Les résistances embryonnaires

 

 Cette section regroupe des faits qui méritent pleinement d'être qualifiés de "résistants", puisqu'ils correspondent à des actions visant l'occupant et, généralement, en lien avec la France libre ou les Britanniques. Cependant, individuels ou collectifs, ils ont un caractère temporaire et n'aboutissent à aucun groupement durable et structuré. Ils relèvent plus de la « résistance-mouvement » que de la « résistance-organisation ». Ils méritent, en tout cas, d'être énumérés et pris en compte, si l'on suit les points de vue très oecuméniques du Dictionnaire de la Résistance dirigé par Fr. Marcot.

1) Des initiatives de jeunes gens

 Le 24 octobre 1940, dans un rapport « secret et confidentiel » adressé au préfet ( A.D.M.L., 12 W 48 ), le sous-préfet Milliat révèle ce qu'il vient de découvrir grâce à ses informateurs particuliers ( il n'a qu'une médiocre confiance dans le commissariat de police ). Certains jeunes gens de Saumur, âgés de 16 à 19 ans, une douzaine environ, se réunissaient en secret à quelques kilomètres de la ville ; le promoteur de cette organisation ( baptisée " la Croix du Sud " ) était Louis, dit Loïc, Ancelin, fils du procureur de la République ; « il s'agissait de la préparation d'une milice clandestine de jeunes gens, destinée, lors du départ éventuel des troupes allemandes de la région, à en attaquer les arrières au moyen de munitions et d'armes rassemblées par ces jeunes garçons en plusieurs points secrets. » A noter que nous sommes en octobre 1940 et qu'il n'est pas question d'agir dans l'immédiat, mais seulement au moment de la libération. Cet objectif sera repris par le principal groupe de résistance de la ville, constitué plus tard.
 Un groupe rival avait été fondé par un fils d'une autre famille honorablement connue à Saumur, qui avait enrôlé deux amis. Ils sont surpris par les gendarmes des Trois-Moutiers en train de lacérer des affiches de propagande allemande et porteurs de près d'une centaine de kilos de grenades abandonnées par l'armée française dans une forêt voisine. La collaboration des polices fonctionne déjà : les trois jeunes gens sont transférés à l'Ortskommandantur de Loudun, où deux d'entre eux sont relâchés : le troisième « fut transféré à Poitiers, où il resta en prison pendant 6 jours, au bout desquels il passa en conseil de guerre et fut condamné à 200 marks d'amende ». Rappelons que ces jeunes Saumurois transportaient des grenades et que, selon les dires du sous-préfet, ils avaient constitué un petit stock caché dans une cave dans le roc, avec l'aide de jeunes cultivateurs.
 Bien que je sois gêné de me retrouver dans la navrante compagnie d'un borgne célèbre qui a déclaré qu'en « France du moins, l'Occupation allemande n'a pas été particulièrement inhumaine », il faut admettre que nos jeunes gens sont traités avec une réelle indulgence, alors qu'ailleurs d'autres seront fusillés pour bien moins. L'armée allemande est alors en pleine offensive d'amabilité, ainsi que nous l'avons raconté plus haut. Mais cette amabilité ne va durer qu'un temps.
 Toujours en ce mois d'octobre 40, trois jeunes gens de Fontevraud sont arrêtés par une patrouille allemande en forêt de Lerné ; ils sont trouvés porteurs de quelques cartouches françaises et d'une clé à mollette ; conduits à la Kreiskommandantur de Chinon, ils sont gardés à vue pendant 48 heures, puis relâchés, sans plus.
 Le sous-préfet convoque les jeunes de Saumur afin de les sermonner : « je leur montrai tout le danger et toute l'inutilité de pareilles tentatives, insistant sur la parole que nous avions donnée à nos ennemis d'hier de nous comporter loyalement avec eux et les mettant en garde contre les terribles représailles qui pourraient être exercées sur eux, sur leurs familles et sur tout le Saumurois ». En fin de rapport, il s'interroge : « j'ai l'impression très nette que nous nous trouvons en présence d'une tentative étrangère qui, par personnes interposées et sous prétexte de patriotisme, tente d'entraîner une partie de notre jeunesse vers des actions susceptibles de compromettre les efforts actuellement déployés par le Gouvernement ».
 Cet ensemble de faits, jusqu'ici totalement inconnus, prouve que dès octobre 40, des ébauches de réseaux de Résistance se mettent en place à Saumur, ce qui est très tôt. Egalement, quelques familles sont derrière ces initiatives de jeunes gens. Elles sont aussi déjà repérées par les autorités françaises et allemandes.

