Chapitre 47 :

 L'occupation militaire allemande
       jusqu'à la fin de 1943

 

1) Une lourde présence militaire 

 Du 21 juin 1940 au 30 août 1944, la présence de troupes allemandes est permanente à Saumur, une présence voyante par l'espace disproportionné qu'elles occupent, par leurs défilés quotidiens et bruyants, par leurs relations quotidiennes avec les autorités locales, avec la police, avec les commerçants ou avec les logeurs. Dans la région, Saumur est le seul centre urbain fortement occupé, alors que le reste de l'arrondissement l'est faiblement : un poste à Montreuil-Bellay et à Vihiers, un fort détachement à Doué seulement à la fin de la guerre. Certains villages n'ont jamais connu d'installation à demeure de soldats allemands, seulement des patrouilles de passage. On comprend pourquoi à partir de l'exemple de Montsoreau : en octobre 1943, les autorités allemandes y implantent un détachement de la Feldpost, qui compte de 200 à 250 soldats et qui s'avère presque aussi nombreux que la population ; les problèmes de logement et de ravitaillement s'y révèlent difficiles.
 A l'inverse, la ville de Saumur était habituée à héberger un bon millier de soldats ; l'espace militaire et les possibilités de logement y sont étendus. En même temps, la position de la cité sur les ponts et sur un noeud ferroviaire requiert un contrôle permanent.
 Si cette présence militaire est constante, son poids change avec les époques. Au préalable, il convient de définir les cinq types d'unités militaires présentes dans la ville. Leurs fonctions sont différentes et leurs mentalités peuvent aussi varier « (1).
  

2) Les cinq types de corps militaires

  Dossier 1 : Le commandant de la place et les forces de sécurité

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Dossier 2 : Le Frontstalag 181 ( 544 ko )

1) Les Ordnungstruppen ou troupes de sécurité

 Composées de soldats réservistes, les troupes de sécurité sont chargées du contrôle permanent de la zone occupée et de ses habitants, sous l'autorité d'une Kommandantur. Véritables troupes d'occupation, relativement stables, elles ont des rapports quotidiens avec la population et avec ses cadres. On parvient à les connaître à partir de ce qui reste de leur paperasserie et l'on peut leur consacrer un dossier. Elles ne sont pas très nombreuses, leur effectif étant de l'ordre d'une compagnie, renforcée par quelques services.

2) La Feldgendarmerie

 La gendarmerie militaire vient en complément de ce dispositif. Elle assure surtout des contrôles policiers et routiers, en premier lieu sur les soldats allemands, examinant les permissions et traquant les déserteurs, en même temps sur les civils français, vérifiant l'application des règlements et procédant aux arrestations de résistants ou de juifs. Une brigade, commandée par un lieutenant, est en permanence implantée à Saumur, la seule de l'arrondissement ( il y en a cinq pour le Maine-et-Loire ). Elle réside d'abord à la Kommandantur avec laquelle elle a des liens organiques, puis elle revient à l'hôtel de la Paix, quand la Kommandantur est au Budan ; elle s'installe enfin dans l'Hôtel Louvet-Mayaud. Elle ne dispose pas de locaux disciplinaires ; quand elle détient quelqu'un pour la nuit, elle le confie à la police française.
 Les « colliers de chien » se font surtout remarquer par leur brutalité et par leur corruption ; ils tirent souvent et font des victimes ; véritables coupeurs de routes, ils prélèvent arbitrairement des amendes sur les passants, en particulier, sur les cyclistes, et vont consommer leur butin au café du coin. Ils disposent aussi de chiens non moins féroces.

3) Les Landesschützen

 Les gardes territoriaux sont des vétérans qui ont, en général, fait la guerre 14-18, mais qui ont été mobilisés en août 1939. Six compagnies dépendant du 64 ème régiment de Landesschützen sont affectées à la garde du Frontstalag 181. Elles n'ont pas de lien hiérarchique avec la Kreiskommandantur et avec les forces de sécurité précédentes ; elles dépendant directement d'un colonel installé à Angers.
 Nous avons pu réunir une documentation abondante et de nombreuses photos sur ce camp de prisonniers, surtout coloniaux, bien oublié aujourd'hui, y compris par les plus anciens Saumurois ( dossier 2 ). Ce Frontstalag est également intéressant à cause de l'actif réseau d'évasions qui fonctionne en janvier-février 1941 et qui constitue la première organisation de résistance d'initiative locale.

 Finalement, de juillet 1940 à janvier 1942, date de la fermeture du Frontstalag, un minimum d'un bon millier de soldats allemands est fixé à demeure à Saumur pour y garder le territoire et les prisonniers métropolitains ou coloniaux.

