- Gustave Bodineau, 1936, le Front
Populaire en Anjou, mém. de maîtrise, Le Mans,
1977.
- Christine Touzé, Le Front Populaire en Maine-et-Loire,
avant, pendant, après, 1934-1938, mém. de maîtrise,
Le Mans, 1977.
- Benoît Rolland, Les Gauches en Maine-et-Loire de 1919
à 1939, mém. de maîtrise, Angers, 1987.
- Jacques Bouvet, Le Parti Communiste et la CGT-U en Maine-et-Loire :
des scissions à la veille du Front Populaire. 1920-1934,
mém. de maîtrise, Tours, 1989.
- Jean-Luc Marais, Le Maine-et-Loire aux XIXe et XXe siècles,
Picard, 2009, p. 180-206.
- Louis et Gabrielle Bouët, Trente ans de Combat syndicaliste
et pacifiste, L'Amitié par le livre [ 1973 ].
1) L'éclatement du mouvement socialiste
Le parti socialiste unifié
( voir son histoire au XIXe siècle
) sort affaibli de la guerre et profondément divisé.
Sa section de Saumur, forte d'une soixantaine de membres, doit
prendre position vis-à-vis du nouveau régime soviétique
et de l'entrée dans la IIIe Internationale, en clair choisir
entre la révolution violente de type bolchevik ou la voie
du réformisme. En janvier-février 1920, les adhérents
du Maine-et-Loire sont unanimes pour le choix révolutionnaire.
A l'été, des voix discordantes s'élèvent.
Le secrétaire fédéral, Chevaley, ancien instituteur
devenu pasteur, et le leader de Trélazé, Ludovic
Ménard, se déclarent réservés sur
les méthodes bolcheviques et sur les conditions posées
par la IIIe Internationale ; ils sont rejoints par Chrisostome,
le secrétaire de la section de Saumur. Finalement, le 19
décembre 1920, au congrès fédéral
de Segré, la section accorde 9 mandats à la motion
Cachin-Frossard, favorable aux thèses soviétiques
et 4 à la motion Longuet-Paul Faure, qui s'y oppose. Ces
résultats sont conformes aux positions révolutionnaires
de la section à la veille de la guerre et peu différents
des votes du Congrès de Tours ( 3 208 mandats
pour la IIIe Internationale et 1 022 pour la tendance Longuet ).
L'éclatement en deux partis se produit au début
de 1921 dans un climat tendu ; à Saumur, 53 adhérents
passent au Parti Communiste et 7 à la S.F.I.O. Très
nettement majoritaire, le P.C.F. est renforcé par quelques
militants attachés à l'unité du mouvement.
Logiquement, il aurait dû conserver la caisse et les aires
d'influence du parti. Du passé faisant table rase, il ne
cherche pas à s'emparer de la coopérative " La
Laborieuse saumuroise ", qui reste aux mains des réformistes.
Lorsque le même débat secoue la C.G.T., le
syndicat éclate en 1921, mais selon des résultats
inverses. Au niveau départemental, la tendance révolutionnaire
est battue par les réformistes emmenés par Raymond
Pilard. Les Comités Syndicalistes Révolutionnaires,
qui regroupaient 203 membres à Saumur, perdent progressivement
des membres et ne se retrouvent qu'au nombre de 61 pour fonder
la C.G.T.- Unitaire ; ils sont répartis sur six petites
sections syndicales : les verriers, les coiffeurs, deux sections
de cheminots, le bâtiment et les 8 typographes scissionnistes
de l'imprimerie du Progrès. Ils n'ont pas de siège
et ils se réunissent dans la salle Godet à Bagneux.
