Essor et déclin démographique de 1946 à 2013

 

 Préalable obligé pour la compréhension d'une ville et d'une époque, notre étude de la démographie saumuroise sera surtout historique. Notre souci sera de dégager les lignes d'évolution sur deux tiers de siècle ( statistiques de 1946 à 2013 ), sans trop nous appesantir sur de menues variations conjoncturelles.

 L'important appareil scientifique fourni par l'INSEE constitue notre source principale, sous la forme imprimée pour les premiers recensements et dans une colossale base Internet pour les plus récents. En complément, le site de l'EHESS, Des villages de Cassini aux communes d'aujourd'hui. Commentaires sur les recensements dans la revue Norois par Jean-Baptiste Humeau, Christian Pihet et Jacques Jeanneau. Compléments dans l'Analyse des Besoins sociaux dressée par le Centre communal d'Action sociale ( édition balbutiante en 2010, améliorée en 2011 et surtout en 2013 ). Fiches commodes établies par la C.C.I. de Saumur, Tableau de bord de l'économie du Saumurois ( une édition de synthèse en 2006-2007 ).

1) Des statistiques implacables

 Le graphique suivant nous a posé bon nombre de problèmes méthodologiques. Quelques variantes dans les définitions perturbent quelque peu les résultats collectés, mais sans modifier les lignes de force. Les données de 2006 et de 2011 sont des estimations, puisque, pour les villes de plus de 20 000 habitants, l'INSEE pratique une mise à jour permanente portant sur un cycle de cinq ans. La population municipale est seule retenue, les quelque 1 500 résidents comptés à part ( élèves internes, militaires de passage ) ne sont bien sûr pas pris en compte ; les confusions entre population municipale et population totale ont engendré des graphiques ahurissants. Plus stupéfiantes encore sont les publications qui ne tiennent pas compte de la fusion par association de 1973 et qui indiquent une flambée miraculeuse de la population de Saumur entre 1968 et 1975, ainsi que le fait l'article de Wikipedia.
 Afin de permettre des comparaisons sur des bases homogènes, nous avons reconstitué ( en pointillés ) la population de l'agglomération avant 1973 et nous continuons ensuite à porter les données de chacune des communes associées ; ces éléments proviennent de sources assez disparates, de préférence des statistiques des IRIS ( Ilots regroupés pour l'Information statistique ). Un premier résultat des recensements à partir du quart des fiches était traditionnellement publié et repris par la presse locale et par les publications du Comité d'Expansion économique du M. et L. ; nous avons préféré recourir aux résultats définitifs, très légèrement différents.
 Nous avons aussi totalisé les populations des communes limitrophes de la ville de Saumur et nous avons repris la classification de l'INSEE, même si elle est surprenante : malgré son étroite frontière commune, Chacé y figure, alors que Chênehutte est exclu ( par suite de sa fusion avec Trèves-Cunault en 1973, cette commune se trouve déportée vers Gennes et elle est constamment tenue à l'écart des plans locaux d'aménagement ).

Evolution démographique de l'ensemble saumurois de 1936 à 2011

a) La faible empreinte démographique de la Seconde Guerre mondiale

 Les résultats du recensement de 1936 sont cités afin de faciliter les comparaisons. Dix ans plus tard, la démographie est en progrès. Malgré des pertes sévères, surtout civiles par suite des bombardements, et un fléchissement temporaire du nombre des résidents, la population ne se porte pas si mal. Dans le chapitre sur les mentalités, la société et ses parias, nous avons déjà remarqué la singulière reprise de fécondité qui s'opère à partir de 1942, alors qu'on est au coeur des années noires et que beaucoup d'hommes sont absents ; le nombre des naissances domiciliées à Saumur atteint 383 en 1943, 450 en 1945 et 683 en 1946 ( soit le double des valeurs de 1938 ). Les pertes dues aux morts de la guerre et aux départs d'habitants sont aussitôt compensées.Projet Ville Moyenne

