Les travaux du château   

   

 

 Suivant l'exemple du roi Charles V et de son frère Jean de Berry, les ducs d'Anjou entreprennent de transformer en résidence princière le vieux château du début du XIIIe siècle. Ils surélèvent les quatre tours, ainsi que la courtine, contre laquelle ils vont accoler quatre corps de logis. L'important chantier de transformation du château est connu dans ses moindres détails sur une période de neuf ans. Avant comme après, nous sommes réduits à des déductions logiques et à des constats archéologiques.

 Etapes de la construction du château
(animation Flash)

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1) Les impératifs de la défense

  Alors que les troupes anglaises commencent à menacer Saumur, que la vieille ville est enclose derrière un nouveau mur, les nouveaux travaux ont pour objectif premier de renforcer le château. L'ancien mur du Boile est surélevé et doublé sur le flanc oriental, du côté de l'actuel parking. Une palissade de bois est édifiée en avant de la courtine du XIIIe siècle. L'accès à la haute cour est renforcé par un dispositif en chicane comprenant deux fossés et deux ponts-levis.Poterne du baile, dans les Très Riches Heures

 La poterne d'entrée de la basse cour, " le portail du Baile vers les Champs ", est, en 1368, rehaussée par trois rangées ( "trois ornes" ) et demie de pierres . Les textes décrivent les travaux qui suivent : trois cheminées, un toit d'ardoise, des hourds en bois, une échelle et un double pont-levis.
L'entrée du châtelet dans les Très Riches Heures

  Le pont-levis double contrôlant l'accès au châtelet ( qui était d'un type plus ancien que celui des Très Riches Heures ) est réparé et ses chaînes remplacées, en 1370-1371.
   

2) Les comptes de Macé Darne

 Ces derniers renseignements proviennent des comptes de Macé Darne, un bourgeois de Saumur qui joue un grand rôle comme financier et surtout comme maître des oeuvres ( maître des travaux ) du duc Louis 1er pour l'Anjou et le Maine. Il a été commis dans sa charge le 5 mai 1367 et il meurt le 7 mai 1376, sans avoir pu mettre en ordre ses affaires. Après son décès, son frère, prêtre, sa veuve, déjà remariée, et le nouvel époux de cette dernière rendent ses comptes, qui constituent une source de premier ordre, car Macé Darne, outre ses perceptions financières, a dirigé quelques travaux à Angers et surtout quatre chantiers à Saumur : " au chastel " ( l'ancienne forteresse du XIIIe siècle ), " au portal " ( la porte des Champs ), " en la sale du baille " ( considérée comme hors du château proprement dit et très vraisemblablement accolée à la muraille dans la basse cour ) et en la " boucherie ", située près du bras de la Poissonnerie, à côté de la porte de la Tonnelle.

 Le manuscrit original a été acheté par un britannique en 1851, lors de la vente des remarquables collections de Toussaint Grille. Il se trouve actuellement au British Museum ( ancienne cote, ms. add. 21 201 - nouvelle cote ms. 41 307 ). Microfilm aux A.D.M.L., 1 Mi 37, pages concernant Saumur : fol. 97 à 152. Transcription par Jacques Mallet, multigraphié, 2000, A.D.M.L., n° 10 717.

  Principales études sur ce document :
- André JOUBERT, « Etude sur les comptes de Macé Darne, maître des oeuvres de Louis 1er, duc d'Anjou et comte du Maine ( 1367-1376 ) », R.A., 1889, 1 et 2, 1890, 1 [ remarquable pour l'époque, aujourd'hui dépassé ].
- Hubert LANDAIS, dans Congrès archéologique de France, 1964, p. 523-558.
- Hubert LANDAIS, dans La noblesse dans les territoires angevins à la fin du Moyen Age, 2000, p. 189-203.
- Françoise ROBIN, « Les chantiers des princes angevins ( 1370-1480 ). Direction, maîtrise, main d'oeuvre », Bulletin monumental, t. 141, 1, 1983, p. 21-65 ( publication d'importants extraits de Macé Darne ).
- J. MONGELLAZ et F. HAU-BALIGNAC, Le château de Saumur, 1994, p. 9-22.
- Anne DODD-OPRITESCO « Le château de Saumur : nouvelles hypothèses chronologiques et architecturales », 303, n° 57, 1998, p. 40-49.
- Sophie SAUVÊTRE, « Le chantier du château de Saumur au XIVe siècle, d'après les comptes de Macé Darne », Archives d'Anjou, 2001, p. 19-33 .
- E. LITOUX, D. PRIGENT, M. MONTAUDON, Château de Saumur. Etude archéologique relative aux travaux de restauration et de reconstruction du front nord, 2008. Résumé en ligne dans la Revue archéologique du Centre de la France.
- Emmanuel Litoux et Eric Cron ( dir ), Le château et la citadelle de Saumur. Architectures du pouvoir, 2010.

