Les remodelages administratifs

 

 La domination des villes sur les territoires ruraux est devenue un fait généralisé, qu'on s'en réjouisse ou non. Le « rural profond » a disparu de la typologie de l'INSEE et les derniers programmes de géographie pour les classes de Première présentent la France comme « un territoire sous l’influence urbaine ». En tout cas, dans le Saumurois, quelques pôles urbains structurent une périphérie où plus de 40 % des actifs viennent travailler dans une agglomération voisine. Ces faits ne résultent nullement d'un plan concerté : qualifier d'impérialiste l'attitude des dirigeants locaux serait un contresens. Tout au contraire, ces derniers laissent les esprits mûrir, ils manquent plutôt d'ambition et de dynamisme, ils se montrent très conciliants dans le dosage des postes de responsabilité, au point que la ville centrale est constamment minoritaire dans les organismes intercommunaux. Les remodelages administratifs, qui s'accélèrent aujourd'hui, ont toujours été impulsés par les autorités supérieures, par l'intermédiaire du préfet et du sous-préfet.

1) Une impulsion venue d'en haut

 Les technocrates du régime de Vichy sont habituellement aux origines de nos restructurations ; ils ont inventé les Pays de la Loire, avec Angers pour capitale ; ils souhaitaient ouvertement unifier l'agglomération de Saumur et ils en réalisent les premières étapes. En mai 1941, quand ils fixent le périmètre des plans de reconstruction de la ville, ils y englobent Saint-Lambert-des-Levées, qui est effectivement touché par les bombardements, mais aussi Bagneux et Saint-Hilaire-Saint-Florent, qui ne comprennent pas cette décision ( A.D.M.L., 97 W 78 ).
 Quand la police nationale est mise en place, à Saumur en janvier 1943, la zone de police de la ville couvre toute l'agglomération, que parcourent ses patrouilles. Pour ce service, les communes de Bagneux, Saint-Hilaire-Saint-Florent et Saint-Lambert-des-Levées doivent verser une contribution de 3 F par habitant ; en contrepartie, ces communes espèrent l'ouverture d'un poste de police, qu'elles n'obtiennent pas.
 Par la suite, c'est toujours du haut que sont venues les incitations à la coopération intercommunale ou à l'unification, soit par des lois accompagnées de primes alléchantes, soit par des conseils pressants de hauts fonctionnaires.

 

2) La fin des anciens cantons

 Sans administration spécifique, les anciens cantons ne jouaient qu'un rôle politique, fort apprécié par les notabilités locales, mais plutôt boudé par la majorité des électeurs. Le canton de Saumur-Sud, regroupant le plus gros des habitants de la ville, était habituellement considéré comme un fief obligé du maire de la cité.
 Au nord, la situation était plus fluctuante. Par un décret du 30 mai 1963 signé Georges Pompidou, l'ancien canton de Saumur Nord-Est devient le canton d'Allonnes, mais le quartier de la Croix Verte passe dans le canton de Saumur Nord-Ouest, qui devient Saumur Nord ( A.M.S., 6 D 1 ). Cette nouvelle circonscription semblait destinée à se renforcer, car la municipalité de Villebernier, en 1965, demande à quitter le canton d'Allonnes pour la rejoindre, mais sans succès. Cette zone demeure instable. Les trois communes des Rosiers, de Saint-Clément-des-Levées et de Saint-Martin-de-la-Place n'entrent pas en 2001 dans la communauté de Saumur Loire Développement, mais rejoignent la communauté de communes de Loire-Longué en 2003, puis continuent à hésiter. Le canton de Saumur Nord est donc éclaté. Ces nouvelles orientations sont consolidées par le nouveau découpage cantonal de 2014 : le nouveau canton de Saumur réunit l'ancien canton de Saumur Sud et la partie nord de la ville, gagnant ainsi en cohérence, alors que les trois communes précédentes rejoignent le canton de Longué-Jumelles. La partition de la rive droite de la Loire est encore renforcée. Mais on peut s'interroger sur l'importance et l'avenir de ces nouveaux cantons.

 

3) Le district urbain de Saumur ( 1965-2000)

 Les pressions du préfet et du sous-préfet en faveur de l'intercommunalité aboutissent à une première étape le 26 juillet 1965, quand le préfet René Jannin, venu à Saumur pour le carrousel, signe l'acte de naissance du District urbain. Cette création ne fait pas grand bruit, bien qu'elle constitue une première dans le Maine-et-Loire.
 Les négociations, plutôt longues, sont détaillées dans des notes du sous-préfet ( A.D.M.L., 396 W 17 ). La commune de Saint-Hilaire-Saint-Florent a donné facilement son accord, alors que les maires de Bagneux et de Saint-Lambert se montrent plus réticents. Après plusieurs réunions techniques, les divers conseils municipaux donnent leur adhésion du 29 juin au 15 juillet. Les élus des petites communes se sont déclarés inquiets devant la hausse prévisible des impôts locaux. Afin de les rassurer, les contributions au fonctionnement du district seront calculées comme suit : 50 % au prorata de la population de chacune des communes, 50 % au Nouvelle République du 8 novembre 1965prorata de la valeur de chaque centime communal. C'est donc la ville de Saumur qui prendra le plus gros des charges.