b) Une progression vigoureuse de 1946 à 1968

 Le baby-boom est bien marqué dans la commune de Saumur, qui progresse de 3 916 habitants sur l'espace de 22 ans, soit un taux de croissance de 22,2 %, progression qu'on n'avait encore jamais vue. La flambée des naissances, avec un taux constamment supérieur à 20 ‰, en constitue la principale explication ; les générations nées entre 1949 et 1952 restent jusqu'à ce jour les plus nombreuses de la ville. Il faut ajouter qu'un exode rural vers Saumur se produit alors, provenant surtout des communes du sud de l'arrondissement ; il est mal quantifié et il s'arrête très tôt ( la ville présente déjà un solde migratoire déficitaire pour la période 1962-1968 ).
 Les communes de la périphérie urbaine affichent des résultats inégaux. Bagneux opère une progression insolente de 54,5 % pour la période 1946-1968 ( les logements y progressent de 18,1 % pour la seule tranche 62-68. Les résultats sont plus modestes pour Saint-Hilaire-Saint-Florent.
 Au total, la progression est spectaculaire pour l'ensemble de l'agglomération et elle encourage des projections d'un optimisme imprudent. Le plan " Ville moyenne ", à droite, adopté en novembre 1974, déjà généreux pour les données de départ, prévoit que l'agglomération saumuroise passera à 55 000 habitants en l'an 2000, au terme d'une flambée vertigineuse.
 Cette projection peu crédible négligeait deux paramètres déjà bien observables : le déficit migratoire et la chute de l'indice de fécondité ; la démographie saumuroise se situait déjà au-dessous des paramètres nationaux. La suite est venue casser ce bel optimisme.

c) Le plafonnement des années 1975-1999

 Fusionnée, l'agglomération atteint son sommet avec une population municipale de 32 515 habitants en 1975. Ensuite, les résultats se tassent durant les 25 années suivantes ; ils tombent à 29 857 h. en 1999. Cette chute au-dessous de la barre des 30 000 fait quelque bruit ; les causes diverses en sont analysées dans les paragraphes suivants.

d) La décroissance urbaine de 1999 à 2011

 Au XXIe siècle, l'évolution devient franchement préoccupante. Saumur est la ville la plus décroissante de l'ensemble Pays de la Loire et Bretagne, selon une étude de " Population et Avenir ". Elle perd 9,3 % de ses effectifs au cours de la période 1999 -2011, alors que le Maine-et-Loire et l'ensemble de la France métropolitaine progressent de 7 %. Les logements deviennent trop nombreux dans Saumur ; en mars 2014, le taux de vacance s'y élève à 11 % du parc immobilier, alors qu'il est à 6,85 % à Angers.Etat matrimonial d'après l'INSEE

 

2) Du baby-boom au baby-krach

 

 Pour mémoire, nous reproduisons ( à droite ) l'état matrimonial des habitants de 15 ans et plus, bien que ce graphique circulaire n'apporte rien de bien révélateur, à part sur le pourcentage élevé des veufs.

 

 

 

 Le mariage en mairie ayant perdu l'essentiel de son sens démographique, nous n'avons pas reporté les taux de nuptialité sur le graphique suivant du mouvement naturel de la population au cours des 33 dernières années.

 

 

 

 

Mouvement naturel de lapopulation de  la commune de Saumur

 Le nombre des naissances domicilées à Saumur chute de moitié au cours de la période présentée, alors que le nombre des décès demeure relativement stable. Ces résultats sont très inférieurs à ceux de la France entière, où se maintient un faible excédent naturel. Trois étapes sont évidentes :

- Les années d'après guerre et encore les années 80 sont remarquables par le nombre élevé de leurs naissances et l'ampleur du solde naturel, encore assez fort de 1980 à 1990 ( + 1570 ). La presse locale se réjouissait alors de ces performances apparentes. En réalité, la population totale de l'agglomération commençait à décliner. Le mouvement naturel n'est donc qu'un facteur secondaire dans l'évolution démographique de la cité et ces brillants résultats provenaient avant tout de l'arrivée des générations fournies des années 1950 à l'âge maximal de fécondité.

- Les années 90 ramènent ces taux à des proportions moyennes et à un solde positif de +994.

