Armoiries de la ville portant la croix de guerre, hall d'entrée de l'Hôtel de ville

 

 

Chapitre 42 :

  Les Saumurois en guerre
 ( 2 août 1914-11 novembre 1918 )

Télégramme du 1er août 1914 ordonnant la mobilisation générale ( A.M.S. 5 H 11 )

 Pour les Saumurois, la Première Guerre mondiale commence le dimanche 2 août 1914 avec le télégramme ministériel ordonnant la mobilisation générale ( A.M.S. 5 H 11 ), même si l'Allemagne n'a déclaré la guerre à la France que le lendemain. Un clairon parcourt les rues pour annoncer cette mobilisation. Les gendarmes réquisitionnent 16 automobiles pour aller porter l'ordre dans les campagnes isolées.

 Afin de mettre en perspective les événements locaux, j'ai utilisé comme ouvrage de chevet : Alain Jacobzone, En Anjou, loin du front, Ivan Davy, 1988.
   

 

UNE GUERRE À LA FOIS LOINTAINE ET PRÉSENTE

      

1) L'acceptation de la guerre

 Dossier 1 : Une guerre acceptée

 

Dossier 2 : L'Union sacrée

 Préparée de longue date, la guerre constitue néanmoins une surprise quand elle éclate en août 1914 ; elle est acceptée avec « calme et sang-froid », sans manifestations d'enthousiasme et sans action des pacifistes ; telles sont les lignes majeures qui sont développées dans le dossier n° 1.

 Dès le 4 août 1914, le Conseil municipal approuve à l'unanimité la promotion d'Henri Moreau au poste de deuxième adjoint, alors que ce dernier avait appartenu à la municipalité Peton. L'Union sacrée est donc réalisée, les diverses tendances opposées s'engageant à marquer une trêve dans leurs conflits pour combattre ensemble l'ennemi. Cet accord est assez bien respecté, à l'exception du rétablissement des processions par le maire, Louis Mayaud.
   

2) Les Saumurois au combat

 La mobilisation d'août 1914 est massive, car les stratèges accordent la primauté au nombre des hommes mis en ligne ; elle touche tous les Français depuis la classe 1887 ( 47 ans en 1914 ) à la classe 1914 ( 20 ans et déjà sous les drapeaux ). Cependant, les affectations diffèrent : les jeunes hommes de 20-23 ans forment l'armée d'active, ceux de 24-35 ans, la réserve de l'armée active ; tous sont convoqués immédiatement et envoyés vers le front. Les hommes de 35-41 ans appartiennent à l'armée territoriale et sont affectés à l'arrière, ceux de 42 à 48 ans composent la réserve de l'armée territoriale ; ils sont encore moins exposés au danger. Les pères de familles nombreuses ne bénéficient pas d'exemptions ; seulement, ceux qui ont quatre enfants et plus sont affectés dans la territoriale. Le nombre des Saumurois mobilisés en l'été 14 est tenu secret. Si l'on se réfère à la pyramide des âges en 1896, il s'élève certainement au-dessus de 2 500.
 Par la suite, les réformés et les ajournés sont revus avec des exigences plus basses. La classe 1918 est mobilisée à partir du 16 avril de l'année précédente. Ceux qui bénéficient du statut d'affectés spéciaux sont violemment pris à partie ; les rares qu'on côtoie à Saumur occupent en réalité des emplois spécialisés d'une importance vitale pour la Défense : conducteurs de trains, contremaître à l'usine Caillaud, chirurgien à l'hôpital. Ceux qui avaient cru trouver une bonne planque en effectuant leur service militaire dans la musique se retrouvent dans les fonctions pénibles et dangereuses de brancardiers aux premières lignes. Plus discrets et mieux embusqués sont les nombreux officiers affectés dans des états-majors à l'évidence pléthoriques. Certains sont d'un âge élevé, comme le député Georges de Grandmaison, né en 1865. En tout cas, la place de Saumur regorge de cadres, qui signent des ordres sur un ton impérieux, tout en trahissant une incompétence manifeste.
 L'Italie ayant déclaré la guerre à l'Allemagne le 27 août 1916, la commune recense ses ressortissants locaux de 19 à 50 ans en vue de leur mobilisation ; elle aboutit à une liste de cinq noms le 5 septembre 1916 ê (1).

