Quelques actions de résistance
( août 1944 )

 

 Faute de grand réseau de résistance, la population participe à des actions improvisées, dont nous citons les mieux attestées.

1) Michel Debré et Roger Le Tétour rejoignent leur poste en passant par Saumur

 La mise en place d'une AMGOT ( Allied Military Government of Occupied Territories ), prévue pour une année sur la France, constitue une hantise pour de Gaulle et les dirigeants de la Résistance intérieure. Afin de Faux ordre de mission de Roger Le Tétourprendre de vitesse toute prise de pouvoir par des officiers alliés ou par toute autre organisation, communiste en particulier, Michel Debré, maître des requêtes au Conseil d'Etat entré dans la résistance clandestine en février 1943, est chargé par le Comité général d'études de choisir les futurs commissaires de la République des régions et les préfets, à charge pour eux de s'installer dans leur poste le jour de la Libération. Pour sa part, Michel Debré ( Jacquier ) doit diriger les cinq départements de la région d'Angers. Il retrace avec simplicité son itinéraire dans ses intéressants mémoires ( Trois républiques pour une France, T. 1, Combattre, Albin Michel, 1984, p. 287-296 ). Parti de Mirebeau à bicyclette, il traverse Fontevraud et Turquant, des lieux de son enfance, il passe la nuit à Beaulieu, chez Monsieur et Madame Croissandeau, des amis de sa famille. L'électricité est coupée, mais le téléphone fonctionne, ce qui lui permet d'appeler le sous-préfet de Saumur, qu'il ne connaît pas. André Trémeaud est résistant de coeur, sans être lié à aucune organisation ; il comprend à mi-mot les buts de Michel Debré, sans lui poser de questions précises. « Je lui fais savoir que je suis également attendu à Angers, ce dont il veut bien ne pas paraître étonné. Il me propose son aide et, à ma demande, accepte de partir dès l'après-midi ». Ainsi, le 7 août, la bicyclette ficelée sur le toit de la voiture, ils font la route vers Angers, via les Ponts-de-Cé, en compagnie de Madame Trémeaud et sans faire de mauvaises rencontres. Michel Debré s'installe chez l'Angevin Michel Fourré-Cormeray, le futur préfet du Maine-et-Loire. Ils regrettent de ne disposer d'aucune troupe sérieuse, pas même une dizaine d'hommes. Le 10 août, au culot, Michel Debré s'installe dans le bureau du préfet Donati et met en place la nouvelle administration, qui avait été sérieusement préparée.
 Suivant le même chemin, Roger Le Tétour, membre de Libération-Nord et futur président du Comité départemental de Libération, se présente le 8 août au sous-préfet, qui lui procure les moyens de rejoindre son poste à Angers. Il s'était confectionné un faux ordre de mission, qu'il avait signé de sa main ( à droite ).

2) Le maquis de la forêt de Scévolles

René Mabileau Né à Saint-Hilaire-Saint-Florent le 6 août 1923, René Mabileau, étudiant à H.E.C., abandonne ses études pour se lancer dans l'action clandestine. Sa situation familiale le poussait dans cette direction ; son père, négociant en vins dans la société " les Fils de René Mabileau ", blessé au cours de la guerre 14-18, avait refusé de répondre aux réquisitions allemandes ; sa mère, née Madeleine Gross, avait été arrêtée en février 1944, en raison de ses origines juives. Au cours d'un séjour chez un oncle qui dirige une entreprise de charbon de bois à Champigny-sur-Veude, il fait l'inventaire des sites isolés dans les massifs forestiers entourant Loudun et il noue des contacts avec onze groupes de volontaires disséminés dans les communes voisines. Des jeunes hommes de Bagneux, de Saint-Hilaire-Saint-Florent, de Saumur se joignent à lui, en particulier Guy Doussard, Eliacin Dureau, Guy Chansat, Pierre Séchet.
 Vers le 10 août, le maquis, fort d'environ 200 hommes, se regroupe à Dandésigny, puis il s'implante, tout près, dans la forêt de Scévolles. Il bénéficie d'un parachutage d'armes à la suite d'un contact avec un agent du B.C.R.A. Le 15 août, une patrouille part à la recherche de ravitaillement à bord d'un véhicule portant un drapeau tricolore. Trois avions alliés, qui ne les ont pas identifiés, mitraillent les maquisards à Verrue, près de Monts-sur-Guesnes. René Mabileau est tué sur le coup, Guy Doussard décède à l'hôpital de Loudun.
 Pierre Séchet et Paul Bagarie prennent la tête du maquis, qui peut atteindre 700 hommes à la Libération. Ils attaquent des convois allemands isolés, leur infligeant de nombreuses pertes, notamment au sud de Montreuil. Le groupe de Bagneux organise quelques sabotages ( article de François Tartarin, Nouvelle République, édition de Saumur, 18 juin 2004 ; communication de Jacques Albert ; site du Souvenir français de Loudun : http://sfloudun.free.fr/ ; site Vienne Résistance Internement Déportation : http://www.vrid-memorial.com/ ; Elie Durel - Christian Dureau - évoque le souvenir de son père sous une forme romanesque dans " Mémoires d'un résistant ", Geste-Editions, 2008 ).

