Karolus, monogramme de Charles le Chauve, imité par un scribe de Saint-Florent (A.D.M.L., H 1836)

 

Chapitre 6 :

 Le temps des fortifications et des fêtes
     ( 1337-1508 )

   

1) Cent années troublées

 

Dossier 1 : Saumur au coeur des combats ( 1369-1372 )

 La Guerre de Cent Ans débute en théorie en 1337, mais les troupes anglaises n'entrent en Anjou qu'en 1342. Il s'ensuit un bon siècle de combats, d'insécurité et d'épidémies &(1). Reconnaissons toutefois que sont d'abord visés les Ponts-de-Cé et Angers ; Saumur et ses environs immédiats demeurent longtemps en marge de la guerre et semblent peu touchés par la grande épidémie de peste noire de 1348-1349.
 La guerre se rapproche à partir de 1360 et Saumur passe au coeur des combats dans les années 1369-1372. Les événements militaires s'espacent ensuite, mais le climat d'insécurité demeure permanent &(2).
   

2) Les nouveaux travaux de fortification

Dossier 2 : Le nouveau mur de Ville


Dossier 3 : Les fortifications complémentaires

 Au cours des crises, Saumur s'est avérée une place solide, parfois entourée d'ennemis, mais jamais méthodiquement assiégée. D'abord parce qu'elle a reçu d'importants renforts de troupes, mais surtout parce que ses fortifications viennent d'être énormément consolidées. L'ancien mur du Boile, qui n'encerclait que l'espace non habitable entourant le château, est désormais doublé par une nouvelle enceinte entourant le coeur de la ville ancienne et contrôlant l'entrée des ponts ( dossier 2 ).
 Ces ponts eux-mêmes sont renforcés, ainsi que toute la périphérie de la ville...
 Au total, c'est un ensemble fortifié impressionnant &(3), tout neuf , mais parfois inachevé, qui fait face aux Anglais et à leurs amis &(4). Les sources ê (5) sont rares sur les circonstances de ces travaux, mais le résultat est incontestable ( dossier 3 ).
   

3) L'organisation des milices urbaines

 Outre l'effort financier, qui sera étudié au chapitre suivant, les habitants doivent aussi payer de leur personne. En 1368, Pierre d'Avoir, sire de Château-Fromont, chambellan du duc Louis 1er et son lieutenant à Saumur, réorganise le service de la milice urbaine. Ce devoir est dû par tous les "chefs d'ostels" de 16 à 60 ans. Les notables, qui sont les mieux armés, sont commis à la surveillance des portes, les autres bourgeois assurent des tours de garde sur les remparts, effectuent des rondes nocturnes ou se tiennent dans un poste de réserve, formant l'arrière-guet.
 La petite troupe est commandée par un soldat de métier, le capitaine de la ville. Cet office a été généralisé en 1317 par Philippe V le Long et offre une charge honorable à des fils cadets de grande famille ; à Saumur, en 1364, il est tenu par Hues ( ou Hugues VI ) du Bellay.
 Les habitants de la ville close et de chacun des faubourgs prennent le service à tour de rôle, sous la direction d'un capitaine de quartier. On peut évidemment sourire en pensant à La Ronde de nuit ou à La Kermesse héroïque ; c'est se tromper d'époque : en cette période d'insécurité, le service est strictement exigé, chaque bon bourgeois doit passer une nuit par semaine à monter des gardes et le texte de 1368 ajoute que les gens de la ville doivent en outre participer, jour et nuit, à la protection des forts situés à l'extérieur, c'est-à-dire sur les ponts.
   

