Les hôpitaux pendant la guerre 14-18


 1) Un accueil préparé

 Dans l'étude sur les deux premières sociétés de Croix-Rouge, nous avons vu avec quel sérieux ces associations se préparaient à la guerre attendue. Sachant fort bien que l'hôpital mixte ( mi-civil mi-militaire ) de la rue Seigneur serait insuffisant avec ses 115 lits d'hospitalisation, dont une cinquantaine pour les militaires, elles avaient programmé la création de deux hôpitaux auxiliaires de 50 lits chacun, au collège de Jeunes Filles et à l'institution Saint-Louis. A ce dernier établissement est annexée, lors de son ouverture, la clinique Petit-Gandar de la rue Fardeau, qui apportait des salles d'opération et 16 lits supplémentaires.
 Les associations formaient leurs membres en leur prodiguant des conférences médicales, en les soumettant à un examen d'aptitude, puis en organisant de véritables cours d'infirmières. Elles fonctionnaient chacune en liaison avec trois médecins de la ville. Elles accumulaient du matériel médical, les collèges devant fournir les lits et les cuisines. L'Union des Femmes de France s'était pourvue d'un confortable magot : 19 300 F en caisse, plus un petit capital déposé à la Banque de France, rapportant en particulier 250 F sur l'emprunt à 3 % ( A.M.S., 15 Z 2/2 ). On imaginait donc de petites unités, qui occuperaient seulement une aile des établissements scolaires, qui resteraient autonomes et qui fonctionneraient sur leurs fonds propres. Ces dames doublaient ainsi la capacité de l'hôpital ; Saumur étant loin du front et la guerre étant courte, elles pensaient, pleines d'enthousiasme, être au large avec leurs 116 lits. Il en faudra exactement dix fois plus ! Cela dit sans aucune ironie, car beaucoup d'autres villes n'avaient absolument rien prévu.
 Voici au cercle Saint-Pierre, la salle de gymnastique de la Jeanne d'Arc, pourvue de 56 lits et fin prête pour accueillir ses premiers blessés :

L'hôpital temporaire de Saint-Pierre, avant l'arrivée des blessés

 Dès la nouvelle de la guerre, les associations installent leurs services, blanchissent les locaux, récoltent du linge, du mobilier et des provisions. Des automobilistes vont jusqu'à Paris et à Caen pour récupérer de la gaze et du coton. Les dames de la bonne bourgeoisie se pavanent en tenue d'infirmière dans les salons et devant les photographes. Vers le 20 août, « les premiers trains de blessés sont annoncés ; ils ne font que passer ; on se rue à la gare pour donner quelques soins et garder ces malheureux qui, à peine pansés, voyagent dans des conditions déplorables, et seraient si bien dans les bons lits qui les attendent » ( Louis Anis, « Historique des formations hospitalières de Saumur pendant la Guerre », S.L.S.A.S., n° 25, avril 1921, p. 17-22, une des bases de ce dossier ).

