Le catholicisme traditionnel au XIXe siècle

 

1) Une mission en 1828

 Cycle intense de prédications et d'exercices de piété, adaptés selon les âges et les sexes, les missions reprennent les formules adoptées par le Père Honoré de Cannes à Saumur en 1684 et par le Père Grignion de Montfort dans l'Ouest de la France. Le curé de Saint-Pierre, Jean-René Forest, organise une mission en 1828. Elle est prêchée par deux jésuites, les Pères Guyon et Gloriot, cela en une période où la Compagnie de Jésus, récemment reconstituée, est l'objet de vives critiques, y compris chez les ultras. La mission se termine par une imposante manifestation, au cours de laquelle cent hommes, appartenant aux milieux populaires, érigent une grande croix, tout en bois, sur la place Saint-Pierre et sur un espace public situé au départ de la ruelle de l'Enfer. Fortement soutenue par les pouvoirs locaux, l'événement affichait des dimensions politiques, car la croix était ornée par des fleurs de lys.
 Cette croix de mission prend une dimension symbolique ; le curé Forest s'y rend souvent en procession ; les anticléricaux menacent de la détruire nuitamment. Finalement, le maire Cailleau-Grandmaison fait transporter la croix dans l'église Saint-Pierre, le 21 février 1831 ( voir récit plus détaillé dans la biographie de Forest ).
 Finalement, cette mission spectaculaire, jugée provocatrice, tourne en défaveur du catholicisme. L'expérience ne sera pas renouvelée sous cette forme.
 A l'avent 1907, est lancée une mission générale pour toute la ville, au lendemain des lois laïques et de l'interdiction des processions. Plusieurs cantiques ( Manuel imprimé par Paul Godet ) y font des allusions :

« La secte voudrait aujourd'hui
  Ramener la France chrétienne
  A son origine païenne :
  Jusqu'à la mort, résistons-lui ! »

2) Les rebondissements de l'affaire des processions

 Il en est de même pour la procession du Sacre, manifestation éclatante de la puissance catholique dans la ville. Voici, avec des renvois hypertextes, les étapes du conflit :

- Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, c'est l'intransigeant curé Henri Bernier qui ouvre le conflit ; il réclame au maire une protection armée de gendarmes et de gardes nationaux pour son cortège ; quand il juge la force publique insuffisante, il annule les processions ( récit des incidents de 1832 à 1838 ).

- Le contexte change avec l'érection d'une église réformée, l'article 45 des articles organiques interdisant toute manifestation extérieure dans les villes multi-confessionnelles. Il est également certain qu'en installant un reposoir sur la place de l'Arche-Dorée, près du temple, les catholiques narguent les protestants.

- Les escarmouches de 1870 à 1879 tournent plutôt à l'avantage du clergé.

- L'interdiction des processions et des pèlerinages publics, le 12 juin 1879, est confirmée par plusieurs votes, en particulier le 5 juin 1907.

- Par arrêté du 15 mai 1915, le maire de l'Union Sacrée, Louis Mayaud, autorise à nouveau les processions.