 Tous n'aboutissent pas aux mêmes conclusions, car ce célèbre manuscrit, même s'il n'est pas bien difficile à déchiffrer, pose de délicats problèmes d'interprétation, à cause de son vocabulaire et à cause du flou des localisations évoquées. La première difficulté méthodologique est d'identifier les tours citées : la " tour de la chapelle " est sûrement la tour E. ; la " tour deprès le puiz  ", la " tour de devers Saint-Florent " ou la " tour devers la ville " désignent la tour N. ; sans doute aussi, la " tour par devers le Baille ". La " tour devers le Portal des Champs" me semble être la tour S. Une mystérieuse " tour aux Roux ", une " tour neuve " apparaissent aussi et prêtent à discussion.
 En outre, les héritiers de Macé Darne recopient les notes que ce dernier a prises au jour le jour, mais ils les reclassent par corps de métier et ils reconnaissent que des éléments font défaut.

  Au total, les dépenses énumérées atteignent tout juste 10 200 livres, ce qui ne représente pas une somme si considérable.
  

3) Un chantier en pleine guerre

  L'environnement de ces travaux est étrange ; alors que les ouvriers dégarnissent les anciennes tours, il faut en urgence construire une palissade de bois formant barbacane, car des troupes anglaises approchent. Pour venir travailler, des ouvriers doivent obtenir un sauf-conduit de ces mêmes Anglais. Des soldats de Bertrand du Guesclin logent dans la basse cour et ils se chauffent en brûlant les boiseries de l'auditoire de justice. L'argent récolté pour le trépas de Loire, dans le but de payer le départ de bandes ennemies, est carrément détourné pour régler les frais immédiats du chantier.
 

4) La destruction partielle de l'ancienne forteresse

  L'ancien donjon roman, occupant l'essentiel de l'espace de la haute cour, gêne l'implantation de nouveaux corps de logis. Il est détruit sur trois de ses côtés, mais sa face nord-est, conservée, sert de support au plancher du premier étage. de l'aile sur la Loire. L'étage inférieur est gardé ; il est couvert d'une voûte et forme aujourd'hui la salle située au-dessous de la cour.
 Ces travaux de destruction nous renseignent à mi-mot sur l'état de l'ancienne forteresse : ses tours étaient recouvertes par un toit et par des hourds en bois ( les ouvriers doivent enlever des " hauts planchers, des chevrons et des hourdis ", avant de niveler les maçonneries ). La tour orientale, regardant vers Fenet, était probablement la plus élevée, car son écrêtement a demandé  31 journées et demie de maçons et 44 journées de manoeuvres.
 Des bâtiments légers étaient accolés contre les anciens murs, à savoir, un ancien four et quelques logis sur pan de bois, qui sont sacrifiés.
 

5) Les nouveaux matériaux

 Les matériaux qui affluent vers le chantier sont acheminés par voie d'eau ; une charrette tirée par quatre boeufs, puis par quatre chevaux, assure une liaison permanente entre la Loire et le château. Le tuffeau vient de Dampierre du Chemin, sans doute de la longue carrière débouchant sur les deux versants du coteau et appelée " les Caves de la Mort " à la période romantique. La pierre dure provient de Savonnières, près de Tours - le bois, de la forêt de Chinon - le fer, d'Espagne - les ardoises, des perrières de Juigné ( alors aussi appréciées que celles de Trélazé ). Le plomb qui assure une partie de la couverture est récupéré dans les châteaux de Chinon, Angers, Loudun et Loches. Seuls les cordages viennent de Saumur, grâce au chanvre de la Vallée, ainsi qu'une partie de la chaux ( qui en outre est commandée à Angers, Montigné, Lasse et Ussé ).
   

