Les bibliothèques

 

 Les Saumurois lisent-ils ? Quels livres ? Dans quelles conditions ? A ces questions difficiles, le présent dossier ne peut apporter que des réponses partielles.

1) Aux origines de la Bibliothèque municipale

  Le décret de la Convention du 8 pluviôse an II ( 27 janvier 1794 ) crée une bibliothèque dans chaque district, en lui donnant la double mission de conserver le patrimoine et d'instruire la population. Dans un climat défavorable ou indifférent, René Vilneau, ancien curé de Varrains, s'efforce de protéger les livres anciens et les archives. Avec un réel succès pour les archives. De nombreux livres, entassés dans deux pièces de l'ancien couvent des Récollets transformé en muséum, ont été saccagés par les Vendéens ou par des militaires de passage ; d'autres, entreposés dans la Maison de l'Oratoire, ont été dépecés pour fabriquer des enveloppes de cartouches. Il ne reste rien des maigres bibliothèques des Récollets, des Cordeliers et des Capucins. Une petite partie de la riche bibliothèque de Fontevraud a été sauvée ( F. Uzureau, A.H.,1923, p. 236-245 ). Les plus beaux livres des oratoriens des Ardilliers et des bénédictins de Saint-Florent ont survécu, en particulier les grandes collections historiques et les splendides atlas de Mercator et de Blaeu, achetés à grands frais par l'abbaye. Le fonds conserve également le journal manuscrit de la construction du pont Cessart.
 En l'an IX, le maire Cochon fait remettre à l'église Saint-Pierre six antiphonaires, des missels, du mobilier d'église, et à Notre-Dame de Nantilly quelques anciens registres.

2) Une bibliothèque ambulante ( 1803-1862 )

 Un nouveau décret du 8 pluviôse an XI ( 8 janvier 1803 ) place les bibliothèques sous la surveillance des municipalités, ce qui correspond à la naissance de la bibliothèque municipale. Comme le fonds de livres est mal protégé aux Récollets, la commune ordonne aussitôt son transport dans une salle de l'Hôtel de Ville, puis en 1813 au collège, désormais implanté dans l'ancien couvent des Ursulines. L'aumônier du collège, l'abbé Dubourg, reçoit le premier le titre de bibliothécaire, mais il ne fait pas grand chose. Dans un rapport d'août 1816, le préfet de Wismes décrit la bibliothèque comme un amas de livres à l'abandon.
 Le fonds reprend vie grâce à l'intervention bénévole de Jean Courtiller, un jeune avocat, qui classe les livres et qui dresse en 1818 un premier catalogue, seulement chiffré et réparti par grandes catégories ( A.M.S., R II 277(1) ). Il compte 903 volumes de théologie , 835 d'histoire, 365 de législation, 236 de poésie et de théâtre, 192 de mathématiques et physique, etc. Courtiller aboutit à un total de 3 833 volumes, ce qui est déjà appréciable. Cette répartition montre bien qu'il s'agit d'un héritage monastique, car il n'y a que cinq romans. L'origine est parfois écrite sur la page de garde ; l'abbaye de Saint-Florent est le principal fournisseur, suivi par les Oratoriens et par l'abbaye de Fontevraud. En 1820, le sous-préfet de Carrère, toujours inquisitorial, réclame la liste nominative des volumes ; il n'a rien reçu, car cette liste n'existe pas ; au demeurant, il n'y avait sûrement pas d'oeuvres subversives.
 Jean Courtiller, quittant Saumur, abandonne en 1831 les fonctions de bibliothécaire bénévole. L'aumônier du collège reprend la fonction. A part le remplacement des bancs par quelques chaises, la bibliothèque est sans véritable activité. Elle achète de rares ouvrages, 34 en l'an IX, les quatre tomes du Bodin en 1822. Elle s'enrichit un peu grâce à des donations, parfois de grande valeur. Le philanthrope Couscher lui offre la monumentale Biographie universelle de Michaud. Delessert lui envoie la précieuse Description de l'Egypte et les Mémoires de Duplessis-Mornay. Le curé de Nantilly, César Minier lui lègue les oeuvres complètes de Bossuet en 17 volumes. Plus tard, Louvet offre des livres et les ministères font des envois importants. Un autre bénévole nommé Sortant s'emploie à ranimer la collection ( Mathieu Doucet, Saumur, une bibliothèque de province dans la première moitié du XIXe siècle, mémoire de Master I, Angers, 2008, A.D.M.L., BIB 13 228 ).
 En 1836, un certain L.L. Gassend fait imprimer chez Adolphe Degouy, Pétition à MM. les membres du Conseil Municipal de Saumur concernant la bibliothèque publique de la ville ( A.M.S., R II 277(2) ). Ce long plaidoyer en faveur de la lecture pour tous, également adressé à Delessert, critique la bibliothèque : « On peut considérer celle qui existe déjà comme si elle n'était pas, soit parce qu'elle est rarement ouverte, soit parce qu'elle est très mal située ». Il ajoute que le transfert du tribunal dans le nouveau palais a libéré des salles à la Mairie. A la suite de cet appel, la situation semble évoluer. En 1837, les livres sont transportés dans 57 caisses à l'Hôtel de Ville et placés dans les anciennes salles de Justice situées à l'arrière de la partie fortifiée. Le 1er mars de la même année, Joly-Leterme, encore agent-voyer aux Ponts et Chaussées, signe le plan et l'élévation d'une nouvelle construction, qui réunirait une bibliothèque au rez-de-chaussée et un musée à l'étage et qui serait édifiée entre l'ancienne muraille et le palais de Justice ( voir constructions de Joly-Leterme ). Ce projet un peu vague n'a pas eu de suite et, finalement, en 1848, les livres reviennent au collège, dans un ancien dortoir. Ils y somnolent jusqu'en 1862, année où est achevé le nouvel Hôtel de Ville ; ils y sont alors transportés au second étage, à côté du musée et d'une salle de lecture. Louis Raimbault installe les livres sur des tablettes. Le cadre matériel est désormais fixé pour un siècle. La bibliothèque publique est bien située au coeur de la ville, même si l'escalier d'accès est fort raide.

