Les fortifications complémentaires    


 Des compléments sont apportées au nouveau mur de ville et toute la périphérie se hérisse de fortins.

1) La porte de la Tonnelle, une tournelle
 Placée en un point stratégique du mur, la porte de
la Tonnelle est devenue un petit fortin renforcé par une autre tour placée en arrière, tour visible sur plusieurs plans. En 1387-1388, ce point d'appui sert aussi de prison ; Jehan Joscelin, en raison de son fief sur le quartier de la Pâtisserie, tout proche, doit fournir les fers et ferrer les prisonniers qui y sont enfermés. ( D'ESPINAY, « Fiefs du Comté d'Anjou aux XIVe et XVe siècles », Revue de l'Anjou, 1899 (2), p. 12 ). Voir aussi rue de la Tonnelle.

2) Un éphémère Portail Hardouin
 
En avant de la porte de la Tonnelle et à l'entrée nord de l'île de la Saunerie, les descriptions des ponts évoquent un obstacle supplémentaire ajouté au XVe siècle ; c'est le Portail Hardouin, ainsi nommé parce qu'il contrôle l'accès dans le fief d'Hardouin de Maillé. Mesure de sécurité supplémentaire : toutes les maisons de la petite île sont rasées ( d'après un papier terrier de la famille de Maillé, A.D.M.L., 44 J ).
 Au cours des siècles suivants, le Portail Hardouin a disparu et son nom se confond avec celui de la Porte de la Tonnelle, toute proche.

3) Le mur du Boile désaffecté
 Dans un premier temps, le mur du Boile est considéré comme une enceinte de secours. Selon Macé Darne, en mai 1369, on colmate en urgence ses brèches au moyen de barriques pleines de pierres et de sablon.
 Vers la fin du siècle, il est désormais considéré comme sans utilité. Dans sa partie proche de l'église Saint-Pierre, les fossés qui le bordaient sont comblés et de nouvelles demeures s'adossent sur les deux faces de la muraille, constituant l'important îlot de maisons situé entre la
rue Haute-Saint-Pierre et la Montée du Fort.

4) Des ponts étroitement surveillés

 Quand au début du XVe siècle, les Anglais se font à nouveau menaçants sur le flanc nord de la ville, la vieille bastille à cheval sur le pont de la Croix-Verte est à nouveau renforcée. Le garde de cette tour est promu au rang de capitaine à partir de Guillaume Prévost, connu dans cette fonction de 1411 à 1418.
 En novembre 1410, le saumurois André Lévesque, maître des oeuvres du roi de Sicile et lointain successeur de Macé Darne, commande à un charpentier de Villebernier deux nouvelles barrières et des ouvrages de couverture ( A.N., P 1334/4, fol. 116 ). 

Le quartier des Ponts et la Croix Verte à la fin du Moyen Age Mais le chantier prend des dimensions plus importantes et s'éternise. Pendant ces travaux, Guillaume Prévost interdit toute circulation sur le pont et établit des bacs, dont il garde la recette. Il doit finalement la restituer aux moines de Saint-Florent propriétaires de la traversée ( A.D.M.L., H 2111, n° 3 ).


 La bastille semble entièrement remodelée : à gauche, reconstitution du quartier des Ponts et de la Croix Verte à la fin du Moyen Age.

 En 1418, les travaux se poursuivent sur « les pons leveys et les paulx ou pilliers qui les soustiennent, soient de boys ou de pierre, qui, pour cause de fortification et soustenement des dits pons leveys ont esté ou seront faiz ».
 Non loin, une "porte de Montaglan", située dans l'île des Trois-Maisons, soit entrée nord, soit sortie sud, renforce le contrôle du passage de la Loire. Son nom correspond à celui de la seigneurie qui est constamment conférée au lieutenant du sénéchal, et cela à partir de Jean Nicolas en 1378. Cette fonction est à l'évidence associée au commandement de ce verrou supplémentaire.
 De même, le Palais de la Reine de Sicile, surtout dans ses parties basses, est manifestement une maison forte construite dans l'îlot Censier à cette même époque. De l'autre côté de la rue, un autre hôtel fortifié lui fait face ( il était encore visible sur des photos antérieures aux bombardements ).
 Il est clair qu'une série de chicanes, gardées jour et nuit par des gens de la vieille ville, assure le contrôle des ponts dans les périodes d'insécurité.

