La Persévérance

 

 Sous la dénomination assez répandue de " la Persévérance ", douze anciens maçons ouvrent à Saumur une nouvelle loge, qui est installée par des membres de l'Union parfaite de Cholet, le 13 décembre 1835.
 L'histoire complexe de cette société nous est bien connue grâce à des archives communicables. D'abord au Fonds maçonnique de la Bibliothèque nationale, constitué par les saisies du régime de Vichy ( FM2.414, FM2.795, FM2.115, FM.imp. 887 ). Egalement grâce à l'heureux versement des archives de la Persévérance de Saumur aux Archives municipales ( sous-série 33 Z ).
 Ces sources apportent des renseignements abondants et précis sur l'identité et les professions des Frères grâce à des tableaux de loge dressés chaque année. Sur les discussions et les décisions, les procès-verbaux et les planches conservés sont rédigés dans des formulations codées, pas toujours bien claires. Heureusement, la discrétion recommandée n'est guère mise en pratique, et l'on obtient beaucoup de renseignements par des sources extérieures et souvent hostiles.


 1) Des débuts hésitants

Réglement de la Persévérance, A.M.S., 6 Fi 601

Règlement, attendus

Règlement, fin

 Dans ce règlement ( A.M.S., 6 Fi 601), adopté le 8 septembre, l'An de la Vraie Liberté 5837 ( 1837 ), et imprimé par le Frère Adolphe Degouy, sont distingués quatre statuts différents :

- les membres actifs doivent payer les cotisations ordinaires et assister aux réunions, qui sont hebdomadaires ;

- les membres affiliés libres, résidant hors du département, sont des amis lointains, bien souvent d'anciens frères qui ont quitté la ville ;

- les membres honoraires, souvent âgés, sont d'anciens initiés devenus inactifs, auxquels un hommage est rendu : parmi eux se remarquent le général Louis Lemoine et le philanthrope Jacques-Alexandre Couscher ;

- les membres artistes ne reçoivent que le premier grade et se tiennent en marge.

 La loge reconnaît en outre un grand nombre de louveteaux, des enfants de maçons, qui seront plus facilement initiés et qui recevraient une aide en cas de disparition de leurs parents.

 Sous la tutelle débonnaire du chirurgien Urbain Fardeau, vénérable de 1838 à 1841, la loge se montre très accueillante et pluraliste. Sa composition est diversifiée ; un classement par catégories socio-professionnelles montre que les militaires sont les plus nombreux. Parmi eux, l'élève-officier Gaston de Sonis, fils de maçon, reçoit les trois premiers grades le même jour, le 22 avril 1848 ; peu après, il part pour Castres, comme sous-lieutenant ; l'affaire fera grand bruit plus tard, lorsque des catholiques solliciteront la béatification du général, qui avait commandé les zouaves pontificaux...
 A côté des militaires, viennent des membres des classes moyennes de la ville. La loge n'est certainement pas homogène. Son premier vénérable, l'employé de commerce Emile Bonnin, s'est engagé à renoncer aux errements du passé, faisant par là allusion à la politisation de l'Union fraternelle au temps des conspirations. Malgré tout, ses membres se rangent plutôt dans le camp libéral. Elle se radicalise sous l'influence du journaliste Nicolas Maige, fondateur du premier Courrier de Saumur et hardi républicain ; orateur de la loge, ce dernier y prononce des discours en vers qui sont très appréciés et qui sont imprimés ( voir Saumur et Louis-Philippe ). Il y est soutenu par Jean-Baptiste Coulon, un jeune maître de pension, et par un certain Brunel, républicain révolutionnaire, décrit comme un agitateur. Le sous-préfet s'en soucie dans un rapport du 25 août 1838 : « cette loge n'est composée que de commis et d'ouvriers, dont les opinions sont fort exaltées et ... dans une circonstance donnée, cette société se transformerait promptement en club politique » ( A.D.M.L., 40 M 20 ). Un temps envisagée, sa fermeture est remplacée par une stricte surveillance.
 Cependant, après le départ de Maige pour Angers, le républicanisme de la loge semble fléchir, son activité décline également. En décembre 1847 ( A.M.S., 33 Z 25 ), 13 membres seulement sont à jour de cotisation, 15 autres sont en retard de paiement, une vingtaine d'initiés sont inactifs. La loge fonctionne peu pendant l'année 1848 ; certains de ses membres sont au premier plan, mais sont loin d'être unanimes et agissent hors du cadre maçonnique ; la loge est absente des événements politiques, elle est visée par les mesures frappant les clubs et elle se met en sommeil le 24 février 1849, en laissant 552,40 F de dettes. De ce fait, elle est condamnée pour faillite en 1853 et ses anciens membres doivent solidairement acquitter la facture.