 Cependant, cette association ne fait que préfigurer une prochaine fusion, selon l'avis du sous-préfet dans la Nouvelle République du 8 novembre 1965.

 L'expansion géographique du district est opérée par petites étapes. Au départ, il ne regroupe que les communes de Saumur, Bagneux, Saint-Hilaire-Saint-Florent et Saint-Lambert-des-Levées. Mais dès sa création, les communes de Dampierre-sur-Loire et de Chacé se déclarent susceptibles d'y entrer dans une seconde phase. De fait, en 1968, donnent leur adhésion Chacé et Varrains, exclusivement dans les domaines de l'eau, de l'assainissement et des zones industrielles. En 1973, lors de la fusion, le district se trouve renforcé par Dampierre et il doit alors remodeler ses structures, car il ne compte désormais plus que trois communes.
 L'ouverture de la partie sud de la rocade et l'aménagement de la vaste zone d'aménagement concerté du Champ Blanchard entraînent de longues négociations avec la commune de Distré. Tous admettent que seul le District a les moyens pour mettre en valeur ce vaste ensemble de terrains, mais un fort groupe d'habitants préférerait la création d'un syndicat intercommunal à vocation unique, réunissant la commune et le district, ce qui pourrait laisser à Distré plus de 20 % des taxes professionnelles attendues. Finalement, le 28 octobre 1993, le Conseil municipal de Distré accepte d'entrer dans le district de Saumur par 11 « oui » et 4 « non ». Les conseils municipaux des trois autres communes ratifient cette adhésion avec une parfaite unanimité.
Le district étend donc son aire géographique à cause des zones industrielles communes, qui constituent sa principale raison d'exister, cela malgré un contretemps : la création d'une zone industrielle le long de la voie ferrée à Saint-Lambert-des-Levées est interdite, car elle est située en zone inondable. L'autre domaine de compétence est la gestion de l'eau, lourd dossier qui a engendré bien des débats. La régie municipale est abandonnée en 1990 en faveur d'une concession à une société privée, en l'occurrence la S.A.U.R., dont le contrat durera jusqu'à la fin de 2020. Les partisans de ce choix invoquaient la compétence technique de cette société et les lourds investissements, qui étaient nécessaires et qui ont été opérés ; en même temps, les intérêts de l'ancien personnel municipal étaient garantis. Les opposants constatent seulement que le prix du mètre cube a flambé. L'assainissement et les stations de traitement des eaux usées viennent tout naturellement en complément de ce service. Le troisième champ de compétence du District est la gestion du Centre de Secours et d'Incendie, qui reçoit de nouveaux locaux construits sur le boulevard Delessert et qui est complété par le SMUR ( Service mobile d'urgence et de réanimation ). Le service d'enlèvement des ordures ménagères est ajouté en 1967. Après un tassement de son champ de compétence, le District élargit ses horizons à partir de 1994 ; il se met à préparer un Schéma Directeur d'Aménagement et d'Urbanisme et lance un Programme local de l'Habitat.
 Le District s'est donc développé par petites étapes en fonction des besoins évidents des communes associées ( les esprits ont eu le temps de mûrir ). Il n'a pas engendré une énorme administration ; longtemps, il est alimenté par les contributions des collectivités participantes, contributions que les élus de Bagneux et de Saint-Lambert trouvent trop lourdes, ce qui provoque une démission. En même temps, les tendances expansionnistes de ce type d'organisme sont évidentes. A partir de 1974, il lève ses propres taxes. Les petites communes, ne disposant pas de services techniques, ont le sentiment d'être dominées par la commune centrale.
 Les structures ont varié, mais le maire de Saumur exerce en permanence la fonction de président ( même quand il n'est pas candidat au premier tour du scrutin ). Ses fonctionnaires font tourner la machine ; la lettre trimestrielle du District reprend la charte typographique de la ville et le style de ses communicants. Bien sûr, les maires des communes associées reçoivent des postes de vice-président ; au départ, les représentants de Saumur, élus ou non, détiennent seulement la moitié des postes au Conseil de District ( 12 sur 24, 4 pour chacune des autres communes, l'opposition municipale n'obtenant que quelques strapontins ).
 Malgré tout, l'impérialisme candide de l'ancien centre ville peut expliquer les fortes réticences devant les nouveaux rapprochements intercommunaux. Le District, qui apparaît plutôt comme une réussite, se trouve dépassé par les normes exigées pour les nouvelles communautés d'agglomération. Il tient son dernier conseil le 8 décembre 2000.

