Formation et fonctionnement du réseau saumurois

 

1) Une première tentative

 Le samedi 5 avril 1941 à 16 h, une réunion discrète se tient à l'entrée de l'impasse Combier, chez l'architecte Alexandre Bourge, président des Poilus d'Orient ; elle regroupe Etienne Madelin, qui avait joué un rôle important dans les récentes évasions du Frontstalag, Franck Roy, directeur de la Garantie et président des Mutilés de Guerre, et René Marnot, journaliste à la Dépêche du Centre, déjà engagé dans un réseau de renseignement. Jean Decker a été invité, mais il ne peut pas venir, car il doit photographier un mariage. « Les assistants envisagent de réunir le plus possible de camarades sûrs, en vue d'une action éventuelle contre l'envahisseur » ( source unique, R. G. Marnot, p. 65 ).
 Cette première ébauche d'un réseau ne va pas plus loin, car dès le lendemain, le commissaire Eprinchard convoque Marnot et lui dit qu'il sait tout sur la réunion de la veille. Un bavard a ébruité le projet, qui a aussitôt atteint les grandes oreilles de la police, heureusement en majorité sympathisante. Tout est mis en veilleuse.

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Cette présentation signale une partie hypothétique

2) Plusieurs groupes convergents

 Le réseau de Saumur ne ressemble pas aux organisations classiques de résistance, peu nombreuses, très hiérarchisées, très cloisonnées, telles qu'on en voit dans le domaine du renseignement, des filières d'évasions ou dans les organisations communistes. Au contraire, il entend devenir une organisation de masse. Dans la mesure où l'on peut reconstituer ses composantes originelles par les cercles de sociabilité, on repère quelques noyaux désireux de passer à l'action :

- un noyau d'anciens combattants, en général, officiers de réserve, et de militaires d'active, mus par le patriotisme et la germanophobie, autour de Pierre Raimbault, Alexandre Bourge, René Hulin, ancien maire de Varrains et titulaire de sept citations, l'ancien procureur Ancelin, actif dans les évasions du Frontstalag, Franck Roy, Daniel Durand-Lemazurier, grand blessé de guerre, le capitaine d'aviation Henri Mahé, chef des Gardes voies de communication, et le vétérinaire Paul Le Gal. Ce groupe, déjà à l'origine de la tentative de 1941, apparaît comme la base de l'organisation. Il est composé de notables pleins d'ardeur, mais pas très jeunes et souvent en mauvaise santé. D'après René Hulin, ce noyau s'est constitué en septembre 1942.

- un noyau de la fonction publique, qui déjà fabrique de faux papiers et de fausses cartes de travail, qui détourne de vraies cartes d'alimentation et qui est en liaison avec des filières de passeurs et des réfractaires au S.T.O.. Parmi eux, Albert Jouanneault, sculpteur devenu chef du bureau de ravitaillement, et André Moreau, employé à la Mairie.

- un noyau d'hommes de gauche, entretenant souvent des amitiés maçonniques, particulièrement sensibles aux positions idéologiques de Vichy et des nazis. A leur tête, René Roussel, directeur de l'usine à gaz et actif animateur sportif, Théophile Pelon, ingénieur et industriel, qui avait refusé de prêter serment à Pétain, Félix Pauger, directeur de l'école des Ponts, qui est recruté par son ami Roussel...

- à l'autre bord de l'échiquier, quelques hommes d'extrême droite sont présents. Ceux-là s'étaient un peu préparés à l'action clandestine avant la guerre, en s'entraînant au tir et en participant, selon la plus grande vraisemblance à un vol d'armes à l'Ecole de cavalerie. Cependant, ils sont sans leader, Jean Decker ayant été arrêté et Etienne Madelin étant passé en zone libre.

 Donc des milieux qui ne se fréquentaient pas et qui parfois se combattaient. Encore une fois, cette partie comporte une part d'hypothèse. Elle se fonde sur de rares allusions d'après guerre. Un isolé rejoint le groupe vers avril 1943 : René Marnot, qui est engagé par Bourge ( p. 167-168 ).
 Une première réunion se tient en février 1943 chez Malherbe, expert-géomètre, 3 rue du Petit-Mail, en présence d'Ancelin, Raimbault, Jouanneault et Lucien Pichard ( Marnot, p. 145 ).