2) L'afflux des blessés

 Le 23 août, un premier convoi de blessés, peu nombreux, est acheminé par des voitures automobiles de la gare vers le collège de Jeunes Filles. Les conditions de fonctionnement ont bien changé. Les Services de Santé militaires prennent le commandement des opérations, alors que l'hôpital général voulait lui-aussi diriger les hôpitaux auxiliaires ( une délibération du 11 septembre 1914 de son Conseil d'administration est annulée le 18 ( A.M.S., 245 W, dépôt 27 ). Saint-Louis est mis en réquisition pour 130 lits ( dès le 17 août, ses médecins protestent, se déclarant débordés avant d'avoir reçu leur premier patient ). Le collège de Jeunes Filles est porté à 150 lits ; tous les dortoirs seront occupés, l'enseignement devra déménager. Les capacités théoriques sont encore augmentées peu après. Coup sur coup, trois écoles primaires, une partie du Cours Dacier et deux petites maisons de santé sont mises en réquisition, si bien que la capacité d'accueil de la ville, en septembre 1914, passe à 1 161 lits ( voir tableau en fin de chapitre ), sans compter l'hôpital mixte, lui-aussi bourré.
 Cet important ensemble est englobé dans l'immense réseau mis en place par le Service de Santé militaire, qui est submergé par la masse imprévue des blessés et des malades et qui fonctionne d'une manière chaotique ; c'est le capitaine Anis qui l'écrit, en ajoutant, non sans malice : « à la fin de 1915, il s'est un peu ressaisi ». A Saumur, un médecin chef de la place, d'abord le docteur Tourette, puis le docteur Bontemps, s'efforce d'assurer une coordination.
 Etre intégré dans ce réseau militaire offre quelques intéressantes contreparties. Le service fournit des infirmiers, de niveaux très divers, parfois des médecins mobilisés, parfois des réservistes sans aucune qualification. Le maire se préoccupe très tôt de savoir qui va payer la nourriture et l'entretien des patients ; il redoute que ce soit la ville, comme pour les internés. Le directeur du Service de Santé de la IXe Région le rassure le 10 septembre en lui promettant une prise en charge de 2,67 F par malade et par jour ( A.M.S., 5 H 11 ). Ce montant est très généreux, l'hospice ne dispose que de 1,20 F pour l'entretien de ses vieillards et le camp d'internement des étrangers de 0,60 F pour les adultes. Même si la prestation a varié et est tombée à 2,10 F, l'Etat a bel et bien payé toutes les dépenses. L'Union des Femmes de France était au large et ses budgets prouvent qu'elle a bien géré ces fonds et qu'elle était plus riche à la fin de la guerre qu'au début. Ces fonds sont gérés par des hommes, les femmes n'ayant alors pas le droit de tenir des comptes bancaires.

 Le 30 août au soir, arrive un convoi de 196 blessés, qui sont répartis à la hâte dans les centres organisés. Le sous-préfet leur rend visite le lendemain et écrit au préfet : « A part 2 ou 3 cas sérieux, les blessures sont légères et n'entraîneront qu'un repos de quelques semaines » ( A.D.M.L., 1 R 5/5, cote provisoire ). On a la même impression au hasard des dossiers ; certains soldats ont été soignés, et parfois opérés, dans des ambulances situées près du front. Ils viennent à Saumur en convalescence ; par commodité, les rapports les qualifient de « blessés », mais parmi eux, se trouvent beaucoup de malades. Par manque de chirurgiens et de médecins, Saumur ne peut guère assurer de soins lourds.
 Le 7 septembre, 204 lits sont occupés dans les hôpitaux auxiliaires de Saumur. De nouveaux convois arrivent régulièrement à la gare ; des badauds viennent les voir, sans doute par compassion, sans doute aussi pour avoir des nouvelles des opérations militaires, sur lesquelles pèsent de lourds secrets. Les autorités s'efforcent de tenir les patients à l'écart.
 En juillet 1915, 850 blessés sont soignés à Saumur, où les structures sont au bord de la saturation. Le médecin chef de la place s'était mis en quête de nouveaux locaux ; il utilise un temps l'école de la rue du Petit-Pré ; il avait envisagé de réquisitionner le cercle Saint-Joseph, situé à Grenelle, à l'entrée de la ville, pour y installer 80 blessés anglais, mais la troupe française l'occupait. Ensuite, il avait jeté son dévolu sur la nouvelle poste , toujours inachevée, mais les locaux s'avéraient inadaptés.