6) La main d'oeuvre

  Aucun nom d'architecte en chef n'est cité. Il est tentant de songer aux frères Drouet et à Gui de Dammartin, qui dirigent des entreprises comparables au Louvre et dans les châteaux du duc de Berry, mais ils n'apparaissent jamais sur place... A l'inverse, beaucoup de décisions sont prises par Pierre d'Avoir, sire de Château-Fromond, chambellan et homme de confiance du duc Louis 1er et son lieutenant en Anjou ( ailleurs, il porte le titre de sénéchal d'Anjou et du Maine ). Cet important personnage dispose d'un logement dans une salle du château, quand il vient, et il fait poser des serrures sur le coffre qui contient ses épices. A un rang inférieur et malgré son titre, Macé Darne n'est pas un technicien, mais un financier.

 Finalement, beaucoup de décisions semblent revenir à des maîtres-maçons et à des tailleurs de pierre expérimentés, qui ont travaillé aux autres grands chantiers du temps et qui savent parfaitement ce qu'on attend d'eux. Certains sont très recherchés. Macé Darne envoie un sergent vers Tours et Chinon, afin de quérir, et peut-être protéger en route, ses maçons favoris, Simon Corbet, Thomas Cailleau et Johan, son fils, « qui sont ouvriers de taille a faire bestes, fuilles et autres nobles ouvraiges en perre ». Il faut constater à regret que cette main d'oeuvre hautement qualifiée vient rarement de Saumur, qui fournit surtout des tâcherons.
 Les entreprises sont de taille familiale : Cailleau vient avec deux fils et son valet ; on trouve aussi les Drouyneau, père et fils, de Saumur.

 Seul Macé Darne reçoit une sorte d'honoraires annuels, qui se montent à 50 livres. Parfois, le travail est à la tâche : certaines pierres sont taillées au tarif de 16 sous le cent ; les corbeaux qui soutiennent les poutres des chambres sont payés 7 sous la pièce. Parfois, des entrepreneurs négocient au rabais des ouvrages qu'ils exécutent avec leur propre personnel. Le paiement à la journée apparaît fréquemment et se caractérise par de forts écarts de salaires : les maîtres les plus recherchés reçoivent jusqu'à 5 sous par jour, alors que les manoeuvres touchent de 18 à 20 deniers, soit trois fois moins.

 Les phases de somnolence alternent avec des périodes de grande activité ; par exemple, en juin 1369, 37 maîtres et ouvriers maçons travaillent ensemble sur le chantier. Une grande cabane en planches est dressée dans la cour inférieure, devant la salle du baile ; les tailleurs de pierre y travaillent à l'abri. Les forgerons s'installent dans la salle elle-même, et la main d'oeuvre venue de loin peut coucher dans une pièce annexe.
 

7) Les premières étapes des travaux

  A la lecture des comptes de Macé Darne, on a l'impression d'entrer dans un chantier en cours. Le portail des Champs, les ponts-levis et d'anciens bâtiments sont l'objet de travaux de réparation et de couverture ; une tour neuve est citée. A partir de ces données, Hubert Landais faisait débuter les travaux très tôt dans le XIVe siècle et en accordait l'initiative à Charles de Valois, un puissant et fastueux personnage, fils et frère de roi, comte d'Anjou et du Maine de 1290 à 1325.
 Les ailes sud-ouest et sud-est auraient été aménagées en premier, formant un premier logis en équerre, comportant une chapelle à l'emplacement de l'entrée actuelle. Ces bâtiments sont mal connus et ont été profondément remaniés. Seule l'existence de deux premiers châtelets est clairement établie.

