La pression renforcée des troupes allemandes

 

1) De nouvelles réquisitions de locaux

 A partir de décembre 1943, de nouveaux locaux sont réquisitionnés pour l'hébergement de troupes : le collège de Jeunes Filles est occupé par des SS ; l'école des Violettes sert à nouveau aux occupants, de même que le rez-de-chaussée de la Chambre de Commerce ; l'ancienne verrerie devient un immense entrepôt de matériel ; les deux colonies de vacances de Champigny sont récupérées une nouvelle fois ; le manège Montbrun, transformé en Stadium, est repris par les occupants en mars 1944. Les Allemands rouvrent l'aérodrome de Terrefort, où ils implantent une école de pilotage.
 Les souvenirs des témoins présentent cette lourde présence comme de plus en plus insupportable. Quels effectifs peuvent atteindre les troupes occupantes au début de 1944 ? En février 1943, leurs services avaient établi deux hypothèses pour la ville de Saumur : les cantonnements normaux se montaient à 52 officiers et 800 hommes, valeurs à peu près appliquées, mais ils avaient prévu des cantonnements massifs atteignant 200 officiers et 2 000 hommes ( A.D.M.L., 97 W 36 ). C'est vraisemblablement cette dernière norme qui est appliquée au début de 1944.
 La commune de Saint-Hilaire-Saint-Florent est également envahie, les grandes caves à vins sont réquisitionnées, ainsi que les belles demeures des fondés de pouvoir pour les officiers et une partie du couvent Sainte-Anne. Les troupes s'entraînent en masse sur les hauteurs de Terrefort ; les fermiers du Petit Souper sont cernés par des soldats en manoeuvres et harcelés par des tirs nourris.
 De plus, en septembre 1943, les Allemands installent des postes de DCA sur les toits du Théâtre et de l'hôtel Budan ( A.D.M.L., 97 W 44 ). A l'évidence, les combats se rapprochent en cet hiver 43-44.
 A partir d'avril 44, l'entrepôt de Lille, Bonnières et Colombes, qui stocke 340 000 litres d'essence et 6 000 litres de gas-oil, est gardé militairement par les occupants ( A.D.M.L., 97 W 24 ).

2) La division Götz von Berlichingen

 La 17ème SS-Panzergrenadier Division est créée le 15 novembre 1943 et elle est formée par des éléments très divers regroupés dans la région. Son état-major est implanté à Thouars, mais une partie de ses troupes est installée dans les cantons de Saumur-Sud, de Montreuil et de Doué. Beaucoup de villages, qui jusqu'ici n'avaient pas subi l'occupation, connaissent désormais les insolences d'hôtes fort mal élevés et parfois violents ( leur bataillon de réserve est soupçonné d'être coupable du massacre de Maillé ).
 Au 31 décembre 1943, la division atteint 11 147 hommes. Heinrich Himmler vient l'inspecter et lui donne, le 10 avril 1944, le nom de Götz von Berlichingen, un reître du XVIe siècle.
 Cette unité SS vit en marge de la Wehrmacht. Elle procède à ses propres réquisitions, elle s'approvisionne sur place par ses propres moyens, sans piller au début. Au contraire, elle achète dans les fermes des boeufs et des porcs à des prix très supérieurs aux cours officiels et même aux cours du marché noir. Elle obtient ainsi facilement ses denrées, ce qui désorganise les services du Ravitaillement.
 Du 6 au 12 juin 1944, la division quitte la région pour le front de Normandie, où elle est taillée en pièces. Cependant, des SS sont constamment signalés à Saumur, appartenant vraisemblablement à la réserve de cette unité. Une compagnie de 80 hommes, commandée par l'Obersturmführer ( lieutenant ) Paul Baldauf ( 1912-1944 ), est cantonnée dans le collège de Jeunes Filles. A l'exception des gradés, qui portent des patronymes allemands, le gros de la troupe est formé d'aventuriers aux noms polonais, tchèques, yougoslaves ou russes, des aventuriers inquiétants, qui patrouillent souvent à la Croix Verte.
 Manuel Garcia Sesma, ancien officier de l'armée républicaine espagnole, embrigadé dans une compagnie de travailleurs étrangers, est envoyé pour remettre le collège en état après le départ de ces hôtes turbulents. Dans un récit plein d'humour et de références littéraires, intitulé " Une leçon au collège Yolande d'Anjou ", il décrit les lieux bouleversés et dégradés par la soldatesque. De nombreuses inscriptions couvrent les murs ; deux grandes têtes de mort décorent le réfectoire ; dans une autre salle, une citation inspirée par Nietzsche : « Was uns nicht umbringt macht uns härter - ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts ».
 Les ravages sont tels que le collège n'est pas remis en état pour la rentrée académique, qui s'effectue encore dans la maison de la rue des Payens et qui n'a lieu que le 1er décembre 44 dans les locaux enfin appropriés.