1939-1945 : un enseignement au ralenti

 

1) Marasme dans l'enseignement primaire

 L'école de la rue du Prêche est en grande partie détruite par le bombardement de juin 1940. Les écoles maternelles de la rue Chanzy et des Violettes sont à plusieurs reprises réquisitionnées ; l'école de Garçons du quai Mayaud devient un hôpital auxiliaire jusqu'à la rentrée de 1940 ; les Récollets doivent héberger des soldats allemands à cinq reprises entre le 28 juin 1940 et le 16 mars 1941.
 Les locaux rétrécissent, alors qu'au début de la guerre, le nombre des élèves est en hausse ( A.M.S., 1 R 11 ; les effectifs de l'enseignement privé sont mal connus ). Les écoles publiques, primaires et maternelles, accueillaient 1 651 enfants au 3 janvier 1939 : le 25 novembre de la même année, l'effectif passe à 1 862, pour la simple raison que 223 enfants de familles déplacées sont venus s'ajouter. Par la suite, avec le départ des réfugiés, la chute de la population de la ville et l'envoi partiel des enfants à la campagne, le total retombe à 1 438 au 1er janvier 1942. L'effondrement est sérieux.
 Les maîtres sont eux aussi moins nombreux ; la fermeture des écoles normales défavorise leur recrutement. Des femmes remplacent des instituteurs prisonniers. Dans le domaine pédagogique, une nouveauté est introduite : un Diplôme d'Etudes Primaires Préparatoires précède le Certificat d'Etudes.
Dans cette grisaille, il convient de signaler les gros efforts déployés par la caisse des écoles, afin d'assurer un repas correct à des enfants mal nourris à la maison.
 Nettement à l'écart, l'Ecole Pigier fonctionne rue d'Orléans ; elle passe de la publicité dans la presse au sujet de ses cours et leçons d'allemand.

2) Les tribulations des collèges

 Tous les établissements secondaires sont perturbés. Après avoir servi en partie d'hôpital auxiliaire pour l'armée française, l'Institution Saint-Louis voit son premier étage réquisitionné par les Allemands, puis tous les locaux sont pris à partir de l'été 1942. L'établissement éclate sur plusieurs maisons, rue du Temple aux numéros 19 et 22 et au 47 Grande-rue ; les dortoirs sont dispersés dans des patronages.
 Le collège de Jeunes Filles subit des tribulations comparables. Les autorités françaises le transforment en entier en un hôpital auxiliaire de 100 lits, complétés par 50 lits pour les gazés, hôpital qui, sous les Allemands, accueille les malades du Frontstalag et qui est fermé en décembre 1940. Dès janvier suivant s'y installent des pontonniers travaillant sur le pont Cessart. Les Allemands renoncent à l'établissement le 21 mars 1941 ( A.M.S., 5 H 22 ).
 Pendant l'ensemble de cette période, les cours et les élèves externes descendent au collège de Garçons. La mixité n'est pas encore instituée, l'entrée de la rue Duruy est réservée aux filles et celle de l'avenue Courtiller aux garçons. Les cours ( au masculin et au féminin ) sont séparés et, comme les salles de classes ne sont pas assez nombreuses et que le total des élèves atteint 800, un système compliqué de rotations sur six demi-journées est mis en place.
 Cependant, l'unification est dans l'air : durant la période où le principal Espagnet est mobilisé, la directrice du collège de Jeunes Filles, Madame Dezaunay, elle-même ancienne élève de l'établissement, prend la direction des deux unités. L'internat des filles est alors tout simplement fermé.
 Après un réaménagement assez problématique, le collège de Jeunes Filles rouvre dans ses anciens locaux à la rentrée de Pâques 1941, mais, en manque d'équipements, l'internat ne reprend qu'en octobre 1942. Les locaux sont à nouveau réquisitionnés le 23 décembre 1943 pour héberger des S.S. Le matériel le plus précieux est déménagé à la hâte ; la reprise des cours de janvier est repoussée. Les pensionnaires vont s'installer dans une maison située 9 rue des Payens ; les externes du secondaire reviennent au collège de Garçons et les classes primaires finissent par s'implanter dans l'école de Filles de la rue Cendrière ( Petit Courrier, 3 janvier 1944 ; Anciennes Elèves du Collège de Jeunes Filles de Saumur. Bulletin des années 1938 à 1948 ). Le collège ne reprend une vie normale qu'avec la rentrée du 15 octobre 1944.
 Autre transformation : le ministère demande que les étabissements se placent sous l'égide d'un personnage offert en modèle à la jeunesse. Le Conseil municipal du 22 décembre 1941 charge Jules Baudry de réfléchir aux dénominations des deux collèges. Ce dernier demande l'avis de la Société des Lettres, Sciences et Arts du Saumurois, qui lui recommande Yolande d'Anjou, ainsi que nous l'avons vu plus haut. Le Conseil municipal propose donc ce nom le 26 janvier 1942, ce qui est accepté.
 Pour le collège de Garçons, le journaliste A. Girouard propose Joly-Leterme, alors que le sous-préfet avance le nom de Jean-Pierre Roimarmier, un lieutenant du Train tué à Gennes en juin 1940, ancien élève du collège, au temps où son père était sous-préfet. Aucun nom n'est retenu.

3) Des établissements somnolents

 Le gouvernement de Vichy entend réserver l'enseignement secondaire aux enfants des familles favorisées ; la loi du 15 août 1941 rétablit les frais de scolarité pour le second cycle, ce qui en écarte les milieux populaires. Au collège de Garçons, les effectifs sont modestes, mais l'école industrielle, toujours très active, attire des élèves de régions éloignées. Cinq classes primaires, de la 11ème à la 7ème, sont cotées et relativement chargées. Viennent ensuite des classes uniques de la 6ème à la 3ème. Dans le second cycle, la Seconde et la Première sont doublées par deux classes industrielles. Au sommet de la pyramide, une classe unique assure Mathématiques et Philosophie. Comme le collège de Jeunes Filles est encore moins chargé et qu'il manque de professeurs spécialisés, les demoiselles sont transférées dans cette terminale, qui devient mixte.
 En juin 1942, le cours Dacier annonce 4 reçues au baccalauréat Philosophie. En juillet 1943, Saint-Louis obtient 6 succès en Math-Elem et en 3 Philosophie ; la classe unifiée du collège de Garçons a 5 reçus en Math-Elem, 5 autres en Philosophie-Lettres, dont 4 jeunes filles, et 4 en Philosophie-Sciences, dont 3 jeunes filles.
 Au total pour l'ensemble de la ville, une production intellectuelle modeste.

 

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