Chapitre 45 :

 Une drôle de guerre qui finit mal
    ( septembre 1939-juin 1940 )

 

 Dossier 1 : Ecueils méthodologiques

  Les huit chapitres consacrés à la Seconde Guerre mondiale seront différents des précédents, parfois surchargés par des références indispensables, parfois réduits à des pistes de recherches. Le dossier joint explique ces problèmes.
      

 

 

 

 Dossier 2 : Le basculement dans la guerre

UN ESPRIT DÉFENSIF

 Les accords de Munich de septembre 1938 réjouissent tout le monde à Saumur, tant la droite que la gauche. Le Conseil municipal du 8 octobre s'en félicite à l'unanimité ( voir Débats politiques, 1925-1939 ). Cependant, les nouvelles agressions d'Hitler au printemps 1939 semblent faire réfléchir les élus saumurois, qui mettent leurs conflits en sourdine. Malgré tout, la brutalité de la crise polonaise prend de court l'opinion. Certains, le maire en tête, parviennent difficilement à réaliser qu'ils ont basculé dans la guerre. Nous donnons une chronique de ces journées décisives, établie d'après la presse locale  &(1).
   

1) Des pouvoirs musclés 

 L'état de guerre modifie profondément le fonctionnement des institutions républicaines et accorde des pouvoirs très étendus aux autorités militaires et civiles. Pour comprendre la suite des événements, il faut avoir en tête ces conditions juridiques nouvelles.

- Les ministres et les préfets peuvent placer en détention administrative les personnes dangereuses pour la sûreté de l'Etat, ce qui ouvre la porte à tous les abus. Au nom de ce principe, Louis Bouët, vieux militant trotskiste et en même temps légaliste scrupuleux, est arrêté par les gendarmes à son domicile du 3 avenue Victor-Hugo le 13 juin 1940 ( le gouvernement aux abois avait sûrement des tâches plus urgentes ). Il est interné au château du Sablou, à Fanlac, en Dordogne ; il y est très malheureux, car il est persécuté par ses codétenus communistes, qui le considèrent comme un traître ; il est libéré l'année suivante pour raisons de santé. Aucun communiste de Saumur n'est interné à cette époque. Seul, un surveillant de la Maison centrale de Fontevraud est déplacé pour ses opinions. Un militaire, détaché comme tueur à l'abattoir de Saumur, est accusé d'avoir tenu des propos anti-français dans une maison de tolérance de la ville ; il fera l'objet d'une surveillance particulière ê (2).

- La mobilisation générale entraîne ipso facto un droit de réquisition sur les personnes et sur les biens, qui peut être exercé par les chefs de corps, les fonctionnaires civils et les autorités élues. Selon le décret du 28 novembre 1938, l'ordre doit être notifié par un bon écrit provenant d'un carnet à souche, mais, à titre exceptionnel, tout chef de détachement peut exercer ce droit sous sa responsabilité personnelle.
 Dès le début de la guerre, le commandant d'armes réquisitionne beaucoup de locaux, notamment l'institution Saint-Louis, le collège de Jeunes Filles et l'école du quai Mayaud, transformés en hôpitaux auxiliaires, ou les bâiments de la verrerie, devenu un dépôt de matériel mécanique. Il a souvent la main lourde : sans se concerter avec la municipalité, il prend l'école maternelle de la rue Chanzy, alors que la ville disposait de locaux vacants tout à côté, près de la Manutention, et qu'elle rencontre des difficultés pour recaser les enfants.
 Par la suite, les occupants allemands n'auront qu'à poursuivre dans cette voie et réquisitionner allègrement, soit en passant par les mairies, soit par prise directe sur les particuliers.
 La municipalité fait de même en permanence. Dès le 30 août 1939, le maire prend un arrêté de réquisition générale des locaux vacants de la ville, car le préfet vient de lui déléguer ce droit. La ville affecte aussi des personnes et des véhicules à la Défense passive. Plus tard, elle réquisitionne des hommes de Saumur et des communes voisines pour déblayer les décombres des bombardements. Par un simple bon signé du maire ou du premier adjoint, elle loge des militaires, elle affecte de grandes salles à l'hébergement des réfugiés, elle installe des sinistrés des bombardements dans les logements vacants. Grâce à cette méthode efficace, personne ne s'est retrouvé à la rue. Ainsi, le maire réquisitionne pour la 8 ème Compagnie du 91 ème Régiment régional les grands entrepôts de l'ancienne société des Tramways, situés auprès de la gare et passés à la S.T.A.O ( A.M.S., 5 H 13 ).

