1) Cent années troublées
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La Guerre de Cent Ans débute en théorie
en 1337, mais les troupes anglaises n'entrent en Anjou qu'en
1342. Il s'ensuit un bon siècle de combats, d'insécurité
et d'épidémies &(1). Reconnaissons toutefois
que sont d'abord visés les Ponts-de-Cé et Angers ;
Saumur et ses environs immédiats demeurent longtemps en
marge de la guerre et semblent peu touchés par la grande
épidémie de peste noire de 1348-1349.
La guerre se rapproche à partir de 1360 et Saumur passe
au coeur des combats dans les années 1369-1372. Les événements
militaires s'espacent ensuite, mais le climat d'insécurité
demeure permanent &(2).
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2) Les nouveaux travaux de fortification
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Au cours des crises, Saumur s'est avérée
une place solide, parfois entourée d'ennemis, mais jamais
méthodiquement assiégée. D'abord parce qu'elle
a reçu d'importants renforts de troupes, mais surtout
parce que ses fortifications viennent d'être sérieusement
consolidées. L'ancien mur du Boile, qui n'encerclait que
l'espace non habitable entourant le château, est désormais
doublé par une nouvelle enceinte entourant le coeur de
la ville ancienne et contrôlant l'entrée des ponts.
Ces ponts eux-mêmes sont renforcés, ainsi
que toute la périphérie de la ville...
Au total, c'est un ensemble fortifié impressionnant
&(3), tout neuf et parfois inachevé,
qui fait face aux Anglais et à leurs amis &(4). Les sources ê
(5) sont rares sur les circonstances de ces travaux, mais le
résultat est incontestable.
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3) L'organisation des milices urbaines
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Outre l'effort financier, qui sera étudié
au chapitre suivant, les habitants doivent aussi payer de leur
personne. En 1368, Pierre d'Avoir, sire de Château-Fromont,
chambellan du duc Louis 1er et son lieutenant à Saumur,
réorganise le service de la milice urbaine. Ce devoir
est dû par tous les "chefs d'ostels" de 16 à
60 ans. Les notables, qui sont les mieux armés, sont commis
à la surveillance des portes, les autres bourgeois assurent
des tours de garde sur les remparts, effectuent des rondes nocturnes
ou se tiennent dans un poste de réserve, formant l'arrière-guet.
La petite troupe est commandée par un soldat de
métier, le capitaine de la ville. Cet office a été
généralisé en 1317 par Philippe V le Long
et offre une charge honorable à des fils cadets de grande
famille ; à Saumur, en 1364, il est tenu par Hues ( ou
Hugues VI ) du Bellay.
Les habitants de la ville close et de chacun des faubourgs
prennent le service à tour de rôle, sous la direction
d'un capitaine de quartier. On peut évidemment sourire
en pensant à La Ronde de nuit ou à La
Kermesse héroïque ; c'est se tromper d'époque
: en cette période d'insécurité, le service
est strictement exigé, chaque bon bourgeois doit passer
une nuit par semaine à monter des gardes et le texte de
1368 ajoute que les gens de la ville doivent en outre participer,
jour et nuit, à la protection des forts situés
à l'extérieur, c'est-à-dire sur les ponts.
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4) Le nouveau château des ducs d'Anjou
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Au cours de ces années tournantes se produit
un autre événement : en octobre 1360, Louis,
deuxième fils de Jean le Bon et frère du futur
Charles V, reçoit le droit d'hérédité
sur son apanage d'Anjou, ainsi que le titre de duc et pair, son
budget propre, sa Chambre des Comptes et le droit de nommer les
hauts officiers royaux &(6). Ainsi naît la Deuxième
Maison d'Anjou ( jadis qualifiée de "troisième",
car on comptait alors la dynastie des comtes ingelgériens ).