3) Le pèlerinage des Ardilliers

 A peu près éteint à la fin du XVIIIe siècle et au début du siècle suivant, le pèlerinage à Notre-Dame des Ardilliers renaît par étapes. En premier lieu, d'énormes travaux de restauration sont menés à bien. Rongée par l'humidité, la chapelle primitive menaçait ruine ; l'architecte-voyer Calderon était d'avis de l'abattre entièrement et de ne conserver que la rotonde du XVIIe siècle. Son successeur, Joly-Leterme, détruit effectivement la chapelle Richelieu, mais il la reconstruit et opère d'énormes travaux de restauration sur tout l'édifice, de 1843 à 1851. L'abbé Choyer, qui dirige un atelier d'art religieux à Angers, achève le retable du maître-autel. La soeur de ce dernier, religieuse dans la congrégation de Sainte-Anne, lance plusieurs souscriptions pour payer les travaux et réunit des sommes considérables.
 Les chantiers achevés, le 1 er mai 1855, un grand cortège processionne pour célébrer le renouvellement de la consécration de la ville à la Vierge des Ardilliers. Les conditions sont réunies pour la renaissance du pèlerinage ( Jean de Viguerie, Notre-Dame des Ardilliers. Le pèlerinage de Loire, O.E.I.L., 1986, p. 68-97 et 167-203 ).
 Après le décès de l'aumônier, l'abbé Macé, Monseigneur Angebault confie le pèlerinage aux Enfants de Marie Immaculée, appelés les Pères de Chavagnes, qui, en 1867, s'installent au nombre de cinq au 4 quai de Limoges ( mais qui en sont expulsés à deux reprises ). Le pèlerinage reprend quelque vie. Monseigneur Freppel y vient à quatre reprises ; 19 groupes de pèlerins enregistrés en 1904 constituent un record de fréquentation. Les premiers groupes, venus en bateau en vapeur, traversaient le quartier, bannière en tête ; ces manifestations sont interdites depuis 1879. On vient surtout du sud du département, rarement de plus loin. A côté des pèlerinages paroissiaux, les groupes d'enfants et de jeunes gens sont nombreux, mais rarement de Saumur. Le pèlerinage ne dure qu'une journée, c'est pourquoi on ne note aucune renaissance des activités hôtelières du XVIIe siècle.

 Des dévotions nouvelles apparaissent, à la Sainte-Face, au Saint-Rosaire, au Sacré-Coeur, à l'Enfant-Jésus de Prague. Sainte Marie-Madeleine est l'objet d'un culte particulier ; un curieux autel, surmontant une grotte en rocaille, lui est dédié ; dans le parc est placé une belle statue de la Madeleine repentante par Henri-Hamilton Barrême, un sculpteur local résidant à Ancenis, puis à Angers, et travaillant au milieu du XIXe siècle ( à droite ).

 L'abbé Joseph Briffault mène une enquête minutieuse sur 22 miracles parvenus à sa connaissance. L'évêché d'Angers ne donne aucune suite à sa documentation. En tout cas, les 560 ex-voto fixés sur les murs de la chapelle constituent des témoignages de reconnaissance.

 Le pèlerinage reprend au lendemain de la Guerre 14-18 et attire 24 groupes en 1922 et 1923.

 

 

4) Les oeuvres de bienfaisance

 Des dames de charité, structurées par paroisses et par quartiers, sont très actives à l'époque de la Restauration. Sous la Monarchie de Juillet, à une date que nous n'avons pu trouver, elles deviennent la congrégation laïque des Dames de la Miséricorde ; elles portent des secours à domicile et gèrent le bureau de bienfaisance. Dans leur action, elles sont associées aux soeurs de Sainte-Anne de la Providence.Buste d'Ezéchiel Demarest, mairie de Bagneux Elles disposent d'un siège à l'angle de la place de l'Hôtel de Ville et de la rue Corneille ; Louvet leur accorde la chapelle Saint-Jean, après sa restauration, pour leurs exercices religieux. On les retrouve finalement à la Maison de la Providence, 33 rue Rabelais. A la différence de leurs pratiques dans d'autres villes, elles ne s'occupent jamais d'enseignement.

 Guère mieux connue, la Conférence de Saint-Vincent de Paul est fondée en avril 1845. D'abord présidée par Desmé-Martin, elle est prise en mains de 1852 à 1868 par Ezéchiel Demarest, très actif et très apprécié à Bagneux ( voir son buste au cimetière [ dérobé ] et à la mairie - à gauche ).
 La Conférence crée un fourneau économique, qui distribue des repas à bas prix aux familles indigentes ( 50 000 repas en l'année 1857 ). Elle crée aussi des livrets pour les enfants pauvres, qu'elle récompense en fonction de leurs résultats scolaires ( Etienne Charbonneau, 1870-1945, p. 217 ).

