Les prisonniers de guerre ( 1940-1945 )

 

1) Combien sont-ils ?

 A défaut de listes officielles, reportons-nous sur les statistiques disponibles ( A.M.S., 5 H 23, A.M.S., 15 Z 70, A. Girouard, Saumur pendant la guerre, p. 138-141 ). Après la cuisante défaite de 1940, 500 soldats de Saumur sont faits prisonniers ; un petit nombre ( agriculteurs, soutiens de famille ) est libéré sur le territoire français ; finalement, 450 Saumurois sont transférés vers des camps allemands à l'automne-hiver 1940 ( 2 200 pour l'ensemble de l'arrondissement ). Quelques uns sont relâchés par la suite, fonctionnaires, administrateurs ou spécialistes jugés indispensables, anciens combattants de 14-18, malades reconnus comme inaptes au travail. Dans le cadre de la Relève ( voir S.T.O. ), une trentaine de Saumurois sont libérés et fêtés à l'Hôtel de Ville ; d'ailleurs, ils sont seulement « en congé de captivité » et doivent se présenter chaque mois à la Kommandantur. Finalement, en 1944, la ville assiste 362 prisonniers ; parmi eux, 74 sont moins secourus, car ils ont été transformés en « travailleurs libres », c'est-à-dire qu'ils restent volontairement ( ? ) en Allemagne et qu'ils touchent un salaire normal. On doit donc noter de fortes différences de statut entre les prisonniers enfermés dans un oflag ou un stalag, oisifs, mal nourris et pas chauffés, entre ceux qui travaillent à l'extérieur, mieux alimentés et disposant d'une certaine autonomie, et entre les travailleurs libres.
 La paix revenue, tous les anciens prisonniers, quelle que soit la date de leur retour, quel qu'ait été leur statut final, se regroupent dans une puissante association, qui, pour la ville seule, compte 460 adhérents ( le Courrier de l'Ouest, 17 décembre 1945 ).

2) Les relations épistolaires

 Dans la période de grande inquiétude de 1940, paraissent dans les journaux des listes permettant de localiser certains prisonniers. Puis une carte sommaire offrant quelques formules à cocher permet au captif de donner à sa famille quelques nouvelles et son adresse. Ainsi s'établit une correspondance régulière, en franchise postale, habituellement mensuelle, sur des formulaires familiaux de petit format. La libération de la France n'interrompt pas complètement les liaisons postales, qui sont assurées par la Croix-Rouge internationale.
 A signaler aussi les photos de groupes de prisonniers prises dans des stalags et publiées dans la presse locale. Les nouvelles circulent donc assez bien. Dans tous les cas, les prisonniers demandent des compléments de nourriture et des vêtements chauds. Ils ont besoin d'être assistés en permanence.

3) Les associations d'aide aux prisonniers

 La guerre s'éternisant, par délibération du Conseil municipal du 28 mars 1941, est créé le " Comité d'entr'aide aux prisonniers de guerre ", association fonctionnant sous le régime de la loi de 1901, tout en étant sous la tutelle de la ville. Le maire en est le président de droit ; Gautron, un employé du bureau militaire de la Mairie, en est le secrétaire ; les bureaux et les stocks sont installés 8 rue des Payens, dans une maison louée par la ville ; le comité reçoit une subvention municipale. Il envoie aux prisonniers des livres et surtout des colis alimentaires de 2,5 kg ou de 5 kg.

Confection de colis pour les prisonniers en 1941
Cette équipe de bénévoles confectionne des colis pour les prisonniers en 1941. Sont identifiés de droite à gauche : Mae Baeza de Frias, dernière à droite ; après une inconnue, Mademoiselle Julienne, fille d'un avocat ; au centre, un prisonnier nommé Andréani, chef de corvée au Stalag 181 ; après deux inconnues, deuxième debout à partir de la gauche, Monique Simon, étudiante, qui a joué un rôle important dans les évasions de prisonniers et qui a été déportée à Ravensbrück.
( collection Frédéric de Frias )