René Piault, typographe et secrétaire du syndicat
du livre, bien qu'ayant pris la carte du P.C.F., préfère
rester à la C.G.T., estimant que l'indépendance
de sa section y serait plus large. Il dirige l'Union Locale de
la C.G.T., qui a gardé les locaux de la rue Bonnemère
et qui rassemble une quinzaine de petites sections : typographes,
bâtiment, tailleurs d'habit, boulangers, ferblantiers, employés
de commerce... La majorité du Conseil municipal soutient
ouvertement cette Union locale réformiste ; en novembre
1926, elle lui accorde une nouvelle bourse du Travail, installée
15 Grande-Rue, dans l'immeuble Albert, à moitié
éventré par un éboulement.
Depuis la répression des grandes grèves de
1920, le mouvement syndical est affaibli ; les actions lancées
par la C.G.T.-U., en particulier chez les cavistes et dans les
scieries, n'ont guère d'écho.
2) Saumur, fief départemental du P.C.F.
Louis Bouët ( 1880-1969 ),
qui avait été instituteur aux Récollets,
puis militant pacifiste pendant la guerre, est révoqué
en 1920 pour « abandon de poste », car il
s'était absenté pour participer à un congrès
syndical. Son épouse, née Gabrielle Dechézelles,
institutrice à l'école de filles de la rue Cendrière,
est déplacée pour l'école de Linières-Bouton
sur le rapport de sa directrice, puis révoquée pour
propagande antimilitariste. De 1920 à 1925, le couple,
qui habite 15 rue Fardeau, se consacre à plein temps à
un actif militantisme dans plusieurs directions, parfois quelque
peu discordantes :
- Ils animent la Fédération départementale
de l'enseignement,
alors que le syndicalisme est encore interdit aux fonctionnaires ;
d'inspiration libertaire, le syndicat prône le « self
government » des élèves, pratique
parfois « l'ortografe simplifiée »
et publie le bulletin national de l'Ecole émancipée,
qui, de 1921 à 1935, est imprimé par l'imprimerie
du Progrès, dirigée par Alcide Féron. La
librairie de l'Ecole émancipée, installée
au domicile des époux Bouët, publie de nombreuses
brochures, surtout des récits littéraires à
l'intention de la jeunesse, ou cet historique paru en 1924, ou
bien, en 1931, un récit de Gabrielle Bouët, Un
crime judiciaire. L'instituteur Pierre Vaux, histoire d'un
fervent républicain condamné au bagne en juin 1852
pour incendies volontaires et reconnu comme innocent après
sa mort.
Bouët croit en la primauté de l'action syndicale ;
plus proche des thèses de Pierre Monatte que de celles
de Trotski, il s'oppose à toute subordination du syndicalisme
au politique.
- En même temps, les Bouët animent les Comités
Syndicalistes Révolutionnaires, très actifs à
Saumur pendant un an, et complétés par les Jeunesses
Syndicalistes Saumuroises. Devant ces dernières, Louis
Bouët voulait faire une conférence sur la " Commune
de 1870 " [ sic ]. A l'unanimité,
le Conseil municipal du 16 mars 1921 lui refuse la salle de la
Justice de Paix. L'Union locale unitaire succède à
ces organisations vers l'été 1926. Son secrétaire
est François Allée, ancien conseiller municipal,
ouvrier exclu de l'entreprise Mayaud, jouissant « d'une
grande influence auprès des travailleurs manuels de Saumur »,
selon la police, et travaillant alors au dépôt de
pétrole Lille-Bonnières et Colombes, dont il embrigade
tous les salariés, avec la bénédiction d'un
directeur sympathisant.
- Louis Bouët devient le premier secrétaire fédéral
du P.C.F. lors du congrès qui se tient à Trélazé
le 23 janvier 1921. La fédération compte un effectif
théorique de 573 adhérents, qui reçoivent
tous " l'Anjou communiste ", le nouvel
hebdomadaire qui est rédigé et fabriqué à
Saumur, toujours par l'imprimerie du Progrès. La cellule
de la ville, dont le secrétaire de 1921 à 1923 est
Félix Aubrun, un ancien instituteur révoqué
devenu contrôleur aux chemins de fer, est forte d'une cinquantaine
d'adhérents et se réunit elle-aussi dans la salle
Godet, à Bagneux. Selon le commissaire spécial,
qui envoie de nombreux rapports détaillés sur l'organisation,
les réunions sont houleuses à cause des désaccords
entre Piault et Bouët ( A.D.M.L., 4 M 6/30 ).
