Vitalité associative et culturelle
de 1945 à 2014

 

  « L'aura médiatique est-elle en train de remplacer le prestige intellectuel ? « En l'an 2000, déclara un jour Andy Warhol, tout le monde sera célèbre un quart d'heure. » Derrière la boutade apparaît une incontestable réalité : sera célèbre qui accédera aux « médias ». Hommes du verbe sans être forcément hommes de la pensée, de nouveaux acteurs sociaux et politiques ont-ils, au terme d'une révolution « culturelle », pris les médias comme on prit jadis la Bastille ? »
      Jean-François Sirinelli, dans René Rémond, Notre siècle, 1918-1988, Fayard, 1988, p. 938.
 Des tournées Baret au spectacle de rue, des concerts des Jeunesses Musicales de France aux festivals de rap, on mesure l'ampleur des révolutions survenues en deux tiers de siècle. Les étapes pourraient être les suivantes :
- la culture de masse des années d'expansion ;
- les sixties, éclatement de la culture-jeune et grands remous politiques et sociaux dans un esprit progressiste ;
- les contre-cultures des années 70-80, réagissant contre les courants dominants, marquées par la poussée libérale et la pensée antitotalitaire ;
- le basculement dans la nouvelle civilisation du XXIe siècle, caractérisée par la sensibilisation à l'écologie et aux groupes minoritaires, ainsi que par les succès fracassants des médias numériques.
 Ces étapes, qui correspondent aux évolutions nationales, ne sont guère opérationnelles pour Saumur, qui connaît des transformations culturelles moins rapides et moins heurtées. Dans le cadre de l'agglomération, on se contentera de passer en revue les grands secteurs d'activité et de dégager des traits majeurs ou originaux, sans rechercher une énumération exhaustive.

 

1) Des associations nombreuses et individualistes

 En 1976, la ville compte 400 associations ( Alain Decaux, « Saumur : portrait d'une ville moyenne », ATAC-Informations, n° 87, octobre 1979 ). L'activité culturelle y paraît active : 116 séances de cinéma, dont 20 de ciné-club, 40 conférences et débats, 19 expositions, 13 spectacles théâtraux, à quoi s'ajoutent de nombreuses festivités. Cependant, la fréquentation demeure à un niveau assez faible, si bien que les organisateurs prennent peu de risques et se lancent rarement dans des entreprises d'avant-garde...
 Depuis cette date, les manifestations culturelles ou festives progressent en nombre ; il suffit de regarder les journaux pour constater l'abondance de l'offre, pour tous les goûts, pour tous les âges, pour toutes les bourses. Les râleurs qui continuent d'affirmer qu'il ne se passe rien à Saumur ont tort, mais peuvent toujours contester la qualité de l'offre. La vie associative demeure dense : au 31 décembre 2011, la ville recense 383 associations actives, dont 64 % ont leur siège à Saumur ( Analyse des besoins sociaux, 2011 et 2015 ). De 1997 à 2014, 23 créations d'associations sont déclarées en moyenne chaque année contre 8 dissolutions. Selon l'INSEE, en 2013, 42 % des habitants âgés de 16 ans et plus ont déclaré être membres d'une association au moins. Ce sont les femmes, surtout retraitées, qui sont de loin les plus dynamiques ; or, leur nombre progresse dans l'agglomération. Même s'il est difficile d'avancer des statistiques incontestables, certaines associations en sommeil négligeant de déclarer leur cessation d'activité, toutes les données disponibles confirment le renforcement du tissu relationnel ; le site Internet "ville-Saumur" énumère 419 associations en septembre 2016, les plus nombreuses s'occupant de sport, suivies par l'action sociale ( toutes les grandes organisations humanitaires sont présentes ) et ensuite par la culture. A la même date, un site spécialisé recense 863 associations actives à Saumur ( certaines relevant plutôt du domaine économique ). La sous-préfecture enregistre 27 déclarations d'association de juillet 2015 à fin juin 2016. De même qu'au niveau national, la tendance est sûrement à la hausse.