 

4) La fusion-association : Ville de Saumur ( 1973 )

 La formule du district paraissait couvrir largement les faibles besoins d'intercommunalité des habitants de l'agglomération ; aucune voix ne s'élevait localement pour réclamer un renforcement des liens. L'initiative est encore venue d'en haut, plus précisément de la loi du 16 juillet 1971 sur les fusions et regroupements de communes.
Ne commettons pas d'anachronisme : les lois Defferre sur la décentralisation ne sont venues qu'en 1982-1983. Le préfet pouvait fort bien d'un trait de plume modifier des limites communales. Mais le pouvoir central, alors tout puissant, préfère y mettre des formes, au moins dans un premier temps et il apporte dans la corbeille de mariage la promesse d'une majoration allant jusqu'à 50 % des subventions de l'Etat pour les travaux d'équipement pendant une période de cinq ans.
Le 3 septembre 1972, le préfet relève dans l'est de son département trois ensembles se prêtant à une fusion : Chênehutte et Trèves-Cunault, Longué et Jumelles, ainsi que Saumur, Bagneux, Saint-Hilaire-Saint-Florent et Saint-Lambert- des-Levées ( A.D.M.L., 396 W 17 ). A ce stade, Dampierre n'est pas évoqué. Le sous-préfet, André-François Bouquin, a pour mission de réaliser ces fusions sans délai ; dans ses rapports, il détaille les nombreuses démarches qu'il doit opérer ( A.D.M.L., 396 W 3 ).
 Deux options étaient possibles : la fusion simple, qui réunifie purement et totalement plusieurs entités ; la fusion par association ( la commune de Saumur écrit constamment « fusion-association » ), qui ménage davantage le patriotisme de chaque commune, en maintenant obligatoirement les anciennes mairies, leur dénomination et leur état-civil, en instituant des maires-délégués, ainsi que des commissions consultatives, et en accordant des quotas généreux de conseillers-délégués. Cette dernière formule est jugée préférable à Saumur, car elle ménage mieux les intérêts des quartiers et les plans de carrière d'élus nouvellement installés.

 Dès juillet 1972, le conseil municipal de Dampierre-sur-Loire se prononce en faveur de la fusion ( la structure socio-professionnelle du village ne l'imposait pas ; des relations entre les maires expliquent cette démarche ). Dans la commune de Saumur, le Conseil municipal approuve le projet le 19 janvier 1973, à l'unanimité des 25 votants. Sans esprit impérialiste, mais avec un certain enthousiasme, car on venait de prendre connaissance des projets de la Délégation à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale ( DATAR ), qui renonçait à favoriser les grandes métropoles pour relancer les villes moyennes de 20 000 à 100 000 habitants. Saumur, passant de 22 000 à 33 000 habitants, se trouverait mieux placée pour profiter des aides promises et voyait l'avenir en grand. L'acceptation du Conseil municipal de Saint-Lambert-des-Levées se déroule sans anicroche. A Bagneux, le Conseil approuve le projet par 14 pour et 6 contre, sous l'expresse réserve de l'adhésion des autres communes consultées. Saint-Hilaire-Saint-Florent, qui avait facilement accepté le district, se montre plus autonomiste ( nous avions déjà noté son particularisme au XIXe siècle, tant sur le plan politique que religieux ). Ce particularisme de clocher apporte une première explication à cette résistance. Les motivations financières tiennent aussi une place importante ; les municipalités des communes périphériques avaient pratiqué une gestion de commune rurale, peu portée sur les investissements et sur les emprunts ; aussi avaient-elles pu maintenir un bas niveau d'imposition. Il est prévu que « l'intégration fiscale » sera progressive et s'étalera sur six années. Cependant, personne ne se berçait d'illusions : les impôts locaux allaient flamber et les nouveaux venus seraient désormais soumis à une fiscalité de ville, généreuse en investissements lourds et en dépenses de prestige. Pour ces motifs, le Conseil municipal de Saint-Hilaire-Saint-Florent vote contre la fusion le 19 janvier 1973 par 14 voix contre et 6 pour, en sous-entendant tout de même qu'il pourrait revoir sa position dans deux ans. Comme il en a le droit, le préfet exige une réunion extraordinaire du conseil, sous la menace implicite que les réfractaires seraient traités comme des pestiférés. Le maire se rallie dans une proclamation confuse et, le 29 janvier 1973, les élus s'inclinent par 12 voix pour et 7 contre ( Michel Pagé, Recueil et recherches sur Saint-Hilaire-Saint-Florent d'hier, p. 186 -191 ).
 La fusion s'est donc opérée dans la douleur, faute de sentiment communautaire, peut-être aussi parce que la formule du district paraissait suffisante. Des oppositions continuent à se manifester. L'association " la Sauvegarde ", fondée en octobre 1988, réunit un nombre significatif de Bagneulais et de Florentais ; en 1991 encore, elle organise un sondage en faveur de la « défusion », en présentant la perspective d'un référendum...
 Plusieurs décennies plus tard, ces combats nous paraissent avoir été d'arrière-garde. La fusion s'est opérée dans les faits et dans les esprits ; à l'exception de sociétés de jeu de boules, toutes les associations sont structurées au niveau de la nouvelle commune. Les entrants paient de plus lourdes taxes, mais ils ont tiré de substantiels profits du renforcement de l'agglomération. Saint-Lambert a pu mettre en place une vaste zone d'activités, Bagneux d'immenses lotissements, Saint-Hilaire-Saint-Florent un nouveau centre, le percement de la rue de l'Abbaye et la construction de l'ENE. Auraient-ils opéré ces réalisations, s'ils étaient restés seuls ? Dampierre n'est pas perdant non plus, ses foyers disposent du plus haut revenu de l'agglomération. En ce qui regarde la démographie - un excellent baromètre - nous avons noté l'ascension des communes périphériques, qui deviennent majoritaires, alors que l'ancien centre décline.