- L'entente avec le groupe des gendarmes ne s'opère que dans un deuxième temps. Les gendarmes ont beaucoup à se faire pardonner ; ils exécutent les ordres de Vichy dans un esprit d'obéissance absolue, et même avec zèle, et ils fréquentent quotidiennement la Feldgendarmerie ; ils ont participé aux rafles des juifs ; ils ont appréhendé, de leur propre initiative, deux maquisards cachés dans la maison forte de la Bouchardière ; ils continuent à poursuivre les réfractaires au S.T.O. et à les conduire à la J.O.F.T.A. d'Angers. Sûrement dégoûtés par cette accumulation de basses besognes, certains gendarmes sont prêts à agir en sens contraire. En tête, le capitaine Aristide Royer, qui commande la section de Saumur et qui constate que tous ses subordonnés des deux brigades de la ville sont prêts à s'engager ; à la brigade de Montreuil-Bellay, trois gendarmes sur sept donnent leur accord ( Jacques Sigot, Automne 43, p. 12 ) ; ailleurs, Royer ne peut sonder chaque militaire individuellement, il se contente de l'accord des chefs de brigade. Ainsi, bon nombre de gendarmes ont fait de la résistance sans le savoir et l'ont découvert à leurs dépens. Le capitaine Royer a terminé ses préparatifs en avril 1943 ( selon le capitaine Viala ). Comme les gendarmes entretiennent des relations étroites et quotidiennes avec les gardiens du Centre de séjour surveillé de Montreuil, ils entraînent avec eux Jean Renard, sous-directeur de ce camp d'internement, et toute une équipe de Montreuil, en particulier Eugène Deschamps, marchand de bois et de charbon ( voir listes complètes dans Jacques Sigot, La résistance décapitée, Editions C.M.D., 2000, p. 9 et 10 ).
 Les gendarmes ont l'avantage de disposer d'armes légères, de véhicules, de liaisons structurées, du privilège de circuler pendant les heures de couvre-feu. Pour ces raisons, les fondateurs du groupe de Saumur tombent d'accord pour accepter le capitaine Royer comme chef militaire. Royer devient le chef réel du réseau ; il lui donne comme champ d'action l'étendue de sa section de gendarmerie, ce qui est bien vaste. Le canton de Vihiers en fait partie, alors que ses liens avec Saumur sont distendus ; un vieil instituteur se souvient : « Théoriquement, je faisais partie du groupe de résistance de Saumur, commandé par le capitaine de gendarmerie, qui d'ailleurs a été arrêté. Lacaze, de Saint-Paul-du-Bois, m'avait recruté. J'y étais entré à regret. On n'a jamais rien fait » ( Gérard Balesme, « Etre instituteur en Anjou sous l'occupation allemande », L'Anjou laïque, n° 47, 1999, p. 42 ).

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3) La structuration

 En mars 1943, les liens sont établis entre les groupes civils et la gendarmerie ; une importante réunion fondatrice se tient chez le procureur Ancelin, 15 rue de Bordeaux, en présence du capitaine Royer, de Pierre Raimbault et du lieutenant Jouffrault ( dont nous reparlerons ). Le lendemain, le contact est pris à Montreuil avec Jean Renard et des terrains sont visités ( Marnot, p. 152 ).
 Le réseau ( qui n'a pas de nom ) est ainsi structuré : chef militaire le capitaine Royer ; chef administratif le procureur Ancelin ; chef-adjoint Pierre Raimbault. Les membres de Saumur et de sa proche banlieue sont répartis sur six groupes, commandés par Pierre Raimbault, Alexandre Bourge, René Roussel, Albert Jouanneault, Henri Mahé et René Hulin. Selon l'organigramme rétrospectif dressé par Royer en novembre 1945 ( archives du Comité de Résistance de l'arrondissement de Saumur ), pour le chef-lieu et ses environs immédiats, le réseau compte 46 membres enregistrés ( j'ai éliminé quelques noms ajoutés postérieurement ) ; à Varrains, René Hulin a coopté 6 volontaires ; un puissant groupe est constitué à Montreuil, fort de de 18 membres, renforcés par 9 résistants de Doué. Par la suite, de petits noyaux sont constitués à Martigné, à Vihiers et à Turquant.
 La structure de base est la main ; chaque membre coopte quatre hommes, qui eux-mêmes en engageront quatre autres. Ainsi René Josse contacte quelques amis ; René Marnot forme son groupe sur trois échelons, ce qui ferait un total de 21 hommes. En principe, pour assurer le secret et le cloisonnement, chaque membre reçoit un numéro et n'est pas désigné autrement. Dans les faits, on ne s'embarque pas dans une pareille aventure sans savoir avec qui. Les noms des chefs sont donnés. Marnot note avec malice ( p. 209 ) que l'inspecteur Moïse Ossant « se félicitait de n'avoir pas voulu me suivre dans mon adhésion au Groupe de Résistance de Saumur, parce que les chefs de groupe ne lui inspiraient pas confiance ».
 Comme quelques dizaines de membres sondent et recrutent autour d'eux, beaucoup de monde, beaucoup trop de monde, sait qu'un réseau s'organise à Saumur. En recherchant des effectifs abondants, nos résistants commettent une sérieuse imprudence. On les excuse volontiers, car ils sont d'honnêtes gens, des citoyens légalistes, pas du tout des aventuriers entraînés pour des opérations clandestines. Pour l'instant, chacun vaque à ses occupations, la gendarmerie à sa répression. On ne trouve aucun agent P2, un résistant professionnel et rétribué.