 Toutes ces associations, les grandes comme les minuscules, entretiennent des relations compliquées avec les pouvoirs publics, dont elles attendent des équipements gratuits et des subventions, autant pour assurer leur équilibre budgétaire que comme témoignage de reconnaissance pour leur bénévolat ( en 2011, 146 associations ont reçu une aide financière de la ville, représentant environ 7 % du budget ).
 Traditionnellement, pendant tout le XIXe siècle et jusqu'en 1945, Saumur ne définit pas de politique culturelle ; elle offre des équipements réduits, ses subventions sont rares et symboliques, même si les élus font de gros efforts de présence. En 1959, la création d'un ministère des Affaires culturelles confié à André Malraux relance les ambitions nationales ; à partir de cette époque aussi, la municipalité saumuroise se lance dans de grands travaux.La nouvelle piscine La ville et le district urbain construisent coup sur coup la Bibliothèque municipale de la place Verdun ( 1969 ), la MJC ( 1969 ), le préfabriqué Mille-Club des Hauts Quartiers ( 1970 ), l'Ecole de Musique, la Salle des Congrès et, dans le complexe sportif de l'île d'Offard, une piscine olympique ( à droite, au temps de sa splendeur ) et une nouvelle Auberge de la Jeunesse. En complément, le contrat d'aménagement " Ville moyenne " prévoit un ambitieux volet culturel ; en 1976, est lancée une vaste consultation auprès des jeunes ( qui réclament en priorité une patinoire... ) et auprès des associations ( qui reconnaissent le faible niveau culturel des animations ). Aussitôt, en juillet 1976, la ville crée une Agence culturelle. Est-ce pour prendre en mains les programmations ? Ou pour unifier les associations qui doublonnent, ainsi que certaines imprudences verbales le laissent entendre ? Tollé devant toute perspective dirigiste. L'animateur est remercié. Les associations adressent peu de réponses aux questionnaires officieux, 135 sur 400 en 1976, 123 sur 338 en 2011. Chacun tient à son autonomie et à son pré carré. Toute tentative de coordination ou d'unité est vouée à l'échec, sauf dans le domaine sportif. D'ailleurs, en 2001, l'action culturelle éclate entre deux pôles, la nouvelle agglo prend en mains le réseau des bibliothèques et l'animation des spectacles, assurant de ce fait la lourde charge de restaurer le théâtre. Dans le même sens, l'Ecole municipale de Musique se fond dans l'Ecole intercommunale de Musique du Saumurois.

 

