Travailleurs volontaires et travailleurs du S.T.O.

 

  Le Service du Travail Obligatoire est résumé en trois lettres qui ne correspondent pas à un acronyme, car elles ne sont pas prononcées en une seule syllabe ( c'est pourquoi je place un point derrière chaque initiale... ) Ce service, d'une grande importance politique, n'est créé que le 17 février 1943. Auparavant, l'Allemagne et le gouvernement de Vichy faisaient appel à des travailleurs volontaires ou semi-volontaires.

1) Un contingent significatif de travailleurs volontaires

 A la fin de 1940, après avoir transféré un million et demi de prisonniers français en Allemagne, le Troisième Reich ne souffre pas de problèmes urgents de main d'oeuvre ; néanmoins, en décembre, il lance par voie d'affiche un premier appel au volontariat. Ce n'est qu'un an plus tard qu'il entre dans la perspective d'une guerre longue et qu'il doit remplacer au travail les nombreux hommes envoyés vers de nouveaux fronts.
 Même si la pression allemande n'est pas encore bien lourde, un nombre significatif de Saumurois se porte volontaire pour aller travailler en Allemagne. Pour quelques uns, appartenant aux milieux de la collaboration, la motivation est idéologique, ils partent construire l'Europe nouvelle. Le Comité d'Arrondissement de Libération cite des noms. Pour ma part, j'en trouve sept dans l'agglomération de Saumur.
 Egalement, un jeune fille s'est portée volontaire, mais, en janvier 42, le sous-préfet s'oppose à son départ, parce qu'elle est mineure et qu'elle n'obtient pas l'autorisation de sa mère.
 Plus nombreux sont ceux qui partent pour des motifs économiques. A Saumur, même si le taux de chômage n'est pas très élevé, les perspectives de travail ne sont pas reluisantes et les salaires très bas. Les services allemands font miroiter des conditions de travail et de rémunération bien meilleures, les mêmes que celles des ouvriers allemands, et surtout des avantages sociaux exceptionnels, la sécurité sociale, les assurances maladie et accidents, pas encore généralisés en France. Pour ceux qui ont des charges de famille, femme et enfants toucheront une prime à leur départ. Ainsi, une mère isolée abandonne ses trois enfants à son beau-frère et part pour l'Allemagne ( A.M.S., 15 Z 71 ). Selon le Petit Courrier du 22 mars 1941, 15 à 20 ouvriers quittent chaque semaine Angers pour l'Allemagne. Une première liste de Saumurois partis est dressée en avril 1941 ( A.D.M.L., 97 W 42 ). Elle ne concerne que les soutiens de famille, mais elle comporte déjà 7 noms, dont une femme. Il faudrait ajouter un certain nombre de célibataires et les départs, bien attestés, qui se produisent plus tard. Pour la seule ville de Saumur, le nombre des travailleurs de la première vague volontaire pourrait dépasser la vingtaine. Ce total est sans cesse fluctuant ; des volontaires accomplissent leurs deux années d'engagement, mais, déçus par les conditions d'hébergement et par le non-versement de primes promises, ils se gardent bien de repartir ; plusieurs désertent après une permission. Malgré tout, ce contingent est bien réel, alors qu'on souligne souvent les faibles effectifs des départs volontaires : Ulrich Herbert compte seulement 48 567 travailleurs français en Allemagne au mois de septembre 1941.

