enseignement catholique est singulièrement puissant dans cette ville réputée laïque, il y dépasse nettement le taux de 44 % des enfants, relevé par Jean-Luc Marais pour l'ensemble du Maine-et-Loire en 1910.

6) L'enseignement primaire supérieur

 Avant de quitter l'enseignement élémentaire, il convient de rappeler que les deux collèges publics ont aussi des classes primaires ( ouverture officielle en 1814 au collège de Garçons ) ; il en est de même dans l'institution Saint-Louis.
 A l'autre extrémité de l'éventail, vient l'école primaire supérieure, fondée comme annexe au collège de Garçons par délibération du Conseil municipal du 1er septembre 1833 ( A.M.S., 1 R 17 ). Pour l'accueillir, de nouvelles salles sont construites du côté de l'actuelle avenue du Docteur-Peton. L'établissement est restructuré en 1850, en conséquence de la loi Falloux ; son nouveau directeur, Monsieur Détriché, est en même temps inspecteur primaire ; il est l'instituteur le mieux rétribué de la ville et aussi l'objet de vifs éloges. Selon le docteur Bineau en 1864, l'école compte deux classes de 32-33 élèves, en partie pensionnaires. Les instituteurs donnent un enseignement général de français et d'arithmétique, mais surtout une formation pratique sur la calligraphie et la tenue des livres, le dessin linéaire et l'arpentage, les poids et mesures, ainsi que les applications usuelles de la géométrie. Les jeunes gens sont ainsi préparés à devenir des employés ou des cadres subalternes du commerce et de l'industrie. Cette école primaire supérieure fonctionne bien sous le Second Empire. Cependant, les cours sont loin d'y être gratuits, ils se montent à 50 F par an pour la première division et à 40 F pour la seconde, ce qui est assez élevé et qui réserve cet enseignement aux enfants des classes moyennes. Consciente de cette anomalie , la ville offre huit places gratuites pour des boursiers, qui se présentent en foule. Cette école lui revient finalement assez cher. Les créations de Rigolage, que nous verrons plus loin, la font disparaître.

 Un enseignement primaire supérieur réapparaît plus tard sous la forme d'un cours complémentaire, qui a des ambitions scolaires plus élevées : en trois années après le certificat d'études, préparer les meilleurs élèves au brevet élémentaire, aux concours administratifs des Postes et des Chemins de Fer ou à l'entrée à l'école normale d'instituteurs. Cette section est toujours rattachée à une école primaire. Directeur des Récollets à partir de décembre 1901, Jules Duperray y dirige un cours supérieur, qui, dès 1904, fait entrer des élèves à l'école normale d'Angers. Le 17 décembre 1912, il demande à l'inspecteur primaire la création d'un cours complémentaire ( qui dans les faits fonctionne déjà ). Une commission municipale étudie le dossier l'année suivante. Le cours complémentaire est officiellement créé à cette époque ( Marcel Appeau, Anciens élèves des Récollets, n° 3, avril 1987 ).

 Sous cette rubrique, il convient aussi d'évoquer les cours publics du soir destinés aux adultes. Jean-Baptiste Coulon avait voulu en créer au 10 rue du Temple. Opposition de Louvet, car l'immeuble héberge aussi la loge maçonnique et, finalement, autorisation par Victor Duruy le 18 novembre 1868. Le succès ne semble pas avoir été bien grand. A partir de 1871, les cours sont relancés aux Récollets de décembre à février chaque année. En 1897, 63 adultes sont inscrits, dont 39 suivent régulièrement les cours, les autres assistant à des conférences égayées par des projections.Cantine scolaire, rue de la Reine de Sicile