 Les Saumurois mobilisés sont en majorité affectés au IXe Corps ( Touraine, Anjou ), qui prend part aux affrontements des Marais de Saint-Gond, puis de l'Yser, de Verdun et enfin de la Seconde Bataille de la Marne. Présents sur tous les points névralgiques de la guerre, les régiments du IXe Corps subissent de lourdes pertes. Les avis de décès parviennent dans les mairies à un rythme assez régulier, sans poussées spectaculaires.

 Les élèves et anciens stagiaires de l'Ecole de cavalerie forment les cadres des divers régiments montés, dispersés sur tous les points du front. Dans un chapitre antérieur, nous avons présenté les doctrines dominantes à la veille de la guerre ; pour faire simple, les traditionalistes l'avaient emporté, imposant le maintien de la cuirasse et de la lance, préférant la cavalerie lourde à la cavalerie légère et considérant la charge à l'arme blanche comme le recours suprême. Une telle préparation a vite révélé son ineptie dans la guerre de mouvement. Rien ne prévaut contre la puissance du feu. Les cavaliers subissent de lourdes pertes, les chevaux s'avèrent vite épuisés. Mis à part quelques exploits isolés ( de Lattre de Tassigny, infiltration de la 5 ème Division de cavalerie ), l'échec est habituel. L'Ecole de Saumur n'a pas su préparer la Revanche par refus de toute innovation et faute d'information sur l'actualité militaire. A partir de l'hiver 1914-1915, la cavalerie est mise à pied et ne mène plus d'actions autonomes, sauf sur des fronts secondaires. Beaucoup d'anciens de Saumur, peu flattés de passer dans l'infanterie, préfèrent se porter volontaires pouir l'aviation et plus tard pour les chars.
   

 3) Les nouvelles du front

  Les Saumurois sont mal informés sur les combats et sur l'évolution du conflit. La presse est lourdement mensongère en août 1914. Ensuite, elle ne publie plus que des communiqués du gouvernement et de l'Etat-Major ; même quand ils sont exacts, les lecteurs restent méfiants, trop échaudés par le bourrage de crânes du début. Les correspondances sont soumises au contrôle postal ; les soldats n'ont pas le droit de donner des indications précises ; afin de ne pas inquiéter leurs familles, ils se montrent évasifs ou plutôt optimistes. Les blessés et les permissionnaires sont questionnés en permanence ; en général, ils se montrent peu diserts. Les magazines, même s'ils sont remarquablement illustrés, sont fortement orientés, ils ne montrent jamais un cadavre français, parfois un cadavre allemand.
 En dépit de tous ces silences, tout le monde sait que la guerre tue beaucoup, car il faut bien tôt ou tard prévenir les familles. Le système est long à se mettre en place. Le premier avis de décès parvient à la mairie de Saumur le 12 août ; les suivants sont longs à venir, mais le rythme s'accélère en octobre-novembre, puis se maintient à la cadence assez régulière de sept morts par mois. Un employé municipal tient un petit cahier fortement raturé, qui transcrit au jour le jour les avis reçus par télégramme, parfois par téléphone ou par lettre du commandant de l'unité ê (2). Comme les communes périphériques sont moins bien reliées, les avis passent parfois par Saumur et compliquent la comptabilité. Au total, à la fin des combats, 356 noms d'habitants de la ville sont portés comme morts et 64 comme disparus. Dans cette dernière catégorie, il peut se produire d'heureuses corrections, quand, trois ou quatre semaines plus tard, la Croix-Rouge internationale annonce que l'intéressé est dans un camp de prisonniers en Allemagne. Une première liste de prisonniers, dressée en mai-juin-juillet 1915, comporte déjà 21 noms.

 Un vocabulaire spécifique est mis en place. Seulement « tués à l'ennemi » au début de la guerre, les soldats, les blessés décédés ou les malades morts en service commandé sont déclarés « morts pour la France » à partir de la loi du 2 juillet 1915. Une circulaire ministérielle vient régir l'ajout de cette mention marginale sur les registres d'état civil.