2) La Relève

 Le 21 mars 1942, la nomination de Fritz Sauckel au poste de plénipotentiaire général en charge de la main d'oeuvre, sous la dépendance directe d'Hitler, marque le début d'exigences de plus en plus brutales pesant sur toute l'Europe. Aussitôt, Sauckel exige de la France l'envoi de 350 000 ouvriers. Pierre Laval, qui vient d'arriver au pouvoir, est tout fier de conclure le marché suivant : la France enverra 150 000 spécialistes contre la libération de 50 000 prisonniers de guerre. Le vice-président du Conseil se fait fort de réussir cette opération en douceur, par une intense propagande sur le thème de la Relève, lancé par un discours radiodiffusé du 22 juin 1942. Trois travailleurs envoyés contre un prisonnier relâché, le marché n'a rien de fameux, d'autant plus que Sauckel réclame toujours en supplément 100 000 manoeuvres et 100 000 travailleurs pour l'Organisation Todt, le consortium allemand de grands travaux civils et militaires qui opère surtout sur le Mur de l'Atlantique.
 Alors que Laval développe sa propagande, les Allemands continuent à travailler pour leur propre compte : en août 42, ils ouvrent le Service d'embauche pour l'Allemagne, implanté dans un magasin au rez-de-chaussée du 61 rue d'Orléans ( on trouve aussi parfois le n° 59 ). Au nom de la Mairie, le commandant Agnus leur fournit du matériel de bureau ( A.D.M.L., 97 W 42 ). Cette officine adresse des lettres personnalisées à quelques Saumurois pour leur expliquer les avantages d'un engagement.
 Dès son ouverture, ce bureau, symbole de la collaboration, devient la cible des contestataires. Le commandant de la Feldkommandantur 595 ordonne au commissaire de police de l'inclure dans le circuit des rondes nocturnes. Mais on peut agir entre chaque passage ; le 16 septembre 42, le sous-préfet écrit au préfet qu'un colis suspect a été découvert au petit matin devant le local, une boîte cylindrique en métal contenant un détonateur et une mèche d'amadou, au-dessus d'une cartouche de poudre. Un examen plus approfondi révèle que la machine infernale ne pouvait pas exploser, que la mèche était trop courte et que la poudre, provenant d'un stock oublié dans l'Ecole de cavalerie, était humide et hors d'usage. L'engin, dont un croquis est dressé, correspond plutôt à l'oeuvre d'un plaisantin ( A.D.M.L., 303 W 283 ). Une autre fois, la vitrine est brisée à coups de pierres. Il faudra laisser un planton en permanence la nuit devant cette officine, qui est devenue encombrante et qui suscite peu de vocations, malgré le zèle de sa tenancière.
 A la même époque, Laval poursuit sa lourde propagande. Le 6 août 1942, le préfet adresse une longue note aux rédacteurs des journaux locaux pour leur dicter ce qu'ils doivent écrire sur la Relève ( A.D.M.L., 303 W 283 ). L'annonce de la libération de 50 000 prisonniers soulève bien des espoirs. Des familles écrivent au préfet pour lui exposer la gravité de leur cas ; ce dernier répond par une lettre uniforme où il affirme qu'il n'a pas le pouvoir de décision, que les prisonniers à libérer seront désignés par l'homme de confiance du camp. En réalité, les Allemands choisissent eux-mêmes des hommes hors d'état de travailler. Le Petit Courrier du 3 novembre 42 annonce à cor et à cri l'arrivée des onze premiers prisonniers libérés du département. Il n'y a aucun Saumurois parmi eux.

3) L'échec de la Relève

 En sens inverse, la première relève locale se retrouve à la gare de Saumur, accompagnée par les familles, le mercredi 18 novembre. Le Petit Courrier n'indique pas le nombre des partants et se permet une pointe d'insolence, la seule que j'aie relevée dans ses colonnes durant toute la guerre : « Nous souhaitons à tous excellent voyage et un prompt retour dans leurs foyers ». Le 21 décembre, annonce du retour d'un premier prisonnier : ce dernier, sportif bien connu, attribue cette faveur au fait qu'il a sauvé des personnes au cours d'un incendie. Désormais, la municipalité organise des réceptions à la mairie pour accueillir les libérés. Le Petit Courrier du 31 décembre en annonce cinq ; cinq autres le 27 janvier 43 ; trois le 19 février et 16 le 25 mai. Une trentaine de prisonniers de Saumur a bien été relâchée et les autorités font beaucoup de tapage sur ces libérations.
 Elles annoncent aussi, en janvier 43, l'ouverture du centre J.O.F.T.A. ( Jeunesse Ouvrière Française Travaillant en Allemagne ). Implanté à Angers, rue Audusson, ce service dépend du Secrétariat général à la Jeunesse et est présenté comme un chantier de Jeunesse ( 97 W 42 ). En réalité, il s'agit de trois baraquements installés dans les dépendances d'une caserne, en milieu clos. Les jeunes gens y restent trois jours, pendant lesquels des collaborateurs fanatiques s'efforcent de les endoctriner. Ils reçoivent une tenue de travail et un équipement. Ils partent ensuite par le train pour la région parisienne, où ils suivent un stage professionnel prévu pour trois mois, en réalité nettement moins, à la suite duquel ils sont déclarés « spécialistes ». Les volontaires n'affluent pas. Dans un premier bilan concernant tout le Maine-et-Loire, le préfet avouait, le 15 juillet 1942, qu'il n'avait encore trouvé personne ( A.D.M.L., 303 W 283 ). On libère même des prisonniers de droit commun, qui sont transformés en travailleurs volontaires. Le préfet prescrit aux maires de fournir des listes d'ouvriers susceptibles de s'expatrier pour la Relève. Ils sont convoqués individuellement et des "volontaires" sont ainsi suscités. Le rapport du commissaire de police de Saumur pour le mois de mars 1943 affirme que le départ des jeunes classes à la gare s'est déroulé dans le calme ( A.D.M.L., 98 W 8 ). D'autres convois déclenchent des manifestations hostiles, aux cris de « A bas Laval ! A bas Hitler ! ». C'est pourquoi le préfet délégué Daguerre fait évacuer les gares, quand un groupe de la Relève est en partance ou en transit.
 En fait, les authentiques volontaires pour l'Allemagne sont déjà rendus Outre-Rhin ; les rares qui se présentent désormais ont la main plus ou moins forcée. La Relève est un échec. Sauckel et Laval pensent qu'ils devront instaurer un travail forcé pour tous. Cette mesure est préparée par un encadrement systématique de la main d'oeuvre.

