Chapitre 49 : 

 Les mentalités, la société et ses parias ( étrangers, francs-maçons et Juifs ) de 1940 à 1944

  
 « Il n'y a eu , en somme, en dehors de Saumur que fort peu d'occupants. Les destructions subies l'ont été beaucoup plus du fait des Anglais que des Allemands. Certes, on n'aimait pas ces derniers, mais on ne les voyait que très peu. Peu ou pas de pillages, peu ou pas de réquisitions abusives. Les cultivateurs ont continué de produire des denrées qu'ils vendaient à des prix qu'ils n'auraient jamais osé espérer. De bonnes années successives de vins ont enrichi prodigieusement les viticulteurs. Les commerçants ont pendant l'occupation décuplé leur chiffre d'affaires malgré les difficultés d'approvisionnement. On s'était installé avec une facile résignation dans la guerre et l'infâme propagande de Vichy avait réussi plus qu'ailleurs à persuader aux foules que nous étions définitivement battus et que l'avenir était dans l'orbe de l'Allemagne.
  « Cette propagande pénétrait d'autant plus la masse qu'elle s'adressait à une population douce, facile, respectueuse de toute autorité et ennemie du désordre et du bouleversement. »

 Ce rapport est une parfaite illustration du concept de l'accommodation formulé par Philippe Burrin : les Français, et ici les Saumurois, se seraient résignés aux conditions de l'époque ; ils auraient survécu au mieux en évitant de prendre des risques ; sans aimer les Allemands, en détestant Laval, ils auraient accepté de vivre dans l'orbite du Reich. Ce tableau n'émane pas du premier venu, il est tracé en juin 1945 par le sous-préfet Pierre Capifali, installé à Saumur depuis le 13 décembre 1944 et lui-même résistant de la dernière heure ê (1). Ce jugement concerne l'ensemble de l'arrondissement et surtout sa partie rurale, alors que s'est manifesté un fort contraste entre ville et campagne. Ce chapitre cherche à préciser et à rectifier ces appréciations.
   

 

LES MUTATIONS DE LA SOCIÉTÉ

        

1) Une population en déclin 

 Pas de recensement durant la période de la guerre ; de ce fait, des résultats précis sont difficiles à réunir. En juillet 1942, les autorités allemandes demandent à la préfecture un état détaillé de la population. Cette dernière dresse un tableau donnant 477 690 habitants pour le Maine-et-Loire et 18 158 pour la ville de Saumur ; on reconnaît là les résultats du recensement de 1936 ; les services se sont contentés de recopier de vieilles statistiques, sans chercher à les mettre à jour.
 Cependant, les responsables administratifs et la presse tombent d'accord pour constater une chute démographique. Le Petit Courrier du 23 décembre 1940 affirme : « La population de Saumur est tombée de plus de 17 000 habitants à un peu plus de 10 000 ». La ville a effectivement perdu les quelque 1 400 militaires de l'Ecole de cavalerie, ainsi que leurs familles ; 450 prisonniers sont retenus en Allemagne ; un nombre croissant de Saumurois part travailler au-delà du Rhin ou sur le Mur de l'Atlantique ; des familles ont quitté Saumur devant l'approche allemande et certaines se sont pas revenues, ou ont laissé leurs enfants à la campagne. En contrepartie, quelques centaines de réfugiés sont restés sur place, mais leur nombre ne suffit pas pour compenser les pertes. Tout de même, le Petit Courrier, qui ne donne pas sa source, annonce un résultat singulièrement bas...
 Heureusement, le bureau de Ravitaillement tenait mois par mois la statistique des cartes d'alimentation, statistique malencontreusement détruite, mais dont des fragments survivent. Ainsi, un état détaillé selon les catégories alimentaires est dressé au 1er avril 1941 ê (2). On peut le consulter pour l'ensemble de l'agglomération en cliquant sur ce lien. Avec 14 533 habitants, la ville aurait donc perdu 2 625 personnes par rapport à 1936 ( soit 15 % de sa population ), ce qui constitue un résultat spectaculaire et tout à fait vraisemblable, même si la statistique présente quelques bizarreries. Les communes associées connaissent une évolution de sens contraire, car elles bénéficient d'un retour à la campagne et elles ont accueilli une plus forte masse de réfugiés. L'ensemble de l'agglomération connaît un tassement moins marqué tombant de 24 442 habitants en 1936 à 22 464 en 1941.

