Les amis de l'Allemagne nazie

 

 Après les violences verbales des partis et les menaces des miliciens, notre étude des milieux collaborationnistes aborde maintenant des groupements plus policés, surtout orientés vers la culture et vers la solidarité.

1) Le Groupe CollaborationLe Petit Courrier, 20 mai 1942

 Le Groupe Collaboration n'est pas un parti : prolongement du Comité France-Allemagne de l'avant-guerre, il est créé par l'écrivain Alphonse de Chateaubriant dans le but de mettre en valeur la culture allemande et de développer l'amitié entre les deux peuples. Il organise des conférences à l'intention du public cultivé ou prétendu tel ; il ouvre des ateliers d'expression artistique et donne des cours d'allemand.
 Son influence s'étend au-delà des partisans fanatiques du collaborationnisme et touche la bourgeoisie pétainiste et anti-anglaise. Le sous-comité du Maine-et-Loire rencontre un réel succès et réunit de 496 à 550 membres. Il fait de la publicité dans le Petit Courrier ( édition de Saumur, à droite ). Très actif à Angers et à Cholet, il n'a pas de comité constitué à Saumur et pas de siège. Ses adhérents locaux, au nombre de six, d'après les dossiers de l'épuration, reçoivent le journal de l'organisation, mais ne se manifestent pas davantage. Trois d'entre eux ne renouvellent pas leur adhésion en 1943, quand le Groupe Collaboration durcit le ton et fait de la propagande en faveur de l'alliance militaire au sein d'une nouvelle Europe.

 

2) Le Comité Ouvrier de Secours Immédiat

 Tout part du bombardement du 26 juillet 1942, qui fait un mort et endommage cinq maisons. Le Comité ouvrier de Secours immédiat se constitue peu après, afin de secourir les victimes et de leur donner des fonds sans procédure complexe ( le Petit Courrier du 1er et du 11 septembre 1942 ). Il ouvre un siège local, 34 rue de la Petite-Douve et distribue des sommes appréciables, 68 288 F au 30 avril 1943 ( A.D.M.L., 97 W 26 ). A la même époque, il assiste aussi la nouvelle vague de réfugiés venus de Lorient et de Saint-Nazaire, à la suite des bombardements. Comme il se présente comme complémentaire du Secours national, de braves gens y adhèrent en toute bonne foi. Le maire Drouart ne donne-t-il pas l'exemple en devenant président d'honneur ?
 Cependant, le C.O.S.I. précise bien qu'il n'aide que les victimes des anglo-américains ; les gens, bien plus nombreux, qui ont perdu leur maison du fait des obus allemands n'ont droit à rien. Les actions du C.O.S.I. s'accompagnent de vives attaques contre « les oiseaux de mort du M. Churchill ». Son bureau est composé par six ténors du collaborationnisme ; Pierre Nidelisse devient secrétaire général du comité, qui apparaît à Saumur comme une vitrine proprette du P.P.F. Il dispose de fonds importants, provenant en partie d'une amende imposée aux Juifs. Il réapparaît au premier plan en septembre 1943, à l'arrivée d'un flux de réfugiés et de blessés nantais, et lors des grands bombardements de juin 1944.

3) L'Amicale des Femmes de Prisonniers

 Dans l'espoir d'obtenir une libération, quelques épouses de prisonniers adhèrent à une amicale, qui se révèle être une antenne du M.S.R. et qui reste sans vie.

4) Les Equipes nationales

 Mouvement de jeunesse créé par Vichy en juin 1942, les Equipes nationales n'ont peut-être pas leur place dans ce dossier, car leur attitude est plutôt ambiguë : très patriotes, elles ne prônent pas la servilité à l'égard des Allemands ; en même temps, leur langage est nettement fasciste. Parfois, elles participent à la résistance, parfois elles poussent à répondre au S.T.O.
 Une section a probablement existé à Saumur dans le but de relancer le mouvement scout interdit par les occupants. On ne la voit à l'oeuvre qu'après les bombardements de juin 1944, où 10 équipes de 5 jeunes gens participent au déblaiement et aident les sinistrés à récupérer des objets ( A.M.S., 5 H 12 ). Il est cependant possible que ces volontaires viennent d'ailleurs.

 Les divers groupements évoqués ci-dessus se diversifient donc selon un éventail allant de la germanophilie militante au pétainisme musclé.

 

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