 Le cinéma aime représenter des maires de la campagne, vêtus de leur tenue de cérémonie, venant annoncer une mauvaise nouvelle à une famille qui comprend dès leur apparition. Cette image est trompeuse pour Saumur, où les élus ne se chargent pas eux-mêmes de cette pénible mission. C'est habituellement un brigadier de police qui s'en occupe. Dans une circulaire aux maires du 9 janvier 1915, le préfet Edmond Fabre recommande aux autorités de faire ces annonces avec tous les ménagements et les égards désirables. Ses ordres n'ont pas toujours été exactement appliqués. La procédure la plus indigne que j'ai rencontrée concerne le soldat Marcel Mouquet ( A.M.S., 5 H 33 ), habitant au Petit Puy :

A.M.S., 5 H 33

  Les avis de décès ne paraissent pas dans la presse locale. Mais dans certains cas se déroule une cérémonie solennelle, par exemple pour le sergent François Mayaud, cousin et gendre du maire, décédé dans un hôpital auxiliaire de Tours et enterré à Saumur le 3 mai 1917. Malgré tout, les nouvelles circulent vite dans une petite ville ; l'ampleur des pertes est connue par la population. Un bilan sera dressé au chapitre suivant.
   

4) De fortes contraintes

 Dossier 3 : L'état de siège

 

 

Dossier 4 : Le camp d'internement des étrangers

  Comme tout le pays, Saumur vit sous le régime de l'état de siège, qui restreint les libertés individuelles et donne les pleins pouvoirs au préfet et aux autorités militaires. Localement, les commandants d'armes exercent leur autorité avec une grande roideur et prennent parfois des décisions ridicules en matière de censure de presse.

 Bons patriotes, les Saumurois n'ont pas grand chose à redouter. A l'inverse, les étrangers, à plus forte raison s'ils sont ressortissants de pays ennemis, même s'ils sont francophiles, sont considérés comme des suspects et traités d'une manière indigne. Au prix de longues recherches, j'ai pu faire l'historique du camp d'internement des étrangers improvisé à Saumur du 10 août au 2 octobre 1914, premier maillon de la longue chaîne des camps de concentration du XXe siècle. C'est-là une page peu glorieuse et totalement inconnue.
 D'une façon générale, ces temps sont sans pitié. La « brutalisation », chère à l'historien américain George Mosse, est souvent perceptible.

 Les élus sont également mobilisés et soumis à de fortes contraintes. Le maire Louis Mayaud, tout récemment élu à la suite d'une crise municipale, semble très mal à l'aise au cours de cette guerre. Il est accablé par de lourdes obligations municipales, alors qu'il continue à diriger son entreprise ( qui marche mal ). Il doit travailler en étroite liaison avec des fonctionnaires républicains, qu'il n'apprécie guère et qui sont à ses yeux trop laïcs, alors qu'il a trois filles religieuses. Il doit appliquer des mesures totalement contraires à sa philosophie libérale, réquisitionner des bâtiments, réglementer les prix, obliger les commerçants à afficher leurs tarifs, distribuer des tickets de rationnement, normaliser la prostitution, collaborer avec les Américains et même voir ses ouvriers en grève.

Signature de L. Mayaud

 Il subit en outre une perte importante en la personne du sergent François Mayaud, qui était à la fois son gendre ( époux de feu sa fille aînée Marie-Louise ) et son cousin ( le fils de Fernand Mayaud - ce mariage réunifiait les deux branches du clan ). Le maire répond souvent sur un ton peu aimable au surabondant courrier que lui adressent les autorités civiles et militaires.
 Dans la pratique, le premier adjoint, Joseph Vidal-Poisson assure le plus gros de la paperasserie administrative. Il est bien épaulé par Jean Delfau, le secrétaire général de la mairie, qui, avec un personnel peu nombreux, exécute une énorme tâche, alourdie par le passage à une économie dirigée.