4) Le contrôle des travailleurs

 La loi du 4 septembre 1942 prépare le terrain avec une incontestable habileté. Elle proclame que les Français de sexe masculin de 18 à 50 ans doivent travailler aux tâches que le gouvernement jugera les plus utiles à la nation. Les Françaises célibataires de 21 à 35 ans sont également assujetties à cette obligation. Dans un premier temps, les textes officiels proclament que les cultivateurs et les artisans ruraux sont affectés à l'agriculture locale. Voilà rassurée une première catégorie et les enfants chéris du régime. Les textes présentent le travail en Allemagne comme une hypothèse parmi d'autres.
 En tout cas, dans l'immédiat, le bureau du travail, un nouveau service municipal ouvert rue Corneille, procède à un vaste recensement, dont les résultats sont conservés ( A.D.M.L., 33 W 78 ). On n'a pas recensé les jeunes femmes, devant la vive réticence des milieux conservateurs. Sont également épargnés les hommes isolés ayant au moins un enfant à charge, les pères de famille de trois enfants et plus, les anciens prisonniers de guerre 14-18 ou 39-40. Une première catégorie distingue les jeunes hommes de 18 ans et de moins de 21 ans ; ils sont au nombre de 225, moins 5 pompiers ; ils ne sont pas réquisitionnables pour l'instant, car ils sont mineurs, mais ils le seront dans les années suivantes. Vient ensuite la liste des célibataires, veufs et divorcés sans enfants de 21 à 50 ans ; ils sont environ 335 ; ce sont les plus menacés dans l'immédiat, mais un barème leur attribue un âge fictif, parfois bien supérieur, car chaque année de guerre vaut quatre ans. Cette comptabilité sophistiquée semble annoncer un système équitable de réquisitions ; toutefois, des exemptions se profilent déjà. Viennent ensuite des catégories moins menacées : les hommes mariés depuis moins de deux ans et sans enfants ( jeunes et peu nombreux ), les hommes mariés depuis plus de deux ans et sans enfants ( plus âgés et plus nombreux ), les hommes mariés avec un enfant à charge et, enfin, les hommes mariés avec deux enfants à charge.
 Ces listes compliquées sont-elles complètes ? Certainement pas. Beaucoup ne se sont pas présentés au Bureau du Travail, ayant bien compris le but de la manoeuvre. En novembre 42, des avis menaçants sont lancés par la Mairie. Plus efficace, à partir d'avril 43, une carte de travail est instituée ; elle comporte des cases précisant la qualification et l'affectation du travailleur. Elle est exigée pour le renouvellement des cartes d'alimentation, ce qui contraint des insoumis à se faire recenser.
 A partir d'un tableau un peu laborieux dressé le 3 mars 1943 ( 97 W 41 ), le sous-préfet cherche à démontrer que le taux d'insoumission est plus bas qu'aux recensements militaires précédents : il s'élevait à 35 % pour les jeunes gens nés de 1912 à 1919, alors qu'il est à 32,4 % pour les jeunes gens nés de 1920 à 1922. Il est exact que la résistance au service militaire est traditionnellement assez forte à Saumur, alors qu'elle est très faible dans des milieux plus traditionalistes : à Saint-Hilaire-Saint-Florent, il n'y a aucun insoumis dans les deux catégories.
 En tout cas, les services du travail possèdent désormais un fichier comportant la situation familiale et professionnelle de la plupart des Saumurois, fichier dans lequel ils vont pouvoir choisir leurs requis.

5) La réquisition par les entreprises

 A mi-chemin entre le volontariat et le travail obligatoire, Vichy institue un système par lequel les entreprises désignent leur personnel excédentaire et l'envoient travailler en Allemagne. Elles continueront à verser à leurs familles la moitié de leur salaire ; elles semblent donc se montrer généreuses, alors que l'Etat leur rembourse les sommes distribuées, du moins jusqu'au 1er juin 1943, date où il cesse de payer. Les conditions financières sont donc généreuses et les départs, plus ou moins négociés, sont nombreux en octobre-novembre 1942. Les sociétés de vins mousseux envoient beaucoup de personnel. Pour s'en tenir à la ville de Saumur, la Poste fournit quatre agents pour l'Allemagne, la maison Pichard 6 ouvriers, Amy Frères, désormais dirigé par Jean Amy, 3 employés qui partent dans la même firme, la maison Balme 10 ouvriers en Allemagne et un autre envoyé à Soulac, en Gironde, César deux ouvriers en Allemagne, l'un volontaire, l'autre désigné, Gratien et Meyer 5 en Allemagne et 3 sur les côtes ( A.M.S., 15 Z 71 ). Donc 34 départs au moins, réalisés en peu de temps et sans grande résistance. Il en est de même à l'échelle nationale et Laval peut réaliser ses quotas, ce qui encourage Sauckel à formuler de nouvelles exigences.