Les effectifs semblent fondre rapidement. Une réunion publique
contre la guerre du Maroc n'attire que 25 personnes, dont des
femmes et des enfants ( A.D.M.L., 4 M 6/36 ).
Malgré cette faible participation, « Bouët
y montra la révolution arrivant par le déséquilibre
budgétaire... Un ordre du jour fut voté acclamant
l'Internationale de Moscou, protestant contre la mobilisation
de la classe 1919 et contre l'occupation de la Ruhr ».
Il n'y a plus que 6 présents à la réunion
de cellule du 7 mars 1922.
- Bouët lance aussi la Jeunesse Sportive Saumuroise dans
un but évident de prosélytisme, bien que l'article
4 des statuts précise : « Aucune action politique
ne sera permise au sein de la société ».
Faute de terrain municipal, la J.S.S. a demandé et obtenu
l'autorisation d'utiliser le stade militaire, près de l'infirmerie.
Cependant, le préfet signale au ministre de l'Intérieur :
« le général Thureau a décidé
que cette autorisation serait retirée à la moindre
tentative de propagande communiste ». Le commissaire
spécial, qui semble parfois fabuler, affirme que Bouët
veut donner l'exemple du bon ordre et, à partir cette réputation,
infiltrer l'armée ! Il est vrai que le secrétaire
adjoint de l'association est un sous-officier du Centre d'automitrailleuses.
La J.S.S., dont le sigle se confondait volontairement avec celui
des Jeunesses Syndicalistes Saumuroises, n'a regroupé que
20 à 25 membres.
Louis Bouët déploie donc une grande activité, qui pendant un temps a rencontré un bon écho local et qui fait de lui un militant modèle. En 1924, le bureau politique du P.C.F. lui propose le poste de secrétaire général de l'Humanité, ce qu'il refuse, car il commence à douter des choix du parti ( selon la notice qui lui est consacrée dans le Dictionnaire de Jean Maitron ). Le sous-préfet Roimarmier note d'ailleurs, dès le 17 décembre 1921, que le mouvement communiste ne fait plus aucun progrès à Saumur ; « si M. Bouët, qui en est l'âme, venait à quitter la ville, il est à supposer que ce mouvement ne lui survivrait pas ». Louis Bouët est réintégré dans l'enseignement par le gouvernement du Bloc des Gauches ( dont il disait tant de mal ). Il est nommé avec son épouse à Lézigné, près de Seiches, et il ne revient plus guère à Saumur que le 1er mai. A la suite de démêlés avec le curé et le maire, il est muté à Méron, ce qui lui permet le trajet à bicyclette.
3) Le déclin du rayon n° 8
Le déclin du Parti
Communiste résulte d'autres causes plus profondes. Il pratique
un ouvriérisme systématique, en écartant
les autres couches sociales. Préparant la révolution
prochaine, il méprise les élections, tout en présentant
des candidats. Ces derniers font plutôt bonne figure au
début, puis s'écroulent. Aux municipales de 1925,
Fernand Chalmont, chiffonnier, 80 rue Jean-Jaurès, et François
Allée, 5 rue Gratigny, obtiennent respectivement 150 et
125 voix au 1er tour dans la 2ème section. Aux législatives
de 1928, Joseph Decan, garde des Eaux et Forêts, atteint
9 % des suffrages exprimés dans la ville. Aux législatives
du 1er mai 1932, René Girault, venu de Tours, tombe à
2,43 % dans Saumur. Le P.C. ne présente même
plus de candidat aux législatives partielles de juin 1933
et aux municipales de mai 1935. D'une façon habituelle,
l'ancien électorat socialiste préfère la
S.F.I.O., car « l'homme au couteau entre les dents »
fait peur.