 Un second total de mai 1943, toujours établi d'après les cartes d'alimentation ê (3), indique cette fois 14 607 habitants, parmi lesquels 11 248 inactifs ( enfants, femmes et vieillards ). La population n'aurait donc pas continué à fléchir au cours de la guerre, elle marquerait même une très légère remontée. Faut-il y voir un effet de la reprise de natalité qui se manifeste dans tout le pays à partir de 1942 et qui intrigue tant les démographes ?

Nombre de naissances enregistrées sur la ville de Saumur
 1938  1939 1940  1941  1942  1943 1944   1945 1946  
332  376  356  301  356   383 376  450  683 

Source : Etat civil de la ville de Saumur 

 Le nombre des naissances à Saumur est parfaitement en harmonie avec l'évaluation du Dr Biraben pour la France entière & (4). La chute marquée de 1940-1941 est facilement compréhensible, mais, alors que les démographes s'attendent à un résultat stationnaire, comme ce fut le cas en 14-18, le nombre des naissances remonte nettement en 1942 ( ce qui pourrait correspondre à un simple report des naissances désirées les années précédentes ) et spectaculairement en 1943 ( où tous les nombres antérieurs sont battus ). On aurait donc ainsi pour 1943 un taux de natalité de 26 ‰, taux qu'il convient de pondérer, car toutes les familles de nouveaux-nés n'habitent pas Saumur. En tout cas, dans les années noires de la guerre, alors que tant d'hommes sont absents, s'opère une nette reprise de la fécondité, ce qui correspond à un changement des mentalités. Elle suffit à expliquer la légère remontée de la population. Surtout, elle annonce le spectaculaire baby-boom de 1946, caractérisé par le doublement des naissances par rapport à 1938.

 L'état de santé d'une population, minée par l'insuffisance de la nourriture et du chauffage, n'est sûrement pas fameux ; on ne signale cependant pas de grandes épidémies, à part des poussées de dysenterie et de diphtérie ( A.D.M.L., 97 W 80 ). Le corps médical est fourni : 18 médecins de ville au 1er janvier 1941, plus quelques chirurgiens et spécialistes à l'hôpital. Il n'est pas loin des nombres d'aujourd'hui et le syndicat des médecins, puis le conseil de l'ordre s'efforcent de le réduire. Quelques praticiens s'installent et repartent aussitôt. A l'inverse, on ne compte que trois chirurgiens dentistes.
     

2) L'évolution des groupes socio-professionnels

  A partir des remarques dispersées dans les rapports et dans les journaux, il est possible d'esquisser à grands traits l'évolution des groupes socio-professionnels de la ville.

a) Des contrastes renforcés - Le traditionnel conflit entre villes et campagnes se durcit au profit de ces dernières, qui sortent de la guerre enrichies et renforcées ; ce fait, évoqué par le sous-préfet Capifali, est bien perceptible dans le Saumurois. L'historiographie des années 2010 évoque une hostilité très précoce des milieux ruraux à l'égard du gouvernement de Vichy, fait que je ne constate guère dans le Saumurois ; sans avoir pu approfondir sur l'opinion des campagnes, je trouve des milieux frondeurs seulement dans les villages de la Côte, à Turquant en particulier ; le reste du Saumurois ne se détache de Vichy qu'avec l'application du S.T.O.
 Entre riches et pauvres, l'écart se creuse ; de nouveaux riches étalent une insolente prospérité, le marché immobilier semble très actif, des châteaux et des maisons bourgeoises changent de mains en grand nombre.
 Les stations balnéaires de la Côte atlantique sont interdites ; un reflux de Parisiens aisés s'opère vers Saumur et les villages des bords de Loire ; ces derniers, au mode de vie différent des provinciaux, se rendent vite impopulaires.

b) Les métiers liés à l'alimentation - En ville, les négociants et les distributeurs de fruits et légumes, les épiciers de quartier font de bonnes affaires, parfois en marge de la légalité, ce qui leur vaut des fermetures administratives temporaires. Ouvrir un petit commerce d'alimentation peut apporter d'appréciables revenus ; ne pouvant pas vivre sans une activité de complément, la mère de Josiane Davout se lance dans l'opération & (5).

