L'urbanisme de 1925 à 1939

 

 La ville se modernise à grande vitesse au cours de l'Entre-deux-guerres ; l'électricité s'installe dans les maisons et éclaire les voies principales ; l'automobile fait une entrée en force, quelque peu bridée par les premiers sens uniques et par le stationnement payant. Toutes ces nouveautés, qui sont communes à toutes les villes françaises, sont traitées dans le dossier sur l'économie. On s'intéressera ci-dessous aux seules interventions d'urbanisme propres à la municipalité Amy.

1) Le projet d'aménagement, d'extension et d'embellissement de la ville de Saumur

 La loi Cornudet du 14 mars 1919 ordonnait aux villes de plus de 10 000 habitants d'établir dans les trois ans un projet d'aménagement, d'embellissement et d'extension. Ce plan, une fois déclaré d'utilité publique par le Conseil d'Etat, deviendrait la référence obligée pour tous les travaux publics et privés. La loi visait avant tout la reconstruction des villes détruites du Nord et de l'Est du pays. Dans l'immédiat, il ne se passe rien à Saumur, dont l'extension n'est nullement évidente.
 Une nouvelle loi du 19 juillet 1924 soumet les lotissements à un régime d'autorisation préalable. Alors que les édiles saumurois souhaitent construire des HBM et encourager les lotissements privés, la définition de quelques principes directeurs s'impose.
 En même temps qu'il décide d'acheter le clos des Violettes, le Conseil municipal du 21 février 1930 confie à l'architecte-voyer Jean Hénin la tâche de dresser le plan d'extension de la ville, moyennant 15 000 F de supplément d'honoraires. Ce dernier signe son rapport le 29 mai 1931, un texte de 15 pages, simplement multigraphié à l'alcool et jamais imprimé ( A.M.S., T 4 ). Le document est complété par 7 plans au 1/2 000 ème, de médiocre facture, le plus intéressant étant la synthèse finale ( A.M.S., 1 Fi 51 ).
 Dans une partie visant l'amélioration de l'agglomération ancienne, Hénin reprend les oukases du très systématique plan d'alignement arrêté en 1848, qui ordonnait la rectification et l'élargissement de toutes les rues anciennes, quitte à détruire entièrement un de leurs côtés. Il veut abattre les taudis et les remplacer par de petits squares. Ce catalogue de bonnes intentions n'a pas le mérite de l'originalité ; Hénin songe surtout à aérer et à détruire par des méthodes chirurgicales, il n'envisage jamais de restaurer les maisons présentant un intérêt patrimonial. Il oublie même le vieux projet qui, sous le nom de " percée Chanzy ", est devenu la rue des Carabiniers de Monsieur. Plus novateur, il propose de transformer en boulevard de 20 m de largeur la levée d'enceinte ( la levée de défense ) et le quai de l'Ecole, mais, ne voyant pas arriver le flot des voitures, il le déclare « destiné uniquement à la promenade ».Partie nord du plan de circulation
 Jean Hénin est plus pertinent et meilleur prophète quand il dresse le tableau des extensions de la ville. Il double hardiment la surface de la cité traditionnelle.

 Au nord, il reprend le tracé de la traversée urbaine primitive en prolongeant l'impasse du Petit-Caporal en parallèle à la route de Rouen ( les voies nouvelles sont portées en rose ). Il estime que le pont médiéval de la Croix Verte est condamné, mais, comme il maintient en eau la boire du même nom, il propose de construire un nouveau pont, un peu plus en aval, dans l'axe de l'ancienne rue Pharouelle. Ce tracé biscornu n'est guère convaincant.

 

 

 Sur l'île Millocheau, il prévoit une large voie sur chaque rive et, à partir de la rue Aristide-Briand en cours de réalisation, il envisage plus judicieusement un vaste lotissement au-delà de l'abattoir. A l'extrémité de l'île d'Offard, il remplace par trois routes les chemins de terre qui se dirigent vers le nouveau stade et il prévoit des constructions nouvelles.

Plan de circulation, partie consacrée à l'île

 C'est sur le coteau sud-est de la ville que le projet d'extension est le plus novateur et le plus clairvoyant.
 La rue des Moulins serait rectifiée et élargie, toutes les constructions côté Loire abattues,Plan de Jean Hénin, partie sud-est elle deviendrait un boulevard ombragé de 20 m de large, ouvert sur le panorama de la Vallée. Les trois sentiers de liaison avec le quartier de Fenet seraient améliorés ; plus loin, la rue Chèvre serait remodelée.
 Dans le vaste espace compris entre la rue Lamartine et le chemin d'intérêt commun n° 45 devenu rue de Fontevraud, qui deviendraient l'un et l'autre des axes majeurs, Jean Hénin prévoit un vaste ensemble de constructions individuelles qui généraliseraient les cités-jardins en cours de réalisation. Les nouvelles voies prévues, organisées autour de la rue Marceau, ne sont guère différentes du réseau actuel. Le plan prévoit un espace vert au centre, un groupe scolaire entouré de voies piétonnes ( en jaune ) et un bureau de poste auxiliaire. A l'écart, viendrait une zone industrielle, située à l'extrémité droite marquée " Zoning ", et donc sur des hauteurs. Finalement, cette immense cité-jardin n'aurait-elle pas satisfait ses résidents bien mieux que les tours actuelles ?
 Aucune construction n'est envisagée au Chemin Vert. Sous sa présentation un peu sommaire et insuffisamment mûrie, le projet de Jean Hénin constitue un document d'étape important. A l'évidence, il a en partie inspiré le plan de Leconte mis en place après la guerre.