Surtout, à cette époque, le P.C.F. se stalinise,
choisit la lutte « classe contre classe »,
combat vigoureusement le colonialisme et pratique le culte du
secret. La section de Saumur, devenue le rayon n° 8, tombe
très bas. Ses réunions sont privées et la
police ne sait pas tout. Il semble que ses effectifs se montent
à 35 en 1928, à 3 en 1930, puis à un seul
membre en 1934, le ferblantier François Blandin, 29 rue
Rabelais, à la fois secrétaire du rayon et de l'Union
locale de la C.G.T.- U. Cette dernière suit la même
évolution. Aucun gréviste n'est compté à
Saumur lors des grèves générales du 12 octobre
1925 ( contre la guerre du Maroc ) et du 7 novembre
1927 ( contre la vie chère ). Toutefois, à
l'occasion de cette dernière, la C.G.T.- U. parvient
à réunir un meeting de 250 personnes, mais à
la fin de la séance, 50 participants seulement acceptent
de se rendre en cortège à la sous-préfecture,
si bien que la manifestation est annulée. Dans les années
suivantes, l'union locale unitaire ne regroupe plus que quelques
cheminots et quelques verriers.
Malgré l'absence
de militants encartés et la faiblesse de ses relais locaux,
le P.C.F. maintient une certaine activité impulsée
de l'extérieur. Il tient des réunions publiques,
suivies de près par le commissariat spécial ( A.D.M.L.,
4 M 6/36 ). Le 2 octobre 1926, il attire de 4 à
500 personnes au foyer du Théâtre pour entendre Robespierre
Hénault, maire de Saint-Pierre des Corps, qui attaque le
Cartel des Gauches et réclame des nationalisations. Le
10 novembre 1927, une réunion des Jeunes Communistes, organisée
par des Tourangeaux, rassemble seulement 30 personnes. En février
suivant, le Secours Rouge International n'en attire que 14. En
mars, une conférence sur l'U.R.S.S. est suivie par 250
personnes, mais 100 seulement votent l'ordre du jour final. Le
23 mai 1929, les " Amis des Soviets " présentent
au foyer du Théâtre une conférence de l'ancien
anarchiste André Colomer, « revenu émerveillé »
de son voyage en U.R.S.S. ; devant une centaine d'auditeurs,
il insiste sur l'affranchissement des femmes, sur l'autorisation
des avortements et sur la facilité des divorces. Henri
Dumoulin, un marin du croiseur Courbet, avait dirigé un
mouvement de désobéissance au cours de la guerre
du Maroc ; condamné à quatre ans de prison,
il est libéré de Fontevraud le 16 juin 1929 et attendu
à sa sortie par 25 communistes de la région ; le
lendemain, il parle à Saumur devant 200 auditeurs. Le 5
mars 1931, une réunion du Secours Rouge International n'a
pas lieu, faute d'assistants.
Certains meetings attirent davantage de monde, parce qu'ils
sont contradictoires. Le 17 avril 1928, Joseph Decan, candidat
communiste aux législatives, et Louis Bouët attaquent
vivement les socialistes : « Ils ont failli à
leurs promesses et à leur programme ; ils ont trahi
la classe ouvrière. Ils ont voté le budget, la loi
sur la nation armée, les fonds secrets, les crédits
pour le Maroc et la Syrie ». Présents dans la
salle, le candidat socialiste Aristide Hugonnet et Georges Reynes,
secrétaire de la section S.F.I.O., répondent et
le débat se prolonge jusqu'à 1 h du matin. A la
fin, sur les 200 auditeurs, une cinquantaine de mains se lèvent
pour approuver la candidature communiste.
4) Le renouveau temporaire du P.C.F.