- Le mouvement naturel se détraque en 2002, où les deux courbes se croisent. La canicule de 2003 donne un clocher bien repérable, mais cette poussée n'est nullement un accident passager : de 2004 à 2013, le nombre des décès s'élève à 3 132 pour 3 049 naissances domiciliées. Le déficit devient donc structurel. Pour l'année 2011, le taux de natalité se situe à 11 ‰ ( 12,5 ‰ à l'échelle nationale ). Les jeunes couples semblent aussi prolifiques que les autres, mais ils sont en trop faible nombre.
 Ces faits implacables ridiculisent les statisticiens des publications municipales, qui, sur une pyramide, programment une flambée des naissances dans les années 90, qui, en 1995, écrivent que la démographie saumuroise « affiche un dynamisme renouvelé », qui, le 7 juillet 1999, parlent d'une chute enrayée, qui, en 2011, détectent de sérieux indices de reprise. Ces énormités résultent d'une observation limitée au seul champ du mouvement naturel, alors que le déficit migratoire est d'une plus grande importance. Dans les années 80, la ville de Saumur gagne encore chaque année environ 200 habitants par excédent naturel, mais en même temps, elle en perd 300 par déficit migratoire.
Lieu de résidence cinq ans auparavant

3) Le déficit migratoire

 

 La population saumuroise a toujours été mobile, et pas seulement dans sa composante militaire. Mes études sur la démographie au XIXe siècle prouvent que ce fait est ancien, mais qu'à cette époque le solde migratoire était largement excédentaire ; ainsi, au recensement de 1891, seulement 34,70 % des habitants étaient nés à Saumur.
 Actuellement, la mobilité est toujours marquée et les déménagements fréquents, ainsi que l'attestent les relevés par foyer opérés par l'INSEE en 2006 ( à droite ). Seulement 59,7 % des personnes habitaient le même logement cinq ans auparavant. Cependant, les mouvements sont de faible ampleur, souvent à l'intérieur de la commune, rarement à l'échelle internationale.

 

 

 

 

 Tous les observateurs locaux ont pu constater ce fait majeur : les jeunes gens quittent en grand nombre Saumur vers 18 ans, afin de poursuivre leurs études ou pour des raisons de travail. D'après Analyse des Besoins socauxEt ils reviennent rarement dans leur ville natale. Faute d'emplois, peut-être aussi faute de conditions de vie attrayantes, Saumur ne sait pas garder sa jeunesse. Les pyramides des âges dressées à toutes les époques marquent un anormal rétrécissement dans les classes de 20 à 40 ans, par exemple, à droite, sur les pyramides superposées de 1999 ( en pointillés ) et de 2009. Le déficit des jeunes adultes, lié aux départs, est particulièrement marqué du côté masculin. A l'inverse, on remarque les fortes générations du baby-boom et leur écho 30 ans plus tard.

 Retenons seulement les données statistiques les plus révélatrices. Dans l'espace intercensitaire de 1968 à 1975, l'agglomération subit un déficit migratoire de -1554 individus ; mais comme le solde naturel est encore à + 2 645, la population continue à croître et atteint alors son apogée. Le renversement de la tendance se produit de 1975 à 1982 ; le déficit des migrants est alors de -2 269, alors que le solde naturel est en baisse et chute à + 1 871. La perte nette est donc de 398 habitants, ce qui n'est pas encore considérable. A quoi bon continuer une fastidieuse énumération de statistiques : le mouvement s'accentue depuis les années 80 et le manque de jeunes adultes entraîne en second lieu une chute des naissances.
 En sens inverse, le département de Maine-et-Loire connaît des soldes naturels et migratoires positifs depuis 1975, ce qui démontre qu'il y a bien un problème spécifiquement saumurois.

4) Une faible immigration étrangère

 Saumur n'attire donc guère pour une installation définitive et elle accueille plus souvent des retraités que des jeunes gens. Les immigrés ( dans le sens précis de personnes nées étrangères à l'étranger ) y sont peu nombreux ; l'estimation de 2011 en compte 1 043, ce qui correspond à 3,8 % de la population municipale, alors que le pourcentage national est à 8,7 %. Parmi les adultes, les immigrés sont relativement plus actifs que les autochtones, mais aussi plus souvent chômeurs, rarement étudiants et encore plus rarement retraités.