 A l'inverse, Emmanuel Litoux démontre que les comptes de Macé Darne correspondent à la première tranche de grands travaux, qui commence par deux années consacrées surtout à la taille des pierres. Il interprète le mot « pavillon », qui apparaît souvent, comme désignant la tour romane, ce qui est surprenant, mais s'intègre logiquement dans les travaux énumérés par le maître des oeuvres.
 Cette première tranche de travaux n'est pas très novatrice ; elle maintient intégralement et restaure la vieille tour maîtresse, qui, malgré tout, devait apparaître comme archaïque. Ce donjon est désormais desservi par un escalier extérieur, qui monte au premier étage depuis la zone du puits. Son flanc nord-est et ses contreforts servent de support à la nouvelle aile dominant la rue de Fenet. L'ancienne tour orientale, puis la tour septentrionale sont écrêtées d'un étage et ensuite surélevées par deux étages des tours octogonales, dont on voit la copie aujourd'hui.
 Le plancher du premier étage est posé d'un côté sur de nouveaux arcs accolés à l'ancien donjon et sur des murs de raccordement ; de l'autre côté, la courtine nord, vers la rivière, a été reconstruite sur de nouvelles fondations, à partir de l'été 1369. Ainsi sont aménagées d'ouest en est la chambre de retrait, un espace privé comprenant en annexes une garde-robe et des latrines ( les chambres aisées ) ; la chambre de parement, pièce de réception ; enfin, la chapelle, qui est complétée par deux oratoires, qui déborde sur la tour orientale et sur laquelle on dispose de beaucoup de détails : récupération dans le bras de Vienne à Saumur d'une grosse pierre qui servira de table d'autel, exécution du remplage de la grande baie, pose de vitraux apportés de Paris, raccordement de la "pécine", la piscine, qui est alimentée par des eaux de pluie ( on a glosé sur cette piscine en pensant qu'il s'agirait d'une citerne installée dans la salle souterraine ; c'est tout simplement une grande vasque dans laquelle sont lavés les vases du culte ).
 Un toit est finalement posé sur la nouvelle aile (  un " haut plancher " recouvert de plomb ). Ces travaux de couverture débutent vers la fin de l'année 1374.
  

8) La suite des travaux

 Macé Darne a mené presque à terme un projet aux ambitions limitées. Les parties hautes qui faisaient le charme aérien du château ne sont pas achevées, du moins sous la forme où elles sont décrites dans les Très Riches Heures.

Parties hautes du château dans les Très Riches Heures

 Le mot "mâchicoulis" n'apparaît pas dans le compte, ce qui est normal, puisqu'il n'existe pas encore en français, mais les corbeaux qui les supportent ne sont pas clairement évoqués : des carrières de Savonnières viennent 105 pierres dures pour « fenestres croisées et corbeaux pour saillies aux créneaux » ; c'est un nombre nettement insuffisant pour l'ensemble des mâchicoulis, pour les remarquables souches des cheminées, pour les gâbles ciselés. De même, le belvédère, le beffroi à la cloche ou la tour de guet ne sont nulle part évoqués. Pas plus que les fleurs de lys en pierre qui surmontaient les merlons et dont la réalité est constatée. Il faut en conclure que ces parties hautes ont été ajoutées ultérieurement, par le successeur de Macé Darne ou sous le duc Louis II, après 1384. Peut-être ont-elles été achevées par Yolande d'Aragon. Désormais, notre documentation est désespérément muette. Seulement, d'après les modules des pierres et les caractéristiques des mortiers, les archéologues définissent les étapes suivantes :

- Une deuxième campagne, postérieure au décès de Macé Darne, correspond à une nouvelle conception de l'aménagement de la résidence ducale. La tour romane est abattue, à l'exception de son étage inférieur, qui est recouvert par une voûte  en berceau. En revanche, le long de l'aile nord-est, sont ajoutés la galerie à deux étages et l'escalier d'honneur. La tour ouest est reprise dans ses parties hautes et la grande aile nord-ouest ajoutée.

- La troisième campagne est consacrée à l'aile sud-est et sans doute à la tour sud. Elle s'achève peu après 1382.

- Une quatrième campagne donne le remodelage de l'aile sud-ouest et du châtelet d'entrée. Vers 1400, l'essentiel du chantier est achevé.
 Sur la cuisine monumentale, on ne trouve que des textes tardifs. Sa représentation dans les Très Riches Heures fait penser aux cuisines monastiques du XIIe siècle. Cependant, il est certain qu'elle n'appartient pas au prieuré, mais au duc. E. Litoux la situerait plutôt fin XIVe-début XVe siècle.
  