2) Les activités sportives

 Pas question d'énumérer les 84 associations qui oeuvrent dans le domaine sportif. Citons d'abord les plus anciennes : la Société nautique de Saumur est née en 1885 et a connu des années glorieuses et quelques drames ( le 24 mars 1951, trois de ses champions sont emportés par une Loire en furie ) ; la SNS reste active à partir de sa base installée sur le Thouet en 1975 ; l'Union athlétique saumuroise est fondée en 1903 par Robert Amy ; dans la salle qui porte le nom de ce dernier, l'association se consacre surtout au sport féminin. Les fervents de la Petite Reine évoluent : en 2016, Saumur cyclisme s'unifie avec le Vélo sport saumurois pour former le Pôle cyclisme saumurois.
 En matière d'athlétisme, les résultats les plus notables ont été remportés par le CAPS, né en 1956 par la fusion de la Bayard de Saint-Hilaire-Saint-Florent avec Saint-Nicolas Sports et l'Etoile sportive de Nantilly, dont l'acronyme signifie au départ " Cercle athlétique des Patronages saumurois ", devenu " Club athlétique préparatoire du Saumurois ", puis, par suite d'accords avec les sociétés des alentours " Club d'Athlétisme du Pays saumurois " ; cette association a formé une masse de sportifs et donné quelques champions, comme Pierre Guiblet, Hélène Bossé ou Florence Colle [ Plus amples renseignements dans l'ouvrage collectif : Histoire de vie, Saumur... au fil du Vingtième Siècle, APQR, 1999, p. 120 à 137. ] Certains sports montent en puissance - comme le Basket avec Saumur Loire Basket 49, fort de 25 équipes féminines et masculines - comme le rugby, pratiqué à Saumur depuis 1893 et relancé à la Jeanne d'Arc, puis sous une forme autonome sous le nom de " Saumur Rugby " - comme Saumur Handball, club fondé seulement en 2000 et connaissant un essor rapide - comme l'équitation, en nets progrès et illustrée par quelques champions de l'ENE.
 Le foot appelle moins d'éloges, il n'est pas devenu un facteur structurant autour d'une grande équipe semi-professionnelle, comme il l'est dans de nombreuses petites cités. Ce n'est pas faute d'avoir essayé : l'Olympique, soutenue par Lucien Aldebert, emmenée par Michel Plantiveau, fortement épaulée par des entreprises saumuroises et par des subventions municipales, a donné de grands espoirs à ses supporters venus en foule au stade des Rives du Thouet et s'est parfois hissée au niveau des seizièmes de finale de la Coupe de France. Elle est un temps concurrencée par la Jeanne d'Arc, puis elle disparaît au profit du Racing Club Saumur. En 2000, sous l'égide de la municipalité, ces équipes fusionnent pour devenir l'Olympique Saumur Football Club, qui suscite des espoirs et qui crée des équipes féminines.
 Tous ces clubs arrachent à la ville des postes d'animateurs, de fortes subventions réparties par l'Office municipal des Sports et une gamme fournie d'équipements, stades, piscines, gymnases, terrains de tennis, jeux de boule de fort et de pétanque, un golf de neuf trous, un dojo, un stand de tir aux armes rayées, la base de loisirs de Millocheau ; cette liste est si fournie qu'elle pourrait être incomplète.

 

3) Les mutations des médias

 Notre information présente est largement transformée par l'arrivée fracassante de la télévision ; de même, notre éventail de médias a changé à vive allure. Au départ, au lendemain de la Libération, la presse locale renaît sans éclat et sur des bases modestes. Le Courrier de l'Ouest succède au Petit Courrier, dont le dernier numéro date des 5-6 août 1944. Le nouveau journal, né sous les auspices de la préfecture, a gardé les locaux, les machines et une partie du personnel de son prédécesseur. A Saumur, le correspondant est resté en place, bien qu'il ait chanté les louanges du maréchal Pétain. Le n° 8 du Courrier de l'Ouest arrive à Saumur le 29 août, alors que les Allemands sont encore là, mais il ne parle pas du tout de la ville.

Courrier de l'Ouest, 29 août 1944

 Des nouvelles locales n'apparaissent qu'à partir du lundi 4 septembre [ collection à peu près complète à la B.M.S., PER 28 ]. Réduit à deux pages de petit format et sur un papier si mauvais qu'il tombe en poussière, le journal apporte fort peu de renseignements ; le 16 janvier 1945, il annonce même qu'en raison des quotas de papier, il ne peut accepter aucun abonnement nouveau. Il s'améliore par petites étapes, augmentant sa surface imprimée, publiant ensuite des clichés en couleurs et finalement consacrant sept à huit pages au Saumurois grâce à d'amples rubriques consacrées à chacun des cantons.
 La Nouvelle République succède à la Dépêche et apparaît à Tours le 1er septembre 1944 ; à partir du 6 du même mois, elle ouvre sa rédaction de Saumur au domicile de René Marnot ( alors en déportation ). Son déploiement dans le Maine-et-Loire est peu logique ; sa rédaction départementale est installée à Angers, sans beaucoup s'occuper de cette ville ; elle couvre surtout l'est du département, en accordant une surface limitée aux cantons ruraux, mais en donnant beaucoup d'importance à l'agglomération saumuroise, sur laquelle ses rédacteurs, volontiers impertinents, mènent des enquêtes approfondies. Finalement, elle ne diffuse que 3 500 exemplaires sur l'ensemble du Maine-et-Loire et, dans un climat de reflux de la presse régionale, elle y perd de l'argent. Le 31 mai 2006, elle cesse sa parution dans le département et ferme sa rédaction de la place Saint-Pierre.