Sur la population adulte, souce INSSE 2011

 Parmi ces immigrés, près de 40 % ont obtenu la nationalité française, si bien qu'il ne reste plus que 681 étrangers, soit 2,5 % de la population, valeur remarquablement basse. Jadis, le commissariat de police publiait la nationalité de ces étrangers ; ainsi, en 1990, les Portugais étaient en tête avec 519 personnes, au second rang, les Laotiens au nombre de 262, puis les Algériens avec 179 représentants. Depuis, le " politiquement correct " aidant, les pouvoirs publics ne communiquent plus sur le détail de ces statistiques. On sait seulement que les étrangers recensés sont moins nombreux, qu'ils sont plus prolifiques que les indigènes et nettement moins âgés, comme on peut le constater sur le tableau ci-dessous.

Insee, estimation  de 2011

5) L'étalement urbain

  Nous arrivons maintenant à une remarque moins négative : les habitants qui quittent le vieux Saumur ne partent pas tous au loin, qu'ils s'installent souvent dans une commune associée ou dans la couronne des communes limitrophes. Au sortir de la guerre, en même temps que se produit un petit exode rural vers Saumur, en même temps se dessinent progressivement des mouvements de périurbanisation et de rurbanisation, en fonction de la préférence des Français pour un pavillon familial, pour un cadre de vie plus agreste et pour un moindre coût du foncier.
 Ce phénomène s'esquissait déjà dans le dernier quart du XIXe siècle, où déjà la bourgade de Bagneux prenait l'envol d'une ville-champignon et où les autres communes périphériques connaissaient un essor marqué. La désertion progressive du centre ancien au profit des aires périphériques se déroule en plusieurs étapes, bien visibles sur les recensements successifs, sur les enquêtes par quartiers, sur les statistiques de logements vacants. Nous avons reporté les résultats des recensements sur le grand graphique précédent, que nous complétons par les relevés encore plus éloquents des inscrits sur les listes électorales ( malgré quelques légères distorsions : actuellement, le nombre des inscrits progresse un peu, alors que la population baisse ; le vieillissement explique cette légère augmentation ).

Les inscrits sur les listes électorales par quartiers en pourcentage
   1974  1981  1995  2007  2014
 TOTAL  16 398  19 360  19 627  19 433  19 517
 CENTRE VILLE + NANTILLY  30,2 % 25,4 % 22,9 %   21,8 %  21,3%
 HAUTS QUARTIERS - CHEMIN VERT 19,7 %  23,2 % 21,7 %  20,6 %   14,8 %
ILE ET CROIX VERTE  11,9 %   10,9 % 10 %  9,1 %  8,6 % 
BAGNEUX  12,1 %  14,1 %   15,2 % 16,6 %  17,6 % 
DAMPIERRE  1,5 % 1,4 %  1,5 %   1,4 % 1,6 % 
SAINT-HILAIRE-SAINT-FLORENT  12,2 %  12,5 %  14,6 %  16 %  16,6 %
SAINT-LAMBERT-DES-LEVÉES 12,5 %  12,6 %   14,1 % 14,4 %  14,4 % 

- La première étape est un étalement des habitants du centre ancien vers les Hauts Quartiers et le Chemin Vert, qui augmentent de 600 habitants de 1975 à 1982 et qui atteignent leur apogée électoral en 1981. Au recensement de 1982, la population de l'ancien Saumur correspond encore à 64 % des effectifs de la nouvelle commune.

- La deuxième étape est caractérisée par la montée des communes périphériques, en partie par le déplacement d'habitants de l'ancienne commune de Saumur, en partie par des apports de l'extérieur. On retrouve le cas de Bagneux, qui, en 1946, était loin au-dessous de Saint-Hilaire-Saint-Florent et de Saint-Lambert-des-Levées ; cette commune associée, en raison de l'ouverture de lotissements, gagne plus de 800 habitants entre 1975 et 1982, année où elle dépasse nettement ses deux concurrentes, qui progressent cependant. Bien sûr, cette évolution se répercute sur les listes électorales, sur lesquelles l'ancienne commune devient minoritaire, tombant à 44,7 % en 2014. Le centre ancien et les nouveaux quartiers continuant à se vider, Saumur, dans ses limites anciennes, se retrouve moins peuplée en 2011 qu'en 1936.