4) Le nouveau château des ducs d'Anjou

 

 

 

 

 

Dossier 4 : Les travaux du château

 Au cours de ces années tournantes se produit un autre événement : en octobre 1360, Louis, deuxième fils de Jean le Bon et frère du futur Charles V, reçoit le droit d'hérédité sur son apanage d'Anjou, ainsi que le titre de duc et pair, son budget propre, sa Chambre des Comptes et le droit de nommer les hauts officiers royaux &(6). Ainsi naît la Deuxième Maison d'Anjou ( jadis qualifiée de "troisième", car on comptait alors la dynastie des comtes ingelgériens ).
 Dans quelle mesure la renaissance de l'apanage est-elle un fait important dans l'histoire de Saumur ? Jusqu'en 1380, tant que Charles V est le roi, c'est manifestement lui et ses hommes qui commandent dans la ville. Ensuite, la longue éclipse de l'autorité royale ( sous Charles VI et Charles VII ) va redonner de l'autonomie au pouvoir ducal, et avant tout aux régentes, puisque Louis 1er, Louis II et Louis III s'intéressent surtout aux affaires d'Italie.
 Mais en même temps, ces princes fastueux sont de grands bâtisseurs. Sur les bases des anciens murs du siècle précédent, ils édifient un nouveau château, qui est d'abord une forteresse - on l'oublie un peu trop - mais qui devient en même temps la résidence princière, qui, pour l'essentiel, constitue le château actuel.
   

5) Une place fidèle

 Pendant la longue et confuse période du règne de Charles VI, le roi fou, et des débuts de Charles VII, le roi de Bourges, Saumur demeure une place solide et constamment attachée aux souverains légitimes &(7).
 Avec la reprise des combats de la Guerre de Cent Ans, le danger a changé de côté : le Poitou est rentré dans la mouvance française, mais la Loire trace la limite sud de la domination anglaise. A plusieurs reprises, des bandes ennemies rôdent dans la Vallée et mettent le pays en alarme, ce qui explique les importants travaux menés sur la Bastille et sur les ponts dans les années 1410-1418. Malgré tout, la région continue de vivre dans l'insécurité, parfois du fait même des troupes royales ; ainsi, en 1427, arrivent 3 000 Béarnais, qui vivent sur le pays, mais qui « oncques ne passèrent la Croix-Verte à Saumur », selon Guillaume Gruel. La place est plutôt considérée comme sûre : toujours en 1427, quand Charles d'Orléans veut mettre à l'abri ses trésors artistiques, livres et tapisseries, installés à Blois, c'est à Saumur qu'il les transfère provisoirement, vraisemblablement au château ( Calmette et Déprez, Histoire du Moyen Age, coll. Glotz, t. VII, 1937, p. 400, note 221 ).
   

6) Le rôle de Yolande d'Aragon

Dossier 5 : Yolande d'Aragon et Saumur

 

 

Dossier 6 : Jeanne d'Arc à Saint-Florent

 Cette constante fidélité peut aussi s'expliquer par la présence de Yolande d'Aragon, une maîtresse femme, belle-mère de Charles VII et propriétaire de Saumur et de son ressort. Jouant le rôle de régente, cette dernière convoque des Etats Généraux à Saumur, en mai 1426.
 Elle devient la protectrice de Jeanne d'Arc et s'avère omniprésente dans la préparation de la chevauchée de l'héroïne ( hébergement chez ses obligés, équipement, examen organisé à Poitiers, financement de son armée ). Elle joue un rôle de premier plan dans ce que les esprits rationnels doivent appeler " l'opération Jeanne d'Arc ", même si personne n'a pu prouver qu'elle soit à son origine ( les liens entre Yolande d'Aragon et le sire de Baudricourt ne sont pas établis ). Le dynamisme insufflé par la venue de la Pucelle lui permet de réaliser ses objectifs immédiats, libérer Orléans et faire sacrer le dauphin ( deux seigneurs saumurois, Hardouin de Maillé et Guy de Laval assistent à la cérémonie de Reims ).
 Ensuite, quand Jeanne ne lui est plus d'aucune utilité, elle l'abandonne...
 Sur la venue de Jeanne à l'abbaye de Saint-Florent, voir le dossier 6.
   

7) Le Roi René et ses fastes

 Dossier 7 : Le roi René et Saumur

 Le Roi René ne réside guère au château de Saumur, car il préfère les gentilhommières entourées de grands jardins, en particulier son château de Launay, avec son parc peuplé de bêtes fauves. Sa marque sur Saumur n'est en rien politique, car les décisions essentielles sont restées aux mains de Charles VII, puis de Louis XI. Mais son goût pour les fêtes, ses réalisations monumentales, sa familiarité avec les gens simples ont laissé un souvenir durable chez les Saumurois et les Angevins.
   