2) Les inscriptions séditieuses

 Encore des jeunes gens, et aussi des gamins, couvrent les murs de "V", plus tard surmontés par des croix de Lorraine. La campagne en faveur de ces graffiti est lancée par la B.B.C. en mars 1941 et elle produit aussitôt des effets à Saumur. En riposte, la Feldkommandantur prend une mesure pour l'ensemble du département : les propriétaires des maisons sont tenus de faire disparaître eux-mêmes les inscriptions et les papillons avant 8 h du matin ( Petit Courrier du 6 mars 1941 ). Ministre, préfet, sous-préfet et maire reprennent cette prescription.
 Dans un rapport au maire du 5 avril, ( A.M.S., 5 H 22 ), le commissaire de police écrit que les agents viennent d'effacer plus de 150 "V" rue de Bordeaux et dans le quartier central. Le symbole n'est pas encore pleinement fixé : « Peu ou point de croix de Lorraine, il n'y a que des "V" ».
 Ces inscriptions réapparaissent souvent dans les correspondances administratives de mars et avril 1941, bien que le rapport de police de la deuxième quinzaine d'avril affirme que ces griffonnages semblent en régression. ( A.D.M.L., 98 W 8 ). Comme on le devine, des jeunes gens sont aux avant-postes de cet activisme.
 Le 16 avril, quatre gamins de Saumur sont interrogés par les gendarmes pour avoir porté des inscriptions sur un autobus abandonné à Vernoil par l'armée française. Charles Martineau, 18 ans, graveur et fils de l'industriel Marcel Martineau, reconnaît : « j'ai écrit en gros caractères sur la carrosserie de ce véhicule, avec un morceau de craie que l'avais dans ma poche, " Vive de Gaulle ! vive la France libre ! " et, à côté, j'ai fait trois croix de Lorraine. J'ai fait ces inscriptions, parce que j'avais vu des inscriptions identiques un peu partout sur les murs de la ville de Saumur » ( A.D.M.L., 12 W 48 ). Les gendarmes sont allés effacer les inscriptions et remettre quelques pièces récupérées sur l'autobus. La condamnation n'est pas signalée ; selon le contexte, elle n'a pas du être bien lourde. Toutefois, le rapport de gendarmerie est expédié en six exemplaires, dont l'un destiné à la Kreiskommandantur de Saumur et un autre à la Feldkommandantur d'Angers...
 Le 24 juillet 1941, le sous-préfet écrit au procureur de la République que trois jeunes gens des Rosiers, de 15 à 21 ans, et trois jeunes gens du Puy-Notre-Dame, de 18 à 20 ans, vont lui être déférés pour inscriptions séditieuses et qu'il attend de lui des mesures coercitives, en application d'une circulaire du secrétaire d'Etat à l'Intérieur en date du 18 avril 1941 ( A.D.M.L., 12 W 48 ). Le procureur Ancelin lui répond qu'il ne connaît que le décret-loi du 1er septembre 1939, que les jeunes gens mineurs ne seront pas poursuivis, que ceux qui n'ont tracé que des "V", sans croix de Lorraine, seront seulement poursuivis en simple police pour dommage à la propriété d'autrui. Finalement, les plus touchés écopent de 100 F d'amende ; furieux, le sous-préfet dénonce au préfet l'invraisemblable faiblesse de la justice répressive à Saumur.
 Les Allemands viennent aussi troubler le jeu en adoptant le "V" comme symbole de leurs victoires sur le front russe. Pour provoquer les occupants, il ne faut pas oublier la croix de Lorraine. Le symbole se normalise, mais on en entend moins parler à partir de l'été 1941.