Ordre de réquisition, A.M.S., 5 H 13

 Les réquisitions doivent faire l'objet d'une comptabilité particulière sur des bons numérotés. La " Commission départementale d'évaluation des marchés de réquisition " fixe le montant des remboursements qui, liés à des faits de guerre, seront à la charge de l'Etat, du moins en principe. Les hôteliers de Saumur, privés de leur clientèle privée, se plaignent de ne recevoir aucun dédommagement pendant de longs mois. Ce fait, qui doit être national, entraîne une circulaire ministérielle du 7 décembre 1939, qui limite les réquisitions aux 3/4 de chaque hôtel, le dernier quart des chambres devant rester libre.

- L'état de siège est proclamé le 1er septembre 1939 ; le lendemain, le commandant d'armes en avise le maire par lettre portant la mention « SECRET ». Les pouvoirs de police passent à l'autorité militaire, qui devient responsable du maintien de l'ordre, qui peut aussi opérer des réquisitions de jour et de nuit, qui peut ordonner la remise des armes et munitions, qui peut interdire les publications et réunions qu'elle juge de nature à menacer l'ordre public. Ce champ d'action très extensif entraîne des excès et surtout des maladresses. Nous l'avions déjà constaté en 14-18. Nous retrouvons une censure tout aussi stupide : nous avons vu le deuxième numéro du Courrier de Saumur ( qui voulait reparaître ) tailladé par ses grands ciseaux ; la censure avait interdit à la presse de parler du bombardement du 8 juin 1940, mais elle laisse passer Le Petit Courrier du 13 juin, qui reproduit le discours très explicite de Robert Amy aux obsèques de la jeune victime. Avec de pareilles méthodes, l'opinion publique ne peut qu'être sceptique sur les communiqués officiels et sur la presse locale, qui passe pour une semeuse de bobards.
 Ces intrusions malencontreuses sont cependant plus rares qu'en 14-18, en raison d'une instruction de février 1924 sur l'état de siège, qui précise que l'autorité militaire « s'efforcera de modifier le moins possible le jeu normal des services civils ». Le commandant d'armes fait surtout de fréquents rappels à l'ordre sur les questions de sécurité et sur la défense passive, en général sur un ton aimable. En dépit de ce qu'on pourrait imaginer, ces premières étapes de la guerre se déroulent plutôt bien ; la préparation a été sérieuse et l'on ne retrouve pas la pagaille de 1914.
   

2) Se protéger d'abord

 

 

 Dossier 3 :  La Défense passive ( 1938-1944 )

 

 

 

 

Dossier 4 : Les replis successifs

  Cette guerre, la France ne l'a pas voulue. En ce qui concerne l'armement, elle l'a mieux préparée qu'on l'écrit souvent. Sur le plan diplomatique, elle s'est illusionnée sur l'esprit de Genève et sur les garanties de la Sécurité collective. Elle n'a pas de buts de guerre, elle n'a pas à récupérer l'Alsace et la Lorraine et l'offensive à outrance, si coûteuse en 1914, lui paraît une stratégie inadaptée à son état d'esprit. L'armée française se recroqueville donc derrière la ligne Maginot.
 L'esprit est le même à Saumur. On songe avant tout à se protéger contre des attaques de l'aviation ennemie, sur lesquelles les responsables sont parfaitement informés ; l'emploi de gaz asphyxiants est particulièrement redouté. Mise en place depuis 1938, la Défense passive est une énorme organisation qui doit assurer la protection de la population civile et qui tient une place considérable dans l'activité locale pendant toute la durée de la guerre. Mobilisant de forts effectifs, cette organisation s'est avérée efficace en 1940 - mais elle a été dépassée en 1944.
 En premier lieu, tout est mis en lieu sûr ; les plus beaux livres de l'Ecole de cavalerie sont abrités dans une cave de Saint-Hilaire-Saint-Florent. Les souterrains du Château hébergent les oeuvres les plus précieuses des musées, les tapisseries des églises et les livres anciens de la Bibliothèque municipale.

