Le projet de reconstruction et d'aménagement

 

1) Les décisions du dernier conseil de la municipalité Amy

 Le 6 septembre 1940, au cours de son dernier conseil, la municipalité Amy envisage le rétablissement complet de la rue Nationale selon un plan régulier et élargi. La commission municipale associée à un " Comité de reconstruction " précise : « aucune demande de reconstruction individuelle ne sera acceptée tant qu'un projet général n'aura pas été adopté ». En janvier de l'année suivante, la ville fait appel aux architectes Mornet, d'Angers, et Prévôt, de Brain-sur-Allonnes, pour élaborer ce nouveau plan.
 L'idée d'aligner la nouvelle avenue sur le gabarit de la place du Roi-René est largement acceptée et un correspondant du Petit Courrier suggère même de lui donner un décor dans le style fin Moyen Age-début Renaissance, delui de l'Hôtel de Ville. On discute aussi de l'érection d'entrées monumentales à chaque extrémité. Pour l'instant, la renaissance de la « rue du Maréchal-Pétain » constitue la principale préoccupation.

2) L'intervention d'André Leconte

 Pendant ce temps-là, l'Etat reprend l'initiative sur une échelle plus ambitieuse : la loi du 11 octobre 1940 crée le Commissariat technique à la reconstruction immobilière. Saint-Lambert-des-Levées, Bagneux et Saint-Hilaire-Saint-Florent sont incluses dans la zone d'études ; cette dernière commune s'y oppose le 23 février 1941 ( Michel Pagé, Recueil et recherches sur Saint-Hilaire-Saint-Florent d'hier, 2012, p. 168 ).
 Dans ce nouveau cadre, André Leconte, né au Mans en 1894, architecte réputé, grand prix de Rome, membre de l'Institut, reçoit la responsabilité des départements de la Seine et du Maine-et-Loire.Partie Nord-Est de la place Maupassant, A.M.S., 1 Z 43 Cette nomination est notifiée au préfet de M. et L. le 10 février 1941 ( A.D.M.L., 97 W 78 ). Le 2 avril suivant, le maire demande au commandant allemand d'autoriser l'architecte à prendre des photos, alors que tout cliché en plein air est interdit ( A.M.S., 5 H 22 ). Voici à droite l'une de ces épreuves, que Leconte a hachurée pour indiquer les énormes destructions prévues sur le rond-point Maupassant ( A.M.S., 1 Z 43 ).

 La première forme du plan est adressée à la ville en septembre 1942. Pour l'instant, le Conseil municipal n'en discute pas, alors que le Petit Courrier en parle à trois reprises ( 28 et 29 septembre, 10-11 octobre ). La rédaction finale du plan nous est parvenue sous le titre : " Ville de Saumur. Projet de reconstruction et d'aménagement. Rapport explicatif et justificatif des dispositions proposées ". Sa présentation est loin d'être aussi rutilante que les publications actuelles de nos coûteux bureaux d'études : en fait, de simples brochures ronéotées sur mauvais papier. L'exemplaire des A.M.S. ( 1 Z 43 ) et celui de la B.M.S. ( A 635 ) sont illustrés par de précieuses photos sur les destructions de 1940 et de 1944 et par des présentations des percées envisagées.
 Les brochures ne sont pas datées, mais l'analyse interne prouve que l'essentiel du texte remonte à 1942 ; après la Libération, quelques compléments ont été ajoutés dans cette édition qui est placée sous l'égide du ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme créé en octobre 1944. Un immense plan sur papier était joint.

3) Un plan de circulation avant tout

 Après une présentation assez sèche de la ville et une histoire aberrante, André Leconte s'intéresse avant tout à la circulation, qu'il entend adapter à l'âge de l'automobile par des voies rapides et, déjà, par de grands ronds-points. Il reprend les préconisations du plan d'alignement de 1848 en les systématisant.
 La percée centrale est donc élargie, surtout dans sa partie détruite ; la rue du Maréchal-Pétain passe à 45 mètres d'amplitude ; le pont des Sept-Voies recevrait un tablier large de 20 mètres, qui s'alignerait sur la route de Rouen ; la place de la Bilange serait agrandie, afin de mettre en valeur l'hôtel Blancler ; le rond-point Maupassant, porté à 65 mètres de diamètre par d'importantes destructions, deviendrait une vaste plaque-tournante de la circulation.
 La levée d'enceinte, élargie, est transformée en un large boulevard périphérique.
 Ces choix trouvent un large accord, sauf pour le rond-point Maupassant.