Dans quelle mesure la renaissance de l'apanage est-elle
un fait important dans l'histoire de Saumur ? Jusqu'en 1380,
tant que Charles V est le roi, c'est manifestement lui et ses
hommes qui commandent dans la ville. Ensuite, la longue éclipse
de l'autorité royale ( sous Charles VI et Charles VII
) va redonner de l'autonomie au pouvoir ducal, et avant tout
aux régentes, puisque Louis 1er, Louis II et Louis III
s'intéressent surtout aux affaires d'Italie.
Mais en même temps, ces princes fastueux sont de
grands bâtisseurs. Sur les bases des anciens remparts du
siècle précédent, ils édifient un
nouveau château, qui est d'abord une forteresse - on l'oublie
un peu trop - mais qui devient en même temps la résidence
princière, qui, pour l'essentiel, constitue le château
actuel.
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5) Une place fidèle
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Pendant la longue et confuse période du règne
de Charles VI, le roi fou, et des débuts de Charles VII,
le roi de Bourges, Saumur demeure une place solide et constamment
attachée aux souverains légitimes &(7).
Avec la reprise des combats, le danger a changé
de côté : le Poitou est rentré dans la mouvance
française, mais la Loire trace la limite sud de la domination
anglaise. A plusieurs reprises, des bandes ennemies rôdent
dans la Vallée et mettent le pays en alarme, ce qui explique
les importants travaux
menés sur la Bastille et sur les ponts dans les années
1410-1418. Malgré tout, la région continue de vivre
dans l'insécurité, parfois du fait même des
troupes royales ; ainsi, en 1427, arrivent 3 000 Béarnais,
qui vivent sur le pays, mais qui « oncques ne passèrent
la Croix-Verte à Saumur », selon Guillaume
Gruel. La place est plutôt considérée
comme sûre : toujours en 1427, quand Charles d'Orléans
veut mettre à l'abri ses trésors artistiques, livres
et tapisseries, installés à Blois, c'est à
Saumur qu'il les transfère provisoirement, vraisemblablement
au château ( Calmette et Déprez, Histoire
du Moyen Age, coll. Glotz, t. VII, 1937, p. 400, note 221 ).
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6) Le rôle de Yolande d'Aragon
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Cette constante fidélité peut aussi s'expliquer
par la présence de Yolande d'Aragon, une maîtresse
femme, belle-mère de Charles VII et propriétaire
de Saumur et de son ressort. Jouant le rôle de régente,
cette dernière convoque des Etats Généraux
à Saumur, en mai 1426.
Elle devient la protectrice de Jeanne d'Arc et s'avère
omniprésente dans la préparation de la chevauchée
de l'héroïne ( hébergement chez ses obligés,
équipement, examen organisé à Poitiers,
financement de son armée ). Elle joue un rôle
de premier plan dans ce que les esprits rationnels doivent appeler
" l'opération Jeanne d'Arc ", même
si personne n'a pu prouver qu'elle soit à son origine
( les liens entre Yolande d'Aragon et le sire de Baudricourt
ne sont pas établis ). Le dynamisme insufflé
par la venue de la Pucelle lui permet de réaliser ses
objectifs immédiats, libérer Orléans et
faire sacrer le dauphin ( deux seigneurs saumurois, Hardouin
de Maillé et Guy de Laval assistent à la cérémonie
de Reims ). Ensuite, quand Jeanne ne lui est plus utile,
elle l'abandonne.
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7) Le Roi René et ses fastes
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Le Roi René ne réside guère au
château de Saumur, car il préfère les gentilhommières
entourées de grands jardins, en particulier son château
de Launay, avec son parc peuplé de bêtes fauves.
Sa marque sur Saumur n'est en rien politique, car les décisions
essentielles sont restées aux mains de Charles VII, puis
de Louis XI. Mais son goût pour les fêtes, ses réalisations
monumentales, sa familiarité avec les gens simples ont
laissé un souvenir durable chez les Saumurois et les Angevins.