 La nouvelle commune prend le nom de " Ville de Saumur ". Je me permets de souligner cette dénomination, la seule officielle. Elle est bien appliquée sur les pancartes marquant l'entrée de l'agglomération, mais pas toujours sur les papiers et les publications de la mairie, ni dans les statistiques de l'INSEE. Il s'agissait pourtant de bien souligner qu'il s'agissait de la création d'une nouvelle commune et non de l'agrandissement de l'ancienne.

 Le nouveau Conseil municipal est formé par les 27 élus du centre, par 5 élus de Bagneux, 5 de Saint-Hilaire-Saint-Florent, 5 de Saint-Lambert-des-Levées et un élu de Dampierre. Quatre maires délégués sont élus et assistés par des commissions consultatives. C'est une lourde machine qui se met en place, bien plus lourde qu'en cas de fusion simple. Les élus avaient été choisis en mars 1971. Il fallait bien les laisser se prélasser un peu dans leur fauteuil.

logos de la ville de Saumur La nouvelle commune n'a nul besoin de se doter d'une nouvelle administration ; le personnel et les locaux fusionnent tout simplement. Cependant, les communicants expliquent que la ville a besoin d'une identité visuelle, reposant sur un logo et une charte graphique. Jean-Paul Hugot a d'abord adopté, au prix fort, " Saumur une signature ", qu'on voit ici décliné en pin's. Ensuite un nouveau logo a déjà connu trois moutures, qu'on voit à droite, dans un montage réalisé par Saumur-Kiosque. Les puristes de la typographie remarqueront qu'on y mélange des caractères sérif et sans-sérif. La version la plus récente présente l'avantage de n'avoir rien coûté, de rétablir le nom officiel de " Ville de Saumur " et de colorier en bleu l'envahissant serpent qui est censé évoquer la Loire.

 Le fonctionnement de la ville de Saumur trouve un nouvel équilibre à partir des élections de 1977, où le nombre des élus est réduit de 39 à 31. Cependant, le choix de la municipalité est perturbé en 2001, du fait que la cité est tombée au-dessous des 30 000 habitants et que, le sectionnement étant rétabli, le maire est choisi par le seul Saumur Centre. Cette anomalie est corrigée en 2014. Voir l'Historique des municipalités. L'action des élus est détaillée dans les diverses sections de ce chapitre.

 

5) L'agglomération Saumur Loire Développement ( 2001 )

  Nous avons quitté le District le 8 décembre 2000, alors qu'il tient son dernier conseil. Ce modèle d'organisme est condamné par la loi Chevènement du 12 juillet 1999, qui prévoit de nouveaux types d'Etablissements Publics de Coopération Intercommunale :
- à la base, les simples communautés de communes ; elles se mettent en place autour de Montreuil-Bellay et d'Allonnes ; tel serait également le destin du District s'il ne s'agrandissait pas ;
- plus prestigieuses, les communautés d'agglomération doivent rassembler plus de 50 000 habitants d'un seul tenant autour d'un centre urbain de plus de 15 000. Afin d'encourager la conclusion de ces ententes, le gouvernement promet une dotation de 250 F par habitant et l'accès à des fonds européens.
 En décembre 1999, le préfet fixe par arrêté les limites de la nouvelle communauté d'agglomération : elle englobera le canton d'Allonnes, la Ville de Saumur, le reste du canton de Saumur Sud et le canton de Montreuil-Bellay. Le sous-préfet, Dominique Fétrot, s'emploie à convaincre les élus des communes concernées. En général avec succès, mais à l'extrémité sud, les conseils municipaux d'Epieds et d'Antoigné se sont prononcés contre l'adhésion. Le préfet les englobe quand même, car ils ne confirment pas leur vote au cours des trois mois suivants et car leurs maires se sont ralliés. L'opération a été menée tambour battant, sans grande réflexion, sans débat, sans définition d'objectifs. Les autorités supérieures sont pressées de conclure, parce que les élections municipales de mars 2001 approchaient et qu'avec de nouveaux élus, il faudrait dans doute remettre l'ouvrage sur le métier. Le maire de la Ville de Saumur, Jean-Paul Hugot, se montre également très favorable à cette création et il minimise le changement quand il déclare : « La Communauté d'agglomération n'est jamais qu'une transformation du district urbain de Saumur. » Cette transformation, il la fait approuver par le Conseil municipal du 6 avril 2000, malgré les réticences de l'opposition, qui « a le sentiment qu'on va trop vite » ( la Nouvelle République, 7 avril 2000 ).