Lors de la constitution
du Front Populaire ( sur lequel nous reviendrons au
chapitre suivant ), le Parti Communiste est quasi inexistant
à Saumur. Il est représenté localement par
Jules Fourrier, un angevin devenu député du 15 ème
arrondissement de Paris. En tout cas, il appelle à voter
pour les socialistes et les radicaux, il sort de son sectarisme
et de son isolement. Une grande manifestation unitaire se déroule
à Saumur le 14 juillet 1935.
Le P.C. tire aussitôt bénéfice de son
soutien à la gauche unie. Au premier et unique tour ( puisque
Robert de Grandmaison est réélu ) des législatives
du 26 avril 1936, son candidat, Félix Doiteau, charron-forgeron
à Fontevraud, obtient 7,51 % des suffrages exprimés
dans la ville de Saumur et 3,08 % pour l'ensemble de la circonscription.
Il devance le candidat socialiste, le négociant Eugène
Deschamps ( 6,82 % à Saumur, 2,88 % dans
la circonscription ).
Le 13 février 1937, le secrétaire de la cellule,
René Pivetaud, organise une réunion publique dans
« la salle Robert-Amy », rue Seigneur ;
400 personnes viennent écouter trois orateurs, dont Georges
Mée, l'anarchiste local ( A.D.M.L., 4 M 6/48 ).
La cellule reprend vie. Le 12 mars 1938, une réunion en
faveur de la retraite pour les vieux travailleurs regroupe 150
personnes, mais Didier, le secrétaire de l'époque,
n'en attire plus que 40 le 25 février 1939. Le parti se
déclare le ferme défenseur du Front Populaire et
le garant de ses acquis. Quand la coalition se disloque, il reçoit
des adhésions parmi les gens déçus. Au début
de 1939, selon le commissaire spécial ( A.D.M.L.,
1 M 6/86 ), la cellule compte 68 inscrits et 250
sympathisants ; elle se réunit au café Rio,
8-10 rue du Pavillon ; son bureau, composé de 8 personnes,
dont une femme, s'est entièrement renouvelé ;
aucun nom cité précédemment n'y apparaît ;
les employés y sont plus nombreux que les ouvriers.
Au lendemain du Pacte germano-soviétique et du déclenchement
de la guerre, le parti communiste est accusé de menées
antinationales ; Daladier le dissout le 26 septembre 1939.
La police saumuroise surveille ses adhérents locaux et
ne relève aucune action précise. Elle signale seulement
l'attitude d'un gardien de la prison de Fontevraud et des propos
d'un soldat détaché comme tueur à l'abattoir
( A.D.M.L., 4 M 6/38 ). La cellule semble
avoir disparu.
5) La reconstruction du parti
socialiste S.F.I.O.
Moins animée,
l'histoire des autres tendances de la gauche sera plus brève,
d'autant plus que la police en parle peu. Les minoritaires du
congrès de Tours, décidés à fonder
un parti réformiste agissant dans un cadre électoral
et légaliste, ne sont qu'au nombre de 146 pour le Maine-et-Loire
et de 7 à Saumur. La section de la ville démarre
modestement, mais elle fonctionne pendant tout l'Entre-deux-guerres,
ainsi que la section de Doué, alors que les sections de
Fontevraud, de Montreuil-Bellay et de Longué ont une existence
temporaire. La fédération a conservé l'hebdomadaire,
L'Effort social, qui paraît avec des interruptions.