3) L'écoute de Radio-Londres

 Les émissions en langue française de la B.B.C., qu'elles soient sous responsabilité britannique ou sous responsabilité gaulliste, connaissent un réel et rapide succès, bien qu'à peine la moitié des foyers français soit équipée d'un poste. La radio émet à partir du 14 juillet 1940. Dans beaucoup de familles saumuroises, on la reçoit tous les soirs ( témoignages nombreux ). Dans les bureaux de la mairie, l'écoute est collective, à la grande colère du commandant Agnus. Les autorités d'occupation prennent une interdiction formelle le 10 octobre 1940, sous la menace de terribles sanctions ; le tarif le plus habituellement pratiqué par le tribunal de la Feldkommandantur s'élève à six mois de prison. Les fonctionnaires de Vichy les imitent : une ordonnance du 28 octobre 1941 interdit l'écoute des radios anglaises ou étrangères sous peine d'internement administratif, ce qui est encore plus sévère que les sanctions allemandes. Une précaution élémentaire est de déplacer l'indicateur du poste quand on ferme la radio, car c'est la première chose que vérifie la police en cas de perquisition. Cependant, comme nous l'avons noté en décrivant le tournant du printemps-été 1941, le préfet Roussillon est sans illusion sur « l'influence considérable sur l'esprit de la masse » joué par la propagande anglaise ; faire appliquer l'interdiction « exigerait un gendarme par foyer » ( A.D.M.L., 24 W 2 ). Il vaudrait mieux saisir tous les postes de radio, mais il est préférable de laisser cette décision impopulaire à l'occupant. Seuls les israélites sont victimes de cette interdiction par une ordonnance allemande du 13 août 1941 ; sept postes sont ainsi récupérés à Saumur.
 Cependant, écouter la B.B.C. n'est pas une preuve formelle d'adhésion à l'esprit de résistance, car les émissions sont vivantes et même souvent drôles, en dépit d'un désagréable brouillage sur trois notes ; les informations y sont plus précises que sur les radios concurrentes ; des vichystes peuvent écouter Londres à seule fin de se documenter.

4) La réponse aux consignes de la B.B.C.

 L'application locale des consignes données par la France libre est beaucoup plus révélatrice.

- Pour le 1er janvier 1941, les Gaullistes de Londres recommandent de déserter les rues de 15 h à 16 h, pour la zone occupée. Plusieurs appels sont lancés dans ce sens. A cette heure, des motocyclistes allemands et la police française patrouillent à travers la ville pour voir si les instructions de l'ex-général de Gaulle sont appliquées. Le sous-préfet rend compte que la circulation a notablement diminué, « dans certains quartiers, elle a même été complètement arrêtée » ( A.D.M.L., 97 W 25, 3 janvier 1941 ). L'influence de Radio-Londres est donc déjà marquée.

- Encouragée par ce réel succès, la France libre lance un nouvel appel pour le 11 mai, fête de Jeanne d'Arc. A Saumur, cet appel est relayé par le tract suivant, écrit sur du papier pelure et multiplié à cinq exemplaires au moyen de papier carbone ; trouvé dans une boîte aux lettres, il est envoyé par la police au sous-préfet le 8 mai ( A.D.M.L., 97 W 25 ) :

Tract gaulliste saisi le 8 mai 1941, A.D.M.L., 97 W 25
© Archives départementales de Maine-et-Loire

 Ce document présente un grand intérêt. Il est le plus ancien tract saumurois. Son texte, à trois minuscules variantes près, correspond au communiqué de la France libre , tel qu'il est publié dans Olivier Wieviorka, Histoire de la Résistance, 1940-1945, Perrin, 2013, p. 26, ce qui suppose que son auteur a écouté à plusieurs reprises la B.B.C. pour établir la formulation exacte.
 Il est difficile de mesurer le succès d'une action muette. Dans plusieurs villes, des foules silencieuses se sont rassemblées ; à Saumur, aucune manifestation observable n'est signalée par la synthèse policière ( A.D.M.L., 98 W 8 ). On ne trouve aussi aucun écho sur les mouvements semblables lancés pour le 14 juillet et pour le 11 novembre, sauf l'apparition de femmes habillées aux trois couleurs.

