Notes sur la reprise des fortifications  

 

Vestiges des remparts, cour du n° 61 quai Mayaud1) Les murailles surhaussées

  Le rempart du milieu du XIVe siècle, présenté plus haut, est surélevé par quelques assises de tuffeau et surmonté par une élégante ceinture de mâchicoulis au décor trèflé, comme on peut l'entrevoir sur cette photo prise dans la cour du n° 61 quai Mayaud. Un nouveau chemin de ronde, de deux mètres de large, encercle la ville close. Son parcours n'est cependant pas si simple, car les tours sont nettement plus hautes et leur franchissement s'opère en empruntant de petits escaliers.

 

 

La tour du Papegault, plan2) Trois nouvelles tours d'angle

 Les angles stratégiques sont renforcés par des tours trapues adaptées à l'artillerie. Vers l'angle S. E., la tour du Papegault est construite en forte avancée permettant de battre les fossés longeant la Loire.

 

 

 


Tour Cailleteau, plan d'aménagement d'un poste de garde, 1768, A.M.S., DD 19.

 A l'angle N. O. dominant le vaste espace libre de la place de la Bilange, Abel Cailleteau, lieutenant du sénéchal de 1466 à 1480, fait édifier une grosse tour ronde qui lui doit très vraisemblablement son nom et qui est, elle aussi, presque entièrement détachée de l'ancienne muraille ( que l'on voit sur l'angle en haut, à gauche, sur ce plan d'aménagement d'un poste de garde, 1768, A.M.S., DD 19 ).

 En avancée à l'angle S.O., la monumentale Tour Grenetière, épaisse de 3,30 m à sa base, domine le quartier du haut de ses 34 m et contrôle la route conduisant vers le Poitou.

 

3) Datation de la Tour Grenetière

 Observant une vague ressemblance avec le donjon de Coucy, le commandant Rolle avait cru pouvoir faire remonter la Tour Grenetière au XIIIe siècle, ce qui est indéfendable. Pourquoi cette construction isolée, édifiée avant l'enceinte du XIVe siècle ?

Lambert Doomer, La forteresse de Saumur ( détail ) Les similitudes avec la tour de Trèves sont autrement évidentes, cette dernière ayant été édifiée à partir de 1435. Cependant, ces datations à partir de simples comparaisons sont bien risquées, notamment la dernière, puisque, précisément, les parties hautes de la Tour Grenetière ont été restaurées à l'imitation du donjon de Trèves. Il faut donc pousser plus avant les observations historiques.
 La première figuration connue de la Tour Grenetière apparaît sur un dessin de Lambert Doomer, remontant à 1646 et très agrandi à gauche. La tour était surmontée par une terrasse ; l'évasement du sommet souligné par une ligne sombre suggère l'existence de mâchicoulis, mais au-dessus le parapet semble rectiligne, comme il l'était encore vers 1900 : les créneaux actuels, percés d'archères et séparés par des merlons apparaissent comme une enjolivure ajoutée par un architecte des Monuments Historiques.

 

 

Bas de la Tour Grenetière du côté de la rue des Payens

 

 

 

 

 

 D'autres éléments incitent à dater cette tour de la fin du XVe siècle. D'abord, une preuve de la reprise des travaux : du côté de la rue des Payens, l'ancienne courtine ( à droite ) a été doublée par un nouveau mur (  visible plus à gauche ) ; cette muraille d'une épaisseur exceptionnelle a permis, plus tard, l'installation sur son couronnement d'un passage conduisant à la chapelle Saint-André, installée au premier étage de l'actuelle crèche Chauvet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voûte de la salle supérieureSalle supérieure, clef de voûte L'étage le plus élevé de la tour est surmonté par une grandiose voûte à huit pans, très bombée et sans chapiteau. Elle était destinée à soutenir les gros canons placés sur la terrasse, alors qu'au-dessous les poutres portent seulement des couleuvrines, qui tirent à travers de petites embrasures carrées. Malgré les moisissures, la clef de voûte de l'étage supérieur est lisible : elle porte les armes royales aux trois fleurs de lis, et non pas les armes de la Maison d'Anjou.
 Tous ces éléments invitent à dater la tour de l'époque de Louis XI.

 

 

 

 

 

4) L'Hôtel de Ville, une maison forte

Hôtel de Ville, façade sur la Loire du XVIe siècle

 L'ancien Hôtel de Ville, construit à cheval sur le rempart, joue un rôle défensif évident et surveille le passage tout proche des anciens ponts. Ses murs du côté de la Loire ont plus de 3 m d'épaisseur à la base et sont percés par quelques canonnières.
 Cette photographie des années 1900 présente son état avant restauration. La ligne de mâchicoulis présente un rôle militaire incontestable ( les baies inférieures sont plus récentes ). Mais avec les tourelles d'angle, la fonction décorative l'emporte ; ce n'est sûrement pas un hasard, elles recopient en forme miniaturisée les tours du château.

 

 

 

 

 

 

5) Une construction des années 1508-1527

 Un seul document, dont l'intérêt n'avait pas échappé à Célestin Port, évoque la construction de cette Maison de Ville. Il s'agit d'un brouillon rédigé vers le milieu du XVIIe siècle ( A.D.M.L., 4 B 3 ( ancienne cote II B 82), folio 3. L'auteur, sûrement saumurois, cherche à reconstituer la liste et les armoiries des sénéchaux, en s'appuyant sur des documents aujourd'hui disparus :

A.D.M.L., 4 B 3 ( ancienne cote II B 82), folio 3

 On lit sans peine en bas : « Guillaume Bourneau, sieur de Montaglan, lieutenant général à Saumur de monsieur le Seneschal d'Aniou » ; il succède à son père en 1508 et il « fist bastir cette Maison de ville », alors qu'il occupait sa charge, dans laquelle lui succède François Migon en 1527. Notre Hôtel de Ville n'a pas été bâti en 1508, comme on l'écrit trop sommairement, mais entre 1508 et 1527.

 Du côté de la ville, une tourelle moins fortifiée présente une curieuse alternance du tuffeau et de la brique, qu'on retrouve, par exemple, au château des Réaux. Malgré son style différent, cette tourelle peut bien elle-aussi remonter aux années 1508-1527.