 En tout cas, le nouvel établissement public naît le 1er janvier 2001, fort de 32 communes et d'environ 61 500 habitants. Sa dénomination officielle devient " Communauté d'agglomération de Saumur Loire Développement ". Ce titre, apparu en décembre précédent et sans paternité revendiquée, n'est ni pratique ni mobilisateur. Dans l'usage courant, on s'est mis à l'appeler " l'Agglo ", puis " Saumur agglo " à partir de septembre 2010, ce qui sonne mieux, mais qui témoigne d'une instabilité fâcheuse et d'un manque de rigueur dans le vocabulaire.Logo de Saumur Loire Développement En effet, selon les strictes définitions de l'INSEE, l'agglomération de Saumur se réduit à la ville, à Souzay-Champigny et à Turquant. Un habitant de la Breille-les-Pins ou d'Antoigné appartient à la communauté, mais pas à l'agglomération. En outre, les services supérieurs de l'Etat ne connaissent que " Saumur Loire Développement ". Tout pour embrouiller le citoyen de base. Bien entendu, la nouvelle communauté se dote d'un logo.
 Comme son nom le suggérait, l'Agglo devait centrer son action sur le développement économique et l'aménagement de l'espace communautaire ( zones d'aménagement concerté, transports, parkings ). Les textes fondateurs lui faisaient aussi l'obligation d'établir un programme d'habitat social et de mettre en place des dispositifs d'insertion. En outre, dans la foulée du District et en raison de liens antérieurs, la communauté a étendu son champ d'action sur des compétences facultatives, sur l'eau, sur l'assainissement, sur la protection de l'environnement, sur l'élimination et la valorisation des déchets, sur la construction et la gestion d'équipements sportifs et culturels d'intérêt communautaire. Toute organisation ayant une tendance naturelle à élargir son domaine, elle gère tout le réseau des bibliothèques, elle restaure à grand frais le théâtre et veut y implanter un pôle culturel, elle renfloue la société gestionnaire du parc du Breil, elle reprend en partie Anjou-Vélo-Vintage, elle affiche des ambitions universitaires et elle souhaite s'installer dans un siège réunifié. Les conséquences de ces nouvelles ambitions sont l'apparition d'une fiscalité complémentaire et la multiplication d'énormes documents d'études, toujours brillamment présentés, truffés de mots savants, sans doute pour impressionner les maires de la campagne, rédigés dans un curieux mélange de langue de bois et de jargon technocratique. Essayez donc de lire le Plan Climat Energie Territorial ( PCET ) ou le Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux consacré au Thouet...

 Cette pluralité des tâches et l'accord sur un quota de postes par canton transforme la communauté en une lourde machine. Le 8 janvier 2001 se réunit le Conseil composé de 93 membres, 31 délégués de la Ville de Saumur et deux délégués pour chacune des 31 autres communes. Le Conseil élit le président et 17 vice-présidents, responsables de 4 commissions stratégiques et de 13 commissions opérationnelles, le tout composant un bureau de 18 membres. Sur quoi vient se surajouter un Collège des maires. Au moment de quitter Saumur, le sous-préfet Fétrot n'est pas très fier de la fille qu'il a engendrée : « Se pose la question de son efficacité et de sa lisibilité. Le citoyen lambda sait-il à quoi elle sert ? C'est une structure lourde où l'on discute beaucoup ; ça fait un peu usine à gaz... L'agglo, c'est un gros porteur qui a du mal à prendre son envol ! » ( Nouvelle République, 7 novembre 2002 ). Même si les structures se sont un peu allégées ( nous ne pouvons pas entrer dans le détail des bricolages institutionnels qui ont entraîné une crise en janvier 2015 ), les critiques fusent de partout et un autre problème a surgi.
 Afin d'amadouer les élus des petites communes qu'on dit rurales, alors qu'elles ne le sont plus, la Ville de Saumur n'avait demandé pour elle que le tiers des sièges au Conseil communautaire ( 31 sur 93 ) et 5 postes de vice-président ( étant sous-entendu qu'avec la présidence, cela ferait 6 sur 18 ), étrange répartition, alors que la ville représentait à peu près la moitié de la population. En réalité, la communauté s'était mise en place sous l'égide de la ville de Saumur, qui leur procurait son premier siège, un immeuble sur le quai Carnot et 51 postes d'agents détachés ( Courrier de l'Ouest, 20-XII-2006 ). Comme au temps du District, la présidence semblait revenir tout naturellement au maire de la ville principale. De fait, Jean-Paul Hugot est élu le 8 janvier 2001 par 68 voix contre 22 au maire de Montreuil. Il faut tout refaire le 19 avril, après les municipales. J.-P. Hugot, qui vient de perdre la mairie de Saumur, n'obtient que 35 voix ; son successeur, Jean-Michel Marchand, est porté à la présidence par 56 suffrages. Il ne s'agit sûrement pas d'un vote politique, mais d'un vote de légitimité en faveur du maire en place. Même scénario en sens inverse le 17 avril 2008 : Michel Apchin, le nouveau maire, est élu par 62 voix contre 30 à Jean-Michel Marchand.
 Ce dernier est redevenu le premier magistrat de la cité lors du renouvellement de l'Agglo le 25 avril 2014, dans un dispositif un peu allégé ; il obtient 32 suffrages, alors que le maire de Neuillé est élu avec 39 suffrages. Ce vote n'est pas essentiellement politique, comme le montre la suite du scrutin ; c'est une fronde des élus des petites communes contre la ville principale, contre ses joutes politiciennes, contre une forme d'arrogance de ses responsables, édiles ou fonctionnaires. Personne n'a intérêt à réveiller des rivalités ville-campagne, alors que le but de la communauté est de renforcer leur complémentarité. Le fonctionnement de l'agglomération et celui de la Ville de Saumur sont étroitement liés ; elles partagent, à temps partiel, des fonctionnaires et l'informatique. Un conflit serait dévastateur ; ce risque semble avoir été désamorcé en 2017 .