6) La première loi sur le S.T.O. ( 17 février 1943 )

 Cette fois, Laval est obligé de recourir à des mesures de contrainte. La loi du 17 février 1943 instaure le Service Obligatoire du Travail, mais comme les initiales peuvent porter à sourire, l'institution devient le Service du Travail Obligatoire ( d'après l'ouvrage fondamental de Patrice Arnaud, Les STO. Histoire des Français requis en Allemagne nazie, 1942-1945, CNRS éditions, 2010 ). Préparé par une commission franco-allemande, le premier texte n'est pas bien féroce : le service équivaut à un service militaire imposé aux jeunes gens nés de 1920 à 1922 ; il est limité à deux années ; il prévoit surtout une large gamme d'exceptions : tous les cultivateurs et les artisans ruraux, les soutiens de famille, les gendarmes, les pompiers, les gardes-voies, le personnel pénitentiaire, les employés de banque, les enseignants, les Français nés en Algérie et, enfin, les étudiants, qui peuvent bénéficier d'un sursis. Il est aussi précisé qu'on peut travailler dans une exploitation agricole ou sur un chantier en France. Cette loi est une véritable passoire qui touche moins de 50 % des classes visées et qui est encore affaiblie par les généreuses exemptions accordées par les médecins et aussi par le piston : Robert Milliat, alors préfet de la Nièvre, obtient un sursis illimité pour le serrurier de la sous-préfecture de Saumur ( A.D.M.L., 303 W 282 ).
 A partir du 15 mars 1943, deux convois par semaine partent de la JOFTA pour l'Allemagne. A défaut de la liste de la ville de Saumur, j'ai trouvé la statistique des convoqués pour tout l'arrondissement au 15 mai 1943 ( A.D.M.L., 97 W 43 ). Sont requis au nom du S.T.O. 117 jeunes gens, mais on découvre que 25 d'entre eux sont déjà en Allemagne. Sur le reste, 38 seulement devront partir, car tous les autres trouvent une combine ( sursis, exemption, maladie, changement de résidence... ).

7) Un fort rejet

 Bien qu'elle touche un nombre réduit de jeunes gens, surtout des villes et surtout des ouvriers, cette première loi rencontre une résistance immédiate et quasi unanime. Tous ceux qui voulaient bien partir pour l'Allemagne sont déjà Outre-Rhin. Les autorités se démènent en vain. Le sous-préfet et le maire se font menaçants ; le clergé prêche l'obéissance aux lois ; l'évêque d'Angers demande des prêtres qui se porteraient volontaires pour être aumôniers du S.T.O. en Allemagne ( A.D.M.L., 303 W 283 ). Rien n'y fait. Quand la classe 42 est recensée, 33 jeunes gens de Saumur se présentent, au lieu des quelque 70 attendus ; 10 sont déclarés inaptes ; il n'en reste que 23 déclarés bons pour le S.T.O. Ils ne partent pas tous. Quand la convocation arrive, ils restent chez eux ; mais dans un deuxième temps, quand la gendarmerie ou la police française vient les cueillir à leur domicile ou menace leurs familles, ils partent en rechignant, quitte à déserter en route ou à l'occasion d'une permission. L'abondant contentieux concernant le S.T.O. nous permet d'affirmer que la plupart des jeunes requis ont bien été réfractaires, au moins dans une première étape ( ainsi que l'affirmaient les associations d'anciens réfractaires ), mais que la majorité a finalement obéi.
 Ajoutons aussi que cette affaire reste franco-française, que les autorités allemandes interviennent très rarement, au hasard des contrôles policiers ; elles se contentent de totaliser les résultats et d'exiger la révocation des fonctionnaires trop peu productifs. On constate aussi l'omnipotence des maires dans le cadre de ce régime autocratique ; le maire de Soulanger demande la désignation d'un de ses administrés, parce qu'il vit en concubinage avec une épouse de prisonnier ; le maire de Doué déclenche une enquête de police contre le docteur Seigneur, qui avait refusé de réformer un de ses protégés.
 Les autorités civiles et religieuses, ainsi que l'école avaient appris l'obéissance aux jeunes gens ; cette fois, ces derniers doivent apprendre à désobéir, mais leur action passe plus souvent par des manoeuvres intermédiaires. Ils s'engagent parmi les policiers auxiliaires, les gardes-voies ou les gardiens nocturnes des points stratégiques, qui sont alors multipliés ; ils deviennent gardes civils du camp de Montreuil-Bellay ; ils se portent volontaires pour travailler au Soldatenheim, dans des ateliers allemands locaux ou dans le dépôt de la Kriegsmarine à Saint-Cyr-en-Bourg ; ils se font embaucher sur les chantiers du pont Napoléon et surtout du pont Cessart ; certains s'engagent dans le Service végétal, qui cultive les terres abandonnées de la colonie juive de Sainte-Radegonde. D'autres sont exemptés par la Feldkommandantur 595 sans la moindre explication.
 Dans un rapport du 5 octobre 1943, les Renseignements généraux résument ainsi les sentiments des jeunes gens mobilisables du département : « En général, ils espèrent que les événements militaires actuels abrégeront leur temps de service ou les en dispenseront même totalement. D'autres, encouragés par l'impunité dont jouissent les réfractaires des classes précédentes et l'espoir d'une fin proche du conflit actuel au profit des anglo-saxons, auraient déjà posé des jalons pour se dérober aux obligations du Service du Travail Obligatoire, et ceci avec l'assentiment de leur famille et l'approbation presque générale. » ( A.D.M.L., 303 W 282 ). Manifestement, les jeunes Saumurois ne refusent pas de travailler pour les Allemands, même sans enthousiasme et à condition que ce soit sur place, mais ils refusent de partir pour l'Allemagne. Pour beaucoup, la solution moyenne passe par le Mur de l'Atlantique.