 Au final, combien sont-ils dans le réseau ? Hormis la gendarmerie, une centaine de noms sont attestés ( pour ma part, j'en recense 93 pour l'ensemble de la région ). Au jour "J", ils pourraient être renforcés par des amis sûrs déjà contactés ; on ne dispose d'aucun moyen pour savoir combien. Assurément, le total de 1 500 membres, dont 481 à Saumur, fièrement lancé dans la presse de la Libération, doit être réduit dans de fortes proportions.
 Soulignons plutôt qu'une centaine constitue déjà un effectif remarquable. Dans ces premiers mois de 1943, la férocité et l'efficacité de la Gestapo sont bien connues, ainsi que les envois dans des camps de concentration en Allemagne, même si l'on ne soupçonne pas l'horreur de ces centres de détention. Il faut un grand courage pour s'engager alors. En général bien installés dans l'existence, ne souffrant pas particulièrement des privations et du chômage, les membres du groupe mettent en danger leur confort, leur réputation et leur sécurité, accordant aussi une confiance totale en leurs chefs et en leurs camarades. Dans le Maine-et-Loire, les effectifs des résistants sont plutôt minces ; à Saumur, si l'on ajoute les autres groupements, l'armée des ombres est parvenue à mobiliser beaucoup de volontaires.

4) L'objectif : libérer le Saumurois au lendemain du débarquement

 L'objectif du réseau est de venger la honte de 1940 et de libérer par ses propres forces la ville et sa région à l'approche des troupes alliées. Ce but central ressort des écrits de Marnot et de Viala, bien qu'il ne soit pas longuement explicité. Tous les préparatifs sont orientés dans cette direction ; la ville est divisée en quartiers ; les groupes de Marnot et de Pichard devront s'emparer de l'Ecole de cavalerie ; René Josse ( entré dans le réseau en juillet ) et ses amis contrôleront la Poste. Pour les cantons ruraux, avec l'appui des gendarmes, les opérations ne devraient pas être trop difficiles, compte tenu de la faible présence allemande.
 Pourquoi préparer ce soulèvement dans les premiers mois de 1943 ? A cette époque, sont parfaitement connus les désastres du Reich en U.R.S.S. et la facile conquête de l'Afrique du Nord. Personne n'imagine que les Alliés vont s'embourber en Italie et, même les collabos s'attendent à un débarquement dans l'ouest de l'Europe pour l'été ou l'automne. Ainsi, le Petit Courrier du 24 mars 1943 titre en première page : « Et s'ils débarquent... », puis explique : « Voilà les beaux jours qui reviennent. Les Américains vont-ils faire une autre tentative ? En tout cas, la question mérite d'être posée ». Dans cette perspective, il est logique que les patriotes commencent leurs préparatifs.
 Le plan du groupe saumurois a-t-il quelques chances de réussir ? Son succès suppose qu'à la nouvelle du débarquement, toutes les troupes opérationnelles allemandes soient envoyées sur le nouveau front et qu'il ne reste sur place que les troupes de sécurité, soldats de remplacement dont nous avons estimé l'effectif à Saumur entre 120 et 200 hommes. Les insurgés saumurois seraient en nombre équivalent. Même s'ils sont loin d'atteindre les 1 500 hommes souhaités, leurs effectifs se seraient gonflés après des succès initiaux, ce qui s'est produit dans les maquis des derniers jours de l'occupation. Quelques régions très isolées et peu quadrillées du Massif Central et du Sud-Ouest ont ainsi pu se libérer toutes seules. A l'inverse, dans les zones stratégiques, les Allemands ont envoyé des unités combattantes et ont noyé les soulèvements dans un bain de sang. L'insurrection parisienne n'a été sauvée du désastre que par l'arrivée soudaine des chars de Leclerc. Or, Saumur, par ses axes de communication et par sa double ligne de ponts, routiers et ferroviaire, fait partie des points névralgiques. Selon la plus grande vraisemblance, les troupes allemandes auraient réagi avec force et férocité.

