Un nouveau découpage pour l'Anjou ?    

  

Voici quelques jalons qui marquent les ébauches de nouveaux découpages.
   

1) Le fief de Guillaume des Roches

 Par ses liens avec les grands barons de la région, Guillaume des Roches a joué un rôle décisif dans la conquête de Philippe Auguste.
 Il avait d'abord été nommé sénéchal de l'Anjou et du Maine par Artur de Bretagne, charge que Philippe Auguste lui confirme " in feodum et hereditatem - en fief héréditaire ", au mois de mai 1199 ( Actes de Philippe Auguste, n° 608 ). Les combats contre Jean sans Terre se prolongeant, Guillaume des Roches reçoit, en mai 1206, le titre de garde de toutes les places importantes de la région. Devient-il trop puissant ? Aussitôt après, Philippe Auguste lui retire, à compter de Noël 1206, Tours, Chinon, Loudun et Saumur, avec leurs dépendances, « Salmurum cum prepositura », mais il lui laisse Angers et les places voisines, ainsi que Baugé ( Actes de Philippe Auguste, t. 3, 1966, n° 963 ).
 Ce nouveau découpage peut s'expliquer par les nécessités de la guerre en cours, mais il est maintenu pendant une quarantaine d'années, comme si les rois de France cherchaient à remodeler leurs provinces : un Anjou réduit étant confié à Guillaume des Roches et à ses héritiers, tandis que la Touraine englobe Saumur et Loudun.
   

2) Un grand bailliage de Touraine

John W. BALDWIN, Philippe Auguste et son gouvernement, 1991, p. 303 / A.D.M.L., H 2136

 Guillaume d'Azai succède à Guillaume des Roches dans la partie orientale de son fief ; en 1209, il porte le titre de « Samuri, Pictavie et Turonie baillivus - bailli de Saumur, Poitou et Touraine ». Les titres de bailli et de sénéchal se confondant, on le retrouve "  sénéchal de Touraine " en 1219. Omniprésent, il intervient dans une affaire de Saint-Florent avec le simple titre de " prévôt de Saumur ".
 Parmi ses représentants locaux, Robert, puis Colin de Crespières rendent la justice à Saumur, avec le titre de " bailli-prévôt " ( vers 1211-1232 ).
   

3) Le Traité de Vendôme ( mars 1227 )

 

 

Jacques LEVRON, Pierre Mauclerc, duc de Bretagne, 1935

 Ce même découpage militaire et judiciaire réapparaît après la mort de Louis VIII ( 1226 ). En effet, Blanche de Castille prend la régence et les grands vassaux, fort misogynes, veulent en profiter pour retrouver leur autonomie locale. 
 Parmi eux, l'étrange Pierre de Dreux, dit Pierre Mauclerc, devenu comte de Bretagne. Membre de la famille capétienne, cousin de Philippe Auguste, il a épaulé ce dernier dans ses combats contre Jean sans Terre ; en avril 1214, il était venu à Saumur réunir les forces qui allaient peu après l'emporter à la Roche-aux-Moines. Désormais, il se montre très gourmand et très actif dans la révolte.
 La reine-régente doit lui accorder le traité de Vendôme, un accord de réconciliation en apparence très généreux, mais rédigé en termes alambiqués et méfiants. Agissant au nom de sa fille promise à un jeune frère de Louis IX, le comte de Bretagne pourra occuper les villes d'Angers, Baugé, Beaufort et leurs dépendances, mais pas Saumur ni Loudun, qui restent sous le contrôle du jeune roi ( Teulet, Layettes, t. 2, 1866, n° 1922 ).
 L'Anjou est donc toujours éclaté et les Capétiens semblent beaucoup tenir à Saumur. Les nouvelles fortifications du château sont-elles récemment construites, comme le pense Hubert Landais ? Ou bien les Capétiens sont-ils guidés par la logique du nouveau découpage ?
 Quant au traité, c'est un chiffon de parchemin. Dès l'année suivante, Pierre Mauclerc se remet à comploter avec le roi d'Angleterre.
   

4) 1246, l'apanage d'Anjou

 En 1238 encore, Pierre Baron est " bailli de Touraine et d'Anjou ", mais la nouvelle configuration des provinces cesse en 1246 avec la création de l'apanage d'Anjou. La province est alors clairement réunifiée et associée au Maine, qui en pratique passe sous son ascendant, et cela pour deux siècles.