Nouvelle République, 31 mai 2006

 

Nicolas Jolivot 

D'autres publications font des apparitions éphémères dans les périodes électorales, sans chercher à durer. Plus longue a été l'existence de la Perle, journal satirique bimensuel, paraissant à peu près toutes les trois semaines à partir du 7 janvier 1996, épinglant avec esprit les personnalités locales envahissantes et en général bien informé. Son rédacteur quasi unique, Nicolas Jolivot, se qualifie lui-même de « concierge » dans son autoportrait ( à droite ). C'est un indice de bonne santé démocratique qu'une presse sans soutien occulte et sans publicité puisse ainsi brocarder les puissants et les m'as-t-vu, tout en diffusant 350 exemplaires et en fidélisant 50 abonnés. Outre sa fonction tribunicienne, la Perle assure des rubriques culturelles consacrées à l'histoire et à la musique.
 Elle se met en sommeil en mai 1998, mais repart, la fleur au fusil, en octobre 2007, à l'approche des municipales, avec le renfort de « deux chevaux de retour du journalisme » et sur huit pages. Elle tire sa révérence avec son n° 44 du 27 mars 2008, disparition moins dramatique que celle du Cabu parisien.

 Les radios libres ont connu une période de gloire à la fin des années 70. Avec la libération des ondes sur la bande FM, Saumur Radio, puis Radio Saumur, naît en 1982, avec l'appui du Conseil municipal, qui lui accorde un local et qui envoie deux de ses membres siéger à son conseil d'administration. Ses bulletins d'information et parfois ses débats sont écoutés par une frange des Saumurois. La chaîne est un temps concurrencée par " Oxygène ", qui émettait à une faible puissance sur la ville avec le soutien de l'association Arc-en-ciel. Cependant, à la suite de procédures, le Conseil national de l'Audiovisuel accorde à Radio Saumur un monopole qui ne lui profite guère ; devenue " Ouest FM " en 1998, la chaîne se comporte comme une radio commerciale, tout en conservant son statut associatif jusqu'en 2005. A partir de 2012, elle diffuse les programmes de musique pop rock de " Radio Forum ", basé à Orléans.

 Plus révolutionnaire encore a été l'apparition des médias numériques, avec lesquels la presse écrite doit composer par des éditions parallèles. L'agence Ignis, fondée en 1997, lance Saumur-Kiosque, un site de nouvelles locales ( lien vers le site ) qui offre des mises à jour permanentes et qui diffuse une newsletter à partir du 30 juillet 2009, devenant bihebdomadaire en mai 2001 et quotidienne à partir d'octobre 2014. Couvrant un Saumurois très élargi, totalement gratuit grâce à une abondante publicité, varié dans la mesure où il combine textes, photos et vidéos, interactif puisqu'il permet l'insertion de communiqués et de commentaires, même débiles, ce média novateur attire 10 000 abonnés en 2012 et 12 000 en juin 2015. Même si la presse écrite conserve un statut plus prestigieux, si seuls ses journalistes possèdent la carte de presse, si elle est plus facile à mémoriser que la presse électronique, du moins pour les lecteurs d'un âge certain, il semble bien qu'on assiste à l'éclosion du média du XXIe siècle et pour l'instant à une garantie de pluralisme dans l'information.

 

4) Les locomotives culturelles

   Quelques mots sur les principaux moteurs de l'action culturelle.