La section contrôle
la coopérative " la Laborieuse saumuroise "
et dispose de relais au sein de la C.G.T. D'après le nombre
de ses mandats aux congrès, elle progresse lentement, surtout
au lendemain des succès électoraux. Aux municipales,
grâce à une fusion avec les listes radicales au second
tour, les socialistes obtiennent 4 élus en 1925, 3 élus
en mai 1929 et 3 encore en mai 1935. Aux législatives d'avril
1928, Aristide Hugonnet, commerçant rue de la Petite-Bilange,
secrétaire local de la Ligue des Droits de l'Homme, favorable
à des nationalisations et à l'Office du blé,
obtient un bon score, qui n'est pas significatif, car il n'y a
pas de candidat radical. A l'élection législative
de mai 1932, René Chaix, employé des P.T.T., attire
5,20 % des suffrages exprimés de la ville ; à
celle de juin 1933, Georges Reynes doit se contenter de 4,75 %,
alors qu'il n'y a pas de candidat communiste ; à celle
d'avril 1936, Eugène Deschamps, négociant à
Montreuil-Bellay, remonte à 6,82 %, mais arrive derrière
le candidat du P.C.F.
Les socialistes ont donc une audience limitée ;
ils ne tirent pas bénéfice des déboires du
P.C., les deux organisations ne sont pas des vases communicants.
Ils jouent un rôle municipal, grâce à leurs
bonnes relations avec les radicaux et avec Robert Amy en particulier.
Ils ne comptent pas d'ouvriers dans leurs rangs, mais surtout
des employés, souvent postiers, et des membres à
tous les niveaux des professions commerciales.
Georges Reynes, venu de Sète, arrive à Saumur
vers 1927 comme professeur de mathématiques au collège
de Garçons. Il habite 29 rue de la Petite-Bilange. « Bouillant »
et « éloquent », selon les souvenirs
de Pierre Goubert ( p. 77 ), il relance la section,
devient secrétaire fédéral de la S.F.I.O.,
est candidat à toutes les élections, présent
à toutes les réunions contradictoires et troisième
adjoint au maire de Saumur [ à la rentrée de
1936, il est nommé à Sète, où il devient
secrétaire de la section, sans faire une grande carrière,
car la place de leader est prise par Jules Moch ].
La section socialiste de Saumur compte 100 membres, selon
un rapport du préfet de décembre 1934 ( A.D.M.L.,
4 M 6/48 - secrétaire : Georges Reynes,
trésorier : Marcel Carteau, employé P.T.T. ).
Y apparaissent quelques membres des Jeunesses Socialistes, fort
turbulents : Marcel Baufrère, « Marcel
essayait d'expliquer à quelques communistes sérieux
( des ouvriers non fanatisés ) que le bolchevisme
russe était en pleine « déviation »
de type directorial ou napoléonien » ( P.
Goubert, p. 90 ) ; Lionel Marmin, qui vient de Beaufort,
et quelques demoiselles très activistes.
Les courroies de transmission sont minces. La C.G.T. réunifiée
demeure réformiste, mais tient à son indépendance ;
elle ne compte que 829 adhérents pour l'ensemble de l'arrondissement
en 1939 ( d'après un rapport des Renseignements généraux
de 1943, A.D.M.L., 140 W 56 ). Encore plus coupée
de toute action politique, l'Union des Syndicats chrétiens
compte 370 adérents. L'ancienne loge maçonnique,
la Sociale saumuroise, existe toujours ( vénérables
Doignon, employé P.T.T., puis Limousin, directeur d'école ),
sans manifester aucune activité, mais influente, car elle
compte parmi ses membres le maire Robert Amy.
Les luttes entre tendances constituant la plaie permanente
du Parti socialiste, une scission se produit en 1933-1934 ; Marcel
Déat et les néo-socialistes veulent la participation
au gouvernement et le planisme, sans cacher une certaine admiration
pour Mussolini. A Saumur, Théodore Guillemet, garagiste
route de Rouen, et son fils Michel se déclarent néo-socialistes,
quittent la section et entraînent avec eux une quarantaine
d'adhérents. On n'entend plus parler de ce groupe. En 1938,
la Gauche révolutionnaire de Marceau Pivert quitte à
son tour le parti, sans rencontrer le moindre écho dans
le Maine-et-Loire. Prise dans ces remous, la section S.F.I.O.
de Saumur n'est guère dynamique. Avec le départ
de Reynes, elle a perdu le poste d'adjoint au maire. Les radicaux
restent les maîtres du jeu.
