Les musées

 

1) La création du premier musée du Maine-et-Loire

  En 1829, trois érudits locaux, compétents et altruistes, tombent d'accord pour présenter leurs collections au public et pour fonder un musée municipal : Auguste Courtiller, qui s'intéresse à la vigne et qui est un spécialiste reconnu des ammonites et des éponges fossiles ; Lange, collectionneur d'antiquités et numismate, qui est le premier à identifier le denier d'argent de Saint-Florent ; Antoine Calderon, ancien officier devenu architecte-voyer de la ville, qui dirige les fouilles d'Anezon à Saint-Just-sur-Dive et y découvre les outils d'un charpentier gallo-romain et un magnifique tuba. La mairie leur accorde une pièce située au second étage, au-dessus de la salle du Conseil. Le nouveau musée est inauguré le 1er mai 1831. Il est le premier établissement de ce type ouvert au grand public dans le Maine-et-Loire. A Angers, fonctionnait un muséum destiné aux élèves de l'Ecole centrale, puis du Lycée ; il reçoit de somptueux tableaux en l'an VI et l'an VII, mais il n'est pas destiné à la visite. C'est au Logis Barrault que Victor Godard-Faultrier fonde le musée d'antiquités d'Angers; seulement en 1841.
 De nouveaux apports affluent très vite vers le musée de Saumur. Jean-Baptiste Ackerman donne une collection de coléoptères qu'il avait réunie après sa cessation d'activité. Charles Trouillard, plus intéressé par la botanique que par sa banque, ajoute un riche ensemble de mousses et de lichens. Delagenevraye, collaborateur de la Société linnéenne de Maine-et-Loire, classe des collections de minéralogie. Le comte Baillou de La Brosse offre des trouvailles archéologiques ( Marthe Peton, « Le Musée Municipal de Saumur de 1829 à 1940 », S.L.S.A.S., juin 1945, p. 34-39 - Jacqueline Mongellaz, « Le Château-Musée de Saumur : un site et une collection en métamorphose », Archives d'Anjou, n° 8, 2004, p. 200-211 ).

2) Un musée local de sciences naturelles et d'archéologie

 En janvier 1868, sort des presses de Paul Godet le " Catalogue du Musée de Saumur ", surtout rédigé par Auguste Courtiller ( A.M.S., 3 R 120 ). Ce dernier explique les choix des fondateurs : « la seule manière de rendre utile à la Science le musée d'une petite ville de province est de se borner à ce que peut produire son arrondissement ou un rayon de quelques myriamètres [ 10 km ] ». Le but pédagogique de cette création est donc de faire découvrir aux visiteurs les richesses du Saumurois. Le catalogue commence par 13 pages consacrées à la géologie et à la paléontologie ; les 40 pages de zoologie égrènent une longue liste d'animaux naturalisés ; suivent 16 pages de botanique, complétées par 11 pages consacrées aux mousses par Charles Trouillard. Pour l'essentiel, les collections présentent les richesses naturelles de la région. C'est pourquoi ses premiers conservateurs sont des spécialistes des sciences de la Terre : Courtiller, suivi par deux professeurs du collège communal, Georges Zupp, bachelier ès sciences et enseignant d'allemand, suivi par Théodore Valotaire, qui exerce la fonction de 1893 à 1940 et qui fait preuve d'une culture beaucoup plus vaste. Fait révélateur, c'est Marthe Peton, professeur de lettres, fille de l'ancien maire, qui lui succède.
 En second lieu, le musée se consacre aux vestiges du passé. L'inventaire accorde 3 pages aux armes préhistoriques et aux objets gallo-romains découverts à Saint-Just-sur-Dive et aux bains de Bagneux ( des planches lithographiées figurent les trouvailles les plus intéressantes ). Deux autres pages énumèrent des objets historiques qui ont abouti au musée par des voies très diverses [ seules, les 5 pages consacrées aux monnaies n'ont pas grand lien avec le Saumurois ].
 Le musée réveille un certain patriotisme de terroir. Des ruraux, et en particulier des chasseurs, lui offrent des animaux manquants ; des paysans du Sud-Saumurois apportent les haches en bronze qu'ils découvrent par centaines en labourant ( ils ne sont pas rémunérés, aucun budget n'est prévu pour verser des primes ). Le musée s'enrichit sans cesse. Il présente dans la salle des réunions la pierre de la Bastille offerte par Aubin Bonnemère et scellée sur la façade en 1880. L'architecte Roffay envoie la pierre d'autel de la chapelle des ursulines, qu'il a découverte lors de la reconstruction du collège. En 1868, un veau à deux têtes naît à la ferme de la Blottière, à La Breille-les-Pins ; il était né à terme et aurait vécu huit jours ; le juge Ratouis s'occupe de le faire naturaliser et le dépose dans les collections.