8) Des Saumurois bâtisseurs du Mur de l'Atlantique

 Dès mars 1941, une première affiche placardée à Saumur ( A.D.M.L, 97 W 42 ) invite les volontaires à aller travailler sur la côte atlantique. En fait, le premier grand chantier de la région est la base sous-marine de Saint-Nazaire, où ils manieront le béton à la tonne.

Avis de la Kommandantur, mars 1941, A.D.M.L., 97 W 42
© Archives départementales de Maine-et-Loire

 Les spécialistes sont invités à aller s'inscrire à Saint-Nazaire ou à La Rochelle. Ce sont des travaux proches, saisonniers, parfois dans des entreprises françaises et à des salaires nettement supérieurs à ceux pratiqués à Saumur. Les volontaires sont nombreux ; d'autres sont tout simplement convoqués. Une première liste, dressée après novembre 1942 évoque 134 Saumurois travaillant pour l'Organisation Todt, dont certains à Saumur ( A.D.M.L., 33 W 78 ). Leur nombre augmente devant les réquisitions du S.T.O. Nous avons déjà évoqué cette statistique du 1er août 1944, d'après laquelle 485 Saumurois entre 18 et 55 ans travaillent au service des Allemands ( A.D.M.L., 97 W 42 ). A vrai dire, une partie est employée à Saumur ou dans ses environs immédiats ; sur la Côte, on peut les évaluer aux environs de 200. On constate qu'ils sont éparpillés sur la façade atlantique, dans le Finistère ( au Conquet, à Trébabu, à Brest ), à Pornichet, à Saint-Nazaire, à Villedoux, à La Rochelle, à Royan ( entreprise Vollrath-Betonbau ), à Bordeaux ( Deuring et Ritzert ). Ces lieux de villégiature ne leur plaisent pas beaucoup, la vie dans les baraquements est spartiate et les accidents de travail semblent fréquents.
 D'après les avis de recherches lancés par les autorités allemandes pour la seconde moitié de 1943, les défections sont nombreuses ( A.D.M.L., 32 W 134-135 et 136 ) ; 45 travailleurs de Saumur sont portés absents. Parfois, les Occupants ont mélangé leurs fiches et quelques uns sont rendus en Allemagne ( la famille le prouve par les enveloppes du courrier reçu ). Trois Italiens sont simplement rentrés chez eux à Saumur, ils sont renvoyés sur le chantier. Plusieurs autres ont prolongé une permission. Un autre absent, fils d'un chef d'entreprise, fournit une attestation de remplacement. Deux autres sont en prison. Un débrouillard a réussi son plan : il a obtenu une convalescence de deux mois pour maladie ; revenu à Saumur, il se fait engager par Sainrapt et Brice pour les travaux du pont Cessart ; la Feldkommandantur d'Angers approuve cette mutation. De même, un jeune homme de Bagneux se fait embaucher au Soldatenheim. Un tire-au-flanc se fait déclarer inapte. Si donc beaucoup de cas sont tirés au clair par la police française, il reste 19 Saumurois qui se sont volatilisés et restent introuvables dans la seconde moitié de 1943. La conclusion est évidente : les travailleurs locaux, pas tous si jeunes, partent facilement pour la côte, mais ils en repartent tout aussi facilement. Pour l'Allemagne, les données sont inverses.

9) Le durcissement du S.T.O.