3) L'hôpital général pendant la Guerre

 Dès le début de la guerre, l'hôpital de la rue Seigneur augmente l'espace attribué aux militaires. Cela s'avère insuffisant, car dès le 5 septembre lui arrive un convoi de 117 blessés. Désormais, il manque constamment de place ; les autorités supérieures lui demandent de construire des baraquements sur les cours, ce qui ne plaît guère à la commission administrative ; en août 1915, il est décidé qu'un baraquement servira à l'isolement de malades militaires atteints de la fièvre typhoïde ( A.M.S., 245 W, dépôt 27 ). L'hôpital manque constamment de place. Il souhaiterait annexer la caserne Feuquières. Au moins, il obtient de la ville la cession de l'ancien presbytère de Nantilly, qui lui sert de pavillon d'isolement.
 L'hôpital mixte présente une autre particularité : il est le seul à accueillir des blessés allemands ; la réunion de la commission administrative du 11 juin 1915 nous apprend que la plus grande salle, contenant 40 lits, est affectée à cette catégorie particulière de patients. Secret militaire aidant, on n'a guère plus de renseignements, à part le nombre de tombes creusées au cimetière ( A.M.S., 5 H 38 ). Le premier soldat allemand y est enterré le 24 novembre 1914, sûrement un blessé soigné à l'hôpital, le dernier le 15 juin 1919, peut-être aussi un prisonnier. Au total, 12 soldats allemands ont été inhumés à Saumur [ leurs corps ont été transférés à Tours en 1942 ]. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, un militaire allemand vient visiter l'hôpital pour le remercier des bons soins qu'il avait reçus au cours de la première.
 L'hôpital manque gravement de personnel, à tous les niveaux. Ses deux chirurgiens, Gandar et Férouelle, sont mobilisables. Le premier, ancien médecin militaire et volontaire, part pour les Balkans ; le second est maintenu à Saumur jusqu'en avril 1915. L'hôpital recrute ensuite un suppléant et le Service de Santé militaire envoie des chirurgiens mobilisés, qui défilent rapidement. Les médecins passent aussi à forte cadence ; le docteur Luquel, que la ville avait demandé, devient directeur de l'Ecole de médecine d'Angers. Pour faire face à la flambée de ses patients, l'hôpital embauche du personnel supplémentaire en octobre 1914 ; le 24 décembre de cette année, il accorde une gratification supplémentaire à quatre de ses salariés, qui ont subi un surcroît de travail. En raison de la hausse des prix, il doit accorder à tout son personnel des primes de vie chère ; les religieuses voient leur indemnité de vestiaire portée de 130 à 200 F par an.
 Les finances de l'établissement se dégradent en raison de charges alourdies. Dès octobre 1914, la Commission administrative demande à la ville une subvention supplémentaire de 10 000 F, et le Conseil municipal est obligé de lui accorder plusieurs rallonges. En outre, les revenus de l'établissement sont en baisse ; les sept fermes qu'il possède dans les Mauges depuis la fin de la Révolution rapportent moins, car des réductions de fermages ont dû être accordées à des exploitants dont les enfants sont mobilisés. Finalement, le 10 mai 1918, la Commission administrative décide de vendre ces fermes à l'amiable ( le Conseil municipal avait pris une délibération identique le 2 mai ). L'hôpital s'est donc ruiné au cours de cette guerre.
 Il a beaucoup de peine à s'approvisionner ; il procède à des marchés de gré à gré, contraires aux soumissions habituelles. Par exemple, le 29 septembre 1916, il achète à Monsieur Julhia, de Perpignan, 300 hectolitres de vin rouge de 11 ½ à 12 degrés pour le prix de 65 F l'hectolitre, car dans le Saumurois, le vin manque, en partie à cause des réquisitions.
 Telle est notre conclusion, un peu répétitive : soumis à de fortes tensions, tous les services publics se sont déréglés pendant la Grande Guerre.

4) L'hôpital auxiliaire n° 6 ( Saint-Louis, clinique Fardeau )

