Le particularisme catholique au XIXe siècle


 
 L'intention première des dirigeants catholiques était de contrôler la vie publique et l'ensemble de la société, avec l'appui des dispositions du Concordat, ainsi que nous l'avons vu dans le dossier précédent. Dans la pratique, à Saumur, cette ambition échoue devant l'indifférence religieuse de la majeure partie des habitants et devant les mesures anticléricales prises à partir de 1879.
 Sans trop le dire, et bien que Monseigneur Freppel affirme hautement le contraire, au cours du dernier tiers du XIXe siècle, les catholiques les plus militants se replient dans une sphère particulariste, qui leur offre l'enseignement, la sociabilité, les loisirs et un cadre politique. Cette nouvelle attitude se révèle bien plus efficace que la précédente.

1) L'enseignement

 Après avoir exercé un quasi monopole sur l'enseignement primaire public, les religieux en sont exclus par étapes. A partir de 1880, les milieux catholiques ouvrent un réseau très dense d'écoles libres tenues par des religieuses et par des frères de la Doctrine chrétienne ( voir le nouveau réseau d'écoles ). Ces écoles, gratuites pour les gens modestes, demandent une participation aux plus aisés. Minoritaires pour les garçons, ces écoles privées regroupent 76 % des filles de la ville à la fin du siècle.
 Plus nette encore est la volonté d'encadrer les enfants des milieux dirigeants ou des classes moyennes. Plusieurs pensionnats couvent les jeunes filles ( Saint-Nicolas, Saint-André et le pensionnat des Dames de la Retraite, longuement décrit ). Plus risquée, mais réussie, a été l'ouverture de l'institution Saint-Louis le 15 octobre 1872, dans le but de donner des cadres catholiques à la société locale. Il est certain que les familles notables, présentées comme irréligieuses au début du siècle, se scindent en deux camps dans les années 1900.

2) Les patronages et les sociétés de loisirs

 Avec les écoles, les patronages paroissiaux constituent la grande réussite du clergé saumurois. En 1865, l'abbé René Bachelot, vicaire à Saint-Pierre, fonde le patronage de Notre-Dame du Fort ; les enfants y sont accueillis à leurs heures de loisirs, les jeunes gens y jouent des pièces de théâtre. Sous la tutelle des cercles catholiques, l'oeuvre se double d'une société de loisirs pour les hommes, à la fois, lieu d'agrément et lieu de rencontre pour les mouvements d'action catholique ; ce cercle Saint-Pierre est dirigé par un comité mis en place en 1877, sous la présidence d'honneur du curé Mérit et sous la présidence effective de Fernand Mayaud, le dirigeant de l'entreprise de ce nom. L'ensemble de ces structures s'installe dans le grand immeuble du 6 rue Basse-Saint-Pierre, qui est acheté aux époux Gasnier en 1876 avec l'aide de Monseigneur Freppel ; comme ces bâtiments appartiennent à la mense épiscopale et sont mis aux enchères après la mort de l'évêque, une société civile les rachète en 1892 pour 16 050 F.
 Dans la même mouvance, mais un peu à l'écart, la société de gymnastique " la Jeanne d'Arc " est fondée en juin 1907 ; elle s'entraîne à l'école du Fort ( voir images des sociétés sportives ). Sélectionnant les meilleurs sportifs de la ville, elle est classée en division Excellence et prend part à des concours à travers toute la France. Elle recrute à Bordeaux un moniteur réputé, un certain Allias, en lui assurant un salaire et - Nil novi sub sole - un poste à temps partiel de contremaître dans une cave de vins mousseux.
 D'autres sociétés sportives paroissiales naissent à cette époque, l'Etoile de Nantilly, ainsi que Saint-Nicolas-Sports et l'Avant-Garde des Ponts, qui manifestent l'une et l'autre une activité intermittente. Ces éclosions ont pour but de contrecarrer la laïque Union Athlétique Saumuroise, fondée dès 1903 ; elles s'accompagnent de jalousies et de rivalités. Le curé de Saint-Nicolas interdit à ses ouailles de rejoindre la Jeanne d'Arc. Tout le monde se retrouve à l'occasion du grand concours de la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France, qui se déroule dans les prairies de Saint-Louis le 26 juillet 1908, avec le renfort de la Gauloise de Bagneux, de la Catholique de Saint-Hilaire-Saint-Florent, de la Saint-Cyrienne de Saint-Cyr-en-Bourg et avec la venue, parfois rémunérée, de clubs réputés.
 Chaque paroisse s'efforce de gérer son patronage, son cercle de loisirs pour hommes et sa société de gymnastique, renforcée par une clique. Enfin, en été, l'Association angevine des Colonies de vacances emmène des petits saumurois à la Breille-les-Pins, dans l'orphelinat agricole fondé par le curé Mondain. Cette pittoresque photo de l'Entre-Deux-Guerres veut dégager une impression de discipline et de fort encadrement ecclésiastique :

La colonie de la Breille

3) Un parti catholique

 Longtemps traditionalistes, dominés par l'aristocratie locale et méprisant les processus électoraux, les milieux catholiques subissent bien des déboires sous le Second Empire et au début de la IIIe République. Ils se restructurent autour de trois noyaux issus de la bourgeoisie d'affaires, les Mayaud et Gaston de La Guillonnière, la famille Poisson et le tandem Charbonneau-Lehou ( voir exposé détaillé dans Les nouvelles droites saumuroises ). Ils cherchent à encadrer et à moraliser les ouvriers ; on hésite à les qualifier de chrétiens sociaux, tant leur paternalisme est traditionnel. Un seul, l'avocat Fabien Cesbron s'est ouvertement rallié à la République ; ils le tiennent à l'écart et il quitte le Saumurois. En tout cas, le parti catholique local dispose de forts moyens d'action, en particulier de deux périodiques, L'Echo saumurois, au ton modéré, sauf dans les périodes électorales, et La Croix de Saumur, vivement polémique et ouvertement royaliste.
 Les animateurs locaux du parti catholique mènent une action politique continue à partir de 1889, année où ils célèbrent le contre-centenaire de la Révolution française et où ils recueillent 4 100 signatures réclamant le rétablissement des processions. Ils interviennent désormais à chaque élection municipale, prêts à s'allier avec des républicains anticléricaux qui se sont brouillés avec le maire sortant.
 Le clergé local se montrant réservé dans le domaine politique, ils ont les coudées franches et se révèlent virulents, parfois extrémistes. En 1906, ils organisent une résistance théâtrale aux inventaires, manifestations que le clergé ne souhaitait pas ; à Saint-Pierre, ils parviennent à mobiliser de 250 à 300 hommes. Grâce aux sectionnements successifs, ils obtiennent des sièges et une tribune au Conseil municipal. Ils sont loin d'être majoritaires dans le corps électoral, mais les divisions répétitives des républicains leur permettent de remporter la mairie en juillet 1914.

 

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