La prise de Saumur ( avril 1203 )    

    

1) Henri II Plantagenêt harcelé par sa famille

 Le roi Henri II doit sans cesse faire face aux révoltes de ses fils et aux intrigues de son épouse, Aliénor. En 1175, « il renforça ses châteaux d'Anjou par des gardes et des vivres », note Benoît de Peterborough. Depuis l'hiver 1188, le vieux roi, malade, séjourne dans la région, aux prises avec Richard Coeur de Lion ; le 2 juillet 1189, il est revenu à Saumur et il entame une négociation avec son fils, mais, dans un climat de drame shakespearien, abandonné de tous, il meurt peu après à Chinon.
   

2) Les guerres fratricides

Martin Aurell appelle le sénéchal " Thornham "

 Dans les luttes confuses qui suivent, Saumur est au coeur des combats. Le sénéchal d'Anjou, Robert de Turneham, tient la ville et est fidèle à Richard Coeur de Lion. A la mort de ce dernier, en 1199, le sénéchal, désemparé et conseillé par la reine Aliénor, remet la place à Jean sans Terre, qui, aussitôt, la constitue en douaire pour sa nouvelle épouse Isabelle d'Angoulême ( nous reviendrons plus tard sur ce douaire ). La décomposition de l'ensemble Plantagenêt est en cours.
   

3) Les intrigues de l'année 1202

 Le roi de France Philippe Auguste a prononcé la commise des fiefs continentaux de Jean sans Terre, et il en commence la conquête progressive en s'emparant une première fois de Tours, en 1202.
 A ce moment, Jean sans Terre guerroie dans la région et séjourne longuement à Saumur, qu'il confie à un nouveau capitaine, " Guillaume, fils de Jean ". Mais il accumule maladresses et provocations : il arrête - puis exécute - son neveu et rival Artur de Bretagne ; il se brouille avec le puissant et retors Guillaume des Roches, seigneur de Sablé et sénéchal d'Anjou.
 Au cours de l'hiver 1202-1203, Philippe Auguste mène d'habiles négociations et parvient à se concilier la majeure partie des grands barons de l'Ouest et, en particulier, Guillaume des Roches.
    

4) La prise de Saumur

 
Alexander Cartellieri, Philipp II August, König von Frankreich,t. IV, 1, 1921, p. 152, note 3, propose le milieu du mois d'avril.

 Ce dernier passe à l'offensive en même temps que le roi, le jour de Pâques 1203, le 6 avril. Dès le lendemain, Guillaume des Roches s'empare de Beaufort, sans combat. Le roi de France, parti de Paris, passe par Tours et descend la Loire en bateau ; avec une armée renforcée par des Bretons et des Angevins, il s'empare de Saumur, sans grande difficulté, aux environs du 20 avril. Après un siège selon les Annales de Saint-Aubin, sans aucune résistance, selon d'autres chroniqueurs.
 Cette dernière version est la plus probable, car Jean sans Terre n'avait pas les moyens militaires de laisser des garnisons étoffées dans ses places et " Guillaume, fils de Jean " s'est probablement rallié sans combattre. En effet, tout près, Châteauneuf [ sur-Sarthe ], qui avait résisté, fut rasé par le roi ; or, rien de tel n'est signalé pour Saumur.
    

5) Une conquête définitive

 Philippe Auguste et Jean sans Terre reprennent alternativement Angers et Chinon, et les combats se prolongent dans la région jusqu'en 1214. Saumur demeure sans interruption aux mains du roi de France. La place présente peut-être alors peu d'intérêt ? Ou bien est-elle confiée à de bonnes mains ?
 En juillet 1205, « Robert de Bomiez », de Saumur, reçoit de Philippe Auguste une rente annuelle de 150 livres, à percevoir sur la foire de mai, moyennant le service afférent à l'hommage lige ( Actes de Philippe Auguste, t. 2, 1943, n° 912 ). Le document n'en dit pas davantage, mais suggère quelques pistes.
 Il s'agit sûrement de Robert de Boumois, mais je ne sais s'il descend de la famille Roinard. Je suppose qu'il se voit confier la garde du château, car cette somme de 150 livres correspond à la moyenne des appointements. En tout cas, « Robertus de Bometo » perçoit encore cette somme en 1234 ( Recueil des Historiens des Gaules, t. XXII, p. 576 ). Cependant, en 1260, un autre Robert de Boumois renonce à cette rente héritée de ses « ancesseurs » ( A.N., J. 178, n° 29 ). Il a reçu en héritage la seigneurie de Montfaucon, et je suppose qu'il renonce alors à la garde du château.