c) Les médailles et les mousseux - Les industries traditionnelles vont très mal : patrons, employés, ouvriers, représentants sont tous dans une situation difficile, les ouvriers, payés à la tâche, étant réduits à la misère. Beaucoup recherchent des emplois de complément.

d) Les ménages à revenus fixes ( fonctionnaires, rentiers ) ne se portent guère mieux en raison de l'inflation galopante. Pour la région angevine, de 1939 à 1944, le prix du pain, le mieux contrôlé, augmente de 45 %, celui du beurre de 230 %, les oeufs 450 %, les pommes de terre 650 %. Malgré quelques primes de vie chère, les salaires et autres revenus sont loin d'avoir suivi.

e) Les magasins de luxe, qui vivaient dans l'orbite de l'Ecole de cavalerie, ont perdu leur principale clientèle, que quelques officiers allemands ne parviennent pas à suppléer. Le Comité de Libération a reproché à certains commerçants de s'être montrés trop empressés auprès des envahisseurs, sans pour autant réaliser de grosses affaires.

f) L'absence des militaires français - Grâce aux familles restées sur place, la ville suit les pérégrinations de l'Ecole de cavalerie. Cette dernière s'est d'abord repliée à Nohic, près de Montauban ; en septembre 1940, elle est réorganisée à Tarbes sous le nom d'Ecole militaire de la cavalerie, du train et de la garde ; dans le cadre de l'Armée nouvelle, elle pratique avant tout un entraînement sportif, émaillé par des séjours en milieu rural.
 Des bruits inquiètent les Saumurois : le 27 juin 1941, le chef d'escadrons Agnus demande une intervention au général Bridoux, alors délégué général du gouvernement à Paris, car des rumeurs annoncent que l'Ecole serait installée à Fontainebleau, voire à Alger. Le Conseil municipal du 21 juillet suivant envoie un voeu au Maréchal Pétain pour lui demander le retour de l'Ecole à Saumur « dès que les circonstances le permettront ». Le 12 septembre, le maréchal fait répondre aimablement « que dès que les circonstances le permettront ce voeu très légitime sera exaucé » ê (6).
 A la suite de l'invasion de la zone libre par les Allemands en novembre 1942, l'Ecole est dissoute, mais le Cadre noir, réduit à quelques instructeurs et à 200 chevaux, survit sous la forme d'un manège civil, qui est d'abord implanté dans le Lot, à Anglars-Juillac. Cependant, au début de février 1943, la presse annonce qu'il va être transféré à Fontainebleau. Pourquoi pas à Saumur ? Le maire et ses adjoints adressent une nouvelle requête dans ce sens au maréchal Pétain le 10 février 1943.
 Le Cadre noir prend le nom ( prophétique ) d' Ecole Nationale d'Equitation et est effectivement transféré au quartier du Manège, à la plus grande satisfaction des Bellifontains ; le Petit Courrier l'annonce le 21 septembre 1943. Sitôt la Libération, le 19 octobre 1944, Robert Amy demande au ministre de la Guerre son retour à Saumur et il obtient une entrevue pour le 10 novembre. Le ministère lui promet ce retour, en précisant que pour l'instant, Saumur ne recevrait que des chevaux mécaniques ( le Cadre noir n'est arraché à Fontainebleau qu'en 1946 ).
   