 La loi du 17 février 1943 a surtout rempli les services allemands locaux et les chantiers de l'Organisation Todt, elle a envoyé un nombre très faible de travailleurs Outre-Rhin, une dizaine tout au plus pour la ville de Saumur. Cependant, Sauckel formule de nouvelles exigences en avril, puis en août. A partir du mois de mai, Laval durcit considérablement les règles régissant le S.T.O. : la plupart des exemptions sont annulées pour la classe 42 ; en particulier, les jeunes agriculteurs peuvent être appelés et la préfecture demande aux maires ruraux de fournir des listes de noms. Le contingent 39/4 est soumis au travail obligatoire, c'est-à-dire les jeunes gens nés dans le dernier trimestre de 1919, qui n'avaient pas été mobilisés en 1940. Des spécialistes nettement plus âgés reçoivent des ordres de réquisition, par exemple un Saumurois de 49 ans. Quelques volontaires apparaissent encore, par exemple, une femme de Saint-Hilaire-Saint-Florent. Surtout, le gouvernement et les préfets lancent une véritable traque contre les nombreux insoumis et réfractaires.
 Pour la période du 1er au 15 juillet 1943, le capitaine Royer détaille l'activité de la gendarmerie dans la partie rurale du sud de l'arrondissement ( A.D.M.L., 97 W 43 ). Les préfets lui ont fourni les noms de 84 insoumis, 17 dans la partie rurale du canton de Saumur-Sud, 17 pour le secteur de la brigade de Vihiers, 15 pour Nueil, 10 pour Doué, 10 pour Montreuil, 9 pour Fontevraud, 3 pour Martigné, 2 pour Gennes et 1 pour Allonnes. On note donc une vive résistance dans la bordure sud de l'arrondissement. Les gendarmes opèrent 144 contrôles et arrêtent 21 réfractaires, qu'ils conduisent à la JOFTA. Pour la seconde quinzaine du mois de juillet, ils ont 46 réfractaires à rechercher, ils procèdent à 155 contrôles, ils constatent que 7 individus signalés sont en situation régulière et ils en arrêtent 21 autres. On le voit, la gendarmerie française est encore très disciplinée et se montre efficace, du moins d'après ses rapports. Seule, la brigade de Gennes a une attitude réservée et elle se fait tancer par le commandant départemental, qui semble un fanatique de la collaboration. D'après un rapport départemental de synthèse du 28 octobre 1943, 5 % des réfractaires à la Relève et au S.T.O. ont été arrêtés par la police allemande, 35 % par la police de sûreté française et 60 % par la gendarmerie française ( A.D.M.L., 303 W 282 ). Le fort rendement de cette dernière explique les destructions d'archives dans les brigades au sortir de la guerre. Le commissaire Raoul Bazin, correspondant de la Commission d'Histoire de l'Occupation et de la Libération en Maine-et-Loire, s'en inquiète et demande des précisions ; le commandant de la compagnie de Maine-et-Loire de gendarmerie lui répond le 5 mars 1954 que son arme ne communiquera que des renseignements laconiques et ajoute : « Ces prescriptions sont sévères, mais elles évitent que des années après, certains réfractaires se retournent contre notre personnel » ( A.D.M.L., 181 J 14 ).
 Pour la ville de Saumur, c'est le commissariat qui mène les recherches. Dans la seconde moitié de juillet 43, il a 11 réfractaires à rechercher ; il opère 34 contrôles et il en arrête 3, dont deux étaient déjà signalés comme absents des chantiers de la côte et parviennent à éviter le départ pour l'Allemagne. La productivité de la gendarmerie est donc supérieure.
 On n'a pas de statistique locale pour les mois suivants, mais on dispose de chiffres départementaux ( A.D.M.L., 25 W 38 ). Du 15 avril au 21 août 1943, 2 520 Angevins ont pris le chemin de l'Allemagne et 220 seulement ont rejoint l'Organisation Todt dans le cadre du S.T.O. ; parmi ces partants, il y a forcément des Saumurois. En supplément, les services allemands de la main d'oeuvre procèdent en parallèle à des embauches directes par contrat ou par réquisition ; ils en avouent 255 pour le Maine-et-Loire à la même époque. En mars 1943, ils ont même convoqué par télégramme des jeunes filles de 19 à 25 ans. L'opinion s'émeut vivement de voir ainsi partir des demoiselles sans chaperon. Le préfet alerte le ministre du Travail et les télégrammes en cours sont stoppés ( A.D.M.L., 303 W 283 ).
 Les partisans locaux de la collaboration se mobilisent en faveur du S.T.O. ; en avril 43, ils créent à Saumur un " Comité d'entraide aux familles des ouvriers français partis pour l'Allemagne ", qui siège dans les locaux de la Croix-Rouge ; les familles peuvent chaque mois venir y retirer une boîte de conserves.