3) L'escadron Bernard

 François Delquignies, originaire du Nord, EAR de cavalerie en 1940, avait appartenu à la 18ème brigade du lieutenant Garnier, chargée d'observer l'avance de l'ennemi dans la région de La Flèche, puis de tenir la zone de l'embouchure du Thouet. Passé dans les Chantiers de Jeunesse, Delquignies vient se cacher dans le Saumurois, afin d'échapper au S.T.O. Membre de l'Organisation de Résistance de l'Armée, il organise un maquis avec des jeunes gens originaires des communes entourant la forêt de Fontevraud. A la fin d'août 44, ils sont aux environs de 200, bien motorisés, mais équipés d'armes de récupération. En l'honneur de Bernard Triquier, un pharmacien résistant de Fontevraud abattu sommairement par les nazis, ils prennent le titre d'escadron Bernard. Le maquis, dépendant du commandement de l'Indre-et-Loire, intervient peu à Saumur, sauf pour y poser des affiches. A cinq reprises au moins, il attaque des convois allemands isolés et leur cause des pertes. Il entretient des contacts avec la gendarmerie de Fontevraud, avec le maquis de Scévolles et avec la sous-préfecture de Saumur ( Notes de F. Louaisil, A.D.M.L., 181 J 15 ; la Nouvelle République, édition de Saumur, 12 novembre 2004 ).

4) Le maquis des bois de Verrie

 Sur l'initiative d'André Chaussepied, résidant impasse de Nantilly, un maquis se forme dans les bois de Verrie ; il réunit deux réfractaires de Rou-Marson, deux de Saumur, deux d'Angers, deux de la région parisienne, un Alsacien et quelques autres. Logeant dans des cabanes installées près de l'hippodrome, le petit groupe est faiblement armé ( réponses des communes de Rou-Marson et de Verrie à l'enquête de 1948, A.D.M.L., 181 J 20 ).

5) Quelques sabotages

 Les voies ferrées convergeant vers Saumur sont souvent sabotées, câbles sectionnés, panneaux de signalisation arrachés, souvent avec la complicité des gardes voies. Le sabotage le plus important est effectué le 7 août entre Saumur et Saint-Martin-de-la-Place. Un rail est déboulonné sur une trentaine de mètres. La tête du train n° 2 346 sort des voies, la locomotive et trois wagons déraillent et endommagent vingt traverses. L'organisation Todt, très habituée à ces événements, intervient aussitôt et rétablit la ligne le jour même ( rapport de gendarmerie, A.D.M.L., 23 W 4 ). Après la Libération, cette action est revendiquée par un jeune homme de Saint-Martin-de-la-Place et par un commando de Bagneux appartenant au maquis de Scévolles.

 Qualifiés en souriant d'ouvriers de la 11ème heure, ces maquisards n'ont pas joué un rôle militaire considérable ; apparemment, ils n'ont pas accéléré la fuite des occupants. Par leur grand nombre, ils témoignent du réveil du patriotisme et, s'ils avaient été pris, à coup sûr, ils auraient été fusillés.

 

 

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