 3) Une activité culturelle maintenue

  Dossier 1 : Spectacles et conférences pendant l'Occupation

  Les autorités locales et les associations s'efforcent de maintenir des activités culturelles aussi vivantes qu'avant guerre, malgré les obstacles matériels et les autorisations qu'il faut quémander auprès des autorités allemandes. Le théâtre organise des saisons chargées, les deux cinémas tournent à plein, les conférences culturelles sont très fréquentées. Ces faits sont développés dans le dossier ci-contre.
 Il n'y a pas de rupture avec les activités d'avant guerre, seulement une inflexion vers le traditionalisme et un goût prononcé pour l'histoire ancienne de la province d'Anjou.
 Les tapisseries des églises sont entreposées dans les souterrains du château et sont sauvées ; les livres les plus précieux de la bibliothèque municipale et de l'Ecole de cavalerie sont mis en lieu sûr. Les souvenirs de la collection Barbet de Vaux échappent aux convoitises allemandes. Le Secrétaire d'Etat à l'Instruction publique et à la Jeunesse se soucie même de rallonger la liste des monuments historiques : la Maison de l'Oratoire aux Ardilliers est classée le 27 décembre 1940 ( alors qu'elle est en ruines, sans doute pour rendre obligatoire sa restauration ), la crypte de l'ancienne église abbatiale de Saint-Florent est déclarée monument historique le 21 juillet 1942. D'importants travaux sont effectués sur la toiture de Notre-Dame de Nantilly, sur la flèche de l'église Saint-Pierre, endommagée par une tempête, après l'avoir été par des obus allemands, et aussi sur le rempart N.E. de la citadelle.
 A l'inverse, à l'intérieur du château, les collections sont laissées dans un coupable abandon ; le 19 février 1941, le sous-préfet se déclare consterné par la visite qu'il vient d'effectuer en compagnie d'un officier de la Kreiskommandantur ê (7) ; les vitres brisées ne sont toujours pas remplacées ; des objets épars jonchent toujours le sol ; les gardiens, qui ne font plus visiter, n'assurent aucune tâche.
 Toujours dans le domaine culturel, en 1938, un projet de films sur la vie de Balzac avait reçu de la ville une promesse de participation de 12 000 F, en contrepartie d'un tournage dans les rues de Saumur. Le film n'a pas été réalisé ; en 1941, le maire déclare que la municipalité est déliée de ses engagements.
  

 4) Ferveur religieuse

 Dossier 2 : Une influence catholique renforcée durant la guerre

  Ce chapitre qui traite des mentalités doit d'abord souligner la montée de la ferveur religieuse durant la guerre. Sur l'attitude politique des milieux catholiques, nous apportons une réponse nuancée : en majorité, ces derniers ont apporté un appui enthousiaste aux thèmes de la Révolution nationale et se sont tenus à l'écart de la Résistance. Cependant, une minorité très active a pris ses distances avec les consignes de Vichy et des évêques ; elle est passée aux actes et a subi une sévère répression.
   

LA JEUNESSE DANS LA GUERRE

  

 5) La grisaille scolaire

  Dossier 3 :  Un enseignement au ralenti

 Locaux glacés, nourriture parcimonieuse, pas même d'orange à Noël, coupures de courant, pieds gercés, chaussures éculées, ces impressions sont celles de toutes les enfances de guerre. Dans cet univers de pénurie, l'enseignement est sacrifié ( dossier 3 ).
   

 6) La mobilisation de la jeunesse

  Dossier 4 :  L'encadrement sportif par la Révolution nationale

  Le sport est privilégié, alors que les livres sont jugés nocifs. Selon les dires de Pétain : « La France a besoin que tous ses fils endurcissent leurs corps et trempent leur âme pour faire face aux rudes devoirs qui s'imposent à eux... Soyez les pionniers de la rénovation physique et morale ». D'où un sport et des mouvements de jeunesse solidement encadrés dans l'esprit maréchaliste.
 Voyons au dossier 4 l'application à Saumur de ces proclamations.

 

LE PÉTAINISME DE FAÇADE

    

 7) La Révolution nationale à Saumur

 

  Dossier 5 :  Les manifestations de la Révolution nationale

  Reconstituer l'opinion politique des Saumurois au cours de l'Occupation est une entreprise délicate. Nous ne disposons pas des fiches de contrôle de la correspondance, comme en zone libre. Les rapports de synthèse du sous-préfet sont intéressants, mais demeurent dans un style évasif ê (8). Seules les manifestations extérieures de la Révolution nationale nous sont bien connues, encore qu'il soit malaisé d'y détecter la part d'adhésion profonde des participants. Etre attentif aux dates, car l'opinion change vite sur quatre ans. Surveiller le vocabulaire : le maréchalisme correspond à un sentiment d'attachement et de confiance envers la figure paternelle de Pétain, alors que le pétainisme va plus loin dans l'adhésion ; il suppose le soutien des orientations du gouvernement de Vichy, qui sont réactionnaires, antirépublicaines, inégalitaires, racistes, antisémites et collaborationnistes.
 Le dossier 5 vise la grande masse des Saumurois. Seront étudiées à part dans les chapitres suivants les minorités agissantes des collaborationnistes et des résistants.
   