4) Les troupes d'opérations

 A côté de ces éléments statiques viennent s'ajouter des détachements variables des troupes d'opérations ; véritable armée d'active, ces éléments combattants sont au repos ou à l'entraînement à Saumur ; leurs effectifs sont fluctuants. A l'échelle de la France occupée, les troupes d'opérations comptent environ 400 000 hommes en 1942-1943, puis, devant la menace de débarquement elles remontent à près d'un million au début de 1944 & (2). D'après les indices fournis par les réquisitions, elles présentent une courbe comparable à Saumur. Cependant, secret militaire aidant, nous ne pouvons fournir de données chiffrées. Au-delà de l'Ecole de cavalerie, au-delà des logements pour les troupes de sécurité, la ville devait fournir 750 places, offrant lit, eau et chauffage, pour les troupes de passage ou en stationnement temporaire. Tant que ces équipements ne sont pas réalisés, les soldats s'installent dans les écoles, et il faut donner congé aux enfants ( A.M.S, 5 H 13 et 5 H 22 ). Des locaux adaptés ont été rapidement mis en place ; en février 1943, Saumur peut recevoir 800 hommes et 52 officiers en cantonnement normal, 1 200 chevaux et 300 véhicules ê (3). Comme peu de réquisitions supplémentaires sont alors signalées, on peut conclure que ces effectifs n'ont pas été dépassés. Les grandes unités opérationnelles distribuent donc leurs hommes par bataillons dans les cités de la région. Ces troupes, assez mobiles, ont peu de rapports avec la population, sauf dans les cafés. Nul n'a le droit de dire à quelles unités elles appartiennent. Une fuite cependant : en mars 1942, le bataillon 745 fait des tirs d'artillerie dans les bois de Marson, au sud du Petit Souper et du Marsoleau.
 D'après ce qu'on peut reconstituer, après la fermeture du Frontstalag, les troupes allemandes disposent, en 1942-1943, d'un millier de places à l'Ecole de cavalerie et d'un autre millier en ville. Cela doit correspondre à leurs effectifs maximum aux périodes de pointe. Cette charge n'est pas aussi lourde qu'à Angers, qui, capitale militaire de 17 départements et siège de nombreuses administrations, doit héberger en permanence 6 à 7 000 soldats.
 Un changement brutal se produit à l'hiver 1943-1944, où une nouvelle vague de réquisitions s'abat sur la ville et ses environs. Les effectifs des troupes opérationnelles s'enflent brusquement, ce qui cause de vives tensions. En même temps, un autre type de force combattante apparaît, qui entretient des relations distantes avec l'armée régulière.

5) La 17 ème division de SS-Panzergrenadier " Götz von Berlichingen "

 A partir du 15 novembre 1943, une nouvelle division SS est en cours de formation autour de son état-major installé à Thouars. Une partie de ses troupes cantonnent dans le triangle Montreuil-Doué-Saumur ; elles sont nombreuses dans la ville et à Saint-Hilaire-Saint-Florent et elles s'entraînent intensivement sur les hauteurs de Terrefort.

 L'hiver 43-44 marque bien un alourdissement du poids de l'armée allemande et un durcissement de ses rapports avec les habitants. Cette nouvelle étape sera étudiée dans le chapitre 52.
   

 3) Saumur à l'heure allemande

  Dossier 3 :  Les réquisitions

 

  Dossier 4 : Plan de Saumur allemand

  Ces troupes, parfois nombreuses et toujours voyantes, sont logées essentiellement chez l'habitant, aux frais de l'Etat français. Elles procèdent par des bons de réquisition, qui sont traités par un bureau spécialisé de la Mairie. Les occupants emploient également une nombreuse main d'oeuvre, parfois non volontaire. Ils accaparent en nombre des véhicules, des bicyclettes et, en 1944, des chevaux. Ils exigent aussi d'abondants objets d'usage. Ils se conduisent en maîtres et humilient la population saumuroise. Grâce à une abondante documentation, nous pouvons présenter des éléments fournis ( dossier 3 ) sur l'ensemble de ces réquisitions.

 Avec plus de difficultés, nous avons cartographié les formes de la présence allemande à Saumur : l'emplacement des services officiels, le Frontstalag 181, le quartier logeant en permanence les troupes de sécurité, les casernements aménagés pour les troupes de passage ou en séjour temporaire, les services utilisés par ces militaires, les ponts aménagés par le Génie allemand et, enfin, les officines de propagande en faveur de la collaboration.

 En complément, on pourra consulter l'intéressante carte interactive dressée par l'Institut historique allemand, surtout à partir d'annuaires. On y trouvera de nombreux hôtels ou maisons particulières réquisitionnés par l'Unterkunft, l'hébergement.
   

 4) Une surveillance totalitaire

   Dossier 5 : Verboten

  Les interdictions pleuvent. Une des plus gênantes est le couvre-feu, source de nombreux incidents. Les libertés d'expression, de réunion ou de circulation sont sérieusement malmenées.
 De même qu'ils ne font rien de leurs dix doigts, les occupants font rarement exécuter eux-mêmes leurs oukases répressifs. Ils obligent les maires, les policiers français, les gendarmes ou les gardes auxiliaires à en imposer l'application, en se réservant un contrôle d'ensemble et la garde de quelques points stratégiques. Le tableau que nous dressons du quadrillage policier du territoire, surtout la nuit, est assez éloquent.

 Les vainqueurs étalent leur force, mais il faut bien leur reconnaître aussi une redoutable habileté. La France de Vichy s'est gardée toute seule, par suite de l'ambiguïté des clauses de l'armistice, par suite du poids de la tradition étatique française et avec l'aide d'un nombre infime de collaborateurs ( à Saumur, du moins ). Les troupes allemandes de sécurité sont peu nombreuses ; les membres de la Gestapo ( S.D. ) d'Angers, qui, dans le département, arrêtent un bon millier de résistants, sont au nombre de douze, dont deux agents français et une secrétaire. Sans l'aide plus ou moins volontaire des services français, ces organes répressifs auraient été inopérants.
   

 5) Une provocation ?

  Dossier 6 : L'étrange bombardement du 26 juillet 1942

  Réduire les troupes allemandes à un ramassis de brutes épaisses faciles à berner, comme on le fait dans les films comiques, est une caricature que les documents authentiques viennent contredire. Les cadres des forces occupantes ne manquent au contraire ni de ruse ni de duplicité. L'étrange bombardement du 26 juillet 1942 résulte peut-être d'une manoeuvre machiavélique.