- La troisième étape de la déconcentration urbaine atteint les communes limitrophes, que nous avons réunies sur le grand graphique selon les frontières fixées par l'INSEE ( c'est-à-dire sans Chênehutte-Trèves-Cunault ). Cette couronne augmente de 69,7 % de 1946 à 2011, dans un laps de temps où l'agglomération est stationnaire. Par exemple, grâce à des lotissements, la commune de Varrains s'élève de 21,3 % de 1962 à 1975. La progression générale des communes limitrophes s'accélère dans l'espace intercensitaire de 2006 à 2011 ; elle est alors particulièrement vigoureuse à Vivy, Chacé et Distré, toujours par suite de lotissements. Saumur tresse ainsi la toile d'une agglomération, qui, dans le strict sens géographique du terme ( toutes les maisons situées à moins de 200 mètres ), s'étire sur Dampierre, Souzay et va jusqu'à Turquant ; selon la terminologie de l'INSEE, cette unité urbaine regroupe 28 921 habitants en 2011 contre 30 359 en 2006. Là aussi, tassement apparent. Mais cette approche par agglomération est peu opérationnelle et il faut élargir le champ d'analyse.

- La quatrième étape correspond aux évolutions actuelles : le desserrement s'étale sur la communauté d'agglomération Saumur-Loire-Développement, où quelques communes connaissent une forte expansion, comme Brossay, Epieds ou Saint-Just-sur-Dive. Les 32 communes de ce qu'on appelle " Saumur-Agglo " comptaient 62 156 habitants en 2011, contre 61 339 sur ce périmètre en 1999. L'ensemble progresse de + 0,1 % par an, surtout en raison d'un solde naturel de + 0,3 % ( la proportion de jeunes adultes y est élevée ), mais le solde migratoire est là aussi négatif à - 0,2 %. Cette situation corrige un peu les désolants constats précédents, sans être brillants. Mais encore une fois, on s'éloigne quelque peu de l'authentique ville de Saumur en englobant des centres secondaires.

6) Les grands axes de glissement

 Ainsi que toutes les villes-ponts des bords de Loire, Saumur a glissé vers l'Ouest depuis le Moyen Age. La nouvelle traversée du XVIIIe siècle suivant l'axe du pont Cessart a accentué ce déplacement déjà ancien. Au XIXe siècle, la naissance du quartier Alsace, le renforcement du quartier Saint-Nicolas et l'essor de Saint-Hilaire-Saint-Florent renforcent cette orientation, alors que la topographie défavorise la progression vers l'est.
 Au XXe siècle, changement d'orientation, l'agglomération saumuroise avance désormais vers le midi, vers Bagneux et vers les communes limitrophes du sud, qui étaient encore faiblement peuplées en 1936 et qui augmentent de 94,7 % de 1946 à 2011. La partie septentrionale de l'agglomération fait de plus minces progrès. Les quartiers d'Offard, de Millocheau, de la Gare et de la Croix Verte subissent un net déclin démographique qui profite peu à Saint-Lambert-des-Levées. Les autres communes limitrophes du nord de la Loire, déjà densément peuplées et offrant peu d'espaces constructibles, augmentent au taux médiocre de 54,8 % entre 1946 et 2011. Saumur, vieille porte du midi, regarde toujours davantage vers le sud. Les grands axes routiers sont les lignes de force de cet éparpillement de la ville, sans qu'on puisse retrouver les modèles classiques chers aux géographes.D'après une carte de l'INSEE

 A droite, cet extrait d'une carte de l'INSEE représente l'aire urbaine de Saumur en 2010 ; on pourra identifier en couleur bordeaux l'agglomération au sens propre et en orange la zone où plus de 40 % des actifs viennent travailler dans l'agglomération ; cette aire est très étroite au nord de la Loire, alors qu'elle s'étale vers le sud, atteignant le pôle secondaire de Montreuil ( en vert ) et poussant une pointe jusqu'à Epieds ( les zones en jaune sont partagées entre plusieurs pôles, par exemple Chênehutte-Trèves-Cunault ).