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8) Les interventions permanentes de Louis XI ( 1461-1483 )
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Soucieux d'unifier les provinces qu'il récupère,
le roi Louis XI intervient en permanence en Anjou, en particulier
à Saumur, et empiète allègrement sur les
pouvoirs de son oncle, le roi René &(8).
Finalement, ce dernier, après avoir passé
à Launay l'été 1471, quitte l'Anjou définitivement
pour finir ses jours sur ses terres de Provence. Louis XI affiche
alors ses convoitises : en 1474, s'estimant lésé
par un nouveau testament du roi René favorisant son autre
neveu, Charles V du Maine, il saisit le duché d'Anjou
- qui lui revient définitivement en 1480, ainsi que le
Maine et la Provence, l'année suivante. En 1482, il fait
annuler le douaire de Jeanne de Laval et entre en possession
du comté de Beaufort.
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9) Le renforcement du mur de Ville
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Sur l'ordre de Louis XI et disposant de nouvelles taxes,
les bourgeois de Saumur renforcent les murailles de la ville
close. Les travaux se situent dans le dernier tiers du XVe siècle,
sans qu'on puisse être plus précis «(9). La courtine et les
tours du siècle précédent sont surhaussées
et désormais couronnées par des mâchicoulis
et un chemin de ronde. Aux trois angles sont ajoutées
trois solides tours capables de porter du canon.
Un peu plus tard, entre 1508 et 1527 ê(10),
est construit le premier hôtel de ville, qui a pour fonction
première d'être un fortin renforçant la surveillance
des ponts, mais qui cherche aussi à affirmer la puissance
de la municipalité ( voir chapitre suivant ).
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10) Une sombre époque ?
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Cette longue période des XIVe et XVe siècles
est dépeinte en couleurs sombres par les historiens :
marquée par les guerres, les pandémies, les famines
et les fléaux climatiques, elle est aussi l'époque
des bandes de gueux menaçants, des pestiférés
emmurés, des maladies mentales, des danses macabres et
des terreurs eschatologiques ´(11). Mais cette description vaut-elle
pour le Saumurois ?
Cette étude s'efforce de repousser les thèmes
prédéfinis et de passer au crible les sources originales,
qui, en réalité, n'évoquent nulle part des
famines ou des troubles mentaux. La peste apparaît à
travers deux allusions : c'est surtout l'épidémie
des années 1514-1516 qui touche durement la ville, au
point que le siège du lieutenant du sénéchal
est transféré au Coudray-Macouard.
Il est sûr également que la Loire commet de
gros dégâts. En 1403, les ponts de Saumur sont menacés
par les glaces. En décembre 1456, se produit une crue
dévastatrice. En février 1458, une inondation catastrophique
recouvre la Vallée ê(12). Le fleuve
récidive en 1476, 1490 et 1496. Les contemporains énumèrent
treize grandes crues pour l'ensemble du XVe siècle & (13). En raison de ces menaces,
apparaît sous Louis XI un " capitaine des levées "
qui dirige la lutte contre les excès du fleuve. Mais la
sauvagerie de la Loire n'est-elle pas un fait permanent ?
A l'évidence, les périodes de combats engendrent
des tensions, un sentiment d'insécurité et parfois
des pillages ; mais elles sont entrecoupées par des
trêves, où la prospérité et la sérénité
semblent revenir.
Toutefois, un point noir, souvent méconnu, est alors
à signaler : les contrastes sociaux sont exacerbés
; la noblesse se referme en caste, elle vit dans un luxe voyant
( alors qu'elle est souvent ruinée ! ) ;
elle affiche la certitude d'appartenir à une humanité
supérieure, convaincue qu'un sang bleu coule dans ses
artères. Ce racisme naïf est sous-jacent dans les
écrits du Roi René et de Louis de Beauvau...
Cependant, la documentation n'est abondante que sur les
structures administratives locales qui sont mises en place à
cette époque.
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