 Géré par la Société de Secours aux Blessés Militaires, l'hôpital auxiliaire n° 6 est le plus important de la ville. Il regroupe l'institution Saint-Louis et la clinique Fardeau, réquisitionnées pratiquement en entier. Quand il est débordé, il envoie des malades vers le Cours Dacier ( 71 lits occupés en septembre 1914 ) ou vers le couvent de Sainte-Anne à Saint-Hilaire-Saint-Florent, qui dispose de 30 lits dans l'annexe où est installée une maison de retraite. Des propriétaires des environs offrent leur château pour accueillir quelques convalescents. Au total, l'ensemble présente une capacité théorique de 425 lits, selon Louis Anis, dans la pratique de 260 lits, d'après les comptes rendus de ses délibérations ( A.M.S., 15 Z 1 ).
 Il avait l'ambition de devenir un véritable hôpital militaire, grâce à la clinique Fardeau équipée de salles d'opération. Malencontreusement, ses deux chirurgiens sont mobilisés, le docteur Gandar dans les Balkans, le docteur Petit aux Dardanelles. L'hôpital passe un accord avec un chirurgien d'Angers, le docteur Vaubourdolle, qui vient bénévolement aussitôt qu'on l'appelle. Malgré tout, cette médicalisation insuffisante a pour conséquence de réduire l'hôpital auxiliaire en centre de convalescence, comme tous les autres, et la clinique Fardeau est surtout réservée aux officiers et sous-officiers ( A.M.S., 15 Z 56 ).
 L'hôpital devait être dirigé par Alphonse Poisson. Comme ce dernier est maire de Bagneux et que les administrations municipales vont devoir fournir un énorme travail, il donne sa démission le 3 août. Il est remplacé par Louis Anis, un capitaine qui avait quitté l'armée par refus des Inventaires et qui s'était installé à Saumur comme avocat. Ce dernier est le premier à se plaindre dans ses comptes rendus de l'énorme paperasserie qu'exige le Service de Santé militaire. Il doit aussitôt engager deux comptables à plein temps pour tenir les registres ( conservés et fort détaillés ).
L'hôpital n° 6 ne manque pas de personnel ; il dispose de quelques religieuses, des infirmières formées à la veille de la guerre, des auxiliaires bénévoles et de dames visiteuses en grand nombre, car la bonne société locale soutient surtout la SSBM. L'enthousiasme manifesté en août 14 ne semble pas s'émousser trop vite ; L. Anis affirme que plusieurs soignantes se sont littéralement tuées à la tâche. C'était également l'avis de Camille Charier, qui proposait d'élever un monument à la gloire des infirmières ( « Hommage aux femmes françaises victimes de la Guerre », S.L.S.A.S., n° 26, juillet 1921, p. 19-21 ). Dans le personnel de cet hôpital apparaissent aussi des Annamites, cités dans les comptabilités à partir de février 1917 ; ils appartenaient vraisemblablement au contingent de 50 000 hommes contraints de venir en métropole. Ils sont militarisés et servent d'aides-soignants. Anis suggère que leur sort n'avait rien d'enviable : « ces pauvres Annamites travaillant si loin des leurs ».
 Parmi les infirmières de l'hôpital, se trouve Elisabeth Lecoy, fille d'un ancien avoué de la ville.
Elle soigne un journaliste nommé René Benjamin. Les tendres sentiments qu'ils se portent aboutissent à leur mariage dans l'église Saint-Pierre. Cette idylle est transposée dans le roman " Gaspard ", dans lequel l'auteur se transforme en titi parisien blessé à la fesse. Il décrit la petite ville d'Anjou et « la grande bâtisse en pierre blanche » qui correspond à Saint-Louis. Il devient lyrique quand il parle de ses trois infirmières : « L'une était la Bonté, l'autre était le Charme même, et la troisième était la Vie... La première, on l'embrassait quand on se sentait mourir. La seconde, il venait à ces hommes comme un désir timide de lui baiser la main. La troisième, Gaspard rêvait de s'aller promener avec elle. » La mièvrerie du style ne l'empêche pas de remporter le prix Goncourt 1915. Au reste, Jean Norton Cru le classe parmi les témoins de faible valeur. [ Elisabeth apportait au couple le château de Saché. Dans l'ordre politique, les deux familles étaient désaccordées, les Lecoy étant des républicains modérés, René Benjamin un zélateur de l'Action française particulièrement violent, admirateur de Mussolini, puis de Pétain. ]
Benjamin affirme avoir été choyé à l'hôpital n° 6. Louis Anis se dit particulièrement fier de son bilan ; il affirme dans un compte rendu que seulement 1 % des patients est décédé. La Chronique de Saint-Louis parle de 20 morts. Ce résultat paraît un peu optimiste, mais nous n'avons pas de moyen pour le vérifier.

