Le basculement dans la guerre

 

  
 Chronique établie d'après la presse : le Petit Courrier du 30 août au 18 septembre 1939, Ouest-Eclair, septembre 1939, l'Ouest, septembre 1939 ; la Petite Loire du 27 août au 17 septembre ; A.M.S., 5 H 12 et 13, 1 D 44.

 Samedi 26 août 1939

  La tension internationale montant, des catégories de réservistes, numérotées de 1 à 8, sont rappelées par voie d'affiche ( A.M.S., 5 H 12 )

Affiche du 26 août, A.M.S., 5 H 12

  

 Dimanche 27 août

 Sous-préfet Robert Milliat au maire : « toutes réunions organisées par le parti communiste ( cellules, comités, services de toutes sortes ) sont interdites ».
  

Mercredi 30 août

 Les troupes allemandes restent massées sur les frontières de la Pologne.
 « Drame sanglant à Varrains. Dans une crise de jalousie, un journalier agricole égorge son rival ».
 Ce soir, à 20 h 30, dans l'église Saint-Pierre, les mouvements d'Action catholique organisent une grande veillée de prières pour « demander à Dieu de bénir tous les efforts qui sont faits pour sauver et maintenir la paix ».
 « Le Sous-Préfet de Saumur fait appel aux personnes de bonne volonté qui voudraient bien se mettre à la disposition du médecin-chef du centre d'évacuation de la Gare rive-droite qui, étant données les circonstances actuelles, peut être appelé à fonctionner assez rapidement. »
 La Mairie communique que l'aménagement des abris souterrains du coteau va être entrepris d'urgence.
  

Jeudi 31 août

 Des masques à gaz sont distribués aux petits Parisiens.
 Les deux colonnes que le Petit Courrier accorde au Saumurois relatent la reconstitution du crime de Varrains et un douloureux accident à Passavant : un camion heurte un troupeau de vaches et écrase un petit berger de 8 ans.
 Rien d'autre.
   

Vendredi 1er septembre

 Les revendications allemandes sur la Pologne sont maintenues.
 Des petits Parisiens sont accueillis à Angers.
 Sur deux colonnes : « Au pont Fouchard... Une cycliste se jette sous un camion et est tuée sur le coup ».
 Les infirmières de l'Union des Femmes de France se réuniront ce soir chez la présidente.
 « En raison des circonstances, le mariage de Melle Janine Landais avec M. Dominique Depinay, sous-lieutenant au 4 ème cuirassiers, qui devait avoir lieu le 4 septembre en l'église d'Allonnes, est remis à une date ultérieure ».
 La cavalcade du quartier des Ponts prévue dimanche est annulée.
 Une affiche signée du maire est reproduite par la presse :

Extrait d'une affiche du maire, A.M.S., 5 H 12

 Les deux colonies de Champigny continueront à fonctionner normalement jusqu'à fin septembre.
 Les bains en Loire sont fermés, car le maître-nageur a été rappelé.
 Dans le milieu de la journée, le maire reçoit le télégramme suivant ( A.M.S., 5 H 12 ) :

Télégramme annonçant la mobilisation générale, A.M.S., 5 H 12
   

  
Extrait de l'affiche de la mobilisation générale de Saumur, A.M.S., 5 H 12

Samedi 2 septembre

  Cet ordre de mobilisation générale a été placardé par la gendarmerie, à Saumur hier, vers 14 h 10, sur 45 points d'affichage. Peu après, la sirène d'alarme implantée sur la gendarmerie et les cloches ont sonné le tocsin, car les troupes allemandes ont attaqué la Pologne.

 Le maire, par l'intermédiaire de l'appariteur de la ville, appelle au calme et demande de ne pas dramatiser la gravité de la situation : « le rappel de plusieurs classes et la mobilisation générale sont des mesures de précaution que dictent la sécurité et la sauvegarde du pays ».
 L'Ouest est plus pessimiste : « les Saumurois, comme tous les autres français font, dans le calme et la dignité, preuve du plus grand sang-froid, parce qu'ils savent bien que la paix, qui est déjà dans le coma, est sur le point d'expirer ».
 Cependant, ce même journal rapporte sur trois colonnes la conférence donnée par le sous-préfet Robert Milliat, sur le thème : « L'Empereur Napoléon 1er s'est-il caché aux environs de Saumur ? », à partir d'une descente de police effectuée dans l'ancienne abbaye de Saint-Florent.
 D'ordre de l'autorité militaire, les propriétaires de voitures titulaires d'un ordre de convocation n° 3 doivent présenter leur véhicule devant la Commission de réquisition.
   

Dimanche 3 septembre

 En Pologne, les combats de frontière se poursuivent.
 Selon l'Ouest, les marchés du samedi étaient déserts.
 Le préfet annonce qu'un nombre élevé de personnes vont se replier dans le département.
 La Défense passive réunit les objets de première nécessité pour équiper les abris.
 Les musées du Château sont fermés.
 Paul Boisserie, chef de la musique scolaire, prie les élèves de rapporter leur instrument à la conciergerie du théâtre.
   

Lundi 4 septembre

 La France et l'Angleterre sont en état de guerre avec l'Allemagne.
 La mairie rappelle que la réquisition joue pour tous les logements vacants, qui seront mis à la disposition du Ministère des Finances et de la Banque de France.
 La Société de Secours aux Blessés Militaires ouvre un hôpital auxiliaire de 100 lits au collège Saint-Louis.
   