7) Les oeuvres scolaires

 La Caisse des Ecoles publiques, création obligatoire, est mise en place en 1883. Elle reçoit des subventions municipales et des dons, grâce auxquels elle distribue des fournitures scolaires et subventionne les cantines.
 Ces cantines sont un souci majeur du docteur Peton, de même que les contrôles médicaux. Dans les nouvelles réalisations, il fait construire des bâtiments spéciaux, qui affichent fièrement leur destination. Il fonde le 20 octobre 1897 la " Cantine scolaire saumuroise ", sous la forme d'une coopérative de consommation. Pour l'année 1912-1913, 17 096 repas sont servis, dont 7 341 gratuits ( d'après A.M.S., 2 R 1, cité par Cilia Delaporte, p. 157 ). La monotonie des menus ferait hurler les enfants d'aujourd'hui : une soupe d'abord, un plat de légumes, habituellement des haricots, de la viande une fois par semaine, et pour dessert, une tranche de pain d'épices. Les écoliers ont au moins le midi un repas chaud et roboratif !
 Les écoles sont tenues de créer une bibliothèque ; celle de la rue Cendrière possédait seulement 40 livres, dont le " Sans famille " d'Hector Malot, en deux exemplaires ( A.M.S., 4 M 23 ).
 Les activités sportives sont fortement recommandées. Le docteur Peton, qui connaît le faible enthousiasme des maîtres pour les exercices physiques, fait voter, le 27 mai 1905, un crédit de 300 francs pour rétribuer un professeur de gymnastique dans les écoles de Garçons. Les crises municipales ont rendu cette délibération inopérante.

8) Les résultats scolaires

 La méthode la plus simple pour apprécier le niveau d'alphabétisation d'une population est le comptage des signatures des conjoints à leur mariage. Nous l'avons fait pour la période 1686-1820. Les résultats de Saumur n'avaient rien d'éblouissant et, pour la tranche 1817-1818, ils se situaient tout juste au niveau de la moyenne nationale : 53,2 % des hommes savaient à peu près signer leur nom et 37,4 % seulement des femmes. En 1860-1865, 70,9 % des femmes sont capables d'apposer un paraphe ( Jérôme Hurel, La jeunesse saumuroise entre 1800 et 1885, d'après les actes de mariage et les actes militaires, mém. de maîtrise, Angers, 1996, p. 86 ). L'Echo saumurois du 19 mai 1868 donne les résultats pour l'année 1867 : 89,5 % des jeunes mariés savent signer et 80,5 % de leurs épouses. Les progrès sont donc spectaculaires ; les efforts sérieux menés depuis 1814 ont porté leurs fruits ; les Saumurois sont est à peu près alphabétisés avant les lois de Jules Ferry.
 Pour les hommes, d'après les statistiques cantonales de la conscription de 1880-1885, 86 % des jeunes gens sont considérés par les autorités militaires comme sachant lire et écrire. Cette dernière évaluation est plus exigeante que la simple signature d'un acte de mariage. Il est néanmoins certain que bien des hommes sont peu instruits. Il ne faut pas mettre en cause des déficiences locales : Saumur est une terre de forte immigration, surtout de jeunes gens venus des campagnes environnantes, de tout le reste du pays et parfois de l'étranger, en général des travailleurs modestes, qui ont peu fréquenté l'école ( voir chapitre sur la démographie ).
 Le docteur Simon apporte un point final à cet examen avec ses calculs portant sur les années 1888-1896 ( Etude médicale..., p. 68 ). Il permet de conclure que 96,7 % des conjoints savent alors signer et 92,2 % des épouses. Ces résultats sont probablement plus élevés qu'aujourd'hui.