3) La grande bibliothèque

 A vrai dire, le réveil avait commencé un peu plus tôt sous l'impulsion des frères Courtiller, toujours présents pour animer le musée et la bibliothèque, et avec l'aide du maire Louvet, qui aime les livres. A partir de 1851, ce dernier nomme des bibliothécaires appointés, successivement, Lambert, puis Rabault ; le 7 juin 1855, il nomme A. Aubry, en précisant qu'il travaillera tous les jours ouvrables de 11 h du matin à 3 h du soir et qu'il recevra 300 F par an ( c'est effectivement à peine un mi-temps, mais cela constitue un début de professionnalisation ). Il lui donne pour mission la confection du catalogue. Peu après, Louis Raimbault, à la fois bibliothécaire et archiviste perçoit 600 F par an, jusqu'à son départ pour Thouarcé en 1864.
 En cette période de réaménagement, la bibliothèque est vraisemblablement peu ouverte au public, mais les outils indispensables à son fonctionnement sont mis au point. Le catalogue nominatif des ouvrages nous est parvenu sous une forme seulement manuscrite ( A.M.S., R II 277(2), nouvelle cote 3 R 75 ). Il avait été commencé par un bénévole, Amédée-Mathieu de La Ponce, beau-père du sous-préfet O'Neill de Tyrone ; il est enfin achevé par Aubry en 1860 ( ou peu après ). La rédaction est soignée ; pour chaque ouvrage sont portés le lieu d'édition, la date et le format, mais pas le nom de l'éditeur ni le nombre de pages. Le classement ne suit pas un ordre alphabétique, mais une répartition thématique, proche de celle qu'avait pratiquée Jean Courtiller en 1818.
 Au final, le catalogue énumère 3 271 titres, nombre qu'il faut arrondir à 3 260, car plusieurs numéros ont été laissés en attente à la fin des grandes sections. Première surprise : il y aurait 573 livres de moins qu'en 1818. Les déménagements et le prêt à domicile, comme l'indifférence des aumôniers du collège, ont été défavorables à la conservation du fonds. Cependant, les principales explications sont à rechercher ailleurs. Courtiller comptait chaque tome pour un livre, alors qu'Aubry réunifie les ouvrages en plusieurs volumes. Egalement, des oeuvres possédées en plusieurs exemplaires ont été revendues ou échangées avec la bibliothèque d'Angers. En principe, afin d'en acheter de nouvelles. L'examen des dates d'édition prouve que les livres du XIXe siècle sont rarissimes ; les dons et les acquisitions ont été peu nombreux.
 Il en résulte que la théologie avec 946 cotes occupe toujours la place prépondérante ( 29 % du fonds - 19 éditions de la Bible ). Viennent ensuite l'histoire, surtout en latin, avec 827 titres, les sciences et arts ( 694 ), les belles-lettres ( 540 ). Les romans, au nombre de 5 en 1818, sont passés à 37 ; ce fait résulte d'un choix de classement, car dans cette dernière catégorie, on trouve Esope, Apulée et Scarron ; cependant, le fonds s'est enrichi d'un Rabelais en 9 volumes édité en 1823 et de deux romans fort romanesques de Marie Le Royer de Chantepie.
 A part ces rares exceptions, la bibliothèque municipale de 1860 est restée une bibliothèque monastique, riche en livres anciens, souvent rares, parfois précieux, comme les éditions des imprimeurs protestants ou comme les travaux historiques de Dom Mabillon ( sept titres ) et de ses disciples. Elle ne peut intéresser que quelques érudits ; Gustave d'Espinay, quand il est juge à Saumur, lui emprunte les éditions savantes des bénédictins mauristes. Elle intéresse aussi le commandant du 16 ème Corps d'armée de la Loire, qui, le 6 février 1871, réquisitionne les cartes d'Etat-Major au 1/80 000 ème qui avaient curieusement atterri dans la bibliothèque. Dans le tome III de son Dictionnaire, paru en 1878, p. 478, C. Port décrit la « modeste salle séparée par une claire-voie des collections du Musée ». Il s'est malgré tout laissé abuser, quand il évoque une collection d'environ 16 000 volumes, nombre qu'il faut diviser par quatre.
 Dans les dernières décennies du siècle, cette bibliothèque est ouverte à des heures régulières : le jeudi et le dimanche de 1 h à 3 h. Elle s'abonne à des revues et le Conseil municipal la subventionne pour des acquisitions coûteuses, comme le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse, en 15 volumes.
 Un registre des emprunteurs ( A.M.S., ancienne cote : R II 277 (5) - nouvelle cote 3 R 85 ) trahit la faible fréquentation du fonds ; pour l'année 1892, 263 volumes et revues font l'objet d'un prêt à domicile, Renan pour les livres, La Revue des Deux Mondes pour les périodiques venant en tête. Les plus avides lecteurs sont les fonctionnaires des collèges de Garçons et de Jeunes Filles. La " grande bibliothèque " est avant tout l'affaire des enseignants, qui assurent presque toujours les fonctions de bibliothécaire, soit par goût, soit pour le complément de revenu. Edmond Lemarinier, professeur de philosophie et d'histoire, est nommé par le maire Rémy Bodin le 17 novembre 1871, avec Henri Boudent comme adjoint. Ils exercent longtemps les fonctions. En 1905, les postes sont occupés par Lohier et Eveno, professeurs de lettres et par Gourdier, professeur de sciences mathématiques.