10) L'apogée du dispositif à la fin de 1943

 Le S.T.O. atteint son apogée en décembre 1943 avec le total de 666 610 Français travaillant en Allemagne ( selon Herbert ). En théorie, comme les autres Westarbeiter, ils sont traités comme les ouvriers allemands ; ils partagent les mêmes conditions de vie et, comme eux, ils travaillent lentement, ils pratiquent la perruque et ils ne soignent pas trop leur ouvrage, sans pour autant saboter, car les risques sont trop grands. Ils reçoivent la même nourriture, mais les Français ne s'y habituent pas ; ils ont un salaire correct, mais ils ne trouvent rien à acheter, malgré le marché noir, si bien qu'ils envoient des sommes considérables en France. Il y a toutefois une différence fondamentale entre ouvriers français et ouvriers allemands ; ces derniers sont contents d'être à l'usine, qui est préférable au front, alors que les Français, en grande majorité, sont venus sous la contrainte et ils n'ont pas le droit de quitter le Kreis, l'arrondissement ( aucune évasion depuis l'Allemagne n'est signalée ). Malgré tout, leur sort n'est en rien comparable à celui des Ostarbeiter, les Slaves, qui sont réellement traités comme des esclaves.
 Les nombres varient sans cesse. Le Bureau du S.T.O., 22 rue Paul-Bert à Angers, a dressé un bilan de son action au 22 octobre 1943, sans doute plus exact que celui de la préfecture ( A.D.M.L., 25 W 37 ). Pour les classes visées, de la 39/4 à la classe 42, il a recensé 10 250 jeunes gens ; il en a finalement convoqué 2 447 pour l'Allemagne ; sur ce nombre, 266, soit 11 %, ont finalement été défaillants. Le Maine-et-Loire n'est pas aussi coriace que les départements bretons, où l'on compte jusqu'à 90 % de réfractaires.
 Au 31 janvier 1944, le Comité d'entraide des travailleurs en Allemagne du Saumurois s'occupe de 42 cas originaires de Saint-Hilaire-Saint-Florent ( A.M.S., 15 Z 71 ). Je n'ai pas trouvé de donnée aussi précise pour les travailleurs de la ville de Saumur. D'après A. Girouard, Saumur pendant la Guerre, p. 142, ils sont au nombre de 195, volontaires et requis mélangés. Ce total est tout à fait vraisemblable. Plus nombreux sont ceux qui ont trouvé un emploi sur place ou sur la Côte atlantique. En effectif plus faible, certains ont refusé tout travail pour les Allemands ou se sont échappés de leur chantier ; ils ont été contraints à une existence clandestine et difficile, tout en parvenant en général à échapper aux poursuites. Au total, quelques dizaines sans doute.

11) S.T.O. et maquis

 Le refus du travail forcé a-t-il été le grand pourvoyeur des maquis, ainsi qu'on l'a écrit imprudemment, en particulier dans les manuels scolaires, au temps béni où l'on enseignait sérieusement la Seconde Guerre mondiale ? A la fin de 1943, il n'y a pas de maquis structuré dans le Saumurois. Tout de même, Lionel Beaulieu, photographe employé au studio Decker, s'évade de la JOFTA d'Angers et rejoint un maquis dans les Alpes, en lutte contre les Italiens ; puis il revient se cacher dans les Deux-Sèvres. A la veille de la Libération, des clandestins forment un petit maquis dans les bois de Verrie, sous le commandement d'André Chaussepied. Dans les cas les plus habituels, les réfractaires parviennent à se procurer des faux papiers, ce qui est relativement aisé. Ils se cachent chez des amis en ville ; plus souvent, ils trouvent asile dans des fermes et des hameaux isolés de la région, où ils travaillent pour leur nourriture. Certains s'engagent dans les nombreux chantiers forestiers qui fabriquent du charbon de bois. La population les dénonce rarement. Les renseignements généraux confirment : « Si la plus grande partie des gens n'approuve pas les réfractaires qui se mêlent aux milieux terroristes, elle considère néanmoins avec sympathie ceux, beaucoup plus nombreux, qui se cachent sans agir » ( A.D.M.L., 303 W 282, 27 mars 1944 ).