 

LES OEUVRES D'ASSISTANCE

  

5) Une forte mobilisation humanitaire

 

  Dossier 5 : Les hôpitaux

 

  Dossier 6 : Les réfugiés

  Les autorités sont solidement épaulées par des bénévoles, appartenant surtout à la Croix-Rouge & (3).
 Douze lieux d'accueil s'ajoutent à l'hôpital général pour soigner les malades et les blessés. Ils ont des statuts différents : hôpital auxiliaire ( n° 6 et 105 ), hôpital temporaire ou hôpital bénévole. Ils offrent près de 1 200 lits et reçoivent plus de 12 000 patients. Ces nombres ne sont pas minces. Un véritable corps d'infirmières de guerre est mis en place. Débordés à la fin de 1914 et en 1915, les hôpitaux locaux baissent de régime au cours des années suivantes. Voir l'énorme dossier n° 5.

 Quelques jours après l'arrivée des premiers blessés, convergent vers la ville des convois de réfugiés, qui finissent par représenter 2 000 personnes. Les pouvoirs publics leur accordent des allocations et des bénévoles les aident à se loger. Cependant, Saumur n'a pas de travail à leur proposer et s'efforce de les réorienter vers les campagnes voisines, qui réclament de la main d'oeuvre. Des vieillards de l'hospice d'Ivry viennent s'y ajouter, car Paris se débarrasse de ses bouches inutiles. Franchement débordés, les Saumurois accueillent sans chaleur la nouvelle vague de réfugiés qui reflue au printemps et à l'été 1918 ( développements au dossier 6 ).

 La Société de Secours aux Blessés Militaires ouvre également l'abri-cantine de la gare, qui fonctionne de décembre 1917 à février 1919. Son utilité était évidente : de nombreux soldats rôdaient dans le quartier de la gare en attente d'un train, et ils y causaient parfois du scandale. Mis à l'abri, ils trouvent un coin pour dormir et ils sont réveillés à l'heure de leur train. On leur sert des boissons chaudes et des collations pour un prix léger. Un homme et une femme de la société assurent une permanence nocturne ; ils accueillent en moyenne 110 soldats par jour.

 Autre oeuvre d'assistance à signaler : le Comité de Secours aux Prisonniers de Guerre, animé par deux personnes très actives, envoie 683 colis aux captifs retenus en Allemagne.
   

 6) Un contexte de plus en plus difficile

  Dossier 7 : Les misères de la guerre

  Les associations caritatives doivent aussi secourir des Saumurois, qui, en nombre croissant, sont sans emploi, souffrent de la montée des prix et de la pénurie des vivres. En juin 1917, une grève massive et à rebondissements témoigne de la dureté des temps. Les services publics fonctionnent de plus en plus mal. La ville n'est nullement un havre de paix et de prospérité situé loin du front ( voir dossier 7 ).
   

GRANDEURS ET MISÈRES D'UNE VICTOIRE

 7) Un moral élevé

  Dossier 8 : La mobilisation des esprits

  Malgré une situation plus difficile qu'on pourrait l'imaginer, les Saumurois sont patriotes et gardent un moral plutôt élevé, à l'exception de deux périodes de fléchissement, à l'été 1914 et au cours de la période de juin 1917 à août 1918. Dans ces temps de découragement, les courants pacifistes ne se manifestent pas. Tout au contraire, des propagandistes, parfois un peu exaltés, se démènent pour animer des conférences, des soirées théâtrales, des tombolas et des " journées ", qui rapportent un peu d'argent et qui surtout réchauffent l'ardeur patriotique.
   

8) L'arrivée en force des Américains

  Dossier 9 : L'éclatante présence américaine

  Nous abordons maintenant un fait d'une grande importance locale, curieusement tombé dans l'oubli : à partir de septembre 1917, une école d'artillerie américaine s'installe dans les locaux de l'école de cavalerie ; prenant vite de grandes dimensions, elle forme environ 4 000 officiers à une cadence accélérée. Le camp américain de Villebernier, spécialisé dans les transports ferroviaires, héberge plus de 2 000 hommes. L'arrivée massive de cette armée, qui dispose d'énormes moyens techniques et financiers, perturbe en profondeur la petite ville provinciale et secoue son économie. Elle émoustille la gent féminine et sème inquiétude et jalousie parmi les notables locaux.
   