 Sans doute n'a-t-on pas assez réfléchi lors de la création de ce nouvel organisme, qui prend de plus en plus d'importance ; sans doute n'a-t-on pas assez clairement défini son champ d'action. En un temps où l'on condamne de plus en plus vigoureusement le cumul des mandats, la plupart de ses responsables exercent d'autres fonctions. Leur mode de désignation est contestable ; adopter des critères géographiques gêne la formation d'équipes et la formulation d'objectifs. Il pèsera toujours un soupçon de petits arrangements de couloir tant que les dirigeants n'auront pas reçu l'onction du suffrage universel direct.

 

6) La difficile naissance du Grand Saumurois ( 2014 )

 La loi Voynet du 25 juin 1999, en complément d'une précédente loi Pasqua, créait une nouvelle entité territoriale, le Pays, mesure encouragée par la promesse de subventions spécifiques pour réaliser les projets de la nouvelle circonscription. Saumur se met alors à rêver d'un " Grand Saumurois " correspondant à l'arrondissement et englobant tout l'est du département, y compris le Baugeois et le Vihiersois. C'est le projet que lance l'association " Saumur et sa région " ( Nouvelle République, 20 novembre 1999 ). Il faut vite déchanter devant la volonté d'autonomie du Pays baugeois et des cantons situés au nord de la Loire, ainsi que du Vihiersois, qui préfère en permanence s'associer à des secteurs ruraux des Mauges. Il convient de le constater avec franchise : la Ville de Saumur n'a pas assez de poids et de dynamisme pour s'imposer sur une vaste circonscription. Le Conseil général étudie alors un découpage prévoyant, outre une circonscription autour de Saumur, un Pays baugeois, un Pays Loire-Authion et un Pays Layon Lys Aubance, soit au moins quatre pays dans l'ancien arrondissement. En décembre 2000, c'est le SMISS, le Syndicat intercommunal du Sud-Saumurois, présidé par Jean Bégault, qui est chargé des études préalables. En mai 2002, la Communauté d'agglomération Saumur Loire Développement, la Communauté de communes de la région de Doué et la Communauté de communes de Gennes se mettent d'accord pour créer un Conseil de Développement du Pays saumurois. Une structure nouvelle est en gestation ; comme l'avait fait Jean-Paul Hugot, Jean-Michel Marchand presse un peu la cadence. Le futur Syndicat mixte du Pays saumurois devrait être dirigé par 33 représentants de Saumur Loire Développement, 12 représentants du Douessin et 11 du Gennois, soit le nombre de communes de chaque entité augmenté d'une unité ; cette répartition donnerait la moitié des voix à l'Agglo de Saumur, qui représente quand même les 3/4 de la population, qui, en cette affaire, ne fait pas preuve d'un impérialisme voyant et qui a jusqu'alors payé les 2/3 des frais de fonctionnement. En juillet 2003, cette répartition, jugée trop favorable à Saumur Loire Développement ( qualifiée à tort d'être majoritaire ), est rejetée par le représentant du Gennois, qui affirme parler au nom des dix maires de sa communauté et qui veut maintenir des liens avec le Pays Layon Lys Aubance. Résurgence d'un vieux conflit ville-campagne ? Manoeuvres de notables locaux ? En tout cas, le projet est coulé et de précieuses subventions, tant françaises qu'européennes, sont perdues.
 Le Grand Saumurois commence donc petit. Il naît par un arrêté du sous-préfet du 16 septembre 2004, qui crée le Pays saumurois, ne comprenant que les 43 communes de Saumur Loire Développement et de la région de Doué et installant son siège à Montfort, à mi-chemin entre ses deux capitales. Doté d'un budget d'un million d'euros, il peut accorder des prêts pour la création d'entreprises et la valorisation du patrimoine.
 En même temps, les notables des communautés de communes voisines s'interrogent sur leur devenir, sans pour autant associer leurs concitoyens, qui s'intéressent peu à ces emboîtages de structures. La Communauté de communes de Gennes fait un tour de valse avec le " Pays de Loire en Layon ", pour ensuite revenir dans le giron du Pays saumurois. Plus spectaculaire encore, la Communauté de communes Loire Longué, qui n'avait fait aucun pas vers le sud, adhère au Pays des Vallées d'Anjou, puis elle l'abandonne à compter de la fin de 2013 pour se retourner vers Saumur. Le périmètre de fusion du Pays saumurois est enfin constitué avec une incontestable cohérence, si toutefois les fils prodigues restent fidèles à leur nouveau choix. Pour la Ville de Saumur, des liens avec Chênehutte-Trèves-Cunault et Saint-Martin de-la-Place permettent une meilleure continuité territoriale. Le nouveau pays constituera une unité de 107 000 habitants et de 64 communes.

