Les loups aux portes de la ville   

   

1) Des hivers rudes

 A partir de renseignements plutôt maigres, il est admis que la période de la fin du XIVe siècle et de tout le XVe siècle a été marquée par un refroidissement du climat et par quelques grands hivers très rudes. La Loire est prise par les glaces bien plus souvent qu'aujourd'hui.
 L'évocation de ces malheurs du temps s'accompagne d'une allusion aux loups, qui, affamés, seraient venus attaquer le bétail et parfois les enfants jusque dans les faubourgs des villes. Quelques indices invitent à reprendre cette affirmation pour Saumur.
   

2) La chasse aux loups

A.D.M.L., H 2290, fol. 54 v°

 La traditionnelle volonté d'exterminer ces bêtes sauvages se manifeste en tout cas à cette époque. Dans ses comptes de 1491-1492, le prieur de Nantilly note les dépenses engagées pour aménager une fosse à prendre les loups dans le bois du Marsoleau : vingt journées d'hommes pour creuser le trou, une claie basculante et un agneau qui sert d'appât.
   

3) Un souvenir durable

 
A.D.M.L., H 2751

 Les incursions des loups laissent un souvenir durable qui se matérialise dans la toponymie. A trois entrées de l'agglomération, des noms très anciens de lieux-dits rappellent la peur du loup. Du côté de Saint-Florent est cité en 1579 un nom, inusité aujourd'hui : " le Clos-aux-Loups ", qui était situé entre le Bois-Brard et le Vaulanglais.
   

4) La Gueule du Loup

Registre de la Confrérie de l'Assomption.
A.D.M.L., H 2128

 En direction de Varrains, la " goulle de loup " apparaît dans deux documents bien datés, l'un de 1402, l'autre de 1454. C'est un lieu-dit situé à droite de l'actuelle montée de la rue Marceau. Une métairie y portait ce nom, et par la suite deux moulins.
Eglise de Nantilly, gargouille en face de la rue de la Gueule du Loup Très logiquement, la voie qui conduit de l'église de Nantilly à cet endroit a été baptisée la " rue de la Gueule du Loup ". Avec humour, un tailleur de pierre du XIXe siècle a placé face à son entrée une gargouille représentant un loup furieux.
 Deux explications sont admises : soit, une incursion mémorable s'est produite en ce lieu vers la fin du Moyen Age ; soit, une tête de loup était accrochée au-dessus d'une porte dans le but d'effrayer ses congénères...
   

5) La rue aux Loups

 A Saint-Lambert-des-Levées, la forme " la rue au Loup " apparaît dans la carte de Cassini et prouve l'ancienneté du nom. Cette voie située au nord de la gare conduit aux " Prés à Loup ", situés à 3 km plus loin, sur la commune de Vivy, dans une presqu'île marécageuse et boisée.

 Les loups encerclent donc la ville et ont laissé un souvenir terrifiant.

 Cette frayeur resurgit pendant les années terribles de la fin du XVIIe siècle. Dans son registre paroissial pour l'année 1693, le curé de Varennes évoque l'apparition de bêtes redoutables à Restigné, Benais, la Chapelle Blanche et Bourgueil. Elles « ont mangé plus de deux cents personnes ; elles estoient presque à la façon d'un loup, sinon qu'elles avoient la gueulle plus grande ». Le curé en parle jusqu'en 1721 et pense qu'il s'agit de loups cerviers, c'est-à-dire de lynx.