Le veau à deux têtes du musée

 Les curiosités exotiques affluent, un masque Kanak, un triptyque mexicain, des tableaux de cheveux réalisés en 1916 par Charles Pichard, coiffeur, 47 rue Nationale.
 Par des donations plus personnelles, d'autres bienfaiteurs tiennent à perpétuer leur souvenir. Le philanthrope Jacques-Alexandre Couscher offre à l'Hôtel Dieu de sa ville natale son coeur enfermé dans une boîte en plomb.

Coeur légué par Couscher

 En 1842, le général Lemoine laisse son portrait et les armes d'honneur que lui a décernées le Directoire ( voir sa carrière ). Par testament olographe du 3 février 1870, René Lambourg donne sa magnifique Ecole de cavalerie en verre filé ( cette clause n'a pas été respectée, l'oeuvre a finalement été achetée par le musée - A.M.S., 3 R 120 ).
 Le musée municipal connaît un incontestable succès d'estime. Est-il pour autant très visité ? Ses horaires d'ouverture, alignés sur ceux de la bibliothèque, laissent entrevoir une fréquentation clairsemée. Beaucoup de visiteurs de passage n'en parlent pas, sauf Touchard-Lafosse, plutôt élogieux ( p. 312 ). Son budget de fonctionnement annuel, plafonné à 200 F, est trop modeste ; faute du renouvellement de l'alcool dans les bocaux, la collection herpétologique est presque perdue en 1893 ( A.M.S., 3 R 122 ). Le musée ne dispose pas de fonds d'acquisition, ce qui est jugé inutile.