12) L'affaiblissement du S.T.O. en 1944

 En 1944, Sauckel exige un million de travailleurs français. Une nouvelle loi du 1er février 1944 élargit le recrutement aux hommes de 16 à 60 ans. Effectivement, en avril, est lancé à Saumur un recensement des hommes nés entre le 1er janvier 1885 et le 30 juin 1928. Une grande première : sont également recensées les femmes sans enfant à charge nées entre le 1er janvier 1899 et le 30 juin 1928. D'après ces ordres, Laval prépare une vaste mobilisation nationale en faveur du Troisième Reich. Marcel Déat organise le Service National du Travail, et la Milice est d'abord créée pour chasser les réfractaires. Dans le Petit Courrier du 28 février 44, le préfet Donati, qui rentre d'un voyage en Allemagne, lance un appel pour aller travailler dans ce pays.
 Malgré ces dispositions brutales, les départs sont désormais peu nombreux. A Saumur, la classe 43 est recensée le 1er avril 44 ; elle fournit encore 57 noms, mais ces jeunes gens ne partent pas. Les envois vers l'Allemagne correspondent surtout à des sanctions ; ce sont surtout des permissionnaires qui ne sont pas repartis et des réfractaires qui ont été découverts ; trois jeunes Saumurois, qui travaillaient comme gardes-voies entre la gare et Saint-Martin, sont reconnus par la police française comme complices d'un sabotage des aiguillages ; ils sont expédiés vers l'Allemagne à la fin de février 44 ( A.D.M.L., 32 W 134 ).
 Les étrangers sont désormais atteints ; le 24 février 44, 9 ressortissants italiens et espagnols de Saumur sont conduits à la JOFTA d'Angers ; deux sont reconnus aptes et dirigés vers l'Allemagne ( A.D.M.L., 97 W 43 ). Pour l'ensemble des Italiens du Maine-et-Loire, 204 ont été convoqués, 98 se sont présentés, 94 ont été déclarés inaptes ou exempts pour charges de famille, 4 sont partis vers l'Allemagne ( statistique du 1er mars 1944 ). Cependant, on ne signale plus de grands convois après janvier 44. La JOFTA tourne au ralenti ; au 26 mai 44, elle contient 15 jeunes gens arrêtés au cours de la semaine passée, 9 autres viennent de partir pour l'Allemagne, 9 sont en instance de départ ( A.D.M.L., 303 W 282 ).
 Les départs vers la Côte atlantique, un peu plus nombreux, se déroulent dans une complète pagaille. Le 18 janvier 1944, 150 cultivateurs de la classe 43, jusqu'alors non affectés, sont réclamés pour des travaux de l'Organisation Todt à Pornichet. Les gendarmes du département en amènent 280 à la JOFTA, où la sélection est opérée. Le trajet est effectué sous forte escorte policière ; les requis chantent des couplets de la Marseillaise et de l'Internationale. A l'arrivée, les baraquements sont propres, mais la nourriture n'est pas adaptée à des estomacs français ( le matin, un casse-croûte pain-fromage, le midi, une soupe chaude servie sur le chantier, le repas principal étant le soir ). Surtout, le travail est complètement inorganisé. Les jeunes gens sont mélangés à des voyous et le campement grouille de trafics divers. Dans les jours suivants, la moitié des requis regagne son domicile ( A.D.M.L., 303 W 282 et 283 ).
 De même, les hommes de Saumur qui sont recensés sont requisitionnés sur place pour les gigantesques travaux préparés par les Allemands et pas davantage effectués. On y reviendra dans le récit de l'année 1944.

 L'examen minutieux des archives rend évident un fait que les historiens ne soulignent pas assez : le régime de Vichy se disloque à partir de la fin de 1943. Ses ordres, toujours lancés sur un ton péremptoire, se perdent souvent dans les sables. Les fonctionnaires et les administrations appliquent mollement ceux que l'opinion tolère, les policiers commencent à désobéir, et même les gendarmes. Ayant succédé à Royer en octobre 43, le capitaine Viala, commandant de la compagnie du sud de l'arrondissement, a affirmé plus tard que lui et ses hommes n'avaient arrêté aucun réfractaire au S.T.O. Cette affirmation paraît exacte. Sur ordre supérieur, le commissaire de police Renouard lance le 15 avril 44 une vaste opération de contrôle dans le quartier de la gare, à la recherche d'oisifs et de réfractaires ; 11 hôtels, restaurants et cafés sont visités, 1 802 personnes sont interpellées, 30 sont appréhendées, puis relâchées après examen de leur situation ( A.D.M.L., 97 W 43 et 303 W 283 ). Une autre souricière montée à la sortie sud du pont Cessart ne donne pas davantage de résultat. Alors qu'il y avait tant de gens en situation irrégulière, je doute fort du zèle de la police à cette époque...

13) Un tournant dans l'opinion

 Sauckel voulait déporter des millions de travailleurs étrangers sur le sol allemand ; en face de lui, Albert Speer, qui contrôlait de nombreuses entreprises françaises travaillant pour l'armement dans le cadre du Speerbetrieb, préférait laisser la main d'oeuvre sur place. La suite a prouvé qu'il était le plus habile ; les Saumurois ont accepté de travailler pour les Allemands dans leur ville ou sur la Côte atlantique, alors que la transportation sur le sol germanique a suscité un fort rejet.
 En premier lieu, le caractère arbitraire des désignations a scandalisé. Parmi les classes d'âge soumises au S.T.O., la classe 42 a été plus durement ponctionnée. L'égalité de tous devant le service, un principe cher aux Français, n'a pas été respectée ; les exemptions , sursis et dispenses de toutes sortes, l'immunité pour les employeurs ont engendré un fort sentiment d'injustice. Parmi les travailleurs plus âgés, leur désignation par leur entreprise ou par des fonctionnaires en fonction de leur qualification a paru parfaitement arbitraire.
 Si beaucoup refusent de partir, au moins dans un premier mouvement, l'opinion les comprend. La véritable traque lancée par la police et la gendarmerie à l'été 43 a choqué et a suscité des solidarités. Les milieux ruraux, plutôt favorisés, qui s'enrichissaient tout en travaillant très dur, deviennent mécontents. Parmi les Saumurois, ceux qui s'étaient accommodés du régime de Vichy commencent à trouver que Pétain et Laval se vautrent dans la collaboration. A partir de la fin de l'année, les fonctionnaires filtrent les ordres et n'obéissent pas à tous, ce qui, ultérieurement, leur permettra de se déclarer résistants.
  L'été 43 constitue un tournant ; depuis lors, les indices d'hostilité se multiplient, des organisations de Résistance se structurent, des jeunes gens entrent dans la clandestinité.

 

 

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