 Le gouvernement donne l'exemple de la frilosité, pour ne pas dire du pessimisme : dès les premiers jours de la guerre, il organise le "reculement" des administrations centrales ; Saumur se voit imposer un nombre élevé de fonctionnaires des Finances et en outre un contingent d'évacués de la région parisienne. Nous insistons sur le poids très lourd de ces vagues de réfugiés, qui marquent la présence de la guerre, autant que le départ des mobilisés. Les relations entre des communautés de cultures différentes ne sont pas bonnes ; les Saumurois n'apprécient pas du tout les fonctionnaires du Ministère des Finances.
 La charge des éléments allogènes va encore s'alourdir en mai 40 par l'arrivée de trains de réfugiés fuyant les zones prises dans l'offensive allemande, puis en juin, par les flux routiers des naufragés de l'exode. Vers le 20 juin, la ville croule sous le nombre des personnes déplacées ; sa population est constituée par plus d'un quart de réfugiés.
 De nouveaux services municipaux s'occupent de l'accueil et tiennent des comptabilités spéciales, car en théorie, l'Etat rembourse ces dépenses liées à la guerre. Un fort bénévolat se manifeste pour répartir les réfugiés, les loger dans des appartements vacants, leur distribuer des repas et des vêtements. La Croix-Rouge est au centre de ces dispositifs ; les trois sociétés locales, qui ne se querellaient pas trop, mettent leurs forces en commun, préparant ainsi sur place l'unification imposée par la loi du 7 août 1940.
   

 3) Une économie dirigée

  De premières cartes d'alimentation sont distribuées aux réfugiés dès leur arrivée, car leur nourriture et leur logement sont pris en charge par l'Etat. Quant à la population en place, des cartes d'alimentation lui sont remises à partir de la fin mai, pour l'instant sans tickets et sans rationnement. Les pouvoirs publics encadrent désormais la vie économique, bien que le ravitaillement ne pose pas encore de grave problème ( la région dispose de stocks de toutes sortes, la pénurie ne deviendra inquiétante que deux ans après le début de la guerre ). Pour l'instant, le gouvernement institue les « jours sans », par exemple, les jours sans viande ; ce n'est là qu'une incitation, car la distribution est à peu près normale.
 Le deuxième adjoint Auguste Courtoison dirige une commission spéciale du ravitaillement, qui s'occupe de l'acheminement des provisions ê(3).
 Pour le pain, le magasin du Syndicat agricole de l'Anjou, situé route de Rouen, dispose de stocks de farine. Il va deux fois par jour s'approvisionner aux Grands Moulins d'Angers et pour ce faire, il dispose d'un camion, déjà équipé d'un gazogène, et qui est mis sous le régime de la réquisition ; pour le personnel, les ouvriers mobilisés ont été remplacés par des anciens qui ont repris du service ; 20 boulangeries sur 21 fonctionnent. Le prix du pain est fixé par la Chambre syndicale des patrons boulangers ; il n'est pas soumis à la concurrence, mais il s'élève sans cesse. La seule nouveauté est l'interdiction des pains de fantaisie par décision des pouvoirs publics.
 Aucun problème pour la viande ; il manquait seulement deux tueurs à l'abattoir, le colonel commandant l'Ecole les a remplacés par deux tueurs mobilisés. Le lait est fourni par la laiterie d'Avoine, qui dispose de ses propres sources d'approvisionnement.
 Pour le sucre, la pénurie de la guerre précédente a laissé de mauvais souvenirs ; une bonne partie de la population a fait des stocks. La ville consomme de 15 à 20 000 kg par mois ; la commission a fait venir 8 tonnes de Nantes et obtenu des promesses de l'intendance, qui contrôle les dépôts. Le sucre est toutefois la première denrée rationnée. L'épicerie en gros Goblet, située à l'angle de la rue Jules-Ferry et de la rue Nationale, sert d'entrepôt pour ces stockages et dispose d'un camion, déclaré réquisitionné.
 Pour les carburants, la société Lille, Bonnières et Colombes, située près de la gare de l'Etat, est priée d'assurer un stock de 25 000 litres d'essence.

 Le problème du chômage n'est pas très aigu. Le départ des mobilisés a créé un appel ; le nombre des chômeurs masculins est en baisse et les absents sont remplacés par des femmes et par des retraités. Finalement, en raison du nombre très faible des personnes assistées, le fonds municipal de chômage est fermé en mars 1940 ( voir la courbe du chômage en 1939-1941 ).

 La difficulté la plus sérieuse est la flambée des prix, explicable par l'inquiétude, par les stockages et par la spéculation de certains commerçants. Dès le début des hostilités, le maire agite des menaces ( Ouest-Eclair, 14 septembre 1939 ) : aucune hausse injustifiée des denrées ne sera tolérée, des poursuites immédiates et sévères seront engagées en cas d'agissements illicites. On voit mal sur quelles bases juridiques ces poursuites pourraient être lancées. en tout cas, les prix flambent.
 L'autre difficulté concerne les familles de mobilisés ; selon un rapport du sous-préfet : « Par suite du départ du père aux armées, bien des familles se sont trouvées dans la misère au début des hostilités, les Allocations militaires n'ayant été versées que trois mois après la mobilisation » ( A.D.M.L., 97 W 3 ).
    