2) Un projet non validé

 Pour l'heure, la ville construit et se lance dans des réalisations d'urbanisme, ce n'est guère le moment de discuter sur des entreprises, qu'on devait juger pharaoniques. Le projet de Jean Hénin est approuvé par le Conseil municipal du 22 novembre 1932, apparemment sans aucun débat. Le 26 décembre suivant, le préfet annonce, par voie d'affiche, qu'il est soumis à une enquête publique. Le commissaire enquêteur, Alfred Partant, constate qu'il n'a reçu aucune réponse et donne un avis favorable. Le projet revient devant le Conseil municipal, qui l'adopte définitivement le 3 avril 1934, sans davantage en discuter. Les Saumurois ne croient guère à ce projet, qui pourrait léser bien des intérêts particuliers.
 D'autres organismes s'y intéressent de plus près. La Commission sanitaire de l'arrondissement de Saumur, réunie le 10 décembre 1932 par le sous-préfet Roimarmier, émet un avis favorable et se déclare « heureuse de constater que ce projet prévoit la suppression des taudis, la disparition de maisons construites dans le coteau ou menacées par les éboulements et par contre la création de squares et boulevards plantés d'arbres ».
 A l'inverse, le 20 octobre 1933, la Commission départementale d'aménagement et d'extension des villes et villages, qui a scruté le document et qui y a même trouvé des règles non clairement formulées, émet de sérieuses réserves : « L'obligation prescrite au programme de la construction en retrait de tous les immeubles dans toute la zone d'extension de la Ville, quelle que soit la largeur des rues, apparaît comme bien lourde, de même que celle d'établir un jardin derrière chaque immeuble... N'est-il pas, d'autre part, excessif de proscrire, de façon absolue, dans toute l'étendue de la Commune pour les façades des maisons, les crépis tyroliens [ projetés à l'aide d'une tyrolienne ] et d'exiger l'emploi de pierre de taille, de ciment blanc ou de briques de parement. » Selon la commission, ces clauses pourraient donner droit à des indemnités ; la suppression de tous les puits, tant réclamée par les hygiénistes, serait illégale, car les particuliers ont le droit d'utiliser des puits pour l'arrosage de leur jardin.
 Robert Amy complète le document par un rapport sur l'hygiène et l'assainissement ; il y signale notamment que l'abattoir a été modernisé en 1925 par la construction d'un réservoir d'eau surélevé.

 Ainsi complété, le projet est envoyé au Conseil d'Etat, afin que ses prescriptions soient déclarées d'utilité publique. Aucun arrêt n'a été rendu et le plan est resté lettre morte.

3) Les stades

 Les Saumurois ont longtemps pratiqué des sports d'équipe sans disposer de stades structurés, une simple prairie suffisait. Deux terrains équipés apparaissent en premier : le stade Millocheau, espace à peine aménagé mis à la disposition des patronages par une association de bienfaiteurs ; le stade militaire, situé entre l'infirmerie et l'école vétérinaire, remplacé aujourd'hui par des bâtiments d'hébergement.
 Robert Amy, qui a offert une salle aux sociétés de gymnastique, tient beaucoup à la création d'un stade municipal, que l'Etat devrait subventionner. Le Conseil en discute le 5 avril 1930 : le comité de l'île Millocheau serait sans doute vendeur de son terrain, mais une majorité de l'assemblée ( 13 pour, 11 contre ) préfère le site de l'île d'Offard, parce qu'il est plus spacieux ( 60 000 m2 ), qu'il est moins souvent inondé et qu'il dispose d'une maison. Dès le 20 mai suivant, l'achat et l'aménagement du stade sont décidés pour un montant total de 316 200 F, dont 125 000 pour l'achat du terrain. Les tennis initialement prévus sont supprimés, mais un stand de tir à la carabine est ajouté.
 Les travaux traînent un peu ; l'entreprise Fournier prend du retard ; la verrerie ne fournit pas le mâchefer prévu. Enfin, le 11 mars 1932, est nommé un auxiliaire municipal, qui assurera les fonctions de concierge et de maître-nageur, car une baignade et quelques cabines sont ajoutées du côté du bras des Sept-Voies. L'ensemble des installations est inauguré le 15 janvier 1933 et complètement achevé dans le courant de 1934. Un petit terrain de camping annexé à l'auberge de la Jeunesse, du côté occidental du stade, vient compléter ce vaste ensemble fort bien situé.