- La Maison des Jeunes et de la Culture est lancée dans ses nouveaux locaux en novembre 1969 par une poignée d'animateurs bénévoles et enthousiastes. Selon la formule surprenante de l'un d'entre eux, sa culture a d'abord été la culture physique ; de fait, les activités physiques et de bien être demeurent majoritaires dans les 41 options qu'elle propose aujourd'hui. Avec en complément des ateliers très divers, une gamme de choix pour les enfants et pour les seniors, des expositions, des journées thématiques... A l'étroit dans ses locaux vieillissants, la MJC connaît aussi des problèmes financiers pour rétribuer ses permanents.

- Des enquêtes avaient démontré qu'elle ne parvenait pas à attirer les jeunes des quartiers périphériques, qui ne s'y sentaient pas chez eux. D'où la création, en 1990, de la Scoope ( du nom du magasin où elle s'implante ), une association de loisirs pour les adolescents de 11 à 18 ans. Orientée vers la culture-jeune, renforçant son action pendant les périodes de vacances scolaires, la Scoope joue un rôle intégrateur dans les quartiers défavorisés et elle fonctionne sur quatre sites.

- La vénérable bibliothèque municipale ( historique ), à l'étroit au second étage de l'Hôtel de Ville, mais riche d'un précieux fonds ancien, redémarre dans son nouveau bâtiment de la rue Célestin-Port le 2 août 1969. Elle élargit par étapes ses champs d'action vers les disques vinyles ( après contrôle de l'état de la tête de lecture ), vers les CD, les DVD, puis l'informatique et la VOD, dotée d'un large secteur jeunesse et d'un espace jeux, distribuant ses documents au moyen d'un bus spécialisé. En 1994, elle s'agrandit et prend le titre de médiathèque ; à partir de 2006, sous la dépendance de l'Agglo, elle anime la lecture publique dans un réseau de seize bibliothèques couvrant le Saumurois, l'ensemble des services étant gratuit pour les moins de 26 ans. Ce dynamisme compense un peu l'écroulement des librairies commerciales.

- Le théâtre de Joly-Leterme, longtemps temple des spectacles de boulevard et des matinées scolaires, est fermé en 2008, en raison de sa décrépitude intérieure. L'Agglomération le restaure au prix fort de 2011 à 2014 ; elle y ajoute un nouvel étage, de nombreuses salles et un vaste dôme, qui lui donne sa nouvelle appellation. Toutefois, la salle à l'italienne, remarquablement équipée, garde son vice originel d'offrir trop peu de places ( 430 seulement ). Doté de galeries d'exposition, de salles de conférences, d'un auditorium, le Dôme a vocation à recevoir l'école intercommunale de musique et de nombreuses activités culturelles, ce qui n'apparaît pas vite.

 

5) Quelques secteurs actifs

 Encore une fois, les manifestations culturelles abondent à Saumur et, quitte à nous faire houspiller, nous ne pouvons en citer que quelques unes, dans les grands secteurs. Le blog Ex-libris analyse avec dilection les activités les plus ambitieuses.

 Les associations académiques poursuivent leur chemin d'un pas de sénateur. La Société des Lettres, Sciences et Arts du Saumurois, fondée en 1910 ( voir son historique ), subit une baisse de régime pendant les trente glorieuses et chute de 500 à 350 adhérents. Elle n'est plus capable d'organiser de grandes conférences comme avant la guerre. Un essai de rajeunissement, mené à la hussarde et caractérisé par l'ouverture à de nouvelles activités et par la constitution de nombreux groupes de travail, est tenté de 1985 à 1987. Après son échec et une vague de démissions, la SLSAS poursuit sur ses bases traditionnelles, organise des excursions très suivies et publie toujours son bulletin annuel. Moins tournée vers la culture locale, une autre association est venue doubler la précédente : Saumur Temps libre, Université Inter-Ages, fondée le 1er juin 1996, organise, en liaison avec l'Université de Poitiers, 24 conférences annuelles, où des spécialistes reconnus, surtout des enseignants en faculté, viennent résumer leurs travaux. Certains thèmes, franchement arides, attirent malgré tout du monde. L'association regroupe 320 adhérents et organise des excursions et des activités annexes, comme le Cinéma de Jadis ou le Café Philo.