 

 

5) Les confréries

 Les confréries de dévotion étaient une forme de piété très caractéristique de l'Ancien Régime. D'après une enquête épiscopale de 1803, sept d'entre elles, au moins, survivent à Saumur au lendemain de la Révolution, deux à la Visitation, deux à Saint-Nicolas et trois à Notre-Dame de Nantilly ( Patricia Lusson-Houdemon, « Dévotions et confréries dans les paroisses du Maine-et-Loire en 1803 », A.B.P.O., 1988 (3), p. 311-325 ). Il n'y en a apparemment plus à Saint-Pierre ; c'est pourquoi le curé Forest demande le transfert dans son église des dévotions implantées à Nantilly.
 Quelle est la vitalité de ces anciennes associations ? Pas bien grande apparemment ; ainsi, la confrérie de l'Assomption, l'une des plus anciennes de la ville, vivote jusqu'en 1903. Cependant, de nouvelles apparaissent, correspondant à des sensibilités nouvelles. Une confrérie de demoiselles, fondée au cours de la mission de 1828, tient deux réunions par mois dans la chapelle de Saint-Pierre qui lui est réservée. Le curé Henri Bernier relance la confrérie du Saint-Sacrement ; toujours à Saint-Pierre est fondée une confrérie du Rosaire vivant. L'ancienne confrérie du Rosaire est reconstituée à Nantilly en 1897 ; elle fait poser un nouveau vitrail. Aux Ardilliers naissent les confréries du Saint Enfant-Jésus et de la Sainte-Face. Ces confréries sont sûrement nombreuses, mais semblent avoir une durée de fonctionnement assez courte. Une autre association ne nous est connue par son drapeau, l'Union catholique des Personnels des Chemins de Fer français, qui a fondé un groupe Notre-Dame des Ardillers ( orthographié ainsi ).

Drapeau de l'Union catholique des personnels des Chemins de Fer français

 Mieux connue est l'association Notre-Dame du Travail, fondée dans l'esprit des corporations d'Ancien Régime, en octobre 1888, par l'abbé Garnier et Gaston de La Guillonnière, avec le soutien de la famille Mayaud [ Gaston Sarrebourse de La Guillonnière, qu'on trouve constamment en tête des mouvements catholiques de l'époque, était un ancien magistrat révoqué en 1879 pour cause de royalisme militant ; il était devenu le secrétaire d'Albert de Mun ; ayant épousé Madeleine, fille de Léon Mayaud, il était entré dans cette puissante famille et devenu maire de Saint-Martin de la Place et conseiller général ]. Notre-Dame du Travail est d'abord une confrérie religieuse, encadrée par des dizainiers, qui se réunissent chaque mois au presbytère Saint-Pierre. Deux messes mensuelles sont obligatoires, une pour les hommes, l'autre pour les femmes. L'association est capable de rassembler 300 pèlerins aux Ardilliers en 1903 ( compléments et bannière dans le dossier sur les patenôtriers ).
 Elle se double d'une société de secours mutuels qui, subventionnée par le patronat, offre des tarifs intéressants, en particulier pour les femmes, dont le travail est considéré comme subalterne. Cette association de chapeletiers a regroupé jusqu'à 130 personnes.