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5) Le réseau pratique-t-il d'autres formes d'action ?

 Les actions de type maquis, sabotage, coups de main, faux papiers, franchissement de la ligne de démarcation n'entrent pas dans les perspectives du réseau, bien que certains membres les pratiquent dans d'autres structures ; elles sont plutôt laissées aux communistes, à des groupes minuscules ou à des jeunes gens exaltés. Le réseau n'entrera dans l'illégalité qu'à l'époque du débarquement.
 Pas de propagande non plus, les membres n'ont aucune unité idéologique. Aucun souci du sauvetage des Juifs, les gendarmes étant plutôt dans le camp de la répression, en particulier contre les communistes.
 Dans son historique du réseau, Pierre Raimbault évoque des activités de renseignement. Daniel Durand-Lemazurier cherche effectivement des contacts avec les troupes d'occupation, afin d'obtenir des informations. Les renseignements militaires remonteraient par l'intermédiaire du chef régional Madeleine Monin, dite Mathurin ; elles seraient envoyées vers Londres par le réseau Rolf, qui était effectivement implanté en Loire-Atlantique. Aucun élément supplémentaire ne vient à l'appui de ces dires. Les renseignements envoyés par pigeons voyageurs à la même époque sont bien réels, mais résultent des initiatives britanniques.

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6) Le subterfuge envisagé

 Au cas où l'un des membres serait pris, il est convenu de conférer au groupement un but nettement plus anodin : « maintenir l'ordre en cas de départ des troupes occupantes et éviter le retour de scènes de pillage comme en juin 1940 » ( Marnot, p. 65 ). Il est certain que ce gigantesque pillage a traumatisé les Saumurois ; il est trop souvent censuré, si bien que je suis l'un des rares à en parler. Cependant, l'alibi d'une simple milice de maintien de l'ordre, et peut-être de précaution à l'égard des communistes, ne pouvait guère donner le change. C'est pourtant la justification que donne le sous-préfet Trémeaud dans un rapport très confidentiel adressé au préfet Donati le 21 septembre 1943, au lendemain de la première vague d'arrestations. Selon lui ( qui en sait beaucoup plus ), plusieurs personnes entretenant des relations d'amitié « auraient pu songer à unir leur bonne volonté en vue de concourir au maintien de l'ordre au cas où les forces de police françaises ne pourraient, en raison des circonstances, l'assurer à elles seules. Il s'agirait d'un projet d'organisation essentiellement dirigée contre l'action éventuelle de groupes terroristes ou communistes, mais nullement contre les troupes allemandes d'occupation. A ma connaissance, ces personnes n'ont jamais passé pour professer des doctrines subversives ou extrémistes. Plus particulièrement en ce qui concerne le capitaine Royer » ( A.D.M.L., 303 W 293, dossier Mahé ). La concordance avec les propos de Marnot est frappante, mais cette fiction n'a pas du tout convaincu les policiers allemands.

