Saumur au coeur des combats ( 1369-1372 )

   

1) L'offensive anglaise

Références pour tout le dossier :
Jean FROISSART, Chroniques, t. VII, 1878, notes précieuses par S. Luce.
Chronique normande du XIVe siècle, 1882, p. 190-200.

 Partie d'Angoulême en septembre 1369, une forte armée anglaise, renforcée par des seigneurs poitevins, vient attaquer l'Anjou, commandée par le comte de Pembroke et Hugh Calveley ; elle regroupe 600 cavaliers et 1800 fantassins. Selon les dires de Froissart, les environs de Saumur sont aussitôt « pris, brûlés, détruits et dévastés ». Le village de Bagneux est en ruines. Il en est de même du prieuré de Distré, mais lui, il a été détruit par les Français, parce qu'il était fortifié et qu'il aurait pu servir d'abri aux adversaires.
 L'abbaye de Saint-Florent, sous le coup d'une menace immédiate, se renforce en urgence : des lettres patentes de Charles V, du 24 novembre 1369, l'autorisent à se fortifier, mais elles viennent en réalité légaliser un état de fait un peu plus ancien.
   

2) Saumur encerclé

 Vers l'ouest, des bandes bretonnes sont installées à Cunault ; plus loin, dans l'abbaye de Saint-Maur fortifiée, s'est établie une petite troupe anglaise commandée par Cresswell, qui rançonne les alentours. Au nord, dans la forêt de Monnaye, l'abbaye du Loroux est occupée depuis 1357 par une autre bande britannique.
 Ces menaces sur le flanc septentrional donnent un rôle important à la bastille qui surveille l'entrée du pont de la Croix Verte et qui est commandée par Olivier Joudouin. Ce dernier consolide le fortin en faisant abattre une maison appartenant à l'abbé de Saint-Florent et en la remplaçant par d'autres murs ( Procès du 31 janvier 1368, A.D.M.L., H 2111 ).
 La ville est confiée à Robert de Sancerre, qui a reçu d'importants renforts, environ 600 hommes, amenés en particulier par le capitaine Jean III de Bueil, un parent de la famille des comtes de Sancerre.
 Des gens d'armes sont hébergés dans la basse cour du château : pour se chauffer, ils brûlent les boiseries de l'auditoire de justice. Le château est alors en plein chantier : en catastrophe, une de ses tours en cours d'aménagement est transformée en barbacane.
   

3) Un raid nocturne

 Finalement, malgré leur supériorité numérique, les troupes anglaises, éparpillées, ne lancent pas d'attaque frontale contre Saumur ; elles préfèrent mettre la région en coupe réglée.
 Apprenant que Pembroke s'est installé avec 500 hommes dans un village non fortifié, à Verrue, près de Monts-sur-Guesne, les Français lancent à partir de Saumur une expédition nocturne et surprennent la bande ennemie dispersée dans ses logis. Les combats se déroulent en pleine rue. L'effet de surprise joue en faveur des Français. Pembroke ne peut sauver que 80 des siens et se réfugie avec eux dans une maison forte.
  

4) L'arrivée de Bertrand du Guesclin

Portrait mythique de du Guesclin Nommé par le roi connétable le 2 octobre 1370, du Guesclin a remporté une franche victoire sur les Anglais de Robert Knollys, à Pontvallain. Il reprend ensuite tout le pays baugeois, et, en particulier, l'abbaye du Loroux.
 Il entre dans Saumur le 6 décembre 1370 et il met d'abord ses troupes au repos. Il fait célébrer une cérémonie en l'honneur du vieux maréchal de France Arnoul d'Audrehen, qui, lassé d'être affecté à la garde des portes de Paris, avait repris du service actif et venait de décéder à Saumur.
 A son tour, du Guesclin lance des opérations-éclairs. Il poursuit jusqu'à Bressuire une bande anglaise en fuite qui avait traversé la Loire à Saint-Maur. Il massacre la troupe en entier et reprend la ville.
    

5) Un autre hiver de combats

 Finalement, il quitte Saumur pour Paris au début de 1371, mais il laisse des troupes dans la place sous le commandement d'Olivier de Clisson ( qui porte alors le titre de lieutenant du roi et qui deviendra lui aussi connétable ). Ce dernier a reçu l'ordre de harceler en permanence les ennemis et il est assisté par des capitaines réputés : Alain et Jean de Beaumont, Olivier de Mauni et Guillaume le Baveux.
 Apprenant que Moncontour est assiégé par les Anglais de Robert Knollys, du Guesclin quitte Paris, passe par Blois et parvient à Saumur le 5 septembre. Il amène des renforts et surtout, il apporte des fonds à Olivier de Clisson, qui peut enfin verser les soldes à ses capitaines et à leurs compagnies ( Archives Historiques du Poitou, t. XX, p. 288-289 ). C'était là un préalable à la reprise des offensives. Mais il fallut encore attendre l'arrivée d'autres troupes parties de Tours. Finalement, Moncontour est dégagé...

 Cependant, malgré les succès remportés à partir de la place de Saumur, l'insécurité demeure. Par exemple, en 1372, des ennemis s'infiltrent dans le quartier des Ponts et y volent les chevaux d'un marchand.
  

 Au cours de ces trois années de combats rapprochés, Saumur s'est révélé une base solide, si bien que le trouvère patriote Cuvelier ( Chronique de Bertrand du Guesclin, t. II, édition de 1839, p. 216 ) couvre la ville d'éloges :

   « Bertran, parti de Blois, à la voie s'est mis ;
      Parmi Saumur passa, une ville de pris :
      Ceulx ont esté tousjours bons François par avis. »