5) L'hôpital auxiliaire n° 105 ( collège de Jeunes Filles )

 L'hôpital auxiliaire n° 105 était structuré depuis 1906 par l'Union des Femmes de France ; prévu pour 50 lits, il avait pour médecins les docteurs Peton, Coutant et Gilbert. Madame Emile Viallet, qui devait l'administrer, explique le 2 août 1914 qu'elle a pris des responsabilités nationales au sein de l'association et qu'elle devra séjourner à Paris. La vice-présidente locale, Madame J. Lamy-Outhier prend alors la direction de l'hôpital [ cette dernière , habitant 20 rue Cendrière, va tenir un rôle de premier plan dans la ville ; avec les fonds de Madame Fricotelle, elle fait restaurer la Maison du Roi ; elle continue à animer la Croix-Rouge au cours du Second Conflit mondial ; à une époque où les femmes n'ont pas encore le droit de vote, elle est nommée conseillère municipale par le préfet de Vichy le 26 mars 1941 ].

 Tout le collège est réquisitionné et, dans un premier temps, l'hôpital est porté à 150 lits. Il reçoit ses premiers blessés le 23 août ; le 1er septembre, il en soigne 80, le 15 septembre 150, le 1er octobre 200. Jusqu'au mois de juin 1915, il se tient à plus de 200 patients, avec une pointe à 225 ( A.M.S., 15 Z 2/2 ).
 Tout l'équipement du collège a été mis à la disposition du nouveau centre de soins ; un inventaire très détaillé permet de suivre la dévolution des locaux ( A.M.S., 5 H 33 ). Douze salles de classe et trois dortoirs sont transformés en chambres pour les blessés ; l'infirmerie devient une salle d'opération, la chambre d'isolement une salle de pansement ; le réfectoire conserve sa fonction pour les convalescents et les infirmiers ; le réfectoire des professeurs devient la salle à manger des officiers ; une pharmacie est implantée dans la salle de chimie. Les bureaux et la cuisine gardent leur ancienne destination, de même que la salle de bains à 8 baignoires installée au sous-sol. Treize chambres au premier étage hébergent des infirmiers militaires et des infirmières.

 Cet hôpital auxiliaire fonctionne avec une quarantaine de personnes, certaines totalement bénévoles ( la directrice, les bénévoles ) et d'autres rétribuées ( les infirmières, la concierge, les cuisinières, les blanchisseuses ).
 Sur une carte postale envoyée hors censure le 3 mars 1916, un convalescent se déclare enchanté : « Ici, le temps est superbe et de mon hôpital, j'aperçois les bords de la Loire qui sont splendides, le bruit de canon est absent ici, ce qui nous repose en même temps le moral ». La photo suivante est selon toute vraisemblance prise peu après :

Carte postée le 17 juin 1917, mais photo plus ancienne

 Dans le parc du collège, les infirmières sont gracieuses, les blessés souriants ; l'un d'eux présente un dessin énigmatique...

 Les effectifs des malades chutent en 1916 ( nous y revenons plus bas ). Une dépêche du 7 septembre 1916 ordonne la fermeture de l'hôpital 105 et le transfert de ses derniers pensionnaires au mess de l'Ecole de cavalerie, où il se prolonge pendant un an. Le matériel médical subsistant est entreposé dans une maison prise en location, 5 rue du Petit-Mail.

6) Le mess de l'Ecole de cavalerie

 Les grandes villes avaient organisé une infirmerie de gare, opération qui échoue à Saumur ; à la place, le mess de l'Ecole de cavalerie joue un rôle de centre régulateur, qui accueille des malades en transit. Il est ouvert jusqu'au 15 décembre 1914 et à nouveau de septembre 1916 à septembre 1917. Il ne dispose pas de personnel fixe et n'est pas géré par une association bénévole. D'après quelques échos, son fonctionnement est loin d'être satisfaisant.