 La Maison des littératures organise des résidences d'écrivains et des rencontres de poésie. Quelques auteurs locaux atteignent de bons tirages. Une maison d'édition au nom fluctuant publie des récits de vie, des romans policiers ou des études régionalistes. Quant à la ville, sa place est mince dans le mouvement littéraire. Deux rappels toutefois : Paul-Louis Rossi, Le vieil homme et la mort, Julliard, 1997, déambulations nocturnes dans les rues de la cité, mélange de notations réalistes et d'envolées fantastiques ; les chroniques nostalgiques de Nicolas Jolivot et de Marcel Druart, Nos années 60-70 à Saumur, Cheminements, 1999.

 Dans le climat de cinéphilie ambiante, le Ciné-Club naît en 1950 et bénéficie de la médiocrité de la programmation des salles commerciales, le Palace, le Rex ( qui ferme en 1972 ) et l'Anjou ( qui ferme en 1980 ). Offrant une dizaine de séances par saison, marqué par des débats homériques, surtout en 1968, le Ciné-Club devient la plus importante association culturelle saumuroise ( 593 adhérents en 1975 ) et peut supporter des locations de salles à des prix prohibitifs. Il est renforcé par une section cinémathèque et par un ciné-club jeunes à la MJC. Mais l'arrivée à la télévision de films du type Art et Essai entraîne son déclin. L'association Plein Ecran relance d'expérience à partir de 2006, en faisant appel à des personnalités du monde du cinéma ; sa programmation exigeante intéresse un public limité d'une centaine d'adhérents ; pour survivre, l'association a besoin de partenaires et d'une forte subvention de la ville.

« Connaissez-vous Saumur ?
Le bastion de l'ordure,
Le fief des bourgeois
Mentalité de rats.
Connaissez-vous Saumur ?
Et sa garnison
Population mesquine
Mentalité rupine. »

 La chanson du groupe Trust, tirée de l'album Répression ( 1980 ), a connu une célébrité certaine. Elle ne résulte pas d'une quelconque interdiction qui aurait frappé ces musiciens, mais d'une description peu flatteuse de la ville et de sa garnison donnée à Bernie Bonvoisin, qui en a tiré ce texte désolant. Le groupe peut bien pisser sur cette population mesquine, tout ce qui est excessif est insignifiant, ainsi que le disait le prince de Talleyrand-Périgord. A l'inverse, la Ruda Salska, née à Saumur ( 1993-2012 ) se montre plus sympathique à l'égard de la ville, se remémore le Trianon et manifeste une gaîté communicative. Toutes les formes de musique sont vivantes, ainsi qu'en attestent les foules qui se pressent aux Folles Journées ou l'efflorescence des chorales.

 Le patrimoine, trop longtemps méprisé et ravagé revient au goût du jour avec l'assistance de la Fondation du Patrimoine, dont Jean-Paul Hugot est l'un des fondateurs en 1996. Saumur est labellisée " ville d'art et d'histoire " depuis décembre 2006, titre qui lui impose la présence d'un personnel hautement qualifié. Dans une démarche plus spécialisée, le Carrefour Anjou Touraine Poitou, remontant à 1973, se spécialise dans la mise en valeur du troglodytisme et, de ce fait, a pris le nom de " Carrefour troglodytique Anjou Touraine Poitou ". Plus jeune, " Patrimoine religieux en Saumurois " fait découvrir les richesses de l'art chrétien. Les traditions équestres locales sont maintenues par " les Amis du Cadre Noir " et par " le Comité équestre de Saumur ". L'association " Saumur et son histoire " soutient des publications scientifiques comme la monumentale Histoire de Saumur, dirigée par Hubert Landais ( Privat, 1997 ) et organise des colloques. Pour les chasseurs d'ancêtres, " l'Association généalogique de l'Anjou " tient des permanences.