7) La recherche d'armes

 Pour l'instant, le réseau saumurois ne dispose que de quelques revolvers et de deux armes automatiques. Pour se constituer un arsenal, il lui faut passer par un grand mouvement national, qui établira la liaison avec Londres. Obtenir un parachutage d'armes n'est pas chose facile. Les Britanniques manquent d'appareils adaptés à ces missions et n'offrent pas d'équipement militaire à n'importe qui. Les milieux de la France libre sont réservés à l'égard des groupes combattants improvisés et ne plaident guère leur cause.
 Les chefs saumurois prennent des contacts dans deux directions. Selon Marnot ( p. 154-159 ), ils ont des relations suivies avec Jean Cellier, dit Jacques Cartier, responsable de Libération-Nord pour le Maine-et-Loire. Ils reconnaissent des terrains de parachutage dans la région de Longué et de Vernantes. Cependant, cette ouverture n'aboutit sur rien.
 En même temps, ils ont des contacts avec Frédéric Jouffrault, un jeune homme né en mai 1919, fils d'un général, devenu aspirant dans l'artillerie en Afrique du Nord, puis qui, placé en congé d'armistice, s'engage à plein temps dans la résistance au côté de son cousin André Grandclément. Il est responsable des parachutages pour la partie nord du secteur S.O., dirigé par Grandclément. Sous une couverture d'agent d'assurances, il travaille pour l'Organisation Civile et Militaire, qui a établi des liens avec Londres à l'hiver 1942. Sous le titre " Une vie libre ", il publie ses souvenirs en 2004 aux Nouvelles Editions Latines, sur un ton de grande franchise et une pointe de cynisme. Il habite à Chaillé-les-Marais en Vendée et prend le pseudonyme de Jacquier. Sa zone d'action se limite à la Vendée, aux Deux-Sèvres et à la Vienne, quand il rencontre à Fontenay-le-Comte Loïc Ancelin, qui le convainc d'élargir sa zone au Saumurois ( p. 43 ). Ayant reçu l'accord de Grandclément, Jouffrault rencontre le procureur Ancelin, chez lui, en compagnie du capitaine de gendarmerie et de deux ou trois personnalités de la ville. Ses souvenirs coïncident bien avec le récit de Marnot ( p. 152 ). Plusieurs réunions se tiennent à partir de mars et deux terrains de parachutage sont adoptés en juillet. Jouffrault ( p. 46 ) précise : « Durant les dernières semaines de juillet, notre activité, et la mienne en particulier, furent intenses. J'allais notamment à Saumur, où nous avions finalement déterminé deux terrains de parachutage ( c'est le capitaine, chef de la gendarmerie de l'arrondissement qui, chargé par ses supérieurs de surveiller les terrains suspects, avait tout naturellement trouvé les deux meilleurs et s'était chargé de réaliser l'opération pour nous ) ». « Mourir pour la patrie est le sort le plus beau » est adopté comme message personnel pour annoncer le premier parachutage sur Radio-Londres.
 Ainsi, le réseau de Saumur se trouve rattaché à l'O.C.M. un peu par hasard, encore que le commandement par des militaires d'active corresponde bien aux normes de cette organisation. Jouffrault a peut-être imposé Royer comme chef. Les simples adhérents ignoraient tout de ces tractations. C'est en toute bonne foi que, plus tard, ils ont cru appartenir à un réseau Buckmaster, d'autant plus qu'un réseau " Denis Buckmaster " a bien existé dans le Bordelais. Dans ses interrogatoires, le capitaine Royer affirme aux policiers allemands qu'il appartient à l'Armée secrète.

8) Le parachutage

 Un terrain de parachutage doit être situé à l'écart des grandes routes et des zones à forte présence allemande. Il doit être sans arbres, mais caché par des bois ou des collines. Son propriétaire doit être consentant. A plusieurs reprises, le groupe saumurois entend le code à la B.B.C., il passe la nuit sur le terrain, sous la protection de patrouilles de la gendarmerie française. Un avion passe, mais rien ne se produit.
 Après le message personnel : « la pissaladière est la meilleure des tartes », le groupe de parachutage formé de nombreux éléments de Montreuil et de Doué se retrouve sur le terrain baptisé VERVEINE, situé à Saint-Hilaire, sur la commune de Brossay ( et non de Montfort ). Vers 2 h 20, un avion passe une première fois, un alignement de lampes électriques balise le terrain ; l'avion repasse à deux reprises et lâche huit containers ralentis par d'immenses parachutes. Ces containers, récupérés avec difficultés tant ils sont lourds, sont transportés par une camionnette chez Pierre Deschamps à Montreuil, puis dans la cave d'un champignonniste du Puy-Notre-Dame ( voir le récit plus détaillé que donne Jacques Sigot, Automne 43, p. 19-26 ). Ils contiennent une soixantaine de pistolets mitrailleurs, des revolvers, des cartouches, des explosifs et même du chocolat et des cigarettes ( selon Viala ). Reprise minutieuse du dossier par Raymond Delavigne, « Atterrissages et parachutages clandestins en Maine-et-Loire pendant la Guerre 1939-1945, et le rôle éclipsé des Anglais », Archives d'Anjou, n° 19/2017, p. 105.
 La date de ce parachutage est incertaine ; les survivants affirment formellement que c'était un dimanche matin, le 25 juillet probablement, encore que quelques éléments plaident en faveur du 18.
 Les armes ne sont pas distribuées aux résistants. Seulement, trois jeunes gens de Montreuil, afin d'assurer leur défense personnelle, prennent six mitraillettes, trois revolvers colt, 1 500 cartouches environ et aussi les huit parachutes. Ils cachent leurs armes dans une maison abandonnée appartenant à la propriétaire du Splendid Hôtel. A la Libération, ces armes ont disparu, ce qui provoque une plainte d'Eugène Deschamps, président du comité cantonal de Libération, et une enquête minutieuse ( A.D.M.L., 48 W 35 ).
 Le reste des armes reste stocké au Puy-Notre-Dame, dans l'attente des combats de la Libération. Elles ne serviront pas.

 

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