4) La bibliothèque populaire ou petite bibliothèque

 L'ouverture de bibliothèques destinées à l'instruction et à la formation du plus grand nombre est relancée par le ministre Victor Duruy et par Jean Macé, qui fonde la Ligue française de l'enseignement en 1866. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, le prix du livre est élevé - environ 7,50 F pour un in-octavo, soit 30 euros ; l'ouverture de bibliothèques de prêt est considérée comme une action prioritaire. Les républicains, désormais à la tête de la municipalité, se lancent avec une ardeur bien réelle dans l'éducation des masses, en même temps qu'ils multiplient les écoles primaires. La " Société d'Encouragement de l'Instruction de Saumur " ( en réalité, une section de la Ligue française de l'enseignement ) est autorisée par un arrêté préfectoral du 29 avril 1873 ( A.M.S., 3 R 78 ). Elle fonde aussitôt la Bibliothèque populaire, qui commence à fonctionner au milieu de l'année, qui est implantée à côté de la grande bibliothèque et qui est gérée par les mêmes responsables. L'abonnement est fixé à un prix raisonnable : 5 F pour une seule année, 3 F pour chaque année suivante ; les prêts sont gratuits, pour un mois au maximum...
 Un bilan dressé le 25 décembre 1874 montre le brillant départ de cette oeuvre, « car elle est honnête, moralisatrice, patriotique ». La bibliothèque populaire compte 191 membres et elle possède 540 volumes ; sur 18 mois, elle a procédé à 1 800 prêts ; elle est donc nettement plus active que la grande bibliothèque. Toutes les autres bibliothèques populaires du Maine-et-Loire sont gratuites ; seule celle de Saumur exige une cotisation ( Sandrine Bernard, « Les bibliothèques populaires en Maine-et-Loire de 1865 à 1914 », Archives d'Anjou, n° 3, 1999, p. 177-193 ). Grâce à cet autofinancement, elle s'enrichit assez vite ; elle affirme posséder 1 500 volumes en 1900. Ces ouvrages sont répertoriés par grandes matières dans une brochure de 46 pages imprimée par E. Roland, " Société d'encouragement à l'Instruction de Saumur. Catalogue de la Bibliothèque Populaire municipale, 2 ème édition, juin 1905 " ( B.M.S., A br8/159 ). Ce recensement correspond à l'état du fonds vers 1902 ; un 7 ème supplément multigraphié énumère les acquisitions de l'année scolaire 1902-1903 ; 125 nouveaux livres ont été achetés. Le rythme des enrichissements semble donc s'accélérer un peu.
 Le trait majeur de cette répartition est l'absence totale d'une rubrique consacrée à la religion ; la bibliothèque populaire est laïque, dans le sens le plus étroit du terme, à l'opposé de la grande bibliothèque. La section d'histoire est étoffée et réunit tous les bons auteurs du siècle : Duruy, Augustin Thierry, Michelet, Guizot, Frédéric Masson. Les pages consacrées aux romans français sont de loin les plus nombreuses et offrent, à peu de choses près, les oeuvres complètes de Balzac, George Sand, Dumas père, Victor Hugo, A. Daudet, J. Verne, Erckmann-Chatrian ; les auteurs régionaux René Bazin et Jean de La Brète sont présents. Les romanciers étrangers et les matières scientifiques ont la portion congrue. Autrement dit, les administrateurs ont procédé à des achats réfléchis ; ils se sont rarement encombrés