6) La nébuleuse radicale
La " Fédération
républicaine, radicale et radicale-socialiste de Maine-et-Loire "
éclate en 1924. La majorité se radicalise et prend
des orientations plus progressistes en s'alliant avec les socialistes
dans le Cartel des Gauches. A Saumur, le nouveau cours impulsé
par Robert Amy aboutit à une victoire électorale,
que nous étudions longuement au chapitre suivant :
Le tournant de 1925.
Les radicaux ne fonctionnent pas selon la structure des
partis précédents ; on ne trouve pas de listes
d'adhérents, pas de réunion mensuelle, pas de secrétaire
élu, pas de discipline de parti, seulement un congrès
annuel. Ils sont constitués en " comités
républicains ", des sortes de clubs d'une grande
souplesse de fonctionnement. Dans le Saumurois, il existe un comité
dans chaque canton ; quand une commune compte beaucoup d'élus
de la gauche modérée, se met en place un comité
local autour d'un notable ( à Villebernier, Chacé,
Varrains, Fontevraud, le Coudray-Macouard ). Au-dessus, le
comité d'arrondissement, présidé par le docteur
Peton, ensuite par Léon Richard, puis par Robert Amy, se
réunit surtout dans les périodes électorales ;
il prend les grandes décisions sous le titre " Sous-Fédération
des comités radicaux et radicaux-socialistes de la circonscription
de Saumur ".
La nébuleuse radicale quadrille efficacement la région,
grâce à ses réseaux d'élus locaux et
grâce aux nombreuses structures amies : la Fédération
des Sociétés Agréées ( S.A.G.
), encore présidée par Robert Amy, qui regroupe
les sociétés sportives du Saumurois ; la Fédération
nationale des Combattants républicains, dont la section
locale est présidée par René Hulin ; les
amicales laïques, qui gèrent les caisses des écoles ;
le patronage laïque, qui est implanté dans des locaux
délabrés de la rue Duplessis-Mornay et qui accueille
les enfants le jeudi ; la section saumuroise de la Ligue
des Droits de l'Homme, à la tête de laquelle le médecin
radical Paul Seigneur succède au socialiste Aristide Hugonnet
; la Libre Pensée et la loge " la Persévérance "
( vénérables : Edmond Apparu, premier
adjoint au maire, puis Déré, directeur de l'hospice ),
ces associations étant plus dominées que dominantes,
quoi qu'en dise L'Echo saumurois. Les radicaux saumurois
bénéficient de l'appui d'élus voisins et
amis : l'avocat Jean Hérard, député
de Baugé de 1928 à 1936 ; l'avocat Emile Perrein,
né à Saumur en 1882, fils du pharmacien, député
d'Angers de 1932 à 1940 ; l'avocat William Bertrand,
député de la Charente-Inférieure, à
plusieurs reprises ministre de la Marine marchande, déjà
présent dans la région, car son épouse possède
une maison au Coudray-Macouard.
Les radicaux n'exposent pas de programme politique détaillé.
Ils avancent habituellement trois thèmes : la défense
de la laïcité, qu'ils placent en tête, des mesures
sociales, surtout sur le logement, la paix internationale par
le soutien aux orientations d'Aristide Briand et de la S.D.N.,
ces trois points étant indispensables pour obtenir un bon
report des voix des autres partis de gauche.
Parmi les noms qui apparaissent en lumière, figurent
fort peu de salariés, hormis quelques enseignants ;
les radicaux appartiennent surtout aux professions libérales
( nombreux avocats et médecins ) et à
tous les niveaux de la bourgeoisie, depuis les petits propriétaires
viticulteurs, les petits commerçants jusqu'aux gros négociants.