7) Hôpitaux temporaires et hôpitaux bénévoles

 En théorie, les hôpitaux temporaires correspondent à des locaux réquisitionnés pour une courte durée, alors que les hôpitaux bénévoles correspondent à des lieux offerts pas leurs propriétaires. Dans la pratique, les documents officiels mélangent les deux appellations ; ces centres ont en commun d'être de petites dimensions et d'accueillir surtout des convalescents, car ils sont faiblement médicalisés.
 Dans l'ordre décroissant du nombre de nuitées, viennent les deux écoles des Ponts, d'où écrit ce blessé très patriote au verso d'une photo prise par Dupitier :

Carte du 24 septembre 1914

 

 Puis, l'école du Quai de Limoges, le cercle Saint-Pierre, maintenant rempli et grouillant de personnel :

La salle de sport du cercle Saint-Pierre

 Avec des effectifs plus faibles, viennent la Maison de santé de Bagneux et la Maison des Petites Soeurs de Saint-François, 20 rue du Temple :

 D'après les uniformes, cette photo remonte au début de la guerre. Les blessés lèvent consciencieusement leur verre de vin, mais personne ne sourit.
 La caserne Feuquières, au Château, a servi pendant un temps assez bref de dépôt militaire pour les contagieux atteints de la tuberculose ou de la scarlatine. Il est parfois appelé l'hôpital temporaire n° 50. La mortalité y est forte.
 Dans le Saumurois, tous les gros bourgs reçoivent quelques malades dans leurs hôpitaux et leurs hospices. Le château de Montreuil-Bellay devient un véritable hôpital d'une cinquantaine de lits. D'autres centres d'accueil fonctionnent quelque temps dans les châteaux de Brézé, du Bellay et du Ruau ( au Coudray-Macouard ). L'autorité militaire n'apprécie guère ces structures minuscules ; elle interdit, en principe, celles qui sont inférieures à 10 lits. Le général Desfaudais, commandant d'armes, trouve leur fonctionnement bien laxiste, il écrit au maire le 9 mars 1915 : « De nombreux cas d'ivresse se produisent parmi les blessés hospitalisés à Saumur au cours de leurs sorties, soit qu'on leur offre du vin, soit qu'ils se grisent dans les cabarets » ( A.M.S., 5 H 11 ). Il menace de fermer les débits de boisson où des blessés se seraient enivrés.

8) La professionnalisation des infirmières

 Avant la guerre, les fonctions d'infirmières étaient un quasi-monopole des religieuses ; les dames diplômées par les associations restaient des volontaires. Avec l'afflux des blessés et la forte demande de personnel qualifié, de nombreuses jeunes filles passent du statut de bénévole à celui de professionnelle. Elles subissent un examen d'infirmière de guerre ; onze obtiennent le diplôme à l'hôpital n° 6. A l'hôpital 105, une session est organisée le 29 septembre 1915 ; les quinze candidates passent d'abord une épreuve écrite, où elles ont le choix entre les deux sujets suivants :
« 1° Du rôle et des devoirs de l'infirmière auprès d'un blessé, avant, pendant et après une opération.
   2° Du rôle et des devoirs d'une infirmière auprès d'un malade dans le cours d'une maladie » ( A.M.S., 15 Z 2/2 ).
 Toutes les candidates ont été admises à subir les épreuves orales. Dans les deux hôpitaux auxiliaires, les infirmières de guerre sont nourries, peuvent être logées et reçoivent une petite indemnité, variable selon les associations. Une certaine Antoinette, dite " Tante Nette ", a coché son portrait en compagnie de ses convalescents :

Tante Nette, infirmière au début de la guerre dans un hôpital temporaire non identifié

 Lorsque l'hôpital 105 est fermé, l'Union des Femmes de France se préoccupe de reclasser ses infirmières ; certaines passent à Saint-Louis, d'autres deviennent " infirmières d'Etat " à l'hôpital mixte, d'autres " infirmières militaires " au mess. La naissance d'une profession est désormais bien affirmée.