 Cette énumération devient fastidieuse et je la stoppe là, tout en étant conscient du grand nombre d'actions culturelles passées sous silence.

 

6) Fêtes et spectacles

 Les défilés fleuris remontent aux cavalcades de la Mi-Carême, ils sont organisés par les militaires au XIXe siècle, puis par le Comité des Fêtes à partir de 1899 ( notice détaillée dans Wikipedia ). Ils réapparaissent dès 1945 et portent le titre de " Fête des Fleurs " de 1948 à 1990, et désormais à la fin de juin. Chaque quartier construit son char, recouvert de papier-crépon et portant ses reines et quelques enfants.

char de la Fête des Fleurs

Les chars sont renouvelés sans cesse ( ci-dessus, photo Decker ), car le thème change chaque année. Des groupes musicaux s'intercalent et donnent le rythme aux troupes de majorettes, telles le Far-West de Bagneux photographié devant le Grand Dolmen :

Les majorettes du Far-West

  Le soir, défilé nocturne ; le lendemain, retour de cavalcade et nouveau défilé des chars, cette fois transformés sur le mode humoristique. Les écoliers profitent d'un congé, correspondant à la « journée du maire ». Le succès de foule est immense ; de loin, mais surtout des campagnes environnantes, accourent des fidèles, munis de leur pliant. Toute une époque, aujourd'hui révolue. En 1992, la Fête des Fleurs devient le Festival des Géants et des Masques, qui alterne avec un Festival des Musiques militaires.

 Les fêtes plus récentes sont caractérisées par le sponsoring des maisons de Saumur brut et des viticulteurs de Champigny, ce qui nous vaut la curieuse Grande Tablée, la Fête des Vendanges ou Festivini. Plus originales encore, les Journées du Livre et du Vin, créées en 1996, sur une idée de Jean Carmet : belle affiche, ivresses plus souvent bachiques que poétiques, beaucoup de littérature à l'estomac ; les Saumurois viennent voir du people et le people parlera de Saumur. Pour ceux qui adorent se déguiser, Anjou Vélo Vintage, lancé grâce à une puissante communication du département, attire des foules qui pédalent dans les vignes et le long de la Loire.

 D'un budget plus léger, l'association " Saumur, la Loire, l'Histoire ", déclarée en 1987, donne des spectacles, d'abord itinérants, puis en cave, fort drôles et soutenus par une bonne culture historique, activité prolongée par " les Chats noirs ".
 Le Moyen Age et la Renaissance sont plus que jamais au goût du jour pour la musique et pour la danse. Ils sont représentés par la Cour du Roi René ( 1988-2012 ), par les groupes Perceval et Ligeriana ; la Compagnie Plantagenêt donne des reconstitutions de la vie quotidienne.

 Le Théâtre du Sel a ouvert la voie dans les années 90. Des tentatives plus ambitieuses de spectacles du type son et lumière apparaissent de façon récurrente. Saumur ne dispose-t-il pas d'un cadre approprié et d'une réserve inépuisable de bénévoles ? Les spectacles ont un air de famille : une histoire locale schématisée et pleine de poncifs, des costumes flamboyants, une petite troupe de cavaliers expérimentés, une débauche d'effets pyrotechniques et plus récemment d'efficaces projections laser. Un premier spectacle se tient sur la Loire en 1983, avec l'appui de la Jeune Chambre économique ; l'année suivante, sous le titre " les Franciades ", les ambitions sont plus grandes et le langage grandiloquent. L'expérience est relancée en 2011-2012 sous la forme du " Trésor des Ducs d'Anjou ", puis en 2013-2014 sous le titre des " Ecuyers du temps ". Que les cars de voyagistes aient peu répondu à l'appel, le mythe du Puy du Fou frappe toujours. En 2016, " les Chevauchées fantastiques " prennent le relais dans le manège Kellermann.