d'auteurs totalement discrédités aujourd'hui ou voués à un oubli rapide, comme aujourd'hui les romans à la mode. Ils ont constitué le fonds de livres d'un honnête homme cultivé et rationaliste des années 1900 et même, plus précisément, la bibliothèque d'un professeur de lettres, qui, en raison de son bas salaire, n'a pas les moyens de se constituer une riche collection personnelle. Elle réunit les ouvrages que la grande bibliothèque aurait dû acheter au cours du siècle ; elle forme en réalité le volet contemporain de cette dernière...
 Est-elle la « bibliothèque populaire » qu'avaient voulue ses fondateurs ? A défaut des registres de prêt, on dispose d'une liste alphabétique des souscripteurs, c'est-à-dire des abonnés de 1876 à 1880 ( A.M.S., ancienne cote R II 277 (4), nouvelle cote 3 R 82 ). Cette liste est peu documentée, il n'est pas possible d'en tirer une composition socio-professionnelle détaillée ; on y reconnaît toutefois beaucoup de notables locaux, qui souscrivent afin de subventionner l'oeuvre, sans pour autant être des lecteurs réguliers ; un bon nombre ne souscrit qu'une année sur cinq. Ce qui ressort de façon flagrante, c'est l'absence totale des domestiques, des journaliers, des ouvriers, et la rareté des artisans. Pour faire simple, les professions enregistrées correspondent à des commerçants et des négociants ( 34 % ), à des employés et des fonctionnaires ( 28,7 % ) et à des professions libérales ( 12,3 % ) ( d'après Isabelle Egron, La société saumuroise autour de 1880, mém. de maîtrise, Angers, 1996, tableau n° 26 ). Sans doute possible, la bibliothèque populaire municipale est devenue le fief des éléments les plus cultivés des classes moyennes. Ce fait est constaté dans la plupart des 3 000 bibliothèques populaires du pays ; il paraît moins marqué à Angers, à cause des petites antennes de quartier ; il est flagrant à Saumur.
 Parmi les explications avancées, le problème du coût est cité. Cependant, à Saumur, la cotisation est modérée et le règlement de 1900 précise que le maire peut accorder la gratuité aux personnes justifiant de trop modestes revenus, à la condition qu'ils reçoivent la caution d'un autre abonné. Les horaires n'y sont pas dissuasifs, puisque les bibliothèques sont ouvertes le dimanche de 1 h à 3 h de l'après-midi. Ses administrateurs se sont efforcés d'acquérir des ouvrages qui plaisent à un très large public ; ils se sont notamment abonnés aux magazines si recherchés alors, comme L'Illustration ou Le Tour du Monde. Malgré cette ouverture incontestable, la bibliothèque populaire et, à plus forte raison, la grande bibliothèque, appartiennent à l'univers de la culture savante, par la tonalité de leurs fonds comme par le climat qui y règne. Les gens qui lisent dans les classes populaires ont le sentiment d'y être des intrus et n'y viennent guère.
 Les dames sont particulièrement présentes ; elles empruntent beaucoup d'ouvrages ; Madame Bodin, épouse de l'ancien maire, est une grande lectrice. Cependant, il n'y a aucune femme à un poste de responsabilité. Les enfants sont également admis, on ne sait à partir de quel âge. Dans les années 1920, le jeune Pierre Goubert fréquentait assidûment cette bibliothèque municipale.