9) La disposition finale de l'espace résidentiel

 Ce n'est que par comparaison avec les autres résidences princières qu'il est possible de reconstituer la distribution finale des quatre ailes ainsi édifiées.
 Le rez-de-chaussée est abandonné aux tâches subalternes : cuisines, puits, entrepôts, celliers. C'est le premier étage qui constitue le niveau noble. L'accès aux pièces s'opère par un couloir latéral sur l'aile nord-est. Les dispositions suivantes peuvent être reconstituées pour le début du XVe siècle :

Distribution des ailes au XVe siècle

A partir des reconstitutions de Jean MESQUI, Châteaux et enceintes de la France Médiévale, t. 2, 1993, p. 133.
Cette distribution, traditionnellement acceptée, est totalement remise en cause par  Mary Whiteley  ( Litoux et Cron, p. 91-100 ). A partir des aménagements de la tour ouest, de ses annexes et de l'escalier à double révolution qui permet une circulation fonctionnelle, elle prouve que les appartements privés du duc étaient situés au premier étage de l'aile sud-ouest ; sa chambre de nuit était située dans la salle octogonale de la tour ouest. De là, il pouvait accéder au belvédère et à sa chapelle privée, implantée au-dessus du châtelet. Les appartements privés de la duchesse se situaient au dessus, au second étage. Les grands personnages de la suite devaient s'entasser dans l'aile sud-est. L'abondant petit personnel, sans doute plus de 200 personnes, pouvait disposer de réduits aménagés dans les vastes combles.
 Ainsi, le couple ducal dispose de trois ailes. Cette répartition de l'espace permet le déploiement d'un brillant apparat. Un protocole très strict se met en place, à l'imitation de la cour royale.
  

10) Les Très Riches Heures du Duc de Berry ou le château idéal

 La célèbre page des Très Riches Heures du Duc de Berry illustrant le mois de septembre représente les travaux achevés, avant les importantes transformations apportées par le roi René. La date de cette enluminure constitue donc une limite absolue pour la finition des travaux. Le duc de Berry a commandé son livre d'heures aux frères de Limbourg vers 1411-1413 ; tous sont morts en 1416, l'oeuvre reste inachevée, mais le château est figuré. Telle est du moins la version communément admise et étayée par quelques documents.  La scène de vendanges est ajoutée beaucoup plus tard, vers 1485-1489 et dans un style graphique différent, par l'enlumineur Jean Colombe, qui a inventé la vigne de toutes pièces, car l'espace en avant de la porte des Champs était un terrain vague où se tenaient des joutes. [ Evidemment, planter des ceps le long des murailles, et faciliter ainsi l'escalade du talus, constitue un contresens historique. ]

 Récemment, des spécialistes des manuscrits médiévaux ( François AVRIL et Nicole RAYNAUD, Les manuscrits à peintures en France ( 1440-1520 ), B.N.F., 1995 ), s'appuyant sur des recherches de Luciano Bellosi, ont remis en cause l'attribution à Pol de Limbourg des pages les plus avancées du calendrier de Chantilly. Ils repoussent la représentation de Saumur aux années 1445-1449 et l'attribuent plutôt au Maître du Coeur d'Amour Epris, c'est-à-dire, à Barthélemy d'Eyck. Leur raisonnement repose exclusivement sur quelques observations ( forme de certains costumes, présence d'ombres portées ) ; cependant, les documents sur l'art de cette époque sont abondants et ils n'ont rien trouvé.
 En dernier lieu, Françoise Autrant ( Jean de Berry. L'art et le pouvoir, 2000, p. 442-458 ) a repris l'enquête avec minutie : elle confirme l'attribution aux frères de Limbourg et l'identification de Saumur. En 2011, Emmanuel Litoux penche pour une réalisation des années 1440-1450.
 Dans tous les cas, Yolande d'Aragon, en compagnie de sa belle-mère, Marie de Bretagne, habite souvent le château de Saumur dans les années 1401-1404, et elle y donne des réceptions : le plus gros des travaux est alors certainement achevé. Bien sûr, il y a toujours des interventions ; ainsi, en 1411, le lieutenant du sénéchal, Pierre Barbier, est chargé de visiter les réparations et emparements nécessaires au château...