L'omnipotence préfectorale

 

1) La dictature des fonctionnaires préfectoraux

 Le régime de Vichy, qui entendait rompre avec le fonctionnement de feu la IIIe République, renforce bizarrement le pouvoir des préfets, qui étaient les piliers de l'ancienne administration.
 Déjà renforcés avec la déclaration de la guerre, les préfets voient disparaître la concurrence des notables élus du précédent régime, qu'ils mettent en quarantaine. Ils disposent de pouvoirs régaliens : ils peuvent prononcer des internements administratifs, et ils ne s'en privent pas ; ainsi, les deux préfets successifs du Maine-et-Loire font détenir des communistes, ou supposés tels, ainsi que des ressortissants étrangers ; ils placent un bon nombre de trafiquants du marché noir dans des « camps de concentration », internements dont ils tirent gloire dans leurs communiqués. Ils disposent d'un pouvoir de réquisition quasi illimité ; le dirigisme économique du temps leur permet de mobiliser la main d'oeuvre, d'organiser la production, de fixer la plupart des prix, d'ordonnancer la distribution des vivres et des biens de première nécessité ( tout est réglementé, jusqu'à la vente des dragées de baptême ). Maîtres de la censure, il dictent les articles des journalistes et suspendent des périodiques, y compris le complaisant Petit Courrier, qui subit quelques mesures de rétorsion. Ils ont hérité des pouvoirs et des budgets du Conseil général. Ils nomment les maires des communes de 2001 à 10 000 habitants, ainsi que la plupart des conseillers municipaux ; pour Saumur, les maires sont en principe nommés par le secrétaire d'Etat à l'Intérieur, nous verrons plus loin qu'ils sont en réalité choisis et régentés par le sous-préfet.
 Enarques avant la lettre, les préfets de Vichy ont l'ambition de transformer le pays et de réaliser la Révolution nationale à marches forcées, sans grands moyens et dans un contexte désastreux. « Le régime trouve ses piliers dans la haute administration. Le service public est un facteur d'ordre, le culte de l'Etat appartient à sa tradition, la révolution nationale fait écho aux valeurs et aux ressentiments de certains de ses cadres... Vichy atteste la métamorphose autoritaire d'une partie des élites républicaines » ( Philippe Burrin, La France à l'heure allemande, 1940-1944, Editions du Seuil, Points, 1995, p. 78 ). Suppression des libertés individuelles et collectives, absence de contre-pouvoirs institutionnels, suppression de toute élection, mainmise sur la justice, le régime de Vichy est bien une dictature, ce que peu d'historiens soulignent, sans doute à cause de l'écart entre les principes et leur application pratique.
 La surabondante production réglementaire du préfet, rédigée sur un ton impérieux, envahit la presse chaque jour. Dans les archives, sa forme originelle n'est guère reluisante : tirages à la ronéo à peine lisibles, calques sur papier-pelure à demi décomposé, correspondances sur des feuilles de récupération portant des formulaires au dos. Puissant en apparence, le préfet de Maine-et-Loire trouve une limite de taille : le centre de commandement militaire allemand se réserve, en zone occupée, le maintien de l'ordre, le ravitaillement des forces d'occupation et le contrôle de l'économie. Il y ajoute la politique raciale et ne se gêne pas pour intervenir dans tous les domaines. Voir Angélique Bauché, L'administration préfectorale au service du régime de Vichy dans le Maine-et-Loire ( juillet 1940- août 1944 ), mémoire de maîtrise, Angers, 2003.
 L'administration préfectorale, si autoritaire soit-elle, n'a donc qu'un pouvoir restreint, qui s'amenuise avec le prolongement de l'occupation, alors que l'opinion s'en détache et que le gouvernement de Vichy devient un régime fantoche.