3) Le développement des collections artistiques

 La présentation d'oeuvres d'art détachées de tout contexte local était étrangère aux objectifs originaux. Cependant, au jour le jour, des donateurs, comme Lange ou le notaire Challopin, offrent des tableaux, dont on mesure mieux aujourd'hui l'intérêt et le prix. Le premier mécène important est David d'Angers ( Viviane Huchard, « David d'Angers et sa province natale : les envois de l'artiste aux musées d'Angers et de Saumur », Hommage à Hubert Landais. Art, objets d'art, collections..., 1987, p. 187-189 ). Quand il entreprend sa série des bustes des hommes célèbres, le sculpteur déclare vouloir commencer par celui de Bodin, qu'il admirait beaucoup ; il rêve aussi d'évoquer Duplessis-Mornay et Madame Dacier. Il envoie systématiquement une copie de chacune de ses oeuvres dans son pays natal, à Angers en premier lieu et secondairement à Saumur. En septembre 1839, neuf bustes arrivent au musée. Marc-Thabis Gauthier, qui n'exerce la fonction de maire que par intérim, accuse réception de l'envoi, mais reste sourd au voeu exprimé par le sculpteur, celui d'élever à Saumur un monument en l'honneur de Madame Dacier [ les Saumurois ont constamment montré peu d'enthousiasme et éprouvé des déboires dans le domaine de la statuaire monumentale ]. En dépit de cette ingratitude, David d'Angers, dans son testament, lègue au Musée de Saumur toutes les oeuvres de son atelier, dont le musée d'Angers aurait déjà une épreuve. C'est ainsi que 29 caisses arrivent à Saumur en janvier 1857. Le catalogue de 1868 énumère 38 bustes, 2 statues ( dont le célèbre Barra ) et une statuette. La collection augmente encore par suite de nouveaux envois des enfants de David, mais paraît plutôt encombrante, car elle n'entre pas dans les cadres prévus et que la place manque. De même, en 1855, les enfants de l'artiste nantais Nicolas Suc ( 1802-1855 ) offrent au musée plusieurs sculptures.
 Les peintures affluent également, provenant en particulier des réserves du Louvre. Ernest Beulé, devenu secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts, puis ministre de l'Intérieur, entend couvrir de cadeaux sa ville natale. Environ douze oeuvres sont envoyées vers le musée de Saumur ( Pierre Angrand, Histoire des Musées de Province au XIXe siècle, t. 1er, l'Ouest, 1984, p.  59, et nouvel inventaire par G. Zupp en 1886 - A.M.S., 3 R 121 ). L'essentiel des tableaux « décore » la nouvelle salle des mariages de l'Hôtel de Ville et le grand escalier. Un trop plein est déposé à la sous-préfecture. Quant à la sculpture Diénécès mourant aux Thermopyles, par Alfred Le Père, acheté par l'Etat pour 8 000 F en décembre 1868 et adressé à Saumur en mars 1873, il a erré depuis le square de l'Hôtel de Ville jusqu'à l'entrée du Jardin des Plantes ( voir description du Jardin ). Le musée n'achète rien, plutôt trop riche et manquant d'espace pour la présentation.

4) L'installation au château ( 7 avril 1912 )

 Il est trop à l'étroit au second étage de l'Hôtel de Ville, d'autant plus que la grande bibliothèque et la bibliothèque populaire lui disputent les lieux. Dès l'achat du château et la décision de le restaurer, la municipalité dirigée par le docteur Peton prend la décision d'y transférer le musée, ce qui est accompli le 7 avril 1912, sitôt les travaux achevés. Sept salles de l'aile Nord ont été aménagées dans ce but. Les vitrines anciennes sont conservées, le musée reste orienté vers les sciences naturelles ; la zoologie est installée dans le second étage de galeries donnant sur la cour. Les tableaux et les gravures sont accrochés en rangs serrés et donnent une impression d'entassement.

Le premier aménagement au château, la salle des tableux, à gauche le comte Lair

5) La flambée des arts décoratifs

 Après quelques péripéties, le comte Lair ( voir ce nom ) lègue à la ville, en 1919, une riche collection, qui, outre des ex-libris, comporte surtout de beaux objets de haute époque. Afin de présenter l'essentiel de cette collection, la ville fait aménager les salles de l'aile Est, qui sont inaugurées le 28 novembre 1922. La première présentation reste fidèle aux traditions des cabinets de curiosités.

Musée municipal. Collection Lair. Salon. Vue d'ensemble. M. Valotaire, éditeur, Angers

 Le legs Luson-Coutard, un architecte d'Angers dont l'épouse était d'origine saumuroise, constitue un nouvel apport d'objets décoratifs. Les oeuvres de sculpteurs affluent également, de Jules Desbois, d'Albert Jouanneault, plus de cent créations d'Alfred Benon ( la promesse de lui consacrer une salle spéciale n'a pas été tenue ). Finalement, le musée ne peut présenter au public tous ses trésors et les arts décoratifs l'emportent progressivement.

6) Le Musée du cheval

 Le musée du cheval est au départ un musée privé ouvert en 1912 au second étage de l'aile Nord. Lancé par le vétérinaire-major Joly, aidé par Jean Stern, il a pour ambition de retracer la place du cheval dans l'histoire des civilisations. Ses collections sont d'une exceptionnelle abondance et, dans leur première présentation, dégagent aussi une impression d'entassement.