 Dans la vieille ville, Leconte manifeste un véritable culte de la percée ; la percée Chanzy devrait se poursuivre jusqu'aux boulevards périphériques à ses deux extrémités, de même que la rue de Lorraine ; l'impasse Combier déboucherait sur la rue Saint-Nicolas ; la rue du Mouton est prévue ; une rampe en pente douce partirait de la place Allain-Targé pour rejoindre la rue des Moulins.
 De nombreuses rues seraient élargies ; la rue de la Maremaillette passerait à 11 mètres. Sont rectifiées les rues de la Tonnelle, Saint-Jean, Saint-Nicolas et de la Petite-Bilange - à partir du rond-point Maupassant, les rues Bodin, du Docteur-Bouchard et de Poitiers - dans la zone à reconstruire, les rues de la Croix-Verte et Bouju. Les actuelles rues Nouvelle, Emmanuel-Clairefond et de l'Ile d'Or sont esquissées. Jacques Chudeau, « L'urbanisme à Saumur jusqu'en l'an 2000 »,  S.L.S.A.S., n° 124, 1975, p. 41-47, qualifie ce plan de « chirurgical » ; Saumur deviendrait un vaste damier composé d'avenues rectilignes ; on reconnaît ici la marque de Le Corbusier.

4) L'aménagement urbain

 Les propositions sur l'aménagement urbain et sur le cadre de vie se limitent à des points concrets, sans réflexion d'ensemble : ajout d'un bâtiment au-dessus du collège de Garçons, sur l'esplanade, création d'une annexe de l'hôpital et d'une église en haut de la rue Marceau, une nouvelle prison au bout de la rue du Petit-Pré, une piscine en aval de la Boire-Quentin, transfert de l'usine à gaz à l'extrémité de la rue de l'Ancienne-Gare, près de la ligne de Bordeaux, extension de l'hôtel de Ville jusqu'à la rue Corneille, reconstruction de l'école de la rue du Prêche sur la place de l'Arche-Dorée, extension de l'emprise militaire sur la zone de l'Oillerie.
 Leconte retrouve souvent les propositions avancées par Jean Hénin en 1931 dans son « Projet d'aménagement, d'extension et d'embellissement de la ville de Saumur ». Ce dernier avait même davantage réfléchi à l'urbanisme des Hauts Quartiers. En tout cas, une partie des propositions de ces deux plans ont été appliquées, sauf en ce qui concerne les coupes chirurgicales dans les rues intactes.

5) Les prolongements

 Les premières réactions sur ce plan émanent d'Augustin Girouard dans le Petit Courrier en septembre et octobre 1942 ; elles étaient largement hostiles aux percées. Le débat s'élargit en août 1943, quand le plan est mis à l'étude et autoritairement étendu aux communes de Saint-Lambert-des-Levées, Bagneux et Saint-Hilaire-Saint-Florent, en dépit de l'opposition déclarée de cette dernière. En novembre, Leconte vient animer une réunion sur le « plan intercommunal d'urbanisme », en présence des délégués des trois communes périphériques. De même qu'il l'avait fait pour la police, le gouvernement tient à associer ces dernières, alors que le plan y prévoit peu de choses, surtout la création d'une zone industrielle route de Rouen. A l'inverse, le Conseil municipal de Saumur ne discute pas du projet et il ne se passe rien.

 La question de la reconstruction planifiée redevient d'actualité au lendemain des nouveaux bombardements. André Leconte reprend son plan antérieur, qui est déclaré d'utilité publique le 8 mai 1948, sans grand débat et sans grandes modifications.

 

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