- Nous sommes mieux renseignés sur la grève de cinq minutes préconisée par Radio-Londres pour le vendredi 31 octobre 1941 à 16 h. Cette fois l'enjeu est de taille, puisque la France libre appelle à une double action, à la fois à une manifestation et à un acte de grève ( que la charte du Travail vient d'interdire ). Le général de Gaulle est venu la veille prononcer une allocution radiodiffusée en faveur de ce mouvement. Voir archives de l'I.N.A. :

http://boutique.ina.fr/audio/histoire-et-conflits/seconde-guerre-mondiale/PHD98200084/appel-a-la-greve-nationale.fr.html

 Egalement, le parti communiste soutient cette initiative. On est surpris que cette grève soit si peu étudiée.
 Le personnel de Vichy est mobilisé pour empêcher toute manifestation : les chefs de service, dans l'enseignement et à l'hôpital, adressent des mises en garde à leurs subordonnés ( A.M.S., 5 H 22 ). Finalement, seuls les 18 ouvriers de l'entreprise Sainrapt et Brice qui travaillent à la reconstruction de la troisième arche du pont Napoléon cessent le travail pendant cinq minutes. Furieux le sous-préfet y voit une action communiste et exige la liste des manifestants. Le préfet veut licencier tout le monde. Cependant, l'entreprise explique que les ouvriers ( venus de partout ) sont des spécialistes indispensables pour l'achèvement des travaux dans les temps prévus, ce qui importe par dessus tout aux Allemands. En fin de compte, seuls deux manoeuvres de Saumur sont licenciés et une enquête est diligentée sur trois ouvriers italiens ( A.D.M.L., 97 W 25 ).
 Au total, l'écoute de Radio-Londres est certainement massive. De là à passer à l'action... Les Saumurois, dans leur masse, pratiquent la manifestation par abstention et sans danger ; peu se lancent dans des gestes provocateurs, plus risqués.

5) Quelques actions spécifiquement gaullistes

 Pour les Saumurois, les appels venant des Anglais ou de la France libre restent souvent indifférenciés. Les premiers mouvements nationaux manifestent de la froideur à l'égard des Français de Londres, voire même de l'hostilité, comme Henri Frenay en 1941 : « Considéré dans son ensemble, nous estimons que le mouvement de De Gaulle est une erreur. Nous sommes convaincus qu'on défend mieux son pays en y restant qu'en le quittant ». Plusieurs familles de Saumur pensaient ainsi, si l'on en croit certains souvenirs. A l'inverse, dans quelques cas apparaît une référence précise à la personne du général de Gaulle, le tract ci-dessus, par exemple, avec sa référence militaire à " Honneur et Patrie ".
 Le 21 décembre 1940, le commissaire de police envoie au sous-préfet un rapport très confidentiel et très étrange ( A.D.M.L., 97 W 25 ). Deux fausses religieuses portant l'habit des soeurs de Saint-François auraient parcouru la ville en quêtant pour le général de Gaulle. Informé par une personne proche des troupes d'occupation, le commissaire pense que les Allemands auraient monté l'affaire « pour vérifier l'attachement possible de certaines personnes de Saumur à la cause de l'ex-général de Gaulle ». Pas une seconde, on ne croit à cette histoire d'Allemands déguisés en bonnes soeurs, qui constitue un des hoax les plus récurrents de l'année 40. Il faut cependant en retenir l'intérêt que les occupants et la police portent dès cette date aux partisans du général.
 En juin 41, des tracts gaullistes arrivent par la poste. En août, deux jeunes filles sont déférées au parquet pour propagande gaulliste et condamnées chacune à 100 F d'amende. En septembre, le rapport du préfet ( A.D.M.L., 24 W 2 ) parle d'une veuve, habitant rue Jules-Ferry, qui a commandé chez un photographe cent portraits du général de Gaulle en tenue de colonel. Selon une source, elle les vend ; selon une autre, elle les distribue gratuitement. Elle est en tout cas déférée devant la justice.

6) En 1942-1943 ?