 En juin 1941, mois où il commence à fonctionner, le comité envoie vers l'Allemagne 955 colis contenant des sachets de bouillon KUB, des biscuits, des petits pois, du sucre, des miettes de thon, des sardines, des casse-croûte, du chocolat, du pain d'épices et du tabac ( A.M.S., 5 H 23 ). Pour Noël 1942, il expédie par la gare 750 colis de 5 kg. Ces colis causent bien des soucis ; il faut réquisitionner des denrées, afin de les constituer ; ils sont souvent pillés en cours de route ; plus grave, certaines familles viennent percevoir des vivres destinés à compléter leur colis particulier, mais elles gardent les denrées pour elles.
 A côté de cet organisme officieux, fonctionne une autre oeuvre, la " Famille du Prisonnier ", liée au Secours national. Elle est animée par l'avoué Louis Gazeau, qui avait été libéré en qualité de membre du Conseil municipal et qui se dépense pour secourir ses anciens compagnons d'infortune. Il effectue des enquêtes sur les nombreux disparus et facilite les démarches administratives, souvent très complexes. Louis Gazeau fait tourner à peu près seul l'association jusqu'au 24 juillet 1944, jour où il est arrêté à la suite d'une dénonciation ( il décède en déportation ).
 Un arrêté ministériel du 7 juillet 1943 oblige les associations existantes à s'intégrer dans la Croix-Rouge et à devenir l'unique comité local d'une organisation appelée " Croix-Rouge française, Comité central d'assistance aux Prisonniers de Guerre en captivité ".Exposition philatélique au profit des prisonniers. Bois d'Henri Cordier. Cachet spécial. Cet organisme est très hiérarchisé et assure lui-même la confection et l'envoi de colis aux prisonniers ; dans ce cas, le comité local de Saumur se contente d'établir les étiquettes et paie les dépenses. Ce dernier dispose d'un gros budget, qui dépasse 600 000 F en octobre 1943. Au total, selon Girouard, les organisations de Saumur ont envoyé 12 500 colis et dépensé un million de francs.
 Elles reçoivent des aides de l'Etat et de la commune ; le sous-préfet leur donne le reliquat des sommes collectées pour le repas de Noël 1940 au Frontstalag 181 ; en outre, elles « tapent » sans arrêt leurs compatriotes. Selon les procédés classiques, une kermesse implantée dans le manège Montbrun aurait rapporté 300 000 F ; une tombola et des épreuves sportives spéciales sont organisées. Des activités plus originales sont lancées. La Société des Lettres, Sciences et Arts monte un gala du livre et donne des conférences au profit des prisonniers. La très active Union philatélique saumuroise organise sa première exposition du 14 au 16 août 1943 ; à cette occasion, elle édite une carte postale bicolore, illustrée par des bois d'Henri Cordier et imprimée par Girouard et Richou. La troupe artistique du Collège et les tournées Désart et Ternay leur versent les bénéfices de leurs spectacles.
 On le voit : la cause des prisonniers de guerre rencontre un puissant écho.

 

 

4) L'aide aux familles de prisonniers

 Leurs familles sont également l'objet de toutes les attentions. Leurs épouses d'abord, dont la tenue est surveillée et commentée ( d'après ce qui filtre au travers des documents, un bon nombre ne supporte pas la solitude et cherche refuge dans des bras consolateurs ).
 Leurs enfants bénéficient chaque année d'un arbre de Noël particulier. A tour de rôle, les hôteliers et restaurateurs les invitent à un repas par groupes d'une vingtaine ; 3 893 petits convives auraient été ainsi reçus. Parmi eux s'ajoutent des enfants indigents désignés par les directeurs d'école. Ainsi, l'hôtel Terminus invite 20 filles le 13 décembre 1942, puis 20 garçons le 20 décembre ( A.M.S., 1 I 523 ).

 L'effort de solidarité est tel qu'il reste des vivres et de l'argent lors du retour des prisonniers. Chacun des revenants se voit remettre deux colis et une somme de 1 200 F placée sur son livret.

 

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