Mardi 5 septembre

 Selon l'Ouest, dimanche, il y avait cohue à la gare, en raison du départ des mobilisés, accompagnés par leur famille.
 La mairie informe que, le soir, la ville sera plongée dans l'obscurité, sauf les rues centrales et la rue de l'Abattoir. Les voitures devront circuler en feux de position ou lanternes. Les cafés ne devront avoir aucune lumière extérieure.
 En accord avec le syndicat des boulangers, il ne sera délivré que des pains uniformes courts, dits de 0 kg 500, 1 kilo, 1 kg 500 et 3 kilos non fendus. Le pain dit de fantaisie de 0 kg 500 et de 1 kg sera supprimé.
 Le Petit Courrier ne publie rien sur Saumur, car, par suite du retard des trains, les nouvelles ne lui sont pas parvenues à temps.
   

Mercredi 6 septembre

 « Une contre-attaque polonaise désorganise l'ennemi ».
 Selon le Petit Courrier, « Notre ville a changé de physionomie » ; depuis quatre jours, des convois de nos concitoyens mobilisés partent en grand nombre. En contrepartie, des trains de réfugiés atteignent Saumur, la ville de reculement à eux assignée.
 Pierre Collier, dans L'Ouest, affirme le contraire : « La vie saumuroise n'est pas encore trop transformée », mais son article démontre l'inverse : « Dans diverses administrations, le personnel féminin supplée aux hommes absents. Dans les gares, ... le service d'ordre est assuré par la troupe ; commissaires de gare, militaires ou civils, ont pris leurs fonctions... Par ailleurs, les zélées infirmières de nos trois sociétés de Croix-Rouge, tout de blanc vêtues, sont sur les quais pour réconforter les malheureux réfugiés qui ne cessent de passer... Les scouts et quelques personnes bénévoles se tiennent aussi prêts à tous les services que leur âge, leurs fonctions ou attributions leur permettent de rendre...
 Soyons accueillants pour les personnes qui nous sont envoyées, mais méfions-nous des Alsaciens-Lorrains ou des Suisses de « contrebande », autrement dit des ALLEMANDS 100 % pur sang ( hommes et femmes ), qui servent leur pays par les moyens les plus perfides et les plus barbares, c'est-à-dire en véritables Allemands... »
 Avis aux étrangers : le Commissaire de Police de Saumur les invite à se présenter au commissariat avec leur carte d'identité pour l'apposition des empreintes digitales. Ils devront être en possession des photographies de leurs enfants, âgés de 7 à 15 ans.
 D'ordre de l'autorité militaire, il est interdit aux passants et aux pêcheurs de circuler sur les rives de la Loire 200 m en amont et en aval du pont de fer.
 « Les locaux réquisitionnés par la ville ne doivent être occupés que par des personnes munies d'un bon de réquisition signé du maire ou du premier adjoint. »
   

Jeudi 7 septembre

 Trois trains de réfugiés de la région parisienne sont arrivés mardi et mercredi. Avertis par la voiture-radio de la maison Feyssac, des volontaires sont venus à la gare les prendre en charge et les conduire à l'adresse qui leur était désignée.
 Dans l'éclairage public, des lampes bleues de guerre ont remplacé les anciennes.
 Une commission civile de ravitaillement fonctionne à la mairie, présidée par M. Courtoison ; « il n'y a pas lieu pour les habitants de stocker ».  
  

Vendredi 8 septembre

 Les directeurs de la banque Asch de Strasbourg ont fait un don important au bureau de bienfaisance.
   

Samedi 9 septembre

 Les débits de boisson devront être fermés à partir de 22 h.
   

Dimanche 10 septembre

  Arrêté du maire de Saumur : « Il est formellement interdit aux nomades de stationner sur le territoire de la commune de Saumur.
 La police et la gendarmerie sont chargées de l'exécution du présent arrêté. »

Lundi 11 septembre

  Rien sur Saumur.
   

Mercredi 13 septembre

  Autour de Varsovie, les pertes allemandes semblent sérieuses.
 Le circuit cycliste de Saumur, prévu pour le 17 septembre, est annulé, car la plupart des routiers et des organisateurs sont mobilisés.
   

Jeudi 14 septembre

  « Varsovie résiste toujours ».
 Le manque de nouvelles et la dureté de la censure font naître les bruits les plus extravagants, selon A.G. ( Augustin Girouard ), dans le Petit Courrier.
 
Le Courrier de Saumur, qui avait fusionné avec l'hebdomadaire Le Bonhomme angevin, relance sa publication sous une forme quotidienne le 13 septembre, afin de reprendre son rôle dans l'information. Dès son deuxième numéro, il est victime d'une large coupure de la censure, et il n'insiste pas ( A.M.S., 5 H 13 ).

Le Courrier de Saumur du 14 septembre 1939,  A.M.S., 5 H 13

  Communiqué de la mairie : aucune hausse injustifiée des denrées de consommation ne sera tolérée ; des poursuites immédiates et sévères seront engagées en cas d'agissements illicites.
 Conseil municipal le soir. Le maire adresse son salut cordial aux services de la Cour des Comptes, du Ministère des Finances, de la Garantie et de la Banque de France installés à Saumur. Le Comité d'accueil a mené à bien une tâche très compliquée. Il regrette « qu'un fou ait mis le feu à l'Europe, 25 ans après une guerre dont nous pouvons nous souvenir, en raison des hécatombes humaines qui se sont produites et des difficultés sans nombre qui se sont révélées depuis 1918. »
    

Vendredi 17 septembre

Les troupes anglaises arrivent en France.

Samedi 18 septembre

  « Le front de Varsovie se renforce ».
 Le collège de Jeunes Filles est réquisitionné par l'autorité militaire comme hôpital auxiliaire de 100 lits, plus 50 lits pour les gazés.