 

2) La phase anticléricale

 Le 10 janvier 1862, 9 anciens maçons tentent de relancer La Persévérance et promettent de verser 3 F au trésorier ; deux d'entre eux nous sont bien connus, Firmin Piéron, employé à la sous-préfecture, et l'imprimeur Roland père. La loge se manifeste le 31 du même mois aux obsèques civiles du Frère Bretonneau. Ce fait est à souligner, car la lutte anticléricale devient le ciment de la relance de la loge. Malgré tout, les frères sont peu nombreux, ils ne parviennent pas à se pourvoir d'un local. Ils tiennent leur dernière réunion le 18 septembre 1862.

 La loge reprend ses activités le 19 janvier 1866, avec 18 membres ; elle est installée par le vénérable des Démophiles de Tours, le 2 avril suivant. Elle loue désormais un local situé 10 rue du Temple pour 400 F par an, et elle augmente rapidement ses effectifs. Sur le tableau de loge du 29 février 1868 ( A.M.S., 6 Fi 602 ), figurent 57 frères ; parmi les plus connus : le maître de pension Coulon, l'industriel James Combier, le passementier-poète Charles Marchand, l'entrepreneur Louis Cholet, le médecin Amédée de La Tourette, le propriétaire de l'usine du gaz John B. Stears. Cette photo de groupe ( A.M.S., 33 Z 6 ) a été prise par Delphin en 1868 ; elle rassemble 49 membres :

Photo de groupe de la Persévérance par Delphin, A.M.S., 33 Z 6
Jean-Baptiste CoulonJames Combier

 

Je reconnais, au premier rang et au milieu, Jean-Baptiste Coulon, à gauche.
Juste derrière lui, James Combier, à droite.

 

 

 

 Après avoir chuté à 39 membres en 1871, la loge retrouve des effectifs élevés, mais sa composition évolue. Les militaires, jadis si nombreux, se font rares et les grands notables de la ville peu nombreux. Sur les 59 membres actifs portés au tableau de 1876, on note une forte progression des artisans, qui représentent 20 membres, surtout des forgerons et des charrons ; l'agglomération de Saumur avec 20 frères devient minoritaire, loin derrière les 39 membres qui viennent du Sud-Saumurois, du Nord des Deux-Sèvres ou de Bourgueil. Cette tendance se poursuit pendant la dizaine d'années qui suit ; on voit apparaître Antoine Cristal, classé comme propriétaire à Turquant. Les effectifs atteignent le record de 85 membres en 1877.
 Après s'être rassemblée un temps chez le liquoriste Combier, rue Beaurepaire, la loge s'installe dans un immeuble acquis au n° 28 de la rue Daillé, l'entrée s'effectuant à l'angle de la rue de la Fidélité ( aujourd'hui un parking ). Le collège des rites approuve en août 1869 le plan des locaux, qui lui a été soumis ( B.N.F., FM2.795 ). Au rez-de-chaussée se trouvent un jardin symbolique, une buvette et une chambre de maître ; au premier étage, une salle des pas perdus en avant du temple ; au deuxième étage, une salle de classe pour des cours d'adultes. Il est également spécifié que les murs sur la rue ne porteront pas de tentures les jours de la Fête-Dieu.

 C'est en effet la lutte contre l'influence du clergé catholique qui constitue la préoccupation majeure de la Persévérance dans ces années-là. Les initiés continuent à se proclamer spiritualistes, croyant à l'existence d'un Grand Architecte de l'Univers et à l'immortalité de l'âme. Jean-Baptiste Coulon, dans ses Chants du parvis, publiés à Angers en 1870, se proclame théiste, tout en précisant :

« A l'homme libre, il faut un Dieu dont la puissance
  Respecte sa raison et son indépendance ».