 Bien d'autres animations sont lancées, en particulier autour de l'équitation et des bateaux de Loire. Même une fête de la Bière. Ou bien un Festival Jeunes Talents. Pendant l'été, des spectacles de rues sont donnés en divers points de la ville, qui se donne une image vivante et festive.

 

7) Les associations cultuelles

Nous renvoyons à l'étude sur la pratique catholique au XIXe siècle. Les statistiques les plus récentes donnaient, pour 1982, 6,3 % de pratiquants réguliers chez les hommes de plus de 15 ans et 11,6 % pour les femmes ( Joseph Jeannin, 1983 ). L'inscription à la catéchèse touchait 39 % des enfants de Saumur en 1993-1994. Une enquête de 1995 sur la création de nouvelles paroisses a suscité moins d'1 % de réponses ( thèse de Dorothée Elineau, 2000 ). Tous ces faits confirment l'évolution sur la longue durée : le Saumurois est indifférent en matière religieuse depuis la Révolution ; l'influence du catholicisme va en s'affaiblissant, à l'exception notable de l'enseignement, en particulier des collèges.
Les fidèles s'avérant en nombre limité, le clergé a pu s'accommoder de la fermeture de l'église de la Visitation, puis des longs travaux dans l'église Saint-Pierre. Les structures ecclésiastiques sont remodelées à plusieurs reprises. Actuellement, les anciennes paroisses de Saint-Lambert, de la Visitation et de Saint-Pierre-Saint-Nicolas forment la paroisse du Bienheureux Charles de Foucauld ; Notre-Dame de Nantilly, Saint-Pierre de Bagneux et Saint-Florent l'Abbaye ( regroupant déjà Saint-Hilaire-Saint-Florent, Rou-Marson et Verrie ) forment la paroisse Sainte Jeanne Delanoue depuis le 15 septembre 2013, le tout appartenant au Doyenné de Saumur. Ces paroisses remodelées disposent d'importants locaux d'accueil et éditent un journal trimestriel " Trajectoires ".
Ci-dessous, un émouvant témoignage de la piété traditionnelle, l'image de Première Communion recto-verso du futur docteur Louis Boivin, annotée par sa fille Marguerite.

Communion Louis Boivin


 Les catholiques traditionalistes se réunissent dans la chapelle Sainte Jeanne-Delanoue, desservie par des prêtres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X installés dans le prieuré Saint Louis-Marie Grignion de Montfort à Gastines ( Faye d'Anjou ). L'ouverture de classes primaires et d'un collège est tentée.
 L'ancienne communauté réformée de Saumur, ressuscitée en 1842, forte d'une centaine de familles, est depuis 2013 rattachée à l'Eglise protestante unie de France, regroupant calvinistes et luthériens et animée par un pasteur à temps partiel.

 Les renouveaux culturels et les brassages de population ont amené l'apparition de nouveaux groupes religieux. Les Témoins de Jéhovah, apparus dans les années 1950 et se présentant deux par deux à nos portes sans jamais pouvoir entrer, ont inauguré une nouvelle Salle du Royaume le 7 juin 2014, afin d'accueillir leurs 130 fidèles. Plus récente, l'Eglise évangélique Vie Nouvelle, animée par un couple de pasteurs, s'est implantée quai Carnot ; elle exerce un réel attrait pour ses cérémonies à forte charge émotionnelle. Les musulmans, assez peu pratiquants, se sont dotés d'un imam et d'une petite mosquée portant le nom d'Omar Bin Al-Khatab, un compagnon de Mahomet et un grand conquérant.

 On répète à l'envi qu'il ne se passe rien à Saumur, alors que dans le seul domaine religieux, de forts renouvellements se manifestent depuis les années 2000.

 

 

 

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