 En parallèle, à partir de septembre 1997, un autre syndicat mixte doit élaborer le Schéma directeur du Saumurois, document d'organisation spatiale, rebaptisé Schéma de cohérence territoriale ( SCoT ) depuis la loi SRU du 13 décembre 2000 relative à la Solidarité et au Renouvellement urbains. Alors que les SCoT du Choletais et du Pays Loire Angers sont approuvés, l'élaboration du document saumurois prend du retard pour l'évidente raison que ses frontières sont mouvantes ; après une période de consultations, il est enfin déposé le 27 décembre 2013, sous la forme d'une énorme compilation, rédigée dans la novlangue administrative et juxtaposant les plans du Sud-Saumurois et du Longuéen.

 L'évolution semble donc favorable : à compter du 1er janvier 2014, le Pays saumurois et le syndicat mixte chargé du SCoT se réunifient pour donner naissance au syndicat mixte du Grand Saumurois. Les intérêts des nouveaux arrivants sont fortement protégés ; le Comité syndical, administrateur du Grand Saumurois, comprendra 20 membres, 8 délégués de Saumur Loire Développement ( le préfet ne connaît que ce nom là ), 4 délégués de la Communauté de communes de Doué, 4 de Gennes et 4 de Longué ; au bureau de 5 membres, un représentant de chaque communauté. En somme, une confédération qui rappelle vaguement la Confédération germanique... L'Agglo de Saumur est réduite à la portion congrue ; elle occupe moins de la moitié des sièges, alors qu'elle paie 68,9 % des frais de fonctionnement.Logo du Grand Saumurois Sceau du Grand SaumurL'unité de façade était peut-être à ce prix.

 Le Grand Saumurois avance de grands projets, il se dote d'une agence et d'un conseil de développement et, bien sûr, d'un logo, à ne pas confondre avec le sceau du Grand Saumur ( à droite ), qui est une marque commerciale.
 C'était trop beau ! Le 24 mars 2014, le préfet émet un avis défavorable sur le SCoT jugé « confus » et « peu prescriptif ». Le renouvellement municipal de 2014 entraîne un changement des dirigeants et de nouvelles tensions. A ce moment, tout reste à faire. Mais le Grand Saumurois apparaît comme suffisamment homogène pour offrir à ses territoires des perspectives de développement multipolaire. A la condition que les ambitions de notables et les intérêts de clocher soient dépassés, que le SCoT ne se limite pas à un document répressif et rébarbatif, qu'une coopération communautaire se déploie. Pour l'instant, les habitants sont parfaitement indifférents à ces grandes manoeuvres réservées à quelques initiés.

 

7) La Communauté d'agglomération Saumur Val de Loire ( 2017 )

 Du fait de la loi NOTRe du 7 août 2015 ( Nouvelle Organisation Territoriale de la République ), le Maine-et-Loire est secoué en 2015-2016 par une tornade de restructurations administratives. A la suite de fusions, le nombre des communes chute de moitié, les intercommunalités tombent à neuf contre trente auparavant. Des notables impérialistes et des préfets napoléoniens mènent l'affaire à la hussarde, sans réflexion approfondie des conseils municipaux et sans association réfléchie de l'ensemble des citoyens, ce qui constituait une exigence minimale. Ainsi disparaissent des paroisses-communes vieilles de mille ans, ainsi disparaissent des noms séculaires fleurant bon le terroir, remplacés par de ridicules dénominations publicitaires, la plus minable étant Bellevigne-en-Layon ; au moins, elles ne poseront pas de problèmes aux toponymistes. Quand on présente les Français comme incapables de se réformer !
 En l'affaire, les Saumurois se sont hâtés plus lentement. A juste titre, ils ont pris leur temps, d'autant plus que certains notables périphériques ont freiné des quatre fers. A Gennes d'abord, puis à Longué-Jumelles, qui a rêvé de se tailler une petite principauté. Ces opposants du Gennois et du Longuéen ont été sanctionnés par les votes de leurs collègues. La loi NOTRe et les pressions préfectorales aidant, un Grand Saumurois est né, alors qu'il se cherchait depuis quinze ans : par arrêté préfectoral du 16 décembre 2016 est créée, à partir du 1er janvier 2017, la Communauté d'agglomération Saumur Val de Loire qui regroupe 49 communes, dont trois nouvelles ( mises en place sans consultation de l'ensemble des habitants ), ainsi que, par fusion, la Communauté d'agglomération Saumur Loire Développement et les communautés de communes de Doué-la-Fontaine, Gennes et Loire Longué, au total, une population légale de 100 424 habitants. Certains ont été choqués par les longues tractations préalables, par le souci de représenter toutes les sous-régions ( avec des proportions inégales ), par les petits arrangements entre amis ( qui sont souvent des ennemis ), par l'attribution d'indemnités généreuses ( qui scandalisent ceux qui vivent avec moins du SMIC ). La démocratie locale passe forcément par ces accommodements peu glorieux, par la création de sinécures, par les compromis qui préparent la vie communautaire. Mais, tant qu'elle n'a pas de fiscalité propre, la communauté est une confédération ; consulter l'ensemble des populations ne s'imposait pas.
 Le principal problème résulte de la lourdeur et de la complexité des procédures ; dans ce contexte, les fonctionnaires territoriaux sont amenés à prendre plus de poids que les anciens secrétaires de mairie et à s'ériger en technostructure plus ou moins camouflée derrière les assemblées délibérantes. L'ancien syndicat mixte du Grand Saumurois, dont nous sommes enfin débarrassés, nous a déjà habitués au jargon inefficace.
 Voici une date significative : le 13 janvier 2017, les 93 élus ont choisi pour président Jean-Michel Marchand, encore maire de Saumur, et mis en place 15 vice-présidents. Le Grand Saumurois devient une réalité administrative. Réfléchissons toutefois sur la longue durée. Que devient l'arrondissement de Saumur remodelé en 1926 ? Le Vihiersois a depuis longtemps pris le large et s'est accroché au Choletais ; " Baugé-en-Anjou " et " Noyant-Villages " mènent une vie indépendante. Deux communes du Gennois, Coutures et Chemellier, se sont tournées vers Brissac et ont rejoint l'ensemble Loire Layon Aubance. C'est donc un Saumurois assez homogène, mais réduit à son noyau central, qui s'est ainsi unifié. Le territoire de la sous-préfecture n'est plus en adéquation avec les nouvelles unités et, à plus forte raison la circonscription électorale. Le jeu de quilles actuel peut entraîner d'autres chamboulements.
 La ville de Saumur, avec ses maigres 27 000 habitants ( et qui vont diminuer ), a-t-elle le poids et dynamisme nécessaires pour contrôler une zone de plus de 100 000 habitants ? Par bonheur, des pôles secondaires, comme Doué et Montreuil, constituent d'actives petites capitales. Comme il est souhaitable que d'autres centres jouent ce rôle, sept conseillers délégués, représentant chacun un territoire sont élus pour participer au bureau de l'agglomération. A défaut de siège unifié, Saumur Val de Loire ne manque pas de dirigeants.

