Quelques actions isolées des années 42-43

 

1) Engagements dans la France libre

  Un nombre appréciable de Saumurois rejoignent la France libre, dans des conditions souvent mal connues :

- Guy Menant, ancien député Jeune République de la Mayenne de 1932 à 1936, installé comme herboriste-bandagiste rue Beaurepaire, très actif à Saumur à la veille de la guerre, quitte la ville pour l'Afrique du Nord. Il devient secrétaire de la France combattante à Alger en 1943 [ après la guerre, il fait carrière dans la diplomatie ].

- Etienne Madelin, directeur du dépôt de Lille, Bonnières et Colombes, fils d'un général et neveu de l'académicien, animateur local de la Ligue d'Action française, honorable correspondant du Deuxième Bureau de Vichy, joue un rôle actif dans les évasions des prisonniers du Frontstalag, puis dans la préparation de l'installation de l'opérateur-radio Bernard Anquetil. Menacé d'arrestation, il quitte Saumur en avril 1941 pour passer en zone libre ; lors des combats de la libération, il dirige un maquis en Dordogne, avec le grade de lieutenant de vaisseau ; puis, revenu dans la région, il devient le commandant en second des F.F.I. du Maine-et-Loire.

- D'autres militaires combattent dans les unités de la France libre, comme l'amiral André Commentry - le jeune engagé Marcel Hamon, qui devient adjudant - Jean Claeys, parti pour le Maroc en février 1941 - une bande d'amis, Raymond Grellier, Michel Ruis, Georges Andrieu et Paul Clochard ( prisonnier évadé, fils de Narcisse, le futur maire ) partent rejoindre l'armée d'Afrique ; ils passent la ligne de démarcation le 12 octobre 1940, sont internés en Espagne, puis, via le Maroc, ils s'engagent en Algérie dans le 1er bataillon de choc du 1er régiment d'infanterie aéroporté ; ils font les campagnes de Corse, d'Italie, participent à la prise de Toulon, où ils retrouvent l'ambulancier de Marqueissac ; seul non-blessé, Michel Ruis va jusqu'à Berchtesgaden ( communication de Gilles Clochard ). Nous entrevoyons de nombreux autres combattants.

2) Des réseaux de passeurs

- Un petit groupe comprenant notamment Maurice et Lauriane Leteuil, de Neuillé, et William Huberdeau, mécanicien à Saint-Lambert-des-Levées, cache des aviateurs alliés et des réfractaires au S.T.O. ; il monte une filière de passages vers l'Espagne. Découvert en janvier 1944 par des agents doubles, des jeunes gens qui se disent réfractaires, tout le groupe est déporté.

- Ernest Tastet, commis des postes résidant 15 rue de la Maremaillette, a monté un réseau de passages vers la zone libre avec des amis de Gennes. Il est arrêté, porteur de ses économies, le 12 juin 1943 ( A.D.M.L., 303 W 294 ) [ Tastet décède au camp de Dora le 24 mars 1944 ].

- Nous n'avons que des renseignements fragmentaires sur ces actions : d'autres passeurs ont joué un rôle, certains d'une façon bénévole, d'autres à titre onéreux. Un groupe actif aide les réfractaires à s'enfuir, Albert Jouanneault et René Moreau, travaillant l'un et l'autre dans les services de la mairie, leur fournissent des papiers d'identité et des cartes d'alimentation.

3) Le groupe d'Emile Hanns

 Un tout jeune homme, Emile Hanns, né à Saumur en 1923, champignonniste, dont les parents habitent dans l'actuelle rue Robert-Amy, fonde le " Groupe France " avec quatre autres gavroches de son âge. Ils se révèlent ardents et activistes. Ils ont récupéré des armes abandonnées, que Jules Nau, de Varrains, se charge de dissimuler. Ils se répartissent les divers quartiers de la ville et ils passent très tôt à l'action, sans doute dès 1941 ( d'après leurs récits un peu hâbleurs parus dans la presse en 1945 ). Il est certain que le groupe a jeté une grenade dans la permanence du M.S.R., 2 rue Dupetit-Thouars, le 14 juillet 1942, vers 23 h 25 ( témoignage de Bernard Gastineau ) ; cette affaire suscite de nombreuses enquêtes. Une balle de revolver est tirée à travers un volet dans le plafond du bar " Dupetit-Thouars ", fréquenté par le M.S.R. ; le groupe a revendiqué cette action. Le 20 février 1943, une bombe explose sous la passerelle encore inachevée longeant le pont Cessart ; elle visait les conduites d'eau et de gaz, mais sans succès. Cependant, deux passants sont touchés, l'un est sérieusement blessé, l'autre, projeté dans la Loire, se noie. Personne n'a jamais revendiqué cet attentat peu signifiant et raté. Comme, à cette époque, il n'y a guère d'autres équipes actives à Saumur ( le P.C.F. est démantelé ; s'ils avaient monté le coup, les services allemands lui auraient donné une grande publicité ), je soupçonne le groupe France d'en être l'auteur... A l'été 1944, les jeunes gens rejoignent les petits maquis des environs.

  [ A la Libération, Emile Hanns est contesté. Il lui est reproché d'avoir adhéré au M.S.R. ; il répond que son but était de le surveiller et de le déstabiliser ( dans le Courrier de l'Ouest du 15 octobre 1945, Etienne Madelin confirme ces dires ). Hanns a travaillé pour la Kriegsmarine à Saint-Cyr-en-Bourg ; il répond qu'il y faisait du sabotage. Il a été arrêté par la Gestapo le 11 octobre 1943, emmené à Angers, relâché, repris à nouveau et finalement libéré ( A.D.M.L., 303 W 292 ). Ces élargissements engendrent toujours un peu de suspicion. Hanns préfère s'engager dans l'armée et devient lieutenant dans un commando parachutiste ; il décède en captivité au Tonkin le 6 janvier 1953 ].

4) Des actions individuelles

 Quelques arrestations par les Allemands pendant l'année 1942 peuvent être expliquées par des initiatives individuelles. Le cas le plus probable est celui d'Albert Bouvet, agent d'assurances, syndic de faillites et directeur urbain de la Défense passive, arrêté à son domicile, 23 rue du Temple, le 6 février 1942. Les Feldgendarmes se rendent directement à l'endroit où il avait dissimulé un pistolet et les munitions correspondantes, ce qui trahit une dénonciation ; les Saumurois accusaient une famille adhérant au M.S.R. [ Albert Bouvet, déporté, décède au camp d'Oranienburg ].

 A côté du parti communiste, quelques autres résistants agissent en 1942, dans des actions fragmentées et difficiles à tirer au clair.

 

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