9) Le déclin des hôpitaux auxiliaires saumurois

 Au milieu de l'année 1915, les divers hôpitaux saumurois sont saturés et envoient leur trop plein vers les petites structures des environs. En 1916-1917, les arrivées de nouveaux blessés chutent brusquement. Faudrait-il en conclure que les patients seraient moins bien soignés qu'ailleurs ? En réalité,Médaille commémorative le Service de Santé militaire, débordé, avait fait appel aux hôpitaux auxiliaires un peu à contre-coeur ; il a progressivement mis en place de vastes hôpitaux militaires mieux équipés et garantissant un meilleur contrôle des soldats. Il méprise désormais les petites structures bénévoles, sans pour autant lever les réquisitions, qui gênent tant l'enseignement. Devant le Conseil municipal du 5 août 1916, le docteur Peton, approuvé par le maire, se fait l'écho des plaintes des familles : « Le service de santé détient dans l'arrondissement de Saumur plus de 2 000 lits aménagés pour les blessés et deux cents à peine sont utilisés. Depuis février dernier, l'hôpital des Ponts n'a pas reçu un seul blessé, et le collège de Jeunes Filles, qui possède plus de 200 lits, n'a pas occupé en moyenne et depuis longtemps plus de 20 malades. » Après quelques péripéties, toutes les écoles primaires, le collège de Jeunes Filles et le Cours Dacier sont finalement libérés pour la rentrée de 1916. Les travaux de réparations et de désinfection se font un peu attendre ; les locaux sont remis au Collège de Jeunes Filles le 11 octobre. Commence alors le temps des anciens combattants, des récits emphatiques et des décorations, telle, à droite, cette médaille remise à soeur Saint-Paule par l'Union des Femmes de France.
 Seuls fonctionnent encore au 11 novembre 1918 l'ensemble Saint-Louis-clinique Fardeau, avec l'hôpital mixte.

 

10) Une forte mobilisation des Saumurois

 L'effort des Saumurois a été considérable d'août 1914 à la fin de 1915 ; douze lieux d'accueil fonctionnent alors. Les statistiques suivantes montrent l'ampleur de cette mobilisation, les données de l'hôpital mixte étant inconnues.

 Hôpital n°  Ouvert le  Fermé le  Nombre
de lits
 Nombre
de malades
 Journées d'hos-
pitalisation
 Adminis-
trateur
 N°6 - St Louis, Clinique Fardeau, Cours Dacier,
Ste Anne
 2/8/14  11/12/18  425  4 768  157 759  L. Anis
 N°105 - Collège de Jeunes Filles, puis Mess 2/8/14  11/10/16 220  2 500   99 125 J Lamy-
Outhier
 
 Mess de l'Ecole  15/8/14
sept. 16
 15/12/14
sept. 17
 120 450  15 578   
 N°59bis - Cours Dacier 5/9/14   1/10/15  100 819   28 836  
 N°60bis - Ecole et cercle St Pierre  30/8/14  17/9/17  56 651   26 481  M. Coutard
 N°61bis - Ecole du Quai de Limoges  17/9/14  18/9/16 100  1 150   40 250 M. Lambert 
 N°62bis - Ecole des Ponts  25/8/14 18/9/16   100 1 579  42 393  M. Torse 
 N°63bis - Soeurs de St François 30/8/14  17/9/17   20 161  5 635  M. Abellard 
 N°65bis - Maison de santé de Bagneux 30/8/14   20/11/17 20   280 12 253   
 TOTAUX      1 161  12 358 427 810   

D'après Louis Anis

 Un calcul simple permet d'affirmer que les hospitalisations duraient 35 jours en moyenne, ce qui confirme la rareté des cas très lourds. On ne dispose pas de statistiques commodes sur la mortalité dans ces hôpitaux ; il est en tout cas certain que la catastrophe sanitaire de 1870-1871 ne s'est pas renouvelée. Des énumérations fragmentaires sont accessibles sur des sites Internet ; il en ressort que c'est à l'hôpital mixte que se produit le plus grand nombre de décès. Un relevé des tombes militaires au cimetière de Saumur, dressé le 30 novembre 1920 ( A.M.S. 5 H 38 ), indique 170 morts français ; ajoutons 13 Américains, 12 Allemands, 1 Espagnol engagé dans la Légion étrangère et sans doute quelques autres. Le nombre des décès peut être fixé aux alentours de 200.

 Les deux associations locales de Croix-Rouge ont assuré l'essentiel de l'effort, tout en menant d'autres actions. La Société de Secours aux Blessés Militaires gérait aussi la cantine-abri de la gare. L'Union des Femmes de France poursuivait ses consultations des nourrissons, elle organisait aussi l'accueil des réfugiés et préparait l'ouverture d'un dispensaire antituberculeux.

 

DOSSIER
PRÉCÉDENT