 Forcément schématique, notre survol appellerait des nuances selon les temps et les lieux, la géographie humaine n'obéissant pas à des règles aussi mécaniques. On signalera seulement une conséquence de cet étalement urbain.

 

7) L'éloignement du lieu de travail

 Les actifs se retrouvent de plus en plus éloignés de leur lieu de travail :

Lieux de travail

 

Moyens de transport, INSEE 2011

 Le pourcentage appréciable d'actifs se déplaçant vers une autre région s'explique par l'attraction de la centrale de Chinon ( ceux qui veulent la fermer devraient bien réfléchir aux lourdes conséquences locales ).

 

 

 

 Dans cette nébuleuse, le seul moyen pragmatique de déplacement est le véhicule individuel. Quelques favorisés travaillent sur place ou peuvent faire le trajet à pied. Mais les structures saumuroises ne sont guère favorables aux transports en commun.

 

 

 

  

 

8) Le vieillissement

 Tout est classique dans le paragraphe suivant. A noter cependant que le vieillissement est encore plus marqué dans la ville de SaumurTranches d'âge selon l'INSEE en raison du faible nombre des jeunes adultes, dont le pourcentage est encore en déclin de 2006 à 2011. Il en découle une chute des naissances et, même sans tenir compte du rallongement de l'espérance de vie, le pourcentage des catégories de plus de 60 ans et surtout des plus de 75 ans progresse en toute logique.Estimation par sexes en 2011

 

 En même temps qu'elle vieillit, la population se féminise. Depuis qu'on peut opérer des dénombrements, les femmes ont toujours été plus nombreuses dans la ville.Leur supériorité numérique apparaît à 30 ans et s'accentue aux âges élevés en présentant un fort contingent de nonagénaires et de centenaires. Toutefois, rien de bien original dans ces données.

 

9) Perspectives à moyen terme

 En rédigeant cette étude, j'ai lu un tel nombre de prophéties ridicules ou pitoyables que je ne me risquerai guère à vaticiner. Je m'en tiens donc à quelques raisonnements d'une stricte logique, seulement sur la ville de Saumur ( les évolutions étant plus ouvertes pour l'ensemble de " Saumur-Agglo " ).

Pyramide des âges de l'arrondissementt en 2030- La première tendance lourde et la première cause du déclin démographique est la raréfaction des classes d'âge à leur maximal de fécondité. Sur les vingt années à venir, la baisse du nombre des naissances est inéluctable et le fort pourcentage des vieillards implique la montée des décès. Le déficit du solde naturel ne peut que s'alourdir. A droite, la projection selon le modèle Omphale de l'INSEE pour 2030, à partir des évolutions de 1990-2000 donne une pyramide caractéristique en forme de champignon ( le trait gris à gauche pour les hommes et orange à droite pour les femmes correspond aux données de 1999 ). Même si ces constructions présentent une marge d'incertitude, même si elles concernent l'ensemble de l'arrondissement, la population saumuroise aura en gros cette allure en 2030. L'âge moyen s'élèverait alors à 47,7 ans.

- La tendance à l'étalement urbain et les préférences périurbaines des foyers sont des vagues de fond difficiles à inverser. Il faudrait la création massive de logements attractifs et bon marché sur le territoire de l'ancienne commune de Saumur pour stopper l'hémorragie, et cela avec des résultats toujours lents. Des cités ont réussi cette revitalisation des centres. Dans le quartier sauvegardé, une population aisée est venue remplacer les classes populaires précédentes, selon le processus de gentrification, pour reprendre le jargon des géographes. Mais l'apport numérique est faible. Au contraire, Saumur Habitat annonce en décembre 2014 qu'il compte détruire 564 logements au Chemin Vert et en reconstruire seulement 105.