2) Le préfet Jean Roussillon

 L'ancien préfet Pierre Ancel est aussitôt renvoyé par le gouvernement de Vichy, d'autant plus qu'on lui reproche des ascendances juives.
 Né le 10 mai 1896, Jean Roussillon, après avoir occupé de nombreux postes, est nommé préfet de Maine-et-Loire le 16 août 1940. Son pouvoir est renforcé par la création en avril 1941 de la préfecture régionale d'Angers, qui couvre cinq départements, la Loire-Inférieure, le Maine-et-Loire, la Mayenne, la Sarthe et la partie occupée de l'Indre-et-Loire, une région plus homogène que les actuels Pays-de-la-Loire et pour laquelle Angers s'imposait comme capitale...
 Jean Roussillon est nommé préfet régional le 30 juin 1941. Il donne l'impression d'un administrateur efficace, qui s'efforce de contrôler ses abondants services et qui leur demande de l'énergie et de l'initiative. Afin d'impressionner les services allemands, il fait même du zèle, il veut que la police française accomplisse elle-même les basses besognes, y compris la chasse aux juifs. Aussi entretient-il de bonnes relations avec le général Medicus, chef de l'administration de guerre du district d'Angers et avec Ernst, le commandeur SS. Il exècre la IIIe République ( qui avait pourtant fait sa carrière ). Dans sa correspondance, il se vante de tenir au rancart ses élus et ses agents ; Robert de Grandmaison s'efforçait de maintenir son influence dans le Saumurois ; il n'est jamais invité et rarement cité ; en avril 1943 seulement, il est réintégré dans un Conseil départemental à l'existence fantomatique.
 Roussillon s'adapte mal au glissement de P. Laval dans le zèle collaborationniste. Dans la mesure où l'on peut mesurer sa part d'initiative personnelle, il semble freiner la mise en oeuvre du S.T.O. et ne manifeste aucun zèle dans la chasse aux réfractaires. Son éviction le 6 juillet 1943 aurait été réclamée par les autorités allemandes. Il part précipitamment, sans faire de tournée d'adieu.

 En raison de l'étendue de la région qu'il administre, Jean Roussillon est assisté par deux intendants ( le titre rappelle l'Ancien Régime ), un intendant aux Affaires économiques et un intendant de Police. Il est aussi renforcé par un préfet délégué pour le Maine-et-Loire, auquel il confie au coup par coup des missions précises. Du 14 novembre 1941 au 5 août 1943, ce préfet délégué est Pierre Daguerre, à ses heures écrivain régionaliste, qui opère des inspections sur le terrain, mais qui dispose d'un champ d'action assez restreint. Il rédige surtout des rapports sur l'opinion publique. A propos de la rafle des juifs de juillet 42, il note : « Il est à craindre que ne soit ainsi créé un courant de pitié en faveur d'une race juive considérée désormais comme martyre, même par des personnes approuvant entièrement les mesures de sauvegarde édictées par le gouvernement français. » ( Jean-Luc Marais et Céline Lambert, Les préfets de Maine-et-Loire, Presses Universitaires de Rennes, 2000, p. 78-79 )
 Il est nommé préfet de la Charente le 5 août 1943.

3) Le préfet régional Charles Donati

 Né en 1891, préfet régional du 6 juillet 1943 au 10 août 1944, Charles Donati semble aller plus loin que son prédécesseur dans la voie de la collaboration, il fait davantage de zèle sur le S.T.O., mais il exerce à une période où le régime de Vichy se délite et voit le pouvoir lui échapper.
 Il reçoit pour adjoint le préfet délégué au Maine-et-Loire Michel Sassier, du 15 septembre 1943 au 23 février 1944. On voit ce dernier rarement à l'oeuvre. Résistant engagé, il est arrêté par les Allemands et assigné à résidence dans son domicile personnel.

 A l'exception du dernier, ces préfets sont d'ardents défenseurs de la Révolution nationale, antirépublicains, antisémites, passéistes, cléricaux, sans être pour autant des collaborateurs zélés. Ils ont néanmoins fait fonctionner le système pour le plus grand profit des occupants. [ Aucun d'entre eux n'a été condamné à la Libération ; Michel Sassier a retrouvé un poste de préfet. ]

4) Le sous-préfet Robert MilliatPhoto de presse de R. Milliat

 Né à Lodève, en Lozère, le 11 mai 1898, fils d'un lieutenant-colonel de la gendarmerie, docteur en droit avec une thèse sur " la cocaïne devant la loi pénale ", marié en 1929 à Marguerite Arrault, fille du directeur de la Dépêche du Centre, alors qu'il est chef de cabinet du préfet de Maine-et-Loire, Robert Milliat est nommé sous-préfet de Saumur le 20 octobre 1936 et installé le 16 novembre.

