Les milices au service des Allemands

 

 Faute de documentation détaillée, voici quelques fiches sur les divers groupes d'auxiliaires de police qui travaillent pour les occupants, à Saumur, en 1943-1944.

1) La Garde des Voies de Communication

 Les premiers G.V.C., formés de Saumurois bien plus attirés par les salaires que par la volonté de répression, et parfois saboteurs eux-mêmes, sont doublés en mars 1943 par une garde spéciale, formée de volontaires venus d'ailleurs et ouvertement fidèles aux occupants. Sans cesse renforcées et armées, ces gardes nocturnes quadrillent la région d'un réseau très dense.

2) Le groupe d'action du P.P.F.

 Les trois jeunes gens du P.P.F. sont bien connus par la police et la gendarmerie. Protégés par un ausweis allemand, ils rôdent la nuit pour coller des papillons, tracer des inscriptions ou opérer des mauvais coups.

3) La Milice Révolutionnaire Nationale de Joseph Darnand

 Créée à Vichy pour la zone Sud en janvier 1943, la Milice est une organisation politique, policière et paramilitaire qui marque la fascisation du régime. A Saumur, elle est préparée par le Front Révolutionnaire National et recrutée par Eugène Souchet, à partir de mars 1943 ( A.D.M.L., 97 W 26 ). Ce dernier se vante d'avoir enrôlé une quarantaine d'hommes, nombre que le commissaire de police ramène à trois ou quatre.Petit Courrier, édition de Saumur, 29 avril 1943 Aussi Souchet renouvelle-t-il souvent ses appels au volontariat. Dans le Petit Courrier du 29 avril 43, il annonce clairement ses intentions policières : surveiller la répartition du ravitaillement, envoyer en Allemagne « les ennemis du travail ». Le long communiqué se poursuit par une phraséologie confuse, en même temps anticommuniste et révolutionnaire : « La MILICE combattra de toutes ses forces les meneurs du BOLCHÉVISME en même temps que le Capitalisme Libéral, en un mot elle sera SOCIALISTE.
 Jamais les Miliciens n'accepteront d'être les Matraqueurs des ouvriers ni les chiens de garde du Capitalisme ».
 Comme le M.S.R. a perdu sa permanence, on se fera inscrire au magasin Souchet, 25 rue de la Tonnelle.
 En réalité, à Saumur, la Milice n'existe qu'en pointillés. D'ailleurs, elle n'est officiellement créée dans l'ancienne zone occupée qu'en janvier 1944. Le 10 juillet de cette même année, le dirigeant de la section de la L.V.F. fait savoir au sous-préfet que son groupe passe dans la Milice. Renfort insignifiant, qui cache une dissolution.
 Entre temps, Souchet a abandonné le navire en perdition ; il a cédé son commerce en février 44 et est parti tenir un hôtel dans l'Yonne, laissant sans chef ses quatre miliciens.
 Les fiches de l'épuration ( A.D.M.L., 181 J 62 et 65 ) nous donnent leurs noms et révèlent qu'il s'agit d'un groupuscule très hétérogène, trop faible pour accomplir des actions d'envergure. Ils n'ont pas perpétré l'un de ces assassinats qui marquent l'histoire de la milice à travers le pays. En tout cas, dans leur uniforme noir, mais sans arme, ils assistent les dernières troupes allemandes et cherchent à terroriser la population. Comme partout ailleurs, ils sont haïs par les Saumurois ; redoutant un mauvais parti, ils s'enfuient à la veille de la Libération et sont activement recherchés par la suite. Celui qui est présenté comme le plus violent et comme un actif dénonciateur, un entrepreneur de menuiserie de la rue Hoche, est particulièrement honni ; sa maison avait été dégradée à deux reprises.
 [ Il est repéré à Saint-Calais, où deux habitants armés vont l'arrêter dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1945 ; ils le ramènent à la maison d'arrêt de Saumur ; les autorités, qui ont de bonnes raisons pour redouter un lynchage, le transfèrent à Blois. Il est finalement condamné à 20 ans de travaux forcés. ]

4) Les gestapistes

 Les services du SIPO-SD, habituellement appelés Gestapo, disposent tout au plus de 2 500 policiers sur le territoire français, dont une douzaine seulement à Angers. Leur efficacité certaine n'est possible que grâce au renfort de volontaires français, nettement plus nombreux ( environ 26 à Angers ). Je ne trouve pas trace d'un Saumurois parmi eux, mais ils disposent d'un repaire dans la ville. Le café-tabac situé à l'angle de la route de Rouen et de la place de l'Ancienne-Gare est le lieu de rencontre des amis des occupants. Ils y trouvent toute la presse collaborationniste ; des informateurs, parfois appointés, y fréquentent les gestapistes venus d'Angers. Parmi ces derniers , le plus redoutable est Jacques Vasseur, un ancien étudiant d'Angers, d'abord interprète, ensuite promu au rang de chef de la section française de la Gestapo, à l'origine de centaines d'arrestations dans la région, connu pour ses ruses et sa férocité. La présence de Vasseur à Saumur est abondamment attestée.
 Un autre personnage aventureux y rôde aussi : Gilbert Edson, né en 1919 dans le Loir-et-Cher, fils d'un américain et d'une française. Devenu mécanicien, il s'engage dans l'aviation maritime, mais est condamné pour vol. Sous l'Occupation, il est volontaire pour aller travailler en Allemagne ; il déserte bien vite, préférant vivre en France de trafics et de rapines. Emprisonné à Fontevraud, il est libéré en juillet 44 par les occupants, qui l'emploient à leurs basses oeuvres. La Feldgendarmerie de Saumur le loge, le nourrit et lui verse en plus 2 500 F par mois. Tantôt en civil, tantôt en uniforme allemand, toujours armé, il réquisitionne des véhicules par la force. Il traverse la Loire en barque pour aller observer les positions des F.F.I. Ces faits sont solidement établis. D'autres accusations le sont moins : il aurait dénoncé Leteuil de Neuillé et le curé de Saint-Nicolas, il aurait provoqué l'arrestation des otages de la Croix Verte... Il s'enfuit avec les troupes allemandes, puis il parvient à entrer dans les services secrets français sous une fausse identité.
 [ Pendant ce temps, le 4 mai 1945, la Cour de Justice d'Angers le condamne à mort par contumace. Enfin démasqué, ce même tribunal le condamne à 10 ans de travaux forcés, 10 ans d'interdiction de séjour et à la confiscation de ses biens - La Nouvelle République du 6 juin 1946 ]

 La malfaisance de tous ces personnages est bien établie, mais ils sont en tout petit nombre.

 

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