L'irruption de la guerre
( 10 mai-15 juin 1940 )

 

1) La découverte du Blitzkrieg

 Les Saumurois s'étaient assoupis dans une guerre statique, plus orientée vers le repli que vers l'offensive, guerre relativement facile à supporter, même si la charge des réfugiés est lourde et les administrations en surchauffe.
 Tout change le 10 mai 1940. Malgré les informations déformées des journaux, tout le monde comprend vite que cette guerre est devenue une guerre de mouvement et que les divisions allemandes se rapprochent dangereusement. Les précautions militaires sont renforcées. Le viaduc était surveillé depuis l'éclatement du conflit ; le 28 mai, le colonel Michon annonce au maire que les ponts de pierre seront gardés par les troupes de la garnison, « les allées et venues sur les ponts eux-mêmes seront réservées aux seules personnes ayant à les traverser pour leurs affaires. Il est formellement interdit de s'y arrêter » ( A.M.S., 2 H 21 ). Défense également de s'approcher à moins de 200 mètres de ces ponts, par les cales ou par bateau. Deux jours plus tard, un élève-aspirant tire deux cartouches sur une personne qui s'était aventurée dans la zone interdite.
 Mauvais signe : le 16 mai arrive à la gare un train de 30 wagons contenant les chevaux et les carosses de la cour royale de Belgique. Les montures sont installées dans les écuries de l'Ecole ; les wagons contenant les carosses ont longtemps séjourné sur une voie de garage près de la gare de Nantilly, avant de repartir pour la Belgique.

2) L'espionnite

 La population et les autorités deviennent nerveuses. Plusieurs personnes sont condamnées pour « propos défaitistes ». Un Italien est appréhendé pour avoir défendu l'entrée en guerre de son pays. La chasse aux espions bat son plein. Selon R. Milliat ( p. 17 ), un père capucin suspect est arrêté. Les militaires fouillent les bois, scrutent fossés et buses à la recherche de quelque agent de la cinquième colonne, car tout le monde a vu des bonnes soeurs moustachues de deux mètres de haut. Une garde territoriale est constituée pour veiller sur les ouvrages d'art. Après avoir encouragé la chasse aux parachutistes infiltrés, les autorités font machine arrière devant la surexcitation de la population. Les « vigilants angevins » sont un corps de volontaires armés de fusils de chasse, qui assurent un service de guet et opèrent des battues régulières ; dans une circulaire, le préfet cherche à calmer leur zèle : ils ne pourront tirer sur les parachutistes isolés que si l'avion qui les a largués est clairement identifié ( car des parachutistes alliés ont été blessés ) ; le feu ne doit être ouvert sur des parachutistes en cours de descente que si leur nombre est reconnu supérieur à trois ( A.M.S., 5 H 12 ). A la suite du premier bombardement, un personnage portant un uniforme inhabituel est pris pour un militaire allemand et il est agressé : il s'agissait d'un soldat britannique qui a bien failli être lynché...
 Malgré les dires fréquents de personnes dignes de foi, aucune preuve incontestable de lâchers de parachutistes ennemis sur Saumur et ses environs immédiats n'a été produite. La gendarmerie est souvent alertée, elle enquête sans cesse, mais elle ne recueille aucun élément probant ( A.D.M.L., 56 W 16 ). Seule la présence de deux Allemands en civil est attestée à Gennes et prouvée par l'enquête minutieuse de l'abbé Souillet ( Saumur pendant la Guerre 1939-1945, p. 59-60 ).

3) Le premier bombardement de la ville ( 8 juin 1940 )

  Le 8 juin, à 23 h 01, le commissariat de police reçoit un ordre d'extinction de tous les feux, mais aucune alerte générale n'est déclenchée. Vers 23 h 50, des avions allemands, probablement au nombre de deux, survolent la ville et lâchent des bombes, sans doute onze au total.
 Dans un premier chapelet, un projectile écrase l'établissement Tézier, haut de cinq étages, situé rue de Rouen, et déclenche un violent incendie, qui s'étend aux maisons voisines.

L'établissement Tézier après le bombardement

Bombardement du 8 juin 40

 Une autre bombe anéantit l'épicerie Ruau, 66 rue de la Croix-Verte ; Odette, la fille de la maison est tuée, le père devra être amputé d'une jambe. Un autre projectile tombe à proximité, deux autres plus au nord, dans un jardin et sur un hangar de la scierie Pasquier, située sur le territoire de Saint-Lambert-des-Levées.
 Un autre groupe de bombes chute plus au sud : trois, sans doute, dans la Loire, en amont du pont Cessart ; deux dans la cour d'un immeuble situé place du Port-Cigongne ; une autre dans la cour de l'école de la Visitation ( voir le plan général des bombardements ).
 Les nombreux rapports tombent d'accord pour estimer que les bombardiers ennemis visaient la gare d'Orléans et le pont Cessart. Leurs projectiles sont donc tombés à l'est de leurs cibles. En dépit des insuffisances du camouflage et la présence d'une voiture roulant en pleins phares, les aviateurs n'ont pu se repérer. Pour les habitants, après un moment de panique, la curiosité l'emporte, ils se ruent vers les points sinistrés, ce qui gêne les pompiers et le service d'ordre. Le colonel Michon ne manque pas d'en faire la remarque au maire ( A.M.S., 5 H 12 ). La volonté de tenir l'affaire secrète en censurant la presse s'avère inefficace ; le récit évasif donné par la Petite Loire du 12 juin ( à droite ) entretient de pseudo-mystères.

 

 

 

4) Le deuxième bombardement ( 13 juin 1940 )

 Un deuxième bombardement est passé presque inaperçu. Dans l'après-midi du 13 juin, sept bombes tombent dans la Loire, un peu en amont du viaduc, qui était visé. D'autres atteignent le bourg de Souzay et y causent un mort et deux blessés.
 Pour l'instant, ces premiers raids, plutôt maladroits, sont de faible ampleur. Toutefois, la guerre se rapproche et monte en puissance.

 

 

 

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