- La troisième tendance lourde est l'exode définitif des jeunes gens pour le travail ou les études. A l'évidence, ce mouvement peut être freiné ou stoppé par la création d'emplois nombreux et attirants. On ne peut que le souhaiter, mais les deux tendances précédentes sont trop puissantes pour ne pas l'emporter.

 La ville de Saumur a perdu 3 000 habitants au cours des vingt dernières années ; une chute comparable est à prévoir dans les vingt ans à venir. La commune tomberait ainsi au-dessous de 25 000 habitants vers 2030, se retrouvant ainsi à son niveau de 1936. Pour l'instant, l'estimation moyenne pour 2014 lui acxcorde 27 301 habitants.

10) De forts contrastes sociaux

 Nous aurions aimé dresser une analyse nuancée de la société saumuroise, tracer une impressionnante courbe du chômage. Cependant, les matériaux statistiques ne sont jamais homogènes ; pour le chômage, portant parfois sur le bassin d'emploi, parfois sur l'agglomération, parfois sur la zone urbaine, parfois sur tout l'arrondissement, et avec des définitions fluctuantes des sans-emploi. La fusion-association de 1973 ne facilite pas les comparaisons sur le long terme. Nous devons nous contenter de quelques traits majeurs :

- La flambée du chômage depuis 1974

 Dans l'agglomération de Saumur, un fort taux de chômage n'est nullement une fatalité, puisque la démographie est désormais à tous égards déficitaire et que beaucoup de jeunes quittent la ville en fin de scolarité sans plus y revenir. La ville manquait même de bras à l'époque de la reconstruction et a dû faire appel à des apports extérieurs. Ensuite, elle a fait appel à une assez forte main d'oeuvre étrangère, en particulier portugaise. En 1962, elle a pu accueillir sans grandes difficultés des rapatriés d'Algérie et des familles de harkis. Le tournant se situe en 1973-1974.
 D'après les statistiques de l'Agence Nationale pour l'Emploi concernant la zone urbaine de Saumur, en juin 1973, les demandes d'emploi non satisfaites sont tombées au-dessous de 100. La situation se dégrade sérieusement à partir de juillet 1974 ; la ville et sa périphérie deviennent alors le bassin d'emploi au taux de chômage le plus élevé du Maine-et-Loire et sont restées en tête. Cette forte dégradation a d'abord été imputée à l'afflux sur le marché du travail des classes nombreuses du baby boom. Mais ces statistiques se gonflent impitoyablement : après une courte embellie en 2004-2005, elles dépassent 9 % des actifs en 2006 et 10 % en 2014. Les taux féminins sont particulièrement élevés et le taux de chômage de longue durée progresse sans cesse.
 Le manque de dynamisme économique du Saumurois, la fermeture de pans entiers de son réseau industriel, la grande purge touchant le petit commerce constituent des explications évidentes et seront développés dans les dossiers suivants.

- Des revenus moyens plutôt bas

 Contrairement aux apparences, Saumur n'est pas une ville si riche. Nous avons déjà fait ce constat pour la société du XIXe siècle. Le siècle suivant n'a rien arrangé. Diverses statistiques prouvent que le niveau des salaires est bas ; l'Analyse des Besoins sociaux établie par la Mairie confirme l'ampleur de la précarité. Le niveau de formation est faible. Le nombre des bénéficiaires de la Couverture Maladie Universelle explose de 2010 à 2011. Au même moment, seulement 46,6 % des foyers sont imposables, ce qui est au-dessous de la moyenne départementale et tout juste à la moyenne nationale.

- Un contingent appréciable de grandes fortunes

En sens contraire, d'après les statistiques du Ministère de l'Economie, la moyenne des impôts sur le revenu payés par les foyers fiscaux saumurois est nettement supérieure au niveau national, ce qui s'explique par le nombre élevé des déclarants très riches. En chiffres arrondis, ces dernières années, un bon millier de foyers dispose de revenus annuels supérieurs à 50 000 euros ; Saumur se situe parmi les villes les plus inégalitaires du Maine-et-Loire. Cependant, en 2010, 231 foyers étaient soumis à l'impôt de solidarité sur la fortune ; en 2013, ce total est tombé à 109. Décidément, dans cette ville, rien ne va plus !

 

 

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