 4) Une rentrée scolaire perturbée

  Les réquisitions et la mobilisation perturbent sérieusement la rentrée scolaire du 2 octobre 1939. Dans l'enseignement primaire, les écoles du quai Mayaud sont devenues un hôpital militaire de 100 lits ; les garçons iront dans l'école maternelle désaffectée de la rue Jean-Jaurès, les filles dans la maternelle de la rue du Bellay ; l'école maternelle de la rue Chanzy, réquisitionnée par les militaires, est transférée dans des maisons de la rue Maremaillette ; l'école des Violettes, occupée par des bureaux du Ministère des Finances, doit se resserrer dans une seule salle.
 Malgré ces restrictions, les écoles communales voient leurs effectifs se gonfler par l'arrivée d'enfants réfugiés ( A.M.S., 1 R 11 ) ; au nombre de 223, ces derniers représentent 12 % des effectifs scolaires publics de la ville au 25 novembre 1939. Ils sont particulièrement nombreux dans l'école des Récollets ( 17,50 % des élèves ). Cette école offre un cours complémentaire préparant le brevet élémentaire et le concours d'entrée aux écoles normales d'instituteurs. Les réfugiés parisiens, souvent des fonctionnaires rêvant d'un bon niveau de formations pour leurs enfants, font le choix de cette école, en plus fort pourcentage que les Saumurois de souche.
 Dans le secondaire, la situation est encore plus perturbée. A Saint-Louis, les dortoirs et quelques salles de classe deviennent un hôpital militaire ; les élèves sont réinstallés dans le reste de l'établissement. Le collège de Jeunes Filles devient en entier lui-aussi un hôpital militaire ; les élèves de l'Ecole primaire supérieure sont transférées dans l'école de la rue Cendrière ; les élèves de la section collège sont installées dans dix classes du collège de Garçons, mais il n'est pas encore question d'unification, les établissements restent séparés ; les filles entrent par la rue Duruy, les garçons par l'avenue Courtiller. La réunion s'opère par le haut ; comme le principal est mobilisé, Madame Dezaunay, la directrice, prend provisoirement la tête des deux établissements.
   

5) Oublier la guerre

  Passé le mois de septembre 39, marqué par le choc de la guerre, par les départs massifs de mobilisés et par l'arrivée non moins massive de réfugiés, marqué par de nombreuses réquisitions de locaux et de voitures particulières, marqué aussi par la réduction brutale de l'éclairage public, la population se rassure ensuite derrière la sécurité trompeuse de la ligne Maginot et la passivité des Allemands. L'exaltation des premiers jours s'éteint, les fêtes reprennent, comme si de rien n'était : le 9 novembre, le tirage de la " tranche du Cadre Noir " de la Loterie nationale est effectuée dans le manège des Ecuyers devant un public choisi ; les réjouissances de fin d'année se déroulent à peu près normalement, mis à part l'éclairage réduit et le camouflage imposé ; la fête des Récollets se déroule dans de bonnes conditions. Les habitants ne se sentent plus en guerre ; ils se soucient peu de l'aménagement des abris et ils ne prennent guère au sérieux l'exercice d'alerte du 28 décembre.

 La presse tente de raviver l'ardeur patriotique, mais elle n'a pas grand chose d'exaltant à annoncer et ses titres sonnent faux. Le directeur de l'Ecole industrielle découvre que le général Joseph Vuillemin, un as de la guerre 14-18 devenu commandant en chef des Forces aériennes, avait été élève dans l'établissement en 1898-1899 ; le Conseil municipal fait le général citoyen d'honneur de la ville. La bibliothèque municipale a acheté " Hitler m'a dit " d'Hermann Rauschning et elle invite ses abonnés à le lire. La Fédération des Mutilés et Réformés demande qu'une voie de la ville soit baptisée " rue Maginot " ; la commission de la voirie déclare s'en tenir à sa décision du 3 décembre 1937, qui réserve les noms des rues aux Saumurois qui se sont distingués...

 Encore une fois, à la lecture des textes du temps, on ne sent aucune ardeur guerrière, plutôt un esprit défensif et surtout pas offensif, en même temps, un réel sens du devoir et de la solidarité, mélangé à un ton de gravité, peu optimiste à vrai dire. Il ne faut pas aller plus loin dans les qualificatifs. L'issue des événements est trop bien connue et colore rétrospectivement notre approche de la drôle de guerre. Il n'y a pas d'indice de défaitisme, seulement des remarques pessimistes dans les discours de Robert Amy. Sur le plan administratif, cette entrée en guerre est remarquablement préparée et ne présente pas les signes de pagaille observés en 1914. La mobilisation, le reculement des administrations, les premières évacuations sont bien planifiés ; au moyen de réquisitions systématiques et de l'embauche de nouveaux agents, les administrations ont les moyens de mener à bien leur lourde tâche.
   

