Louis XI et Saumur   

  

1) La lutte contre la Ligue du Bien Public

 Au début de son règne, Louis XI se trouve aux prises avec une coalition de grands féodaux réunissant Charles de Berry, son frère cadet, le duc de Bretagne et le duc de Bourbon, épaulés en secret par Charles le Téméraire. René d'Anjou adopte d'abord une attitude attentiste en face de cette ligue dangereuse ( son fils, Jean de Calabre, y adhère ).
 Parti de Thouars, Louis XI attaque brusquement Saumur le 26 mars 1465, avec 400 lances françaises et 8 à 10 000 piétons. L'ambassadeur milanais Panigarola qualifie la ville de « terra bella e forte di montagne et aque dil Re Renato ». Redoutant le pillage, les bourgeois viennent lui présenter les clefs de la ville à plus de trois milles au sud de Saumur ( B. de MANDROT, Dépêches des ambassadeurs milanais en France sous Louis XI et François Sforza, t. 3, 1920, p. 86 ).
 La manoeuvre de Louis XI poursuit un double but : couper les voies de ravitaillement du duc de Bretagne et faire pression sur le roi René, qui accourt à Saumur le 10 avril, et qui se montrera l'allié loyal de son neveu dans sa lutte contre les Bretons. Louis XI fait converger ses renforts sur Saumur et quitte la place le 17 avril.
   

2) Des décisions capitales en 1466

 Les ambassadeurs milanais ( qui accompagnent Louis XI ) décrivent la ville comme belle et forte. Ce n'est probablement pas l'avis du roi de France, qui, à Montargis, le 31 juillet 1466, délivre des lettres patentes aux « bourgeois, manants et habitants de la ville de Saumur ». Ces lettres contiennent trois décisions, sur lesquelles nous reviendrons au chapitre suivant :
- le renforcement des fortifications ;
- la levée d'une taxe spéciale, un appétissement prélevé sur le vin vendu au détail ;
- la création d'un premier conseil de ville regroupant 12 membres nommés.
 Dès 1465-1466, il est évident que le roi René peut prélever des taxes à Saumur, y bâtir des monuments, mais qu'il n'y est pas le souverain. Il ne dispose plus que des apparences du pouvoir. Son habile et patient neveu s'impose comme le roi et prend les décisions importantes.
   

3) Le pèlerin

 

Marcel NAVARRE, Louis XI en pèlerinage, 1908 ( rien sur Saumur ).

 D'après les itinéraires établis par Vaesen et Charavay ( Lettres de Louis XI, roi de France, 11 vol., 1883-1909 ), le roi Louis XI a séjourné à Launay à sept reprises. Mais ce qui l'attire surtout dans la région, ce sont ses pèlerinages, répétitifs et quasi obsessionnels : il va se recueillir à Notre-Dame de Béhuard, à quatre reprises, et au Puy-Notre-Dame, trois fois ( à la suite de la naissance du Dauphin, il offre 160 000 écus d'or en reconnaissance à la Sainte Ceinture ). Mais les historiens ne parlent pas assez du culte qu'il porte à saint Florent et à Notre-Dame de Nantilly.
   

4) Louis XI et Saint-Florent

 Louis XI vient à huit reprises dans l'abbaye de Saint-Florent, à la fois pour séjourner dans le nouveau château de l'abbé du Bellay et pour rendre hommage aux reliques de saint Florent.
 En l'été 1475, le roi séjourne en Picardie, où il signe le traité de Picquigny avec les Anglais. Il découvre alors que le corps de saint Florent est conservé dans l'église collégiale Saint-Georges de Roye. Il s'en empare et l'achemine vers l'abbaye, après des étapes passant par Saint-Martin de Tours et Notre-Dame de Nantilly. Peu après, suit le " chef de Monseigneur Saint Florent ", qui est récupéré dans une église située à une lieue de Roye. Enfin, peu avant sa mort, le roi offre deux châsses à décor historié destinées à recevoir les célèbres reliques. Une nouvelle translation est opérée le 25 juin 1480, selon dom Huynes.
 Des procès s'ensuivent ; les chanoines de Roye gagnent celui qu'ils intentent, et les ossements sont finalement partagés. Quant aux reliquaires, des conseillers de Charles VIII, jugeant excessives les dépenses engagées, tentent en vain de les récupérer ( A.D.M.L., H 1927 ).
   

5) Louis XI et Nantilly

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Egalement ardente est la dévotion de Louis XI envers Notre-Dame de Nantilly : quatre pèlerinages sont enregistrés, en juillet et août 1470, septembre 1471 et février 1479, plus quelques autres passages à Saumur, pour lesquels Nantilly n'est pas cité.Nantilly : nef du XVe siècle
 
 En outre, le roi modifie le statut de l'église prieurale. Un corps de chapelains existait depuis 1422. Si l'on interprète bien les lettres patentes du roi du 19 mars 1470 ( A.D.M.L., G 2320 ), il transforme ces chapelains en un collège de chanoines et le prieur nommé par l'abbaye de Saint-Florent est déchu. Opposition des moines, manque de dotation, les chanoines disparaissent très vite. Les chapelains célèbrent leurs offices communs dans le vaisseau central, qu'ils accaparent, au moins jusqu'au jubé, placé en avant de la croisée du transept. Afin d'accueillir les habitants de la paroisse, une nef collatérale est adjointe sur le flanc sud ; le mur gouttereau est défoncé avec hardiesse et un élégant bas-côté est édifié dans le style gothique tardif, sans chapiteau, mais avec de larges baies lumineuses. Le raccordement avec l'ancien bras du transept pose des problèmes d'ajustement : au fond, la lierne qui relie les voûtes dans le sens longitudinal trahit quelques distorsions. Autre anomalie, cette nef n'a pas d'entrée, les paroissiens devaient donc passer par le portail occidental.

  Tous les historiens anciens ( Dom Huynes, Bernard de Haumont, J.-F. Bodin ) attribuent à Louis XI l'initiative de ces travaux, qu'il aurait peut-être payés, mais il ne reste aucune trace écrite de cette décision. La nef est construite après 1470, date de la naissance du dauphin Charles, dont les armes sont portées sur une clef de voûte. A mon avis, la chapelle est achevée avant 1479, car en cette année ( A.D.M.L., G 2 320 ), Louis XI envoie des lettres royaux confirmant les privilèges de l'église et la dispensant du droit de franc-fief ( une taxe permettant de posséder des terres nobles ). Egalement, en février, le roi effectue son dernier pèlerinage à Nantilly. Cette datation à partir des magnifiques clefs de voûte est néanmoins fragile : André Mussat ( p. 571 ) doutait de leur authenticité et y voyait la main des restaurateurs du XIXe siècle. Jean-François Bodin, bon observateur, n'en parle pas." Cy est l'Oratoire du Roy Loys XI "

 

 

 En tout cas, il subsiste de cette époque, à l'entrée de la nef latérale, un petit oratoire privé construit par Louis XI. Il est sûrement authentique, même s'il a été trop lourdement restauré.