 En complément, la ville a pris possession du clos Coutard en 1935 ; elle n'a nulle envie de devenir viticulteur exploitant et elle fait arracher la vigne, afin de bénéficier de la prime d'Etat. Après quelques hésitations, le Conseil municipal du 23 avril 1937 décide de transformer le clos Coutard en un vaste parc planté d'arbres, qui servirait de stade annexe lorsque les crues envahiraient le stade municipal.

 Pour localiser ces réalisations, voir plan sur l'urbanisme de 1918 à 1939.

4) Le nouveau service d'eau

 L'approvisionnement en eau avait nécessité d'importants travaux au XIXe siècle. Ce service public présentait de sérieuses insuffisances : la station de pompage du quai de Limoges aspirait de l'eau de Loire en aval de sept rejets d'égouts ; la javellisation, recommandée par un rapport du docteur Constant Petit, donnait un goût exécrable au liquide distribué ; les réservoirs de la rue Duplessis-Mornay et de la rue des Moulins n'étaient pas assez élevés et d'une contenance insuffisante.
 Dans une remarquable étude, le médecin angevin Olivier Couffon ( « Projet de captage d'eau potable pour la Ville de Saumur. Rapport », Revue d'hydro-géologie angevine, septembre 1932, p. 65-80 ), appuyé par le docteur Imbeaux, propose la solution idoine : pomper l'eau plus en amont, dans des puits forés à 35 m du bord de la Loire et descendant dans des sables à 9 m au-dessous du niveau du sol ; installer de nouveaux réservoirs au Petit Puy.
 Les travaux, dirigés par les ingénieurs des Ponts et Chaussées, ne traînent pas. Le Conseil municipal achète les terrains à prix d'ami et, le 22 décembre 1932, il vote 191 000 F pour la réalisation de la nouvelle usine des Eaux. L'entreprise Bellati la construit, ainsi que la maison des mécaniciens, ainsi que le réservoir et le premier château d'eau, perchés à 92 m d'altitude. Le nouveau service d'eau fonctionne à partir du 16 avril 1934 ( A.M.S., T 4 ). Il distribue, sous une bonne pression, une eau parfaite, à part quelques traces de fer.
Les anciennes installations sont désaffectées ; la station de pompage devient une école maternelle ; le réservoir de la rue Duplessis-Mornay est loué à un voisin ; les tôles de la citerne de la rue des Moulins sont découpées au chalumeau ; Augustin Girouard souhaitait que le support en maçonnerie soit transformé en table d'orientation ( Petit Courrier, 28 décembre 1936 ), mais il est finalement vendu.
 Une amélioration est à signaler dans un domaine voisin : en 1935, la Caisse d'épargne améliore ses bains-douches de la rue du Portail-Louis et, grâce à une subvention municipale, elle y ajoute douze nouvelles cabines de bains.

5) Des projets de grands travaux

 Le 9 octobre 1935, le Conseil municipal discute d'une circulaire du ministre de l'Intérieur, qui réclame de grands travaux en vue de remédier au chômage. Il vote à l'unanimité un programme de 3 millions de F en faveur de l'enfance. les réalisations scolaires, déjà envisagées, sont présentées au dossier suivant. Un projet d'orphelinat de 50 lits est resté dans le vague ( il existait en théorie à l'hospice ). Le Conseil municipal projette de construire un nouveau patronage laïque, car l'ancien situé rue Duplessis-Mornay s'écroulait. L'emplacement est choisi : un terrain récemment acquis à l'angle des rues Gambetta et Maremaillette ( où les pompiers vont s'installer ). Jean Hénin trace des esquisses du bâtiment, qui regrouperait une bibliothèque, une salle des Fêtes et des salles de réunion et qui se caractériserait par une ossature en béton et des revêtements de briques. Le premier devis s'élève à 489 244 F ; en 1937, après les lois sociales, il est réévalué à 684 941 F. Ce coût très élevé a empêché sa réalisation.
 Le Conseil municipal du 9 octobre 1935 projette encore d'autres grands travaux. Le réseau d'égouts en fonctionnement se limite à deux grands collecteurs confinés dans la vieille ville. Une sous-commission travaille à un vaste plan d'extension ; outre des canalisations nouvelles dans la partie ancienne, il faudrait créer des réseaux autonomes dans l'île et dans le quartier de la Croix Verte. Ce projet, estimé à 12 millions de F, ne connaît qu'un début de réalisation.
 Malgré tout, la municipalité Amy a élaboré de grands desseins et a mené à terme d'importants chantiers sur une période de 14 ans.

 

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