8) Les interventions permanentes de Louis XI ( 1461-1483 )

Dossier 8 : Louis XI et Saumur

 Soucieux d'unifier les provinces qu'il récupère, le roi Louis XI intervient en permanence en Anjou, en particulier à Saumur, et il empiète allègrement sur les pouvoirs de son oncle, le roi René &(8).
 Finalement, ce dernier, après avoir passé à Launay l'été 1471, quitte l'Anjou définitivement pour finir ses jours sur ses terres de Provence. Louis XI affiche alors ses convoitises : en 1474, s'estimant lésé par un nouveau testament du roi René favorisant son autre neveu, Charles V du Maine, il saisit le duché d'Anjou - qui lui revient définitivement en 1480, ainsi que le Maine et la Provence, l'année suivante. En 1482, il fait annuler le douaire de Jeanne de Laval et entre en possession du comté de Beaufort.
   

9) Le renforcement du mur de Ville

Dossier 9 : Notes sur la reprise des fortifications

 Sur l'ordre de Louis XI et disposant de nouvelles taxes, les bourgeois de Saumur renforcent les murailles de la ville close. Les travaux se situent dans le dernier tiers du XVe siècle, sans qu'on puisse être plus précis «(9). La courtine et les tours du siècle précédent sont surhaussées et désormais couronnées par des mâchicoulis et un chemin de ronde. Aux trois angles sont ajoutées trois solides tours capables de porter du canon ( Dossier 9 ).
 Un peu plus tard, entre 1508 et 1527 ê(10), est construit le premier hôtel de ville, qui a pour fonction première d'être un fortin renforçant la surveillance des ponts, mais qui cherche aussi à affirmer la puissance de la municipalité ( voir chapitre suivant ).
   

10) Une sombre époque ?

 

 

Dossier 10 : Les loups aux portes de la ville

 Cette longue période des XIVe et XVe siècles est dépeinte en couleurs sombres par les historiens : marquée par les guerres, les pandémies, les famines et les fléaux climatiques, elle est aussi l'époque des bandes de gueux menaçants, des pestiférés emmurés, des maladies mentales, des danses macabres et des terreurs eschatologiques ´(11). Mais cette description vaut-elle pour le Saumurois ?
 Cette étude s'efforce de repousser les thèmes prédéfinis et de passer au crible les sources originales, qui, en réalité, n'évoquent nulle part des famines ou des troubles mentaux. La peste apparaît à travers deux allusions : c'est surtout l'épidémie des années 1514-1516 qui touche durement la ville, au point que le siège du lieutenant du sénéchal est transféré au Coudray-Macouard. Les attaques des loups sont plus souvent évoquées à cette époque ( dossier 10 ).
 Il est sûr également que la Loire commet de gros dégâts. En 1403, les ponts de Saumur sont menacés par les glaces. En décembre 1456, se produit une crue dévastatrice. En février 1458, une inondation catastrophique recouvre la Vallée ê(12). Le fleuve récidive en 1476, 1490 et 1496. Les contemporains énumèrent treize grandes crues pour l'ensemble du XVe siècle & (13). En raison de ces menaces, apparaît sous Louis XI un " capitaine des levées " qui dirige la lutte contre les excès du fleuve. Mais la sauvagerie de la Loire n'est-elle pas un fait permanent ?
 A l'évidence, les périodes de combats engendrent des tensions, un sentiment d'insécurité et parfois des pillages ; mais elles sont entrecoupées par des trêves, où la prospérité et la sérénité semblent revenir.
 Toutefois, un point noir, souvent méconnu, est alors à signaler : les contrastes sociaux sont exacerbés ; la noblesse se referme en caste, elle vit dans un luxe voyant ( alors qu'elle est souvent ruinée ! ) ; elle affiche la certitude d'appartenir à une humanité supérieure, convaincue qu'un sang bleu coule dans ses artères. Ce racisme naïf est sous-jacent dans les écrits du Roi René et de Louis de Beauvau...
 Cependant, la documentation n'est abondante que sur les structures administratives locales qui sont mises en place à cette époque ( chapitre suivant ).
   

Plan de Saumur vers 1508 ( 39 ko )    Même plan au format zoom ( 97 ko )