 6) L'entraînement intensif de l'Ecole de cavalerie

  L'Ecole d'application de la cavalerie et du train change totalement de physionomie avec l'entrée en guerre. Depuis l'été 1938, son commandant était le général Eugène Bridoux, fils d'un général tué au combat, un officier ambitieux et politique, dont nous étudierons plus loin l'attitude pendant la guerre. Le 2 septembre 1939, le général quitte l'Ecole pour prendre le commandement de la 41 ème Division d'infanterie, laissant sa famille dans l'Hôtel du commandement. Ce départ constitue un fait significatif pour la suite des événements.
 Le commandant en second, François-Marie-Charles Michon, prend sa succession et est promu colonel. Il est le type même de l'ancien combattant de la guerre 14-18 : volontaire pour combattre dans l'infanterie, il a été gravement touché dans la tranchée de Calonne, où il reste deux jours sous les cadavres. Souffrant en permanence des séquelles de ses blessures, il manifeste un patriotisme exalté et parfois lugubre. Quand il assure la visite du musée de l'Ecole, il lance aux élèves : « Vous êtes, Messieurs, une génération de sacrifiés. Demain, vous serez tous morts » ( de Gmeline, p. 18 ).

 Les anciens stagiaires d'active, lieutenants, sous-lieutenants et élèves-officiers sont partis pour le front. L'armée, qui a besoin de cadres pour commander la masse des mobilisés, forme à la hâte de nombreuses brigades d'élèves-aspirants de réserve, en général des fils de famille qui sortent des grandes écoles et de l'université. Traditionnellement, les cours duraient six mois ; ils sont condensés sur trois. Les instructeurs sont les lieutenants les mieux notés des promotions précédentes, qui sont rappelés du front. Quelques brigades de privilégiés sont montées et pratiquent l'équitation ; la grande majorité des cavaliers et des tringlots sont motorisés. « Nous apprîmes donc le moteur et ses mystères, écrit Norbert Bontoux & (4), mais, chose curieuse, on ne nous apprit pas à conduire... Nous participâmes cependant à quelques exercices de patrouille avec des motos. Une seule fois, ceux qui parmi nous possédaient un permis de conduire purent piloter des automitrailleuses. Les autres ( c'est-à-dire la majorité de la brigade ) se contentant d'observer ».
 En mai 1940, les quelque 550 E.A.R. de cavalerie et les 240 EAR du train se préparent à la guerre avec un mélange d'ardeur et d'insouciance. Le dimanche, leurs familles viennent leur rendre visite ; ils n'ont pas le droit de s'écarter des limites de la garnison, qui s'arrête à Chênehutte. Sur la demande du maire, le colonel les autorise à aller déjeuner ou dîner à Gennes ou aux Rosiers, afin d'y déguster un poisson beurre blanc.

 

LA RUÉE ALLEMANDE

   

 7) Cinq semaines d'angoisse

  Après l'attaque allemande du 10 mai 1940, tout le monde comprend vite que la guerre a changé de visage et la presse ne peut guère cacher qu'elle tourne au désastre pour les forces françaises. L'afflux des réfugiés des zones envahies prouve l'ampleur de la catastrophe.
 Le Conseil municipal du 31 mai, le dernier de la III ème République, redit à l'unanimité « sa foi en la victoire », mais la forme est stéréotypée et les doutes transparaissent. Les événements s'accélèrent, ils sont traités en détail dans les dossiers spécialisés ci-dessous, dont nous donnons seulement le plan.

- Garde renforcée des ponts
- L'espionnite
- Le bombardement aérien du 8 juin
- Le bombardement du 13 juin.
   

 8) Trois jours d'enfer ( 18-19-20 juin )

- Les premiers maréchalistes
- Le titre de " Cadets "
- Les simples faits
- Les premiers résistants de France
- Les révisionnistes
- Les synthèses.

- L'offensive foudroyante de la 1 ère Division de cavalerie allemande
- Des moyens dérisoires
- Veillée d'armes
- Combats dans l'île
- Le passage du fleuve
- Les combats d'Aunis
- Repli et bilan.

- Les habitants aux abris
- Le maintien des services publics
- Les quartiers ravagés
- L'entrée des Allemands
- L'ampleur du pillage.

Dossier 9 : Plan en grand format des bombardements.
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 Le 21 juin 1940, commence une période d'occupation qui va durer plus de quatre années.