6) L'originalité de Saint-Hilaire-Saint-Florent

 Les communes périphériques présentent des visages religieux variés. La marque du clergé est très faible à Saint-Lambert-des-Levées. Bagneux adopte une position moyenne : très majoritairement laïc, il se donne en la personne d'Ezéchiel Demarest un maire clérical et tout puissant.
 Saint-Hilaire-Saint-Florent offre les caractéristiques d'une chrétienté d'Ancien Régime et apparaît comme un terroir des Mauges en plein Saumurois. Avec 15 à 20  % de pascalisants, la pratique religieuse des hommes y est un peu plus forte qu'aux alentours, mais tout de même peu élevée, cela en raison des nombreux hameaux qui partagent la mentalité saumuroise.
 Le bourg est très différent. A partir des souvenirs d'André Carré, on constate sa stupéfiante structure hiérarchique. A la tête, son château et sa famille noble, qui dirige souvent la commune. Un peu au-dessous, une oligarchie de maîtres du mousseux, qui emploient la majorité des habitants, qui embauchent leurs enfants à douze ans, qui leur fournissent la boisson, qui possèdent les maisons d'habitation et qui, grâce au contrôle strict des contremaîtres et en l'absence de classe moyenne, encadrent le village, en favorisant la tutelle du clergé.
 Cette structure s'affirme dans le paysage d'une manière éclatante. A partir de l'est, viennent sur les hauteurs, les vastes enclos, les chapelles et les hauts bâtiments des communautés de Sainte-Anne et du Bon-Pasteur. Après l'église, aux proportions modestes, mais agrandie, un presbytère neuf ( E. Roffay, 1877 ), les écoles libres de filles, puis de garçons. Dans le même îlot, la société d'agrément et de jeu de boules " la Cure ", puis la société sportive la Bayard. Ensuite vient l'immense enclos du château de Saint-Florent. Rue Basse et à flanc de coteau, les vastes bâtiments des sociétés de mousseux, parmi lesquelles Bouvet-Ladubay, Ackerman et Amiot sont particulièrement dévoués aux oeuvres de la paroisse.
 Les curés, longtemps en place, pèsent lourd dans la vie locale, en particulier, Théophile Vaugouin ( 1874-1908 ), puis son ancien vicaire Paul Martineau ( 1925-1952 ). Ce dernier avait ouvert un patronage très fréquenté, qui regroupe les garçons à leurs heures de loisirs. En 1906, il lance " la Catholique ", une société de gymnastique et de sports collectifs, qui dispose d'une clique et qui devient ultérieurement " la Bayard ".
 La société de secours mutuels est communale, mais elle oblige ses membres à assister à l'office de la fête patronale. La fanfare de Saint-Florent, nombreuse et appréciée, n'est ni municipale ni paroissiale, mais elle est totalement « sponsorisée » par la maison Bouvet-Ladubay.
 Dans le domaine scolaire, pour les garçons, il n'existe d'abord qu'une école laïque, ouverte seulement en 1868 ( avant, les enfants allaient à Saumur ). L'actif instituteur François Bedouet s'y démène seul avec 65 élèves ( en 1888 ), répartis sur 9 longues tables ( et qui se réjouissent de le voir s'absenter temporairement pour remplir ses fonctions complémentaires de secrétaire de mairie ). La classe offre une bibliothèque de 323 volumes ; malgré ce bon équipement, 19 élèves seulement réussissent le certificat d'études de 1868 à 1888. En 1926 et après quelques accrochages, car le clergé avait montré quelque compréhension à l'égard de la création d'un syndicat, les patrons du mousseux construisent une " école chrétienne de garçons ". Pour les filles, les écoles communales sont confiées aux soeurs de Sainte-Anne. Une école publique laïque est ouverte en 1904, mais reste peu fréquentée.
 A côté de la paroisse et du patronat, le maire et le conseil municipal n'ont guère de pouvoir et prennent peu d'initiatives, la " Société républicaine de Saint-Hilaire-Saint-Florent ", autorisée le 17 septembre 1896, ne compte que 46 sociétaires, car elle n'a pas de jeu de boule, " l'Association amicale des anciens élèves de l'école publique de garçons " a un peu plus de succès, avec 63 membres en 1899.

 

 On remarque finalement que, dans une ville et une périphérie faiblement pratiquantes, les initiatives et les moyens d'action des milieux religieux sont considérables, et nous en énumérons d'autres dans le dossier suivant consacré au particularisme catholique.

 

 

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