 9) Victor Boret, ministre

  Dirigeant d'une importante entreprise de graines de semence, plutôt dur avec son personnel, Victor Boret ( voir éléments biographiques ), élu député de Loudun, est un proche de Clemenceau et un spécialiste reconnu des questions rurales, sur lesquelles il publie de nombreuses études. Il dirige le ministère de l'Agriculture et du Ravitaillement dans le second cabinet Clemenceau, du 16 novembre 1917 au 20 juillet 1919. Il s'agit d'un poste de premier plan à une époque où la pénurie alimentaire se fait menaçante et où le gouvernement impose des cartes de rationnement.
 Le bilan du ministère est bon ; quelques historiens attribuent ces succès plutôt à l'action d'Ernest Vilgrain, le sous-secrétaire d'Etat au Ravitaillement, très lié aux milieux d'affaires et membre influent du comité Mascuraud, un lobby très influent. Malgré tout, Victor Boret est vivement attaqué à la Chambre ; on lui reproche des liens étroits avec Léon Collin, « le roi de l'avoine », ou l'autorisation d'importer des mistelles ( des moûts additionnés d'alcool ). Le débat repose sur un différend plus profond : Victor Boret est un défenseur acharné d'une France paysanne formée de petits propriétaires indépendants ; afin de maintenir ce qu'il considère comme la base de la nation, il souhaite des prix élevés, afin d'encourager la production et de soutenir les exploitations familiales ; il se trouve donc accusé de favoriser la cherté de la vie. Mis en minorité sur ce point, il préfère démissionner du cabinet. Il a donc été ministre pendant 20 mois et bat le record de durée des ministres saumurois.
   

 10) Le 11 novembre 1918

  La nouvelle de l'armistice surprend plutôt une population, qui ne s'attend pas à un dénouement aussi rapide. Le maire reçoit le télégramme adressé à toutes les communes : « Veuillez faire sonner à toute volée les cloches de toutes les églises de votre commune. Veuillez faire pavoiser aux couleurs alliées tous les édifices publics et les faire illuminer » ê (4). Les grandes réjouissances populaires n'ont lieu que le samedi 16 novembre ; le général Halna du Frétay, commandant d'armes, met 30 hommes à la disposition du maire pour la retraite aux flambeaux, qui part de la place du Roi-René à 20 h.
 Entre temps, le Conseil municipal s'est réuni le 13. Il évoque le souvenir de ses deux membres morts pour la France, Robert Gratien et Victor Desgranges, et il vote à l'unanimité une adresse de reconnaissance à Georges Clemenceau. Belle manifestation de l'Union sacrée.
  

 11) Une cassure entre deux siècles

  Un bilan détaillé de ces quatre années chargées sera dressé dans le chapitre suivant. Contentons-nous de quelques observations pour conclure sur les événements.

- Cette période correspond au plus grand brassage enregistré jusqu'ici dans la population française. A Saumur, les mobilisés partent ; ils sont remplacés par des réfugiés, des blessés, de nouveaux soldats en séjour et des militaires américains. Ces mouvements massifs, qui correspondent chacun à plusieurs milliers de personnes, ont dû modifier les mentalités.

- L'importance croissante des femmes dans la société a été entrevue par les contemporains, qui relèvent avant tout le rôle des infirmières et des auxiliaires bénévoles et qui constatent la féminisation de l'enseignement ( sept femmes au collège de Garçons au lieu d'une seule avant la guerre ).

- Débordée par ses tâches administratives et en difficulté financière, la ville ne peut guère que traiter les urgences. Ses actions à plus long terme sont rares. Elle prépare la gestion de l'héritage du comte Lair ; elle achève la nouvelle poste et loue l'ancienne, le 6 août 1915, au Crédit de l'Ouest, le soumissionnaire le mieux disant ; elle décide de transformer l'ancien champ de foire en jardin public : le 25 juillet 1918, elle rebaptise l'ensemble " place Verdun ", mais les aménagements ne sont exécutés que sous l'Occupation.