 Le 28 août 1939, il est mobilisé comme préfet délégué du Maine-et-Loire ; il suit donc encore les affaires saumuroises. Signature de CruveilhierCharles Cruveilhier, un conseiller de préfecture déjà âgé, assure un intérim de courte durée, dans une période difficile et signe peu d'actes ( à gauche ).
 Robert Milliat ( à droite ) reprend sa charge à Saumur le 20 juillet 1940 et il l'occupe jusqu'au 16 septembre 1942, jour où il est nommé préfet de la Nièvre. Il tient donc un rôle local de premier plan pendant six ans, les quatre premières années dans une configuration tempérée par de nombreux contre-pouvoirs, les deux dernières avec une puissance renforcée, limitée surtout par l'administration allemande. On le connaît bien à travers ses nombreux rapports, qu'il termine par un paraphe, écrit souvent à l'encre verte ou bleue.Signature de Robert Milliat
 Il apparaît en premier lieu comme un homme cultivé, féru d'histoire, d'archéologie et de poésie, souvent présent aux manifestations artistiques et s'intéressant aux anciens plans de Saumur. Il voue un véritable culte envers Napoléon, auquel il consacre plusieurs articles, dont deux dans le bulletin de la S.L.S.A.S. Il collectionne les armes anciennes et recueille même des feuilles du saule dominant la tombe de l'empereur à Sainte-Hélène. Il félicite publiquement les Allemands pour le retour des cendres de l'Aiglon. Marnot, qui ne l'appelle jamais par son nom, le surnomme « Napoléonet ».
 Passéiste, bonapartiste de coeur, républicain fort tiède et orienté vers une droite marquée, il n'apprécie pas du tout la municipalité de Robert Amy, qu'il attaque dans plusieurs rapports. Au début de l'Occupation, il accuse le maire de délivrer des autorisations de circuler avec trop de générosité. Dans une réponse à une enquête sur l'enseignement, R. Amy a refusé de remplir la partie concernant les écoles libres ; Milliat s'en plaint auprès du préfet le 23 septembre : «  Monsieur le maire de Saumur n'a rien appris ni rien oublié » ( A.D.M.L., 97 W 33  ). Il va bientôt organiser la révocation de Robert Amy et de tous les maires marqués à gauche de l'arrondissement.
 Les thèmes de la Révolution nationale ont sa pleine adhésion, qui ne semble pas de façade. A propos de façade, il fait placer sur la sous-préfecture la devise de Vichy et il serait l'un des premiers en France. Aucun des Saumurois âgés ne s'en souvient. Cependant, le Petit Courrier du 13 octobre 1941 nous en informe sous la plume élogieuse d'Augustin Girouard :