5) La somnolence

 La tentative de relancer la lecture publique en l'ouvrant aux classes populaires a échoué. Les bibliothèques, médiocrement subventionnées par la ville, se rendorment dans l'Entre-Deux-Guerres. Elles se réunifient sans bruit et font peu parler d'elles. Elles reçoivent en 1928 les 2 500 volumes très savants de la bibliothèque du linguiste Louis Duvau. En 1940, lors de l'avance des troupes allemandes, les ouvrages les plus précieux sont transférés au château dans une trentaine de caisses. Vers 1960, la bibliothèque municipale présente un aspect consternant ; en raison de crédits insuffisants, les achats de nouveaux livres sont rares. La gestion est laxiste : la bibliothécaire note seulement le nombre de livres empruntés, sans en porter les titres ; des petits malins rapportent des romans policiers à la place de livres précieux. Heureusement, en 1969, le fonds déménage dans le nouveau bâtiment de la place Verdun et, sous l'impulsion énergique de Nicole Tartare, démarre une authentique bibliothèque, au moins riche d'ouvrages rares, que les anciens conservateurs ont sauvegardés, à défaut de les faire vivre.

6) Les autres bibliothèques

 Dans la pratique, à la fin du XIXe siècle, les passionnés de lecture peuvent s'approvisionner dans de nombreux autres lieux d'accès plus immédiats. Toutes les écoles sont obligatoirement pourvues d'une bibliothèque ( le catalogue de l'école de la rue Cendrière n'énumère que 40 livres ) ; les trois collèges en ont une, sur lesquelles nous sommes peu renseignés. L'Ecole de cavalerie a la sienne ( dont l'aumônier est l'inspecteur ). Les patronages, surtout les patronages paroissiaux, prêtent des livres, afin de diffuser la bonne parole.
 Insistons sur deux modèles moins connus. Les cabinets de lecture sont un héritage du XVIIIe siècle. La " Société d'amis des arts ", fondée le 24 nivôse an 11 ( 14 janvier 1803 ), est une tentative de résurrection, en plus austère, de la Société du Grand Jardin. Elle offre à ses membres quelques livres et des périodiques, dont l'un peut parler de politique. L'association a peu d'adhérents et se dissout au bout d'un an ( B.M.A., ms 988, registre provenant de J.-F. Bodin et A.M.S., 3 R 100 ). Il est également possible que des dissensions entre ses membres aient provoqué cet échec. C'est ce qu'affirme le maire Cochon, le 6 janvier 1806 ( A.M.S., 3 R 101 ) ; il tente de la faire renaître sous l'appellation de " Société littéraire ", en s'adjoignant 10 commissaires choisis dans toutes les tendances des milieux notables. L'entreprise n'a pas dû rencontrer un grand succès, car on n'en entend plus parler.
 Plus tard, des cabinets de lecture offrent, sur abonnement, des livres à emporter et des revues à consulter sur place. Quelques libraires en tiendraient ; Louis Raimbault en avait ouvert un autre, à son domicile, 5 rue Beaurepaire ; la maison Roland, place de la Bilange, dispose d'un cabinet de lecture fort de 3 000 volumes.
 La Bourse du Travail, malgré ses déménagements fréquents, a constitué également une bibliothèque assez fournie d'inspiration anarcho-syndicaliste ; elle y conserve des collections de " l'Education de la jeunesse ", sorties des presses de l'imprimerie du Progrès.

 Chacun peut donc s'approvisionner en livres selon ses affinités. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, des éditeurs populaires lancent des livres à 1 franc, et même à moins. Le prix n'est plus un obstacle à la lecture. La ville de Saumur offre en permanence au moins quatre librairies ; en 1913, elle en a six.

  

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