 Après des relations tendues entre les deux cultes depuis le début du siècle, le pape Pie IX, en 1865, dans son allocution consistoriale Multiplices inter, condamne vigoureusement la maçonnerie, qu'il qualifie ailleurs de « synagogue de Satan ». La Persévérance de Saumur est l'une des premières loges françaises à afficher un anticléricalisme militant. En novembre 1867, au cours des obsèques civiles du Frère Balazard, décédé à 34 ans, le vénérable Coulon et l'orateur-adjoint, le passementier Charles Marchand, prononcent des discours préconisant le refus des derniers sacrements de l'Eglise. Les débats sur le sujet sont fréquents dans la loge, qui, finalement, le 15 août 1868, statue :

« Art. 1 : Tout F\ de l'O\ de Saumur qui, à son lit de mort, appellera ou acceptera librement le concours du clergé romain, sera considéré , par ce fait même, comme séparé de ses FF\
  Art. 2 : En ce cas, la L\ " La Persévérance " s'abstiendra de tout cérémonial public et rite maçonnique aux obsèques de ce F\
 Art. 3 : L'assistance des FF
\ sera facultative. »  ( B.N.F., FM2.795 )

 Cette déclaration de principes est adoptée à l'unanimité et sa mise en pratique est obligatoire. Elle provoque de sérieux remous. Le Conseil de l'Ordre du Grand Orient constate avec ironie que cette position est contraire à la devise de la loge : « Tolérance, Liberté ». Consulté à son tour, le docteur Ange Guépin, vénérable de Mars et les Arts à l'Orient de Nantes, auteur apprécié du Socialisme expliqué aux enfants du peuple (1851) et d'une Esquisse d'une philosophie maçonnique (1868), répond qu'il ne peut venir à Saumur, qu'à titre personnel, il partage les options de la loge, mais qu'il s'oppose à toute décision contraignante.
 Jean-Baptiste Coulon est déstabilisé par cette crise. Sa pension de Nantilly est ruinée, les parents retirant leur progéniture depuis que ses positions sont apparues au grand jour. Il démissionne de sa fonction de vénérable, mais ses frères lui font confiance et le réélisent aussitôt. Il est cependant dépassé par quelques membres athées qui souhaitent l'abrogation de toute référence au Grand Architecte de l'Univers.
 Quand cette position l'emporte au sein du Grand Orient en 1877, la Persévérance approuve ce choix, mais elle enregistre 23 radiations au cours de cette année, sans doute des spiritualistes opposés à cette orientation nouvelle. La loge épaule en permanence l'offensive anticléricale menée avec succès par la municipalité et en particulier par le frère James Combier.

 En harmonie avec ses instances dirigeantes, elle pousse au développement de l'enseignement et en particulier des écoles primaires laïques. Elle organise même des cours pour adultes, ce qui lui vaut des interdictions de la part du maire Louvet et du Conseil départemental de l'Instruction publique, qui s'opposent à tout enseignement donné dans un local attenant à la loge.

 La Persévérance fait preuve d'originalité à l'époque de la Guerre de 70. En 1867, elle se préoccupe de sauvegarder la paix ; avec clairvoyance, elle écrit à la franc-maçonnerie allemande : « Une guerre entre nos deux grandes patries serait suivie d'un recul de la civilisation et d'incalculables calamités ». A la différence de la grande majorité des Saumurois, elle manifeste de la compréhension à l'égard de la Commune de Paris, vraisemblablement sous l'influence de James Combier, élu vénérable et d'opinions communalistes ( voir Les Saumurois et la Commune de Paris ). Elle lance un intéressant appel à la conciliation à la veille de la Semaine sanglante. En même temps, la loge est envahie par la fièvre patriotique ambiante ; elle annule toutes ses fêtes tant que l'ennemi foulera le sol de la France ; le Frère Hütt, brasseur, déjà soupçonné par les autorités d'être un espion prussien, est accusé en loge, en mai 1872, d'avoir tenu des propos cyniques sur l'inefficacité de la Défense nationale : il est suspendu pendant six mois et condamné à 25 F d'amende au profit du tronc des pauvres.