 La cause est entendue : à la fin du siècle, tous les petits Saumurois vont à l'école jusqu'à 13 ans et ne manquent plus guère pendant la belle saison. Ils sont alphabétisés, au sens exact où ils savent épeler un texte et l'écrire lisiblement.
 La question plus difficile à résoudre est de savoir quel niveau de connaissances ils atteignent. On trouve dans les trésors des familles saumuroises des cahiers d'écoliers parfaitement tenus, sans fautes d'orthographe et sans erreurs dans des problèmes complexes de robinets. Ce ne sont pas des cahiers d'exercices, qui seraient annotés par le maître, mais des corrigés « mis au propre », qui témoignent au moins d'un soin et d'une attention soutenus. Le certificat d'études primaires élémentaires fait preuve de solides exigences et est loin d'être bradé, mais il n'est pas obtenu par la moitié des petits Français. Les maîtres ne présentent pas tous leurs élèves. Ainsi, pour Saumur en 1885, 17 garçons seulement sont reçus ( 12 dans la classe de Boisselier aux Récollets, 5 dans celle de Ravault à l'école des Ponts et aucun dans la classe de Frère Alirol à l'école libre ) ; côté filles, 21 succès, moitié dans le public, moitié dans le privé ( d'après le Bulletin de l'instruction primaire du Maine-et-Loire ).
 L'école voulue par Jules Ferry avait des ambitions bien supérieures à celle de l'alphabétisation. Imposer la langue française à la place des idiomes locaux ; aucun problème à Saumur dans ce domaine. Diffuser une géographie concrète, à partir de l'admirable Tour de la France par deux enfants. Devoir et Patrie, signé par G. Bruno, qui opère un crochet par Saumur. Faire aimer le pays à partir du récit imagé de son histoire et préparer la Revanche en entraînant des bataillons scolaires. Le Conseil municipal du 10 octobre 1882 ouvre un crédit de 5 732 F pour l'achat du matériel destiné à cette nouvelle formation ( il espère être remboursé ). Le principal du collège, Jules Rigolage, écrit au député Bury que ses élèves ont manoeuvré le 14 juillet 1883, « d'une façon remarquable, surtout quand on songe au peu de temps qu'ils ont eu pour s'exercer. Mes élèves du collège forment la première compagnie et je vous avoue que j'en suis fier. Ils ont une tenue excellente et paraissent comprendre l'importance de cette nouvelle institution. Je trouve que la réunion du collège à l'école communale pour former le bataillon scolaire est essentiellement démocratique et d'un bon exemple... » ( lettre du 17 juillet 1883, communiquée par Isabelle Emeriau ). En juillet 1885, le bataillon de la ville compte 234 élèves, du primaire et du secondaire. Le général commandant le 9 ème Corps d'armée à Tours le juge digne de défiler à l'occasion de la fête nationale. Le colonel commandant l'Ecole de cavalerie le passera en revue sur le quai de l'Hôtel de Ville, mais n'assistera pas à la remise de son drapeau, dont l'existence n'est pas réglementaire. Après ce départ en fanfare, on n'entend plus parler du bataillon scolaire ; dans la réalité, il est remplacé par l'Union athlétique saumuroise et autres sociétés de gymnastique, qui organisent des séances de tir et de préparation militaire.

9) Des maîtres chevronnés

 Il conviendrait d'écrire des «maîtresses», car la féminisation du corps enseignant est déjà en cours, avant la Guerre 14-18. Les dames ont le monopole des classes maternelles et Madame Apparu est l'adjointe de son mari à l'école de Garçons de Fenet en 1913, si bien qu'en cette dernière année, on compte 21 institutrices pour 12 instituteurs dans les écoles communales de la ville.
 Leur vie matérielle est celle de tous les instituteurs de France. On sait que, malgré des progrès, ils sont très mal rétribués. Dans les années 1900, ils débutent à 1 100 F par an environ ( soit 4 400 de nos euros, encore moins pour les institutrices ; c'est au-dessous du salaire d'un ouvrier qualifié ). Ils peuvent espérer finir à 2 200-2 500 F et percevoir une petite retraite. Ils courent après les leçons particulières et les travaux d'appoint, mais ne peuvent effectuer le secrétariat de la Mairie comme en campagne. Cependant, ils sont toujours logés ( 4 pièces en moyenne à Saumur ) et quand les deux conjoints sont enseignants, ils ne s'en tirent pas trop mal. La profession est recherchée.
 Dans la mesure où l'on peut reconstituer le curriculum vitae des directeurs et adjoints, du public comme du privé, il apparaît que les maîtres ont déjà exercé dans de nombreux villages du département avant de rejoindre Saumur, qui représente pour eux une promotion. Ce sont des maîtres chevronnés et influents dans la ville. Ils tiennent une place parmi les gestionnaires de la Caisse d'épargne et des sociétés de secours mutuels, parmi les bibliothécaires et les dirigeants de sociétés musicales. Ils peuvent devenir conseiller municipal, comme Coulon, puis Apparu ( bien qu'ils se montrent réservés dans le domaine politique ). Henri Boisselier, ancien directeur des Récollets, est élu maire de Saumur en 1914, mais il refuse, à la différence de Jules Duperray, devenu maire de Bagneux.

 Pour des raisons de clarté, je m'en suis tenu à la vie scolaire dans la ville de Saumur, car les évolutions sont complexes dans chacune des communes associées. Voir Marie-Christine Jouet-Richard, Galoches, Sarraus, Culottes courtes. Les 100 ans de l'école Saint-Maurice, Saumur, Au fil des mots, 2004.

Suite de l'exposé : L'action scolaire et périscolaire à l'époque de Robert Amy.