 8) Des oppositions croissantes

  Dossier 6 :  Le rejet progressif de Vichy

  Officiellement, la ville est pétainiste et les forces répressives, la presse, les institutions locales, tout concourt à maintenir cette image. Cependant, quand on scrute les rapports confidentiels des sous-préfets et des préfets, on y découvre l'aveu de l'existence d'oppositions souterraines, très isolées en 1940, franchement affirmées l'année suivante ; quand on recense la série des marques d'hostilité à la politique de Vichy, inscriptions, tracts, réunions, organisations, on constate une forte poussée à partir de mai-juin 1941 et un rejet massif à l'automne 1943.


LES EXCLUS

      

 9) Les étrangers, suspects sous tous les régimes

  Dossier 7 :  Les étrangers pendant la Seconde Guerre mondiale

  La guerre est impitoyable aux étrangers, surtout s'ils sont ressortissants d'un pays ennemi. Quel que soit le régime, les hommes sont enfermés dans un centre de détention, toujours mal organisé ; ensuite, les femmes sont habituellement libérées. Les neutres sont surveillés.
 Les étrangers sont recensés à plusieurs reprises : à partir de ces données, nous pouvons présenter leurs diverses nationalités et calculer leur nombre total, au demeurant très faible.
   

 10) Les francs-maçons, premiers boucs émissaires

  Dossier 8 :  Les francs-maçons de Saumur sous le régime de Vichy

  Le maréchal Pétain et les ligueurs d'extrême droite qui l'entourent affichent une violente animosité à l'égard des francs-maçons, qui sont les premières victimes de mesures de discrimination. Les loges sont fermées et vendues aux enchères. A Saumur, plusieurs frères, au moins deux, sont radiés de la fonction publique ; un climat de délation s'abat sur la ville.
   

 11) La persécution progressive des Juifs

  Dossier 9 : L'apparition de groupes israélites

 

 

 

 

  Dossier 10 :  Vers la solution finale

  A peu près absents de Saumur depuis des siècles, des Juifs réapparaissent dans les années 1930, sous la forme de plusieurs noyaux familiaux assez isolés. Leur nombre augmente avec les premières vagues de réfugiés de la Drôle de Guerre, si bien qu'un nombre significatif de 89 israélites est présent à Saumur et dans les communes associées lors du premier recensement d'octobre 1940, ordonné par les autorités allemandes et exécuté avec ponctualité par l'administration de l'Etat français, qui, de son côté, a promulgué un premier statut des Juifs.
 Ils sont de nationalité française à 88 % et majoritairement Alsaciens-Lorrains. Ils ne s'attendaient donc guère à la cascade de mesures discriminantes qui leur tombent dessus, aryanisation des biens, interdits professionnels, annulation des naturalisations, nouveau statut des Juifs du 2 juin 1941 à base religieuse, saisie des postes de radio... Les Israélites deviennent ainsi des parias et sont réduits à la misère ; un nombre élevé, conscient de la montée des périls, passe en zone libre ; à partir des rapports de police, on reconstitue assez bien les vagues de départs, mais fort peu les processus.
 Les premières arrestations se produisent de juin à septembre 1941, pour des raisons diverses. La conférence de Wannsee du 20 janvier 1942 met au point un plan de déportations massives ; le dispositif des transports est réglé en juin et le chef suprême des SS et de la Police en France, Carl Oberg, prend le relais de la répression de Vichy et met en oeuvre les mesures de la solution finale. Au préalable, le port de l'étoile jaune est obligatoire à partir du 7 juin. Dans la nuit du 15 au 16 juillet , une grande rafle aboutit à l'arrestation et à la disparition de 17 Juifs présents à Saumur et dans les communes associées. Une seconde vague de départs est constatée durant l'été, si bien qu'à la fin de 1942, il ne reste plus que deux Juifs dans l'agglomération. Le bilan final est lourd : sur les Juifs présents à Saumur et sa banlieue en octobre 1940, 23, soit 26 % du total, ont été exterminés.
   

 

  Déjà dure pour la vie matérielle, la période de l'Occupation a perturbé la vie en société, en favorisant les fortunes rapides, en imposant la réaction passéiste de la Révolution nationale, en caporalisant la jeunesse, en créant des catégories de parias, persécutés jusqu'à l'anéantissement.