Petit Courrier, édition saumuroise, 13 otobre 1941

 La même devise est peinte à l'intérieur du Stadium. Le sous-préfet, qui intervient beaucoup, vient souvent dans des réunions prêcher la bonne parole pétainiste.
 Jusqu'où va-t-il dans cette voie ? Il ne donne aucun signe d'antisémitisme ; il s'intéresse à la colonie agricole juive implantée à la Mimerolle, à Chênehutte, et il en écrit du bien. Cependant, il n'apprécie pas l'installation d'étrangers. Cette hostilité peut entraîner de graves conséquences. Le docteur Daniel Rabitz, juif né en Roumanie, a fait ses études en France, s'est installé à Brézé et a été naturalisé en 1936. Il a fait la guerre comme médecin lieutenant, mais s'est vu retirer la nationalité française à la suite du décret du 1er novembre 1940, ce qui lui interdit d'exercer la médecine. Comme il demande la révision de cette mesure, le sous-préfet Milliat est consulté. Il répond que les renseignements sont bons, qu'une sombre accusation d'espionnage a pu être montée par le premier mari de l'épouse du médecin, mais il ajoute : « je suis loin de donner un avis favorable à la confirmation de cette naturalisation d'un israélite roumain : la France aux Français ». En marge, le préfet Roussillon note au crayon bleu : « Tout à fait mon opinion » ( A.D.M.L., 12 W 48 ). Le docteur Rabitz n'a pas obtenu gain de cause. Il est arrêté et déporté en juillet 1942, ce que sa belle-mère, habitant Saint-Cyr-en-Bourg, ne parvient pas à comprendre, ainsi qu'elle l'écrit dans une supplique adressée à Milliat. Ajoutons seulement que les juifs de nationalité française ont été un peu moins touchés par le génocide.
 Le sous-préfet n'a pas la moindre sympathie pour les occupants allemands, qu'il considère explicitement comme des ennemis. Dans ses lettres confidentielles au préfet Roussillon, il explique qu'il garde ses distances avec les administrations occupantes, surtout quand elles se montrent fort aimables. Il se fait rappeler à l'ordre par le major Wahrenburg pour avoir critiqué des réquisitions.
 Dans " le Dernier Carrousel ", paru chez Arthaud en 1943, après une solide enquête locale, il relate la défense de Saumur en juin 1940, sans cacher quel est son camp et en évitant de trop parler des Allemands. En décembre 1941, Georges Lamirand, secrétaire général de la Jeunesse et son ami d'enfance, vient à Saumur ; sans le proclamer, il l'emmène se recueillir sur la tombe d'un « cadet ».
 Il ne se fait aucune allusion sur la loyauté des occupants ; il sait que les correspondances entre la zone occupée et les ministres de Vichy sont espionnées. Le site Internet des Anciens des Services Spéciaux raconte qu'il était en liaison avec le Contre-Espionnage de Vichy et qu'il avait reçu de Limoges un poste-valise qui lui permettait des liaisons en morse avec son gouvernement. Marnot ( p. 70-71 ) a vu ce poste, qui ne devait servir que pour les relations avec Vichy.
 Le sous-préfet, admirateur éperdu du maréchal, est un parfait exemple des fonctionnaires de l'Etat français. Il voudrait une population rassemblée et unanime qui donne une impression de force face à l'occupant. Il a quelques moyens pour la mobiliser. Il contrôle de près toutes les municipalités, en particulier la nouvelle municipalité de Saumur qu'il a mise en place et dont il inspire ouvertement les décisions ( René Drouart est sa créature ). Il dispose aussi d'un petit budget qui lui permet d'appointer des informateurs. Il a en effet intérêt à se méfier de la police et de la gendarmerie, qui lui donnent des renseignements partiels. Grâce à ses services privés, il est sûrement très bien informé sur tout ce qui se trame dans la ville. Il est obsédé par les affaires policières ; les agents en patrouille nocturne envoient leurs rapports directement à la sous-préfecture, et non à leur commissaire ou au maire. A plusieurs reprises, il les fait venir rue Beaurepaire, car il a entendu des coups de feu ; les agents ne constatent rien ( d'après la main courante du commissariat, A.D.M.L., 87 W 11 ).
 Il est furieux contre les dissidents de toutes sortes qui brisent l'apparence d'unanimité. Contre eux, il est partisan de la manière forte, à la condition que cette répression soit exercée par l'Etat français, qui montrerait ainsi sa puissance et sa détermination. Il ne semble pas communiquer lui-même ses renseignements aux Allemands, mais les services sont d'une telle porosité...
 Tous ceux qui refusent l'idéologie vichyste sont ses ennemis et il demande des mesures sévères contre les communistes et tous ceux qui se rendent coupables de « propagande gaulliste », car il déteste les Anglais et leurs suppôts. Ainsi, en juillet 1941, trois jeunes gens des Rosiers et trois autres du Puy-Notre-Dame se sont fait surprendre par les gendarmes en train de tracer sur les murs des "V" surmontés de la croix de Lorraine. Le sous-préfet les défère devant le procureur de la République, Louis Ancelin, en lui demandant de prendre immédiatement les mesures coercitives prescrites par une circulaire du secrétaire d'Etat à l'Intérieur. Le procureur lui répond qu'il ne connaît que le décret-loi ( républicain ) du 1er septembre 1939 et qu'il a l'intention de poursuivre seulement trois des jeunes gens en simple police pour dommage à la propriété d'autrui. Le sous-préfet se plaint aussitôt auprès du préfet : « l'invraisemblable faiblesse de ce magistrat vous donnera une idée de ce que peut être la justice répressive à Saumur » ( A.D.M.L., 12 W 48 ). Le procureur Ancelin est écarté peu après. Les trois jeunes gens sont finalement condamnés par le tribunal correctionnel de Saumur à chacun 100 F d'amende ( 50 euros ) pour inscriptions séditieuses.
 A la même époque, le commissaire de Police Albert Eprinchard est convoqué par le sous-préfet, qui lui reproche « des relations criminelles avec des ennemis de l'Etat français ». Le ton monte ; Robert Milliat décroche son téléphone pour appeler la Feldgendarmerie. Le commissaire sort alors son revolver et met le sous-préfet à genoux : « Si vous me faites prendre, par la suite, deux de mes hommes ont mission de vous abattre », proclame le commissaire, qui n'est pas inquiété à cette époque. Cette scène, qui peut paraître mélodramatique, est rapportée par Marnot ( p. 78-79 ), qui doit la tenir d'Eprinchard ; elle est crédible dans l'ambiance de double jeu et de violence exacerbée de l'époque.
 Robert Milliat, impérieux représentant local du gouvernement, est finalement très mal secondé par ses subordonnés immédiats, réticents ou récalcitrants, mais il peut compter sur l'appui de la plupart des maires, des municipalités et des syndics des associations agricoles.
 Il est promu au poste de préfet de la Nièvre, le 16 septembre 1942. A son départ, il reçoit la médaille d'or de la ville de Saumur.
 [ Il occupe ensuite le poste délicat d'inspecteur général des camps et centres d'internement, dépendant du ministère de l'Intérieur, et il s'installe à Vichy. Dans sa thèse, Denis Péchanski le présente comme soucieux avant tout de sécurité. Le 19 décembre 1945, il est condamné par la Chambre civique du Cher à 10 ans d'indignité nationale et à une interdiction de séjour dans le Maine-et-Loire et dans la Nièvre ( J.- L. Marais et C. Lambert, p. 150-151 ). Mais il peut produire une attestation de résistance dans un service de renseignement, sous la signature du colonel de Belenet. Il est gracié, mais son inscription au tableau de concours pour la Légion d'honneur provoque une protestation du Conseil municipal de Saumur le 17 novembre 1950. Il devient conservateur des Bâtiments de France à Tours le 1er août 1954 ; il collabore activement à la Société archéologique de Touraine et décède en 1979. ]