 

 

 

Logis abbatial fortifié de Saint-Florent

 

5) Travaux à Saint-Florent


 Sur l'abbaye de Saint-Florent, de premiers travaux de défense ont été exécutés à la hâte en 1369, à l'approche des Anglais, et des lettres patentes de Charles V viennent régulariser cette première fortification le 24 novembre 1369.
 Pendant le demi-siècle qui suit, d'importants chantiers transforment l'abbaye en citadelle. En 1407, l'abbé Jean du Bellay l'Ancien fait élever un logis abbatial situé entre l'église du monastère et l'église paroissiale de Saint-Florent. Cette maison, entourée de fossés et pourvue de mâchicoulis et d'un pont-levis, constitue un petit donjon, comme l'atteste cette élévation dessinée par les architectes François-Michel Drapeau et Alexandre III Cailleau en 1747.

 

 


Mâchicoulis sur arcs de l'église Saint-Barthélemy De 1409 à 1413, ce même abbé remet à neuf les remparts entourant le couvent : les murailles sont relevées de quatre pieds et couronnées par des mâchicoulis de pierre ; l'église Saint-Barthélemy est intégrée dans l'enceinte : trois arcatures sont accolées sur son mur extérieur, elles sont percées par des mâchicoulis sur arcs d'un type très rare dans la région et, seconde curiosité, au lieu d'être couronnées par des créneaux de pierre, elles sont surmontées par des hourds en bois, qui forment une longue galerie en encorbellement. Vers la base du mur, des plans inclinés donnent une trajectoire horizontale aux projectiles lancés à travers les orifices des mâchicoulis.
 Plus loin, du côté de l'actuelle place Jeanne d'Arc, est ajoutée une nouvelle poterne, pourvue d'un pont-levis et flanquée par deux tours, hautes de cinq étages et reprenant le style des tours du château. A partir de 1428, des fossés sont ajoutés tout autour de l'abbaye, ce qui représente un énorme travail, puisqu'il faut les creuser dans le tuffeau ( des vestiges en subsistent le long de la rue de la Poterne ).
 L'église abbatiale elle-même est fortifiée, la chapelle Notre-Dame, qui prolonge le choeur est surmontée par des tourelles et des créneaux. Enfin, au détour des textes, on constate la présence d'une garnison et d'un capitaine.
[ Alors que les sources sont rares sur les fortifications de la ville, les archives de Saint-Florent ( surtout A.D.M.L., H. 1842, 1915 et 1920 ) conservent des devis, des rapports d'experts, des marchés et des comptabilités. L'ensemble de ces travaux est décrit par Dom Jarneau, qui abrège et complète l'Histoire de Dom Huynes, en la conduisant jusqu'à 1713 ( B.N.F., Manuscrits, coll. Touraine-Anjou, t. 18, p. 27 à 105 ) ].

6) Une ceinture de maisons fortes autour de la ville

 Le prieuré de Verrie, abandonné par ses religieux, est devenu une résidence d'été pour les abbés de Saint-Florent. L'abbé Jean VI du Bellay le Jeune, en 1435, fait protéger le logis du prieur par une énorme muraille dont il reste encore un pan.
 De nombreux manoirs de la périphérie, situés souvent à une lieue de la ville et en communication visuelle avec le château, sont considérablement renforcés à la même époque. Vers 1400, Pierre de La Rocherousse transforme Pocé en une énorme forteresse. Jean Creyt, capitaine de Saumur, consolide son manoir de Launay dans les années 1410.
 Enfin, à partir de 1462, Antoine de la Vignolle entoure de murailles son donjon de Morains. Mais désormais, le danger est passé.