 

3) La phase politique

 Les membres de la Persévérance se situent très majoritairement dans le camp républicain, tout en se montrant pendant longtemps très discrets dans le débat politique. Ils fournissent peu de conseillers municipaux. James Combier, en 1879, est le premier franc-maçon à devenir maire de Saumur, depuis Noël-Henry Mayaud dans un contexte très différent. Cependant, tous ses successeurs le sont, Vinsonneau, Voisine et Peton. Les frères s'en tiennent plutôt aux grands principes ; ils se proclament les héritiers des révolutionnaires de 1789 et de 1793 ; en loge, ils se prénomment Maximilien ou même Robespierre. Leurs séances, ralenties par de longs rituels, ne favorisent pas l'action politique au jour le jour. Malgré tout, on discute dans la salle des pas perdus ou à la buvette. A partir des années 1880, l'influence de la loge se laisse deviner dans les campagnes électorales ou dans la vie municipale, encore qu'il soit difficile d'apporter des preuves concrètes. En 1889, elle est hostile au général Boulanger ; l'ancien notaire François Renou, qui avait été vénérable en 1886 et qui est un partisan du révisionnisme avec sa " Petite Loire ", donne sa démission ; James Combier est désormais tenu en quarantaine par ses amis.
 Le poids numérique des maçons est malgré tout beaucoup plus faible qu'on l'écrit souvent. Les listes de gauche aux municipales de 1896 en réunissent 4 sur 27 candidats, dont 2 sont élus. Comme ils se chamaillent beaucoup, on trouve aussi deux initiés en rupture de loge sur les listes de droite de l'Union libérale. En contrepartie, ils occupent souvent des postes importants ; ainsi, aux alentours de 1900, on les trouve, au moins pendant un temps, aux fonctions de maire, de premier adjoint, de secrétaire général de la mairie, de receveur municipal, de préposé en chef de l'octroi, de commissaire de police, d'architecte-voyer, de directeur de l'abattoir, de procureur de la République, de secrétaire à la sous-préfecture. Il est toujours possible de penser que leur appartenance maçonnique a favorisé leur carrière, sans rien pouvoir prouver.
 Quelle est la part de la société secrète dans l'irrésistible ascension du docteur Peton ? Peu après son installation à Saumur, il est reçu comme apprenti le 18 janvier 1885 ; chaque année, il obtient des grades supérieurs, si bien qu'on le retrouve au 30 ème degré et vénérable de la loge en 1895 ; il est devenu maire trois ans plus tôt ( pendant quelques années, il a donc cumulé les deux fonctions, à la différence de Combier ).
 La Croix de Saumur répète de façon obsessionnelle que c'est la loge de la rue Daillé qui commande la municipalité et qui dicte les grands choix des édiles. L'étude minutieuse des mécanismes de décision prouve que c'est l'inverse ; Peton prend les décisions et commande dans la loge ; les frères qui contestent sa suprématie sont contraints à la démission : le principal Jules Rigolage, les Boret père et fils, les maires de transition Vinsonneau et Voisine. La courroie de transmission de Peton à la tête de la Persévérance est Ernest Roland fils, imprimeur et directeur du Courrier de Saumur, vénérable de 1901 à 1906. Ce dernier, querelleur et brouillon, ranime les conflits de personnes. La loge est bien incapable de dicter une politique continue, les rituels interdisant ce type de débat. De plus, elle est, et elle a toujours été gérée avec un grand laxisme : retards de cotisations, listes approximatives... Beaucoup de profanes demandent leur initiation, obtiennent le grade d'apprenti, puis disparaissent ( A.M.S., 33 Z 10 ).
 Les artisans ruraux des bourgs du voisinage se désintéressent de cette municipalisation de la Persévérance et de ces luttes entre ténors de la ville. Ils la désertent progressivement. Le 20 mai 1896 ( B.N.F., FM2.115 ), le tableau de loge énumère 46 membres seulement, 31 habitent l'agglomération saumuroise, 7 les environs de Saumur et 8 hors du département ; la répartition géographique est radicalement différente de ce qu'elle était vingt ans plus tôt. La composition sociale a elle-aussi changé ; avec 14 représentants, les membres de la fonction publique et assimilés sont devenus nettement majoritaires, les artisans arrivent derrière avec 10 représentants. La grande bourgeoisie est rare, la petite donne la tonalité.