 Les faits de tous ordres relatés plus haut se déroulent surtout en 1941 ; sans exagérer leur ampleur, on peut noter qu'ils surviennent au rythme de plus d'un par mois et qu'ils confirment le basculement de l'opinion à l'été 41. Dans les rapports de quinzaine de la police en 1942 et 1943, quelques distributions de tracts, quelques graffiti sont encore signalés, mais à une cadence nettement moindre à Saumur et dans ses environs. Par exemple, pour le 1er mai 1942, Radio-Londres invite les Français à passer devant les mairies à 18 h 30 ; à Angers, la police observe la présence de beaucoup de promeneurs, mais c'est un phénomène habituel. Elle ne signale rien sur Saumur ( A.D.M.L., 140 W 96 ). Les activités gaullistes signalées sont avant tout des lancers de tracts par avion, notamment " le Courrier de l'Air ". Les activités communistes enregistrées sont plus fréquentes, mais assez rares à Saumur et plus nombreuses autour de Turquant. Trois hypothèses explicatives peuvent être avancées.

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 Première explication : la police et la gendarmerie omettent désormais de rédiger des rapports sur des faits jugés minuscules et répétitifs.

 Deuxième explication : à partir de juin 1942, le durcissement spectaculaire de la répression des occupants et l'arbitraire de leur justice ont pu faire réfléchir les acteurs de cette résistance improvisée, en particulier les jeunes gens qui se croyaient intouchables. Dans le temps de la brutalité, nous évoquons les vagues successives d'arrestations ; elles touchent les Juifs en juillet 1942 ; elles cherchent à intimider la population en mars 1943 ; les grandes rafles se succèdent à partir de septembre 1943.

 Troisième explication : sans forcément condamner l'esprit de résistance, les maires ( parfois pris en otages ), les policiers ( qui ne peuvent pas être toujours bredouilles ), les dirigeants d'associations, les propriétaires des maisons ( qui doivent effacer les graffiti ), des résistants organisés eux-mêmes déconseillent les provocations inutiles, qui peuvent entraîner de terribles représailles.

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7) Les pigeons voyageurs

 De nuit, des avions britanniques volant très bas lancent des boîtes en bois ralenties par de petits parachutes. Il en tombe sur la ville de Saumur et dans ses environs, à Varrains, Allonnes, Saint-Martin-de-la-Place, Saint-Clément-des-Levées, à partir de juin 1943 ( A.D.M.L., 21 W 44 ), beaucoup le 10 août ( A.M.S., 5 H 40 ) et jusqu'en mars 1944.
 Méfiants, les gens les recueillent avec précaution, redoutant que la caissette renferme une bombe à retardement. Avec surprise, ils découvrent à l'intérieur un pigeon voyageur engourdi, un tube de grains pour le nourrir, des consignes rédigées en français et un questionnaire sur papier léger portant sur des points précis du dispositif militaire allemand, les effectifs, les unités, le moral, l'emplacement des batteries de D.C.A., les dépôts de carburants...
 Il est recommandé de laisser les pigeons se reposer quelques jours dans un lieu obscur, puis de les relâcher de jour, porteurs du bulletin de renseignements roulé dans un tube fixé à leurs pattes. Les troupes allemandes sont au courant, elles font récupérer par les pompiers un pigeon tombé sur le toit de l'hôpital.
 Pour Saumur et ses environs immédiats, nous avons des renseignements sur neuf pigeons qui ont été renvoyés, porteurs de renseignements et d'une signature codée. La B.B.C., dans ses messages camouflés, fait état de leur bonne réception, ainsi : « Benjamin Delessert est bien arrivé ». Sous leur apparence rocambolesque, ces faits sont solidement attestés par des témoignages oraux et par des vestiges matériels. Selon Audouin Le Marec, les Britanniques ont parachuté 16 554 pigeons sur le territoire français.
 En février 1946, l'ambassade de Grande-Bretagne à Paris cherche à recenser ceux qui ont renvoyé un pigeon. Des Saumurois envoient un témoignage précis, accompagné souvent du code d'identification. Ils reçoivent un certificat de reconnaissance délivré par le maréchal Francis Alanbrooke, chef d'état-major impérial.

Certificat de reconnaissance pour le renvoi de pigeons

 On ne sait rien sur la valeur des renseignements collectés. Plusieurs personnes se sont concertées afin d'envoyer une réponse commune. Cependant, le renvoi de pigeons est avant tout un acte de résistance individuelle ; il demeure dans la lignée de ce que j'ai appelé la résistance embryonnaire.

 

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