L'encadrement sportif
par la Révolution nationale

 

1) De meilleurs équipements sportifs

 Après l'arrachage des vignes du Clos Coutard, la ville décide que le terrain servira pour le repli du stade municipal en cas d'inondation et secondairement de plateau pour le sport scolaire. Les aménagements, au demeurant de faible ampleur, sont réalisés sous l'Occupation ; ils sont inaugurés le 28 septembre 1943. Une simple cabane en bois sert de vestiaire.
 Depuis qu'en juin 1940, la salle Robert-Amy de la rue Seigneur a brûlé, la ville ne dispose d'aucun gymnase couvert, alors que le gouvernement ordonne la pratique intensive des sports. Le chef d'escadrons Agnus, adjoint aux sports, dans une démarche surprenante, se tourne vers l'administration d'occupation et lui demande la mise à disposition du manège Margueritte. Le commandant de la place, alors en pleine offensive d'amabilité et avec l'accord de ses supérieurs, accorde le manège Montbrun, situé dans un angle du Frontstalag ( voir plan de Saumur allemand ). Le dimanche 9 novembre 1941, la cérémonie d'inauguration de la salle, rebaptisée Stadium, est l'occasion d'une manifestation de sympathie , déjà évoquée, à l'égard des autorités militaires d'occupation.
 Sur une surface d'environ 1 600 mètres carrés et sous la devise " Travail - Famille - Patrie ", sont implantés des équipements divers, une barre fixe et des barres parallèles, des agrès, un sautoir, un ring de boxe, un terrain de basket ; les travaux ont coûté la somme limitée de 18 000 F. Quinze établissements scolaires, soit 2 000 élèves, l'utilisent pendant la journée ; ils ne doivent y accéder qu'en rangs et en bon ordre ; « la marche disciplinée et avec chants peut d'ailleurs constituer une excellente partie de la leçon d'éducation physique », écrit le Petit Courrier du 10 novembre 1941.
 Les activités sportives passant au premier rang de l'actualité, les Saumurois se préoccupent de disposer d'une piscine. Le Conseil municipal vote le principe d'en aménager une, sans plus de précisions ; des projets souvent farfelus fleurissent dans la presse. Finalement, une simple baignade scolaire est réalisée sur le Thouet, située un peu en amont du pont Fouchard et inaugurée le 25 août 1943. Equipée pour 79 680 F par l'inévitable entreprise Sainrapt et Brice, elle offre deux bassins entourés par des flotteurs et des passerelles en caillebotis ; elle est surveillée par un cantonnier maître-nageur ( Conseil municipal du 27 décembre 1943 ). Les crues de l'hiver suivant emportent l'installation, qui est rétablie l'été suivant. Après la Libération, quand la liberté de parole revient, des médecins de la ville font savoir que cette baignade est dangereuse pour la santé. Le Conseil municipal du 20 avril 1945 décide d'y renoncer.

2) Un cadre autoritaire

 Dans l'esprit de Vichy, la jeunesse doit être disciplinée et endoctrinée. L'apogée de cette politique est marqué par la visite de Georges Lamirand, secrétaire général de la Jeunesse. Le 8 décembre 1941, à 11 h 30, il s'adresse à plus de 2 000 jeunes gens enthousiastes rassemblés dans le stadium, ouvriers, étudiantes et étudiants, sportives et sportifs. « Vous devez être ce que j'appellerai de vrais jeunes, francs, loyaux, courageux, unis avec ferveur autour d'un chef glorieux... Etes-vous prêts à travailler de toute votre énergie pour la France ? » - « Un oui mille fois répété répond au Ministre, qui termine ainsi son discours, tandis que s'élève l'hymne au Maréchal », le Petit Courrier, 12 décembre 1941. Telle est la version officielle. Certains participants, obligés d'être présents et de répéter la veille, rapportent des souvenirs moins enthousiastes. Des garçons déformaient les paroles du " Maréchal nous voilà " :

« Une puanteur sacrée
   Monte du sol natal,
   Et la France emmerdée
   Te salue maréchal ».

 Moins grossières, des filles détournaient le refrain :

« Tu nous as redonné l'espérance,
   La patrie renaîtra,
  Général, général, nous voilà »
    E. Suaudeau, Fillette de guerre, p.  81.

 Après un rapide déjeuner pris avec 22 convives à l'Hôtel du Roi-René, le ministre visite l'institution Saint-Louis, le collège municipal de Jeunes Filles et l'école industrielle. Vers 16 h, il prend la direction du centre rural de Jeunesse de Narcé. Le lendemain, à Angers, son discours est perturbé par les cris de " Vive de Gaulle ! » lancés par quatre étudiants en médecine.

 La charte des Sports du 20 décembre 1940 prévoit que pour recevoir une subvention, les clubs doivent mettre en oeuvre la politique du maréchal. Localement, le commandant Agnus a la haute main sur le Comité saumurois d'Union des Sports. Devant le Conseil municipal du 23 juin 1941, il ne fait pas mystère de son intention de réunifier les sociétés sportives ; compte tenu des idées de l'adjoint, il s'agirait d'un club unique aux orientations caporalistes et fascisantes. Dans leurs assemblées générales, les diverses sociétés décernent des éloges appuyés au maréchal et elles empochent les subventions, mais elles résistent à l'unification, le patriotisme de club ou de paroisse aidant. Aucune fusion n'est signalée.

 L'auberge de jeunesse avait été endommagée par les combats de juin 40. L'ancien comité de " l'Auberge saumuroise "' demande à reprendre ses activités ; il est éconduit par le maire en raison d'une forte présence socialiste et communiste. La municipalité met en place de nouveaux dirigeants, Maurice Remy à leur tête. Le 1er avril 1942, une circulaire du Centre laïque des Auberges de Jeunesse annonce que le commandement allemand vient de l'autoriser à reprendre ses activités : « Nous repartons sur les mêmes bases qu'autrefois, c'est-à-dire que nous restons profondément LAÏQUE et INDÉPENDANT. Seuls les israélites ne seront plus admis parmi nous » ( A.M.S., 2 R 4 ; admirez le hiatus entre les deux phrases ). En 1943, l'auberge, en partie retapée, dispose de 33 lits, mais ne manifeste pas une grande activité.

 Finalement, durant l'Occupation, l'Education générale et sportive a sûrement progressé dans les écoles et les collèges en raison de ses horaires renforcés. Les nombreux clubs poursuivent leurs activités d'avant guerre ; autorisées par les Allemands, les courses cyclistes locales se déroulent normalement, comme si de rien n'était.

 

DOSSIER
PRÉCÉDENT