Quelques pensionnats au XIXe siècle

 

1) Les premiers pensionnats pour garçons

- La pension de l'instituteur René Maugin ( gendre du serrurier Gamory ) apparaît dans la rue du Temple en 1802. Elle compte alors cinq pensionnaires. Son existence est attestée jusqu'en 1818.

- Jean-René Forest, curé de Saint-Pierre, ouvre en 1806 dans son vaste presbytère une école fonctionnant à la fois comme manécanterie, petit séminaire et école de latinité. Cet établissement presbytéral non déclaré est en marge des lois et suscite plusieurs enquêtes administratives ( A.D.M.L., 36 T 7 ). Voir développements dans la biographie de J.-R. Forest. Après des éclipses, ce pensionnat particulier ferme en 1831.

2) Le pensionnat de Garçons de Nantilly

 Les pensionnats offrent aux enfants une vie plus confortable et plus familiale que l'internat du collège. Des répétiteurs les soutiennent dans leurs études ; les régents du collège viennent également y donner des petits cours. La plus curieuse de ces institutions est ouverte à la rentrée de 1835 par Alexandre Corneille Saint-Marc, un ancien principal du collège de Chinon, qui s'était ruiné par des travaux pris à sa charge et qui avait sollicité en vain la direction du collège de Saumur. L'institution est installée, place de Nantilly, dans de vastes locaux, trois cours et des jardins ( je suppose dans l'actuelle école privée et les maisons voisines ). Ses tarifs sont modérés : 400 F par an pour la pension, avec un supplément de 30 F pour la rétribution universitaire, le chauffage et la place à l'église ( A.M.S., 1 R 14 ). Son succès est foudroyant : en avril 1837, elle regroupe 110 élèves, dont 18 pensionnaires ( A.D.M.L., 435 T 1 ). Son statut demeure ambigu ; l'essentiel des élèves est de niveau primaire et instruit sur place. Cependant, deux suivent les cours de latin au collège tout proche, dont le principal, sans doute jaloux de cette concurrence pour son internat, refuse d'envoyer les notes trimestrielles de ces élèves à la pension et il les adresse directement aux familles. La menace s'aggrave quand Corneille Saint-Marc obtient l'autorisation d'enseigner le latin et le grec dans ses propres locaux. Cependant, en octobre 1837, il quitte Saumur pour aller occuper un nouveau poste de principal à Loches.
 Son successeur à la tête du " pensionnat de Nantilly " est un personnage qui a compté dans la vie saumuroise, Jean-Baptiste Coulon, alors âgé de 26 ans ; ancien élève de l'école de l'abbé Forest, historien romantique à ses heures, orateur redondant, ardent militant républicain, il s'attire une constante animosité de la part de l'administration universitaire et des principaux du collège. Il est mis en demeure de choisir entre le statut de directeur de pension et celui d'instituteur primaire privé. Coulon opte pour l'enseignement primaire, mais il rouvre sa pension en 1847. Le pensionnat de Nantilly, qu'il tient avec deux adjoints, regroupe 44 élèves en 1851 et connaît quelques années de prospérité. En 1863, Coulon sollicite un poste d'inspecteur primaire, sans l'obtenir. Il brûle ses vaisseaux en 1867 : après de longues années de discrétion, il affiche son appartenance maçonnique et mène campagne en faveur des funérailles civiles. Scandalisé, le sous-préfet O'Neill de Tyrone demande une sanction à l'inspecteur d'Académie, qui ne voit rien à condamner ( Coulon est soutenu par le ministre Victor Duruy, une lettre à l'appui ). L'inspecteur ajoute néanmoins que les familles bien pensantes qui confiaient leurs enfants à ce respectable pensionnat ne vont pas tarder à les retirer, ce qui se produit aussitôt.
 Coulon ferme son établissement en août 1868, renvoie ses adjoints et annonce qu'il continuera de prendre quelques pensionnaires à son domicile, 19 rue du Temple, et qu'il donnera des cours pour adultes au n° 10, ce qu'il fait pendant quelques années.

3) Les pensionnats pour jeunes filles

 Chaque congrégation religieuse tient à ouvrir sa propre maison d'éducation. Les soeurs de Sainte-Anne ont le pensionnat de Saint-Nicolas, implanté 24 rue de la Petite-Bilange. Les soeurs de la Sagesse, à Saint-Lambert-des-Levées, ont fondé également un petit internat dans la maison léguée par les demoiselles Dupin, les filles du maître de Poste guillotiné en 1793 pour avoir assisté les Vendéens.

Pensionnat de la Sagesse au début du XXe siècle

La cour du pensionnat de la Sagesse

 Les lieux ont bien changé depuis la transformation du pensionnat en maison de retraite.

Dortoir du pensionnat Saint-André

 Le pensionnat des soeurs de Saint-André est beaucoup plus vaste et totalement séparé de l'école primaire. En voici l'entrée sur la rue des Payens, un dortoir, à droite, et une cour située près de la tour Grenetière.

Ancienne entrée du pensionnat, rue des Payens

 

 

 

 

 

Pensionnat Saint-André, cour, photo Lacoste, Varennes-sur-Loire

 On entrevoit aussi l'existence d'un autre internat. Mademoiselle Watteville tient un pensionnat à Paris, rue Garancière ; elle y accueille, entre autres, Claire Pradier, la fille du sculpteur et de Juliette Drouet, et devenue par la suite une enfant adulée par Victor Hugo. En 1834, le pensionnat vient s'installer à Saumur avec ses protégées : Claire Pradier y séjourne jusqu'en avril 1836. On n'en sait pas davantage.