Leurs réseaux efficaces, leur souplesse de fonctionnement
sans doctrinarisme leur permettent de contrôler Saumur et
ses environs proches. Ils trustent les mairies, les postes de
conseiller général et de conseiller d'arrondissement ;
à Saumur, ils remportent largement les trois élections
municipales de 1925,1929 et 1935 ( voir analyse
détaillée de ces scrutins ). Mais ils ne
montent pas plus haut, le poste de député est un
fief familial de Georges et de Robert de Grandmaison, très
solidement implantés dans le sud de leur circonscription ;
tout au plus, peuvent-ils espérer les égaler dans
la ville en fonction du poids de leur candidat.
7) Un foyer trotskiste
Louis Bouët vient
encore le 17 avril 1928 animer à Saumur une réunion
de propagande du P.C.F. Il est très attaché à
Trotski, qu'il a rencontré ; quand ce dernier est
expulsé de l'U.R.S.S. en février 1929, il rend public
ses doutes sur le régime soviétique et les méthodes
de Staline ; il est exclu du P.C.F. en 1930. Rêvant
toujours d'une révolution pure et dure, il adhère
au Cercle communiste démocratique de Boris Souvarine. Il
critique vivement l'U.R.S.S., puis le pacte germano-soviétique.
En réalité, il ne milite plus, il a pris sa retraite,
s'est installé dans une H.B.M., 3 avenue Victor-Hugo et
défriche un jardin aux Chapes Noires. Il rencontre seulement
un petit cercle d'amis, tous plus ou moins acquis au trotskisme :
- Marcel Martinet, ancien directeur littéraire de l'Humanité,
atteint d'une maladie pulmonaire, s'est installé à
Saumur en 1938 ( voir note
biographique ).
- Louis Boutreux, instituteur à l'école des Récollets,
publie en 1929 une petite histoire de l'Anjou, complétée
par une collection de 40 cartes postales. Appliquant un strict
marxisme, il commence ses chapitres par une longue description
du travail et de l'agriculture ; ensuite, les événements
politiques sont vite expédiés. Le Roi-Soleil est
arrangé en 5 lignes : « LOUIS XIV. - Nous
avons dit les maux causés par la révocation de l'Edit
de Nantes. Les trop nombreuses guerres de Louis XIV provoquèrent
une crise industrielle et commerciale sérieuse ».
La « tyrannie de Napoléon III » est
réduite à l'insurrection de la Marianne. Ce manuel
original, si peu conforme au roman national officiel, était
interdit dans les écoles.
- Le commandant et madame Boncoeur, Eugénie Boudault fréquentent
aussi ce petit cercle.
Le groupe d'une dizaine de personnes est classé en
janvier 1939 comme appartenant à la IVe Internationale,
dirigée par Fred Zeller. Pratiquant volontiers la surenchère,
il attaque plus la gauche que la droite. Louis Bouët est
le seul Saumurois fiché comme « extrémiste »
( A.D.M.L., 1 M 6/86 ), ce qui lui vaut d'être
arrêté le 13 juin 1940 par un gouvernement aux abois
et interné dans un château en Dordogne.
8) Quelques anarchistes
Georges Mée, maçon, est l'actif secrétaire du groupe de Saumur de l'Union anarchiste. Il trouve quelque écho chez les anarcho-syndicalistes.
Emile Dupré, né en 1860, avait été cuisinier sur les transatlantiques et était fiché comme objecteur de conscience. Retraité 100 rue Nationale à Saint-Hilaire-Saint-Florent, il organise surtout des actions pacifistes et manifeste contre l'organisation de la défense passive. En 1941, il est soupçonné, avec quelques arguments, d'avoir diffusé des tracts attaquant le régime de Vichy ; sommairement classé comme communiste, il est l'objet d'une perquisition de la police française, qui découvre chez lui une liste de sympathisants et plusieurs mètres-cubes de documents libertaires ( A.D.M.L., 97 W 24 ). Le sous-préfet le convoque pour l'admonester.
Saumur n'est pas une cité si tranquille.