5) Le sous-préfet André Trémeaud

Photo de presse plus tardive d'André Trémeaud André Trémeaud, né à Gex, dans l'Ain, le 17 avril 1903, a fait l'Ecole libre des Sciences Politiques et participé à plusieurs cabinets ministériels avant la guerre. Sous-préfet à Largentière, en Ardèche, puis à Castelsarrasin, il y est violemment critiqué par la Légion Française des Combattants.
 Taxé de " gaulliste " à Vichy, il est envoyé en zone occupée, ce qui représente une forme de sanction. Il est nommé sous-préfet de Saumur le 5 octobre 1942 et installé le 21 du même mois. Sa première impression : « je pus constater combien l'union entre français était plus étroite au-delà de la ligne de démarcation qu'en-deçà » ( A.D.M.L., 30 W 221 ). Il s'efforce effectivement de limiter le poids des exactions allemandes et parvient à freiner la réquisition de la main d'oeuvre. Durant la très difficile année 1944, il doit faire face aux conséquences des bombardements. En août, le commandant militaire allemand le désigne comme otage ; en même temps, comme tous les ponts sont coupés et que les communications avec Angers sont rompues, il devient, pour une courte période, préfet de la partie sud du département.
 Le 7 août, dans sa voiture personnelle, il conduit à Angers Michel Debré, encore clandestin, à la veille de la libération de la ville. Ayant rendu des services indiscutables à la Résistance, il est maintenu à son poste par l'arrêté du 31 août, signé par Michel Debré, devenu commissaire de la République.
 Il préfère cependant changer d'air. Le 13 octobre 1944, il est nommé préfet de la Vienne. [ Il poursuit ensuite une belle carrière préfectorale et termine avec le rang d'IGAME. Décès le 28 septembre 1993. ]

 Pour terminer, rappelons qu'en l'absence d'une école nationale d'administration, tous ces hauts fonctionnaires sont recrutés par relations, sans pour autant rester fidèles à leurs protecteurs.

 

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