 

 8) Une armée mexicaine

  Ami lecteur, je reconnais que cette énumération de structures a été fastidieuse. Ce n'est pas de mon fait, je me suis au contraire efforcé de simplifier en éliminant des faits subalternes.
 Au final, en 2017, le citoyen lambda de Saumur se retrouve dirigé par 5 maire et maires délégués, par 10 adjoints, par un président, 15 vice-présidents et 7 conseillers délégués ; ce total n'est peut-être déjà plus exact , car il varie sans cesse. Ces responsables sont fort logiquement indemnisés, car leurs charges les prennent beaucoup ; malgré tout, ces indemnités paraissent trop généreuses, alors que, dans un autre sens, les élus de base s'astreignent à participer à de multiples réunions fastidieuses pour presque rien. Ces exécutifs ont besoin de bureaux, de secrétariat et de personnel. Il s'ensuit une inflation des employés des collectivités locales. La justification de ces regroupements était de réaliser des économies d'échelle ; on n'en prend pas le chemin.
 Le 5 octobre 1953, le Conseil municipal de Saumur adoptait son tableau des effectifs, qui s'élevait alors à 104 agents ( 49 titulaires et 55 auxiliaires permanents - A.M.S., 1 D 48 ) ; la ville assurait alors le service d'eau, le gaz et la répurgation. Pour obtenir des éléments de comparaison homogènes, il faudrait ajouter une douzaine d'agents des communes périphériques, soit moins de 120 employés pour l'ensemble de l'agglomération. Des services sont alors réduits et parfois inexistants : une seule bibliothécaire à temps partiel et pas d'archiviste spécialisé. Pour toutes sortes de raisons, en particulier un élargissement du champ d'intervention et un allégement des horaires du personnel, les employés de la Ville de Saumur se retrouvent au nombre de 503 en 1982 ( 325 permanents et 179 à temps partiel ), de 436 en 2001, de 542 en 2006. En 2014, les effectifs municipaux semblent stabilisés à 530 personnes, mais Saumur agglo a pris en main d'importants secteurs d'activités et emploie environ 150 agents sur un espace plus étendu. Les nombres ne sont pas totalisables, mais il est patent que le nombre des employés des collectivités locales est en constante augmentation et que les charges de personnel progressent en pourcentage dans les budgets. En outre, les grands travaux, pour lesquels l'appel à des sociétés d'études est obligatoire, connaissent aussi une forte inflation des prix.
 Bien d'autres organismes veillent aussi sur nous et sur notre territoire. Le Parc naturel Loire-Anjou-Touraine protège nos paysages ; le Conservatoire régional des Rives de la Loire et de ses Affluents ( CORELA ) établit un programme d'actions pour la restauration des boires ; le Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux entend rétablir à coups de bulldozers la continuité écologique du Thouet. Tous ces organismes, dont je ne cite que quelques uns, représentent l'équivalent de quelques agents supplémentaires.
 Jamais nous n'avons été autant administrés et par des personnes, élus ou agents, dont la compétence n'est pas en cause, mais nous voyons mal l'efficacité de cette pléthore. Saumur et sa région vont mal, les diverses administrations emboîtées apparaissent comme peu efficientes et présentent des doublons évidents. Tout élu veut laisser son empreinte par des réalisations pharaoniques, et nous avons de plus en plus d'élus... De nouvelles restructurations sont en perspective ; elles seront sûrement lentes à se stabiliser.

 

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