4) La création du pensionnat des Dames de la Retraite

 Une maison d'éducation pour jeunes filles avait été fondée peu après la Révolution par Mademoiselle Ménager, dans quatre maisons vétustes implantées rue Duplessis-Mornay, au départ de la rue des Bouchers, une impasse en tranchée s'enfonçant dans le coteau. Un peu plus haut, sur la montée du Fort, une maison voisine était surnommée " l'Evêché ", parce qu'elle servait de pied à terre à l'évêque d'Angers lors de ses passages à Saumur. Le pensionnat est longtemps dirigé par une fille d'officier, Mademoiselle Lafont, qui se fait une réputation par sa rigueur éducative. Agée, cette dernière se retire et, le 20 avril 1844, vend son pensionnat à la congrégation de la Retraite du Sacré-Coeur d'Angers, qui s'est spécialisée dans l'éducation des demoiselles de la haute société ( A. Girouard, « Les Origines du Cours Dacier ( 1844-1944 ) », S.L.S.A.S., 1946, p. 39-45 ). Cinq religieuses viennent s'installer, accompagnées par trois soeurs converses, qui assurent les tâches domestiques. Elles sont assistées par quatre maîtresses civiles de l'ancien pensionnat. L'établissement se soucie avant tout de l'éducation des jeunes filles jusqu'à l'âge de 16 ans, bien plus que de leur instruction. Il prépare toutefois les examens officiels, afin de rassurer les familles. Avec une efficacité limitée ; de 1845 à 1882, il obtient 82 succès au brevet élémentaire et 8 au brevet supérieur ( Olivier Brillant, L'enseignement secondaire féminin en Anjou avant 1914, mém. de maîtrise, Angers, 1997 ).La galerie, photo Tourte et Petitin

5) Les nouveaux bâtiments

 Comme l'établissement est coté et que les pensions sont chères, de grands travaux sont lancés dès les années 1845-1850 ; les anciens bâtiments sont détruits, à l'exception d'un seul, des maisons voisines achetées ; l'architecte diocésain Louis Duvêtre élève un élégant ensemble de bâtiments étagés en terrasses le long du coteau.

 La rue des Bouchers est recouverte. Une verrière forme un passage que les élèves surnomment " le métro ".

 Un grand escalier longeant la montée du Fort débouche sur une nouvelle conciergerie.

Escalier et conciergerie, Tourte et Petitin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 En 1864, une nouvelle chapelle néo-gothique est ajoutée en avancée sur la montée du Fort. Voici, ci-dessous, la vue prise à un étage supérieur.

 

Partie haute du cours Dacier, ollection James Barrault

Chapelle, Tourte et Petitin
 D'autres bâtiments neufs entourent la cour du nord donnant sur la chapelle et sur la LoireCours Dacier, la cour du nord
La cour du midi débouche sur des jardins
Pensionnat de la Retraite, cour du midi

 

Effet de neige, photo Voelcker 

 

 Le photographe Voelcker se lance dans un effet de neige sur la cour du nord.

 

 

 

6) Le cours Dacier

 En application de la loi de 1904, la congrégation de la Retraite peut poursuivre ses activités hospitalières, mais se voit interdire l'enseignement. Immédiatement, à la rentrée d'octobre de la même année, est ouvert dans les mêmes locaux le Cours Dacier ( en hommage à l'helléniste, qu'on croyait née tout près ) sous la direction de Marie-Emilie Godet, fille de l'imprimeur saumurois. D'anciennes élèves des soeurs assurent les classes. Nettement séparé du Cours, le pensionnat poursuit ses activités, souvent tenu par des religieuses sécularisées.
 L'établissement a gardé son but premier d'éduquer des jeunes filles de bonne famille. A côté de l'enseignement religieux, les arts d'agrément y tiennent une grande place. Voici la salle de dessin :

la salle de dessin, Tourte et Petitin
On peut même y pratiquer la gymnastique, à condition d'être décemment vêtue et de garder son corset :
Photo Voelcker

Gymnase du cours Dacier par Voelcker

 Un enseignement ménager est donné, car il faut savoir diriger ses bonnes. Le pensionnat semble confortable ; le parloir est tapissé et orné par un portrait du pape.

Parloir
Le réfectoire, bien astiqué,a l'air monacal, car il est installé dans la première chapelle
Le réfectoire

 Les ambitions scolaires ne sont toujours pas bien hautes. L'enseignement commence par des classes primaires, ouvertes à quelques externes transportées par un taxi, partant au bas de la montée du Fort, devant l'îlot de maisons aujourd'hui détruites.

Transport des externes, photo Voelcker

 Au début du XXe siècle, seule la directrice est titulaire du brevet supérieur ; les autres enseignantes n'ont pas fait d'études spécialisées. Cependant, à partir de 1910, l'établissement comporte un cours complémentaire, ce qui peut déboucher sur des concours et sur une activité professionnelle.
 Les effectifs sont peu chargés. Voici le groupe des grandes, au sourire pincé :

Photo Tourte et Petitin, années 1920-1930

 

Photo de classe, années 1920-1930

 

 

  Reprenant les usages des maisons de la Légion d'Honneur, les élèves récompensées portent " les honneurs ", c'est-à-dire un ruban en bandoulière. Dans cette classe, la demoiselle du milieu aux jolies jambes ne les a pas obtenus.

 

 

 En octobre 1942, les religieuses sont autorisées à reprendre la direction du Cours, qui ferme en 1962. Bien qu'en bon état, les bâtiments sont entièrement abattus dans le cadre de la rénovation du coteau. Voici, en janvier-février 1975, la destruction de la chapelle et des bâtiments bordant la cour du nord ( photo J. Barrault ).

Destruction du Cours Dacier, janvier-février 1975

 

 

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