4) La scission de 1905

 En matière de politique générale, la majorité des membres de la Persévérance est proche du parti radical, mais ce dernier n'a pas d'organisation permanente à Saumur, il se contente de réapparaître sous la forme d'un comité à la veille de chaque élection. Le reste du temps la culture radicale s'entretient dans des supports très divers, dans la municipalité, dans la presse, sûrement dans la loge, mais aussi dans la Libre Pensée, le Cercle républicain et dans d'autres associations progressistes. Toutefois, l'absence de structuration solide et démocratique engendre bien des conflits.
 A côté des radicaux, apparaissent de nouveaux membres de la loge, qui sont un temps alliés dans la municipalité : quelques socialistes emmenés par Victor Grossein, gérant d'une succursale de grand magasin et animateur d'un syndicat des employés du commerce ( voir un exposé détaillé sur ces organisations à l'existence compliquée ). En tout cas, la tendance révolutionnaire l'emporte chez les socialistes saumurois ; au début de 1905, leurs élus au sein du Conseil municipal se brouillent avec la majorité du docteur Peton. Il s'ensuit une forte crise municipale.
 Au sein de la Persévérance, la querelle avait débuté dès l'année précédente. Un nouveau règlement particulier avait été adopté et imprimé chez Roland ( B.N.F., FM, imp. 887 ) ; il imposait des cotisations très élevées ( 36 F par trimestre ), auxquelles venaient s'ajouter le prix de la collation des grades. Ainsi, un apprenti habitant Saumur, qui obtiendrait, comme c'est courant, les grades de compagnon et de maître, devrait débourser dans l'année 229 F ( les tarifs étaient un peu moins élevés pour les gens résidant hors de la ville ). Ces prix, s'entendant banquet compris, étaient beaucoup trop lourds pour les gens modestes, en particulier pour les socialistes, tous ouvriers ou employés à bas revenus. Ce règlement apparaît comme une manoeuvre pour les écarter, la bourgeoisie radicale entendant rester en famille. Ce conflit est certainement politique, il est déclenché par un débat à propos de la nomination du socialiste Georget comme conseiller prud'homal. Mais rien ne transparaît de ces premières tensions dans les procès-verbaux des tenues.

 En mars 1905, les 8 socialistes de la loge ( sur 44 frères ) attaquent la majorité radicalisante. Le vénérable Roland et cinq autres dignitaires remettent leur démission. Le 8 avril 1905, l'Illustre Frère Bouley, grand chancelier du Grand Collège des rites, vient inspecter la Persévérance et il constate que des débats étrangers aux principes maçonniques ont été évoqués au cours de tenues régulières ( A.M.S., 33 Z 29 ). La loge est mise en sommeil pour deux mois. En juin, les socialistes fondent un nouvel atelier, " la Sociale saumuroise n° 368 ", qui adopte le rite écossais et passe à la Grande Loge de France, ce titre se référant plutôt à l'anarcho-syndicalisme. Le périodique socialiste L'Eclaireur saumurois s'en prend aux positions conservatrices de la loge de la « rue de la Fidélité ». Réduite à quelques membres, la nouvelle société se réunit au domicile de Victor Grossein, son vénérable, rue Pascal. Après la Grande Guerre, elle devient l'Association fraternelle d'Etudes sociales, relevant toujours de la Grande Loge de France, et dispose d'un siège 11 rue Jean-Jaurès. Elle compte Robert Amy parmi ses membres ; elle est animée par L. Doignon, un employé des P.T.T., puis, de 1930 à 1937, par Limousin, un directeur d'école, ensuite par Pelon, vérificateur des Poids et Mesures.

 Ainsi débarrassée de ses éléments révolutionnaires, La Persévérance est reconstituée le 15 juillet 1905, à partir d'une base de départ de 17 frères, qui réélisent Roland au poste de vénérable. Elle se rétablit lentement et entretient des rapports normaux avec la Sociale Saumuroise : les deux loges fêtent en commun la fête solsticiale du 28 juin 1914. La Persévérance compte un effectif théorique de 53 membres au 1 er janvier 1917 ; cependant, pendant la Guerre 14-18, le nombre des présents est trop faible pour qu'elle puisse tenir des réunions régulières.
 Nos renseignements sont réduits pour la période postérieure à 1900. Le rôle des loges semble désormais très effacé.

 

DOSSIER
PRÉCÉDENT