Traineau rusee du XVIIIe siècle. Photo Blanchaud
[ Voir Françoise Hau, dans P. Garrigou Grandchamp, Saumur, l'Ecole de cavalerie..., 2005, p. 299-301 ]

7) Le musée d'Art religieux de la chapelle Saint-Jean

 Dans un billet du 26 avril 1912, le député Georges de Grandmaison est fier d'annoncer au maire qu'il a obtenu 18 moulages de sculptures présentées au musée du Trocadéro ( A.M.S., 3 R 137 ). Ainsi naît un petit musée d'art religieux au terme d'un long conflit opposant la municipalité au clergé ( récit et photos dans la présentation de la chapelle Saint-Jean ).

8) Le Musée de la vigne au Jardin des Plantes

 Encore une création de l'infatigable Auguste Courtiller, qui possédait des vignes familiales à Saint-Cyr-en-Bourg. En 1840, sous les auspices de la Société industrielle et agricole d'Angers et du département de Maine-et-Loire, il ouvre sur les terrasses des Récollets, dépendant du Jardin des Plantes créé en 1834, Le Jardin botanique. Le séquoïa à gauche a beaucoup grandiun jardin botanique pour l'étude des variétés de la vigne et du mûrier ( Véronique Flandrin et Eric Cron, L'ancien jardin viticole de Saumur, Reflets. Patrimoine de Maine-et-Loire, 2004 ). Les collections ampélographiques prennent une exceptionnelle extension ; Victor Considerant lui envoie des plants américains ; à son apogée, la collection réunit 1 452 variétés. Musée vivant, le jardin viticole est un terrain de recherches et d'expériences. Courtiller y crée de nouvelles variétés de raisins de table, comme le muscat Eugénie.
 En 1882, la vigne, alors dirigée par le docteur Jacques-Eugène Bury, atteint une surface de trois hectares, car, au sommet du coteau, elle est agrandie par une partie détachée du clos Louvet, acheté pour la construction du collège de Jeunes Filles. Progressivement, des rampes relient les deux parties du jardin.
 Peu après commencent les ravages du phylloxéra, dont il est possible de se protéger en greffant des cépages locaux sur des plants américains. Le vignoble de la Côte saumuroise est presque entièrement reconstitué et replanté en rangs et non plus « en foule ». Devenu " Ecole de viticulture ", le musée assiste les vignerons dans cette difficile reconversion, en organisant des cours de greffage, des cours d'oenologie et en présentant du nouveau matériel pour les soins des nouvelles exploitations. L'enseignement est assuré par Charles Bacon, professeur d'agriculture au collège de Garçons, puis par le pépiniériste d'Angers E. Lepage, qui dessine divers types de taille, dont la taille Lepage à daguets ( sarments ) alternés.

Taille Lepage, cordon unilatéral oblique avec daguets alternés

 Les séances se tiennent dans la maison du Père Gardien des Récollets. Subventionnée par le Conseil général, l'école devient, en 1903, la " Station viticole de Saumur et du département de M.-et-L. ", d'abord dirigée par l'architecte Gilles Deperrière. Au lendemain de la Guerre 14-18, le docteur Paul Maisonneuve lui donne un nouvel élan. Des visiteurs viennent admirer " la treille de Saumur ", plantée contre le mur soutenant la grande terrasse, représentant 38 variétés différentes, longue de 130 mètres et formée de 116 ceps ( Dr P. Maisonneuve, L'Anjou, ses vignes et ses vins, t. 1er, Angers, 1926, p. 177 ). En décadence depuis la Seconde Guerre mondiale, la station se dissout en 1967, à l'ouverture du collège agricole de Montreuil-Bellay.

 A cette panoplie de collections déjà fournie, est venu s'ajouter un petit musée à la gloire du roi René, ouvert dans la Maison du Roi.

  

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