La corporation paysanne

 

1) Une agriculture marginale

 Réduite aux prairies le long des cours d'eau et au coteau des Chapes Noires et du Petit Puy, la zone agricole de la commune de Saumur est de dimensions restreintes. Elle n'échappe pas pour autant aux contrôles et aux déclarations obligatoires.
 Au 24 mars 1942, les exploitations commerciales se répartissent comme suit  ( A.M.S., 5 H 34 ) :

10 ha 75 en blé
9 ha 78 en autres céréales
3 ha 60 en pommes de terre
1 ha 93 en légumes secs
35 ha en cultures maraîchères
15 ha en arboriculture
123 ha 28 en vignes
33 ha 70 en plantes fourragères
22 ha en prairies artificielles
230 ha en prairies naturelles.

  Les exploitants agricoles sont tenus de déclarer leur cheptel ; il en ressort les éléments suivants à partir de trois recensements ( A.M.S., 5 H 34 ):

    10 février 1941     mai 1942       printemps 1943  
 BOVINS  56  65  58 
 OVINS 76  75  46 
 PORCS 18  2 

 Ces données tendraient à prouver que le modeste bétail saumurois aurait baissé, sans doute en raison d'abattages prématurés. Cependant, ces statistiques sont manifestement bâclées ; nous n'avons pas repris les éléments concernant les chevaux, les mulets et les chèvres, car ils sont tout à fait incohérents.

2) L'organisation d'une corporation paysanne

 La corporation paysanne est créée le 2 décembre 1940 dans le cadre de la Révolution nationale ; elle devient un syndicat unique regroupant tous les acteurs du monde agricole, sous la tutelle des élites traditionnelles et traditionalistes, suivant une vision mythique de la vie rurale sous l'Ancien Régime. Dans certains villages, le syndic de la corporation paysanne dispose d'un large pouvoir et devient le deuxième homme de la collectivité après le maire.
 L'individualisme paysan - une conquête du XIXe siècle - freine cette structuration. A Saumur, sur pression du maire, se met en place une corporation paysanne, qui, depuis le 31 décembre 1941, a pour syndic Victor Davy, résidant au Vigneau et disposant d'une certaine autorité sur les autres polyculteurs.

3) Les livraisons

 Le syndic a pour tâche principale de coordonner les livraisons obligatoires des agriculteurs. Ainsi, ces derniers devaient fournir au Ravitaillement 600 quintaux de topinambours et 40 quintaux de rutabagas ; on constate le 30 novembre 42 qu'ils ont dépassé leur quota de topinambours, mais qu'ils n'ont pas cultivé de rutabagas. De mars à septembre 43, ils doivent livrer 17 veaux de boucherie et 12 bovins ; le syndic coordonne ces fournitures mensuelles. Pour l'ensemble de la campagne 42-43, la commune est tenue de procurer 25 quintaux de pommes de terre, 10 de légumes secs et 30 d'avoine. Tout est planifié, tout est taxé ; la saillie d'un taureau est fixée à 40 F. Des visites de contrôle sont opérées... Chacun sait la difficulté de normaliser l'agriculture. De la rare documentation disponible, il ressort que la corporation paysanne a plutôt mal fonctionné. On n'en entend plus parler pour la campagne 1943-1944.

4) Le particularisme viticole

 Le monde de la vigne est très diversifié, partant de quelques clos ou des grands domaines des maisons de vins effervescents et allant jusqu'aux minuscules parcelles des polyculteurs,Feuillet d'exploitation viticole, A.M.S., 5 H 34 des anciens meuniers ou des habitants du centre-ville. Ces éléments très divers ne sont pas structurés dans la corporation paysanne, mais ils dépendent du syndicat corporatif agricole de Saumur pour les produits indispensables à la viticulture. Voici par exemple un coupon pour des fournitures de soufre et de sulfate délivré à une exploitation minuscule.
 Des bons de pétrole sont accordés aux viticulteurs qui ne disposent pas de l'électricité dans leur cellier ; ils sont au nombre de 24 en septembre 1942. L'ensemble de ces dotations est géré par le G.I.R.P.I.A., le Groupement Interprofessionnel de Répartition des Produits Indispensables à l'Agriculture, mais il n'est pas question de livraisons obligatoires dans le domaine du vin. Les produits nourriciers sont seuls visés, et le secteur le plus productif de l'agriculture saumuroise a été peu encadré.

 Henri Dézé, d'Allonnes, ancien candidat aux législatives de 1936 pour le parti agraire et paysan français, une organisation populiste liée au Front paysan de Dorgères, était devenu le syndic départemental de la Corporation paysanne. Le Petit Courrier du 21 janvier 1943 annonce qu'il a collecté 80 tonnes de denrées agricoles, qui partent de la Gare Rive-Droite en direction des régions ravagées par les bombardements. Les Saumurois, qui luttent